- il y a 6 heures
Ce vendredi 28 novembre, Sandra Gandoin a reçu Sandrine Evangelista, fondatrice du cabinet Leaders for a Good Planet, Stéphanie Némarq-Attias, avocate fiscaliste et fondatrice du cabinet QOMIT, et Marie Content, avocate associée du cabinet BG2V, dans l'émission Avec vous, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
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00:00BFM Business, avec vous, les réponses à toutes vos questions dans l'entreprise. Sandra Gandouin.
00:12Et les réponses à toutes vos questions sur la vie en entreprise. Bienvenue dans l'émission avec vous,
00:17l'émission de la vie au travail, que vous soyez patron, salarié, indépendant. Vous nous écrivez,
00:22vous nous posez vos questions sur un thème précis, on vous répond. Vous nous écrivez à cette adresse
00:27qui apparaît sur votre écran avec vous, à BFM Business.fr. Vous scannez le QR code également,
00:32vous tombez sur notre messagerie. Aujourd'hui, on va se poser cette question, comment bien transmettre
00:39son entreprise à sa famille, à un salarié ? Quels régimes sont les plus avantageux ? Y a-t-il des erreurs
00:45à ne pas commettre ? Des choses auxquelles il faut penser plein de choses, évidemment. On est en France,
00:49on va en parler avec mes expertes du jour. Stéphanie Nemaratias, avocate fiscaliste,
00:55fondatrice du cabinet Comit. Bonjour Stéphanie. Bonjour Sandra. Vous nous rappelez ce que c'est Comit ?
01:00Alors Comit, c'est le cabinet d'avocats que j'ai fondé et qui est dédié aux entrepreneurs et à l'innovation.
01:05Sandrine Evangelista est à vos côtés, fondatrice du cabinet Leaders for Good Planet. Bonjour Sandrine.
01:11Bonjour. Vous nous rappelez sur quoi travaille Leaders for Good Planet ? La croissance, la rentabilité,
01:15la transmissibilité d'une entreprise. La transmissibilité ? Oui. D'accord. La non-dépendance aux dirigeants qui la rend transmissible
01:23et plein d'autres choses, la structuration, etc. Ça permet de la vendre, de la transmettre. Ça va nous concerner aujourd'hui.
01:31Exactement. Et Marie Contant, avocate associée au cabinet BG2V. Bonjour Marie. Bonjour Sandra.
01:37Ravie de vous avoir dans l'émission. On commence, on entre dans le vif du sujet. Première question.
01:41Mathias, quand on est dirigeant d'entreprise et qu'on approche de la retraite, par quoi commencer Sandrine
01:47pour préparer une transmission sans mettre l'entreprise en risque ?
01:51Point hyper important pour Mathias, c'est de se dire que, de mon point de vue, une transmission, ça se prépare 3 à 5 ans avant.
02:00C'est beaucoup par rapport à ce que l'on voit. Souvent, les dirigeants, ils commencent à s'agiter 6 à 12 mois avant.
02:05Déjà, 12 mois, ils ont l'impression d'être très en avance. Pourquoi ? Parce que, en fait, derrière la transmission,
02:11il y a la valorisation. La valorisation, c'est la manière dont on va pouvoir donner un prix, pour faire simple, à son entreprise.
02:19Je vais faire ultra simple.
02:22Ultra pratique.
02:23Voilà, c'est plus complexe que ça, mais on va simplifier.
02:25Donc, pour pouvoir valoriser son entreprise, il y a différentes façons de la valoriser sur le plan financier.
02:31Mais, en tout cas, ce qui est toujours, toujours, toujours regardé par un repreneur, investisseur, même banquier,
02:39s'il y a un prêt derrière, etc., c'est, un, est-ce que cette entreprise, elle va dépendre uniquement du dirigeant ?
02:45Parce que s'il part à la retraite et qu'il n'est plus là, est-ce que ça tient toujours ?
02:48Est-ce que ça marche toujours ?
02:5080% des PME, avec une ou des personnes clés qui s'en vont, c'est une coquille vide qui n'a plus aucune valeur.
02:57C'est un vrai problème.
02:58Et ça, ça se prépare à l'avance, c'est-à-dire que ça ne se dégrède pas.
03:01C'est pour ça que ça prend du temps.
03:03Deux, la valeur de l'entreprise, elle est calculée sur sa rentabilité, entre autres, aussi sur sa marque, etc.
03:12Donc, ça veut dire que les deux, trois bilans avant la cession de son entreprise, il faut qu'il soit nickel.
03:18Et il faut qu'il soit poncé pour être valorisé, valorisable et donc transmissible.
03:22Et c'est pour cette raison que je dis que le bon timing, c'est 3-5 ans.
03:26Et le troisième point, qui est un peu cherry on the cake, la cerise sur le gâteau, mais qui est quand même hyper importante,
03:32c'est que c'est comme un appartement.
03:34C'est-à-dire que, est-ce que vous allez vous projeter dans un truc où il y a les cadres de Mamie ?
03:39Et ben non, en fait.
03:41Donc, vous avez envie, quand vous reprenez une entreprise, de pouvoir vous l'approprier.
03:46C'est un peu du home staging, quelque part.
03:48Pour pouvoir se l'approprier, il faut qu'il y ait un projet de croissance.
03:51C'est-à-dire que, quand on dit à un repreneur potentiel,
03:54bon, alors voilà, c'est pas formidable, les perspectives, elles sont pas folles,
03:58et je m'en vais parce que je suis épuisée.
04:00Et ben, en fait, on a du mal à vendre, bizarrement.
04:03En fait, on va plus s'occuper de son entreprise, mais il faut quand même avoir un projet pour l'entreprise d'après.
04:08C'est ça.
04:09Moi, ce que j'aime bien faire et dire avec nos clients, c'est de dire, on va travailler sur un projet de croissance,
04:13vous avez plus l'énergie pour le porter, on est d'accord.
04:15Mais par contre, vous allez montrer au moins des résultats sur un ou deux ans
04:19pour amorcer le projet de croissance et pour donner envie de se projeter à des repreneurs.
04:24Et même, d'ailleurs, aux enfants, parce que parfois, on se dit,
04:26oui, mais je vais transmettre à mes enfants en superbe.
04:28En fait, ils ont pas du tout envie de récupérer le bébé familial.
04:31Stéphanie, quand vous entendez ça, c'est vrai qu'on fait ça au dernier moment,
04:34voire vous lisez le livre succession, on le fait pas du tout.
04:37Parfois, on attend presque de mourir avant de potentiellement peut-être se dire
04:41qu'il va falloir la transmettre son entreprise.
04:43Est-ce que les dirigeants s'y prennent au dernier moment dans la pratique ?
04:46Dans la pratique, c'est effectivement le problème.
04:48Alors, je rejoins tout à fait ce que dit Sandrine, c'est que l'anticipation,
04:52c'est la clé d'une bonne transmission optimisée fiscalement et optimisée économiquement.
04:58Donc, c'est exactement le même sujet en fiscal.
05:01Il faut bien anticiper, comprendre les dispositifs pour savoir comment se sécuriser pour l'avenir.
05:07Oui, c'est intéressant. Il y a plein, plein de choses à penser.
05:10Pas seulement du point de vue du patron, mais du point de vue des RH aussi.
05:14Marie Contant, il y a Sabine qui dit, je suis gérante d'une société qui dispose
05:17de plusieurs salons de coiffure, j'envisage de céder l'un d'eux.
05:21Les contrats de travail, par exemple, des trois salariés de ce salon,
05:24est-ce qu'ils seront automatiquement transférés ?
05:26C'est un vrai cas concret, une vraie illustration ?
05:28Alors, pas forcément. En fait, ça va dépendre de comment l'activité est organisée
05:34entre les différents salons.
05:35Du coup, je comprends que la personne a plusieurs salons de coiffure
05:38parce que vous avez une disposition qui est assez connue dans le Code du travail
05:41qui est le fameux article L12241 qui prévoit le transfert automatique
05:46des contrats de travail en cas de cession d'entreprise.
05:48Mais ça ne s'applique pas à toutes les cessions.
05:50Il faut que la cession d'entreprise corresponde à une entité économique autonome,
05:55donc pour parler clairement, là la personne a plusieurs salons de coiffure,
05:59elle envisage d'en CD1, il faut que ce salon de coiffure
06:02ce soit une entité économique autonome.
06:04Donc ça veut dire quoi ?
06:05Ça veut dire un salon qui a son personnel dédié,
06:10qui est exploité avec du matériel qui lui est propre,
06:13qui a sa clientèle propre et pas quelque chose qui fait partie d'un tout
06:17avec les autres salons où les clients vont se faire couper dans un salon,
06:20la couleur dans l'autre et puis les salariés font pareil.
06:24C'est une seule comptabilité par exemple ?
06:26C'est ça que vous dites par exemple ?
06:27Alors c'est même au-delà de la comptabilité.
06:28En fait, la jurisprudence vous dit qu'il faut un ensemble organisé
06:31de personnes et des moyens qui concourent à un objectif propre.
06:34Donc c'est vraiment du personnel dédié, du matériel dédié
06:38et une activité qui va être poursuivie par un repreneur
06:44dans des conditions telles qu'elle va conserver son identité chez le repreneur.
06:47Et donc dans ces cas-là, si ces conditions-là sont réunies,
06:50les trois salariés, pour reprendre l'exemple, la question qui nous est posée,
06:54les trois salariés vont voir leur contrat de travail automatiquement transféré.
06:58Donc en fait, on ne leur demande pas leur avis,
07:00on leur écrit juste une lettre en disant « à partir de telle date, vous changez d'employeur ».
07:04Ça, c'est si on a les conditions qui sont remplies.
07:07Et si les conditions ne sont pas remplies,
07:09on est obligé de négocier avec les salariés et de dire
07:12« est-ce que tu veux y aller ? Tu ne veux pas y aller ? »
07:14Et dans ces cas-là, il faut signer avec eux une convention tripartite de transfert,
07:18donc avec le repreneur, le cédant et le salarié transféré.
07:22On a plein de cas de figure à passer en revue.
07:25Il y a Lison qui vous demande, Stéphanie,
07:27je souhaite céder mon entreprise et plutôt que de la vendre à un inconnu,
07:30j'aimerais la transmettre à mes salariés.
07:33Est-ce qu'il y a des aides pour faciliter, par exemple, ce type de transfert ?
07:37Tout à fait, il existe des aides.
07:39Alors, il y a des aides régionales, il y a des aides nationales,
07:42mais je pense que ce qui est intéressant aussi, c'est d'avoir en tête
07:45quelles sont les aides fiscales.
07:47Alors, ce n'est pas vraiment des aides,
07:48c'est plutôt des dispositifs qui vont limiter l'impôt sur la transmission.
07:52Alors, à chaque fois, ce type de dispositif est conditionné.
07:56Notamment, il faut s'assurer que le salarié a un CDI à temps plein
08:02dans la société depuis un certain temps, deux ans en l'occurrence.
08:07Ensuite, il faut s'assurer qu'il va effectivement rester dans la société
08:11à l'issue de la transmission.
08:13En fait, si on arrive à réunir un certain nombre de critères,
08:16on a droit à un abattement de 500 000 euros sur l'assiette de cette transmission.
08:23Donc, ça peut être vraiment très, très favorable.
08:25C'est pour ça aussi, on le disait, qu'il faut bien prévoir les choses en amont,
08:29vérifier qu'on respecte toutes les conditions pour le dispositif
08:32et s'organiser pour limiter le coût fiscal
08:36et donc permettre cette reprise par les salariés.
08:39Alors, c'est effectivement très intéressant d'envisager une reprise par les salariés
08:43parce qu'ils connaissent non seulement l'entreprise, le fonctionnement de l'entreprise
08:47et les produits de cette entreprise, mais aussi les fournisseurs, les clients.
08:52Et donc, on s'assure de cette façon-là.
08:55En tout cas, on optimise une transmission réussie
08:59avec des salariés qui conservent non seulement leur emploi,
09:03mais leur implication dans le projet.
09:05Ça me fait penser à Serge Papin qui disait il y a deux semaines sur ce plateau
09:07qu'il voulait un pacte du trail salarié pour avoir les mêmes avantages de transmission.
09:12Ça peut être intéressant, peut-être, pour les salariés plutôt qu'à un membre de la famille.
09:16On verra si ça passe à un moment.
09:18Il y a Marion qui vous demande.
09:19Sandrine, on entend souvent que deux entreprises sur trois ne trouvent pas de repreneurs
09:23parce qu'elles sont justement, vous le disiez, trop dépendantes du dirigeant.
09:27Comment réduire cette dépendance ?
09:29Alors déjà, ça se mesure.
09:30Parce que pour pouvoir montrer à un repreneur potentiel
09:35qu'il n'y a moins d'adhérence aux dirigeants et aux personnes clés,
09:40ça veut dire qu'on est capable d'identifier la structuration.
09:44Derrière, je vais dire des gros mots, organisation, process, délégation, management, outils.
09:50Je vais dire encore un énorme gros mot, mais dans les PME, il ne va pas de soi.
09:55CRM, base de données client remplie évidemment parce qu'on en voit beaucoup qui sont vides.
10:01En tout cas, il y a des données qui ne sont pas exploitables
10:03si les personnes qui l'ont remplie ne sont pas là.
10:05Donc, c'est important.
10:07Nous, on mesure l'indice de dépendance aux dirigeants avec tous ces éléments-là.
10:13Et surtout, grâce à cet indice, on permet de prendre des décisions éclairées
10:17qui permettent de dire si j'investis tant sur tel outil, tel process,
10:21telle organisation, telle gouvernance, etc., alors j'ai la possibilité
10:26de valoriser mon entreprise fois 2, fois 3, plus 20%, etc.
10:31De sorte de toujours se poser les bonnes questions avant de vendre son entreprise
10:35de combien j'investis versus combien ça va me rapporter.
10:39C'est exactement pareil que quand vous vendez un bien immobilier,
10:42c'est-à-dire que souvent, ce truc d'homstaging est un peu pas bien compris,
10:47mais que finalement, il va permettre de vendre plus vite, de vendre mieux,
10:50aujourd'hui, il faut savoir que c'est des sources BPI.
10:54BPI annonce 66 000 entreprises en vente en 2025-26,
11:00et moins d'un tiers qui trouvent repreneurs sur le monde de la PME.
11:05Donc, on est quand même dans une offre où il y a beaucoup plus d'entreprises
11:09à vendre et de dirigeants qui vont partir à la retraite dans les prochaines années
11:12que de repreneurs potentiels.
11:14Mais justement, c'est une question de manque de repreneurs sur le marché.
11:18C'est une question de... On ne les cherche pas, ces repreneurs, suffisamment tôt
11:23pour peut-être les amener vers cette solution de reprendre une entreprise
11:26qui peut être très intéressante parce que vous n'allez pas me dire
11:28que les jeunes sont moins entreprenants que leurs aînés.
11:30Finalement, il y en a plein qui voudraient reprendre des entreprises.
11:32C'est quoi, c'est un manque d'anticipation ?
11:34Un manque d'anticipation, manque de formation aussi des chefs d'entreprise
11:38à aller chercher leurs repreneurs.
11:40C'est-à-dire qu'ils sont un peu dans ce truc de...
11:42Je vais faire valoriser par mon expert-comptable
11:44et à partir du moment où j'ai un montant de valorisation,
11:47le repreneur va se présenter.
11:49Mais non, en fait, c'est une vraie démarche, j'allais dire presque commerciale.
11:53Et puis, on parlait de faire reprendre l'entreprise par des salariés.
11:58Ça veut dire quand même qu'il va falloir aller lever de l'argent, etc.
12:02Donc, ce n'est pas anecdotique.
12:04Et aller reprendre une entreprise par un salarié, c'est...
12:07Vraiment, si on va super vite 9 mois et plutôt 12-18 mois.
12:11Donc, c'est un vrai temps long.
12:13Et ça nécessite aussi pendant tout ce temps
12:15de la préparation à la transmission et de la transmission après
12:19que l'entreprise continue à gagner de l'argent et à générer des profits.
12:22Ça a l'air, quand vous en parlez, assez risqué finalement comme situation.
12:26Dites-nous ce que vous en pensez sur notre adresse.
12:33Là, c'est une question tout à fait personnelle.
12:35Dans ce que vous voyez, par exemple, vous Stéphanie,
12:37dans les transmissions d'entreprises comme ça,
12:39il y a effectivement plus de chances de réussite
12:42dans un cas où on a anticipé, on a préparé les salariés,
12:45on a préparé ou on a pensé à un repreneur
12:48ou dans une situation où finalement, le repreneur,
12:51on le cherche un peu comme ça, au doigt mouillé.
12:53Alors, très clairement, il faut aller rechercher son repreneur aussi
12:57parce qu'il faut cibler des repreneurs qui vont avoir des synergies
13:01dans l'idée de racheter une boîte qui a une activité
13:05soit complémentaire, soit similaire.
13:07Donc, c'est sûr que l'anticipation, c'est la clé.
13:10Et puis, je dirais, en fait, il faut mener un petit peu
13:14toutes les batailles en même temps.
13:15La valorisation, on l'a vu, tout l'aspect RH,
13:18identifier les salariés, lesquels sont partants
13:20pour reprendre l'entreprise ou non.
13:22On va y revenir.
13:23Et puis, anticiper le coût fiscal, évidemment,
13:26parce que l'opération s'entend nette d'impôts souvent.
13:30Donc, il faut savoir quel va être le rendu de cette opération,
13:35au final, pour la personne qui y vend.
13:37Il faut que chacun y trouve son compte.
13:38Vous disiez anticiper les salariés qui pourraient reprendre l'entreprise.
13:41Anticiper aussi les salariés qui veulent y rester dans notre entreprise
13:45quand il y a changement de main, justement.
13:47Marc vous demande, Marie, j'ai racheté il y a peu
13:49une petite structure que j'ai intégrée dans mon entreprise.
13:51J'ai repris les salariés.
13:52Néanmoins, une des salariés n'a pas accepté
13:55de venir travailler dans notre entreprise.
13:56Elle ne s'est jamais présentée à son poste.
13:58Est-ce que c'est un abandon de poste ?
14:01Très clairement, très clairement.
14:02Si les conditions de l'article dont je parlais tout à l'heure,
14:05L12241, étaient réunies,
14:07et que du coup le transfert s'est opéré de façon automatique,
14:10le salarié ne peut pas s'y opposer.
14:12Ça opère de plein droit, c'est ce que nous disent les textes.
14:15Et donc le salarié ne peut pas s'y opposer.
14:17Et s'il ne se présente pas pour assurer la poursuite de son contrat de travail,
14:21il est en faute.
14:22Et donc on peut, dans ces cas-là, envisager une procédure
14:26de licenciement pour faute grave.
14:28On peut aussi s'interroger sur est-ce qu'on n'est pas dans un cas
14:32où on peut appliquer la fameuse présomption de démission.
14:34C'est réputé le salarié démissionnaire,
14:37parce que finalement il est en abandon de poste.
14:39Mais tout ça, ça suppose deux choses.
14:41C'est un, d'avoir bien vérifié que les conditions
14:43de 12 ans de 4 ans étaient réunies.
14:44Donc est-ce que j'avais bien cette entité économique autonome
14:47qui a été transférée et qui conserve son identité ?
14:51Et ça, c'est le premier point.
14:53Alors ce qu'il faut savoir, c'est qu'en plus sur ces fameuses conditions,
14:56la jurisprudence n'est pas très claire en fait.
14:59Les juges appliquent ce qu'on appelle la méthode du faisceau d'indices.
15:02Et donc ils regardent s'il y a plus d'indices qui convergent
15:04vers une entité économique autonome qui opère un transfert automatique
15:08ou si au contraire les indices convergent plutôt vers une absence
15:11d'entité économique autonome.
15:13Et en fonction de ça, ils décident si oui ou non il y a
15:16transfert automatique des contrats de travail.
15:18C'est très compliqué quand on regarde les décisions qui sont rendues,
15:21d'avoir des convictions en matière de 12-20-4 ans.
15:24C'est vraiment un des sujets dans ma matière, le droit social,
15:26un des sujets où c'est une matière grise en fait.
15:29On a du mal à trancher.
15:31Donc oui, le salarié en faute, mais ça suppose que les conditions soient réunies.
15:35Et deuxièmement, ça suppose aussi que le nouvel employeur
15:38n'est pas en tête de lui imposer une modification de son contrat de travail.
15:41C'est-à-dire que le contrat est transféré, il est transféré tel quel.
15:44Il est transféré avec son ancienneté, sa qualification,
15:47la structure de sa rémunération, l'économie en termes d'horaire de travail
15:51qui était la sienne.
15:53Et donc, le nouvel employeur très souvent dit
15:55non, moi ça ne me va pas, je veux changer.
15:57Et auquel cas, là, le salarié est fondé à refuser
15:59une modification de son contrat de travail.
16:01On parlait tout à l'heure du pacte d'Utreil, Stéphanie.
16:04Fabien dit, je souhaite transmettre mon garage à mes deux fils.
16:07J'ai entendu parler du pacte d'Utreil pour alléger la fiscalité
16:10quand on transmet justement à un membre de sa famille.
16:13Comment ça fonctionne ? Quelles sont les conditions à respecter ?
16:16Même s'il changera peut-être un peu en 2026.
16:20Alors, effectivement.
16:21En l'état, en tout cas, le pacte d'Utreil,
16:23c'est sûr que c'est un outil extrêmement puissant
16:26pour permettre la transmission d'entreprises à ses enfants, par exemple.
16:31Alors, c'est un outil très puissant, mais aussi très encadré.
16:34Donc, il faut faire très attention.
16:36Et on parlait d'anticipation.
16:37Là, en l'occurrence, parmi les conditions pour pouvoir bénéficier de cet avantage fiscal
16:42qui est quand même 75% de la valeur de l'entreprise qui va être exonérée de droits de donation.
16:49Donc, c'est un avantage fiscal vraiment important.
16:52Il va falloir respecter un engagement de conservation des titres.
16:56Donc, un engagement collectif de deux ans, puis un engagement individuel de quatre ans
17:01pour les personnes qui sont les bénéficiaires de cette donation.
17:05Donc, vous voyez, six ans en tout à cadrer, plus des engagements sur les fonctions de direction.
17:12Donc, évidemment, il va falloir s'assurer que l'un des enfants, au moins,
17:16va réellement reprendre des fonctions de direction dans l'entreprise familiale,
17:21sans quoi on n'aura pas droit à cette exonération fiscale.
17:24Est-ce qu'il est réellement intéressant ? Est-ce qu'il a vraiment été utilisé à bon escient ?
17:28Il y a la Cour des comptes qui a dit, effectivement, qui a remis en cause un peu le coût du pacte d'Utreil.
17:32Est-ce que dans ce que vous voyez, vous, sur le terrain,
17:35est-ce qu'il sert vraiment à cette transmission d'entreprise familiale ?
17:39Complètement. Moi, je le vois vraiment au quotidien.
17:41Le pacte d'Utreil, c'est un outil qui, à mon sens, est réellement justifié.
17:46C'est-à-dire qu'on veut que les entreprises restent dans la famille,
17:49ne soient pas forcément vendues à des repreneurs à l'étranger
17:53pour pouvoir payer les droits de donation.
17:55Ce serait quand même dommage.
17:57Et puis, il y a une vraie volonté de certains enfants,
18:00par exemple, pour reprendre un garage,
18:03de se dire, au fond, j'y travaille déjà.
18:05J'ai envie que ça devienne mon outil de travail
18:08et peut-être même le transmettre moi-même à mes enfants.
18:11Donc, c'est un outil qui fonctionne.
18:13Et la Cour des comptes le montre,
18:15c'est que ce qui est estimé comme gain fiscal pour les repreneurs est important.
18:20Mais en même temps, c'est la contrepartie de permettre une transmission familiale.
18:25Oui, effectivement. Et on connaît bien les valeurs de l'entreprise.
18:27On connaît bien le dirigeant, la façon de travailler.
18:29Et vous l'avez dit, ce sont des éléments très importants
18:31quand on veut transmettre son entreprise.
18:33Vincent vous demande, et ce serait pour toutes les trois,
18:36mais je vais commencer par vous Sandrine.
18:37Dans ce contexte économique incertain,
18:39est-ce qu'il vaut mieux transmettre maintenant
18:41ou attendre un cycle plus favorable ?
18:43Comment on prend cette décision ?
18:45Qu'est-ce qu'on regarde Sandrine ?
18:47On regarde là où on en est dans son entreprise,
18:50et pas le cycle économique.
18:51Parce qu'on peut être en croissance alors que l'économie va mal,
18:55et on peut être en perte alors que l'économie va très bien.
18:58Donc, ce qui est important,
19:00c'est un petit peu comme quand vous faites du sport de haut niveau.
19:03C'est-à-dire, le moment où je vends mon entreprise,
19:05c'est le moment où elle est au top.
19:07Ce n'est pas quand elle a commencé à descendre.
19:09D'accord ?
19:11Et donc ça, il faut regarder sur cette courbe de croissance.
19:14Est-ce qu'on est flat depuis de nombreuses années,
19:18auquel cas il va falloir aller générer une petite croissance
19:22et de la rentabilité pour pouvoir dire
19:24il s'est passé quelque chose, on a mis en place des choses,
19:26il y a un schéma de projection, etc.
19:28Il y a une trajectoire.
19:29Ou est-ce qu'on est au contraire au top ?
19:32Souvent, on a du mal à lâcher le truc quand on est au top.
19:34Oui.
19:35Et j'ai un client très récemment qui me disait,
19:39il me disait, tu vois, là, moi j'ai 54 ans,
19:43tous mes clients, ils ont entre 54 et 58.
19:47Je pense que c'est le bon moment de vendre mon entreprise.
19:52C'est vrai qu'il faut regarder ça aussi, bien sûr, ses partenaires.
19:54Effectivement.
19:55On est sur un marché qui, en tout cas pour lui,
19:58qui est vieillissant.
19:59Et donc, il me dit, tu vois, ils vont partir à la retraite.
20:02Après, la valorisation du portefeuille client,
20:05ça va être beaucoup plus compliqué.
20:07Oui, tu as raison.
20:08Donc, c'est le bon moment pour regarder,
20:10parce qu'il reste encore, on va dire, 10 belles années.
20:14Et donc, l'entreprise, elle est valorisable.
20:16Et pourtant, on est dans un moment de crise.
20:18Et pour lui, c'est le bon moment.
20:21Patron parle souvent de leur résilience
20:23qui n'a rien à voir finalement
20:24avec le contexte économique et politique.
20:26Stéphanie ?
20:27Oui, j'ajoute que sur le sujet du bon moment,
20:29on a aussi le contexte politique, économique et fiscal qui joue énormément.
20:34Moi, j'ai au quotidien beaucoup de clients qui m'appellent
20:37et qui me disent, j'envisage de transmettre mon entreprise,
20:40mais pas forcément tout de suite,
20:42de la vendre ou de la transmettre.
20:44Mais au fond, est-ce que je ne devrais pas prendre en compte
20:46les réformes fiscales qui arrivent,
20:48ou en tout cas qui se profilent,
20:50pour limiter mon impact fiscal sur cette transmission ?
20:53Oui.
20:54Je pense tout simplement, quand on vend ses titres de société,
20:57on est imposé à la flat tax, donc à 30%,
20:59plus éventuellement des contributions exceptionnelles sur les hauts revenus.
21:03Eh bien, on peut se dire que si cette flat tax,
21:05elle augmente de 1, 2 points en fonction des prélèvements sociaux,
21:09bon, à voir, on est en pleine discussion du budget 2026,
21:12mais est-ce que l'anticipation, pour ces raisons-là, a du sens ?
21:17Alors là, je tiens à dire, il faut faire très attention,
21:20pour moi, la fiscalité ne peut pas être le seul levier de décision,
21:25clairement pas.
21:26Il faut croiser les différents sujets,
21:28notamment la valorisation qui est essentielle,
21:30trouver le bon repreneur pour que ça se passe bien,
21:32et la fiscalité, c'est un des paramètres.
21:34Sandrine, vous voulez y ajouter quelque chose ?
21:36Je voudrais rajouter que le bon moment,
21:38c'est quand on a des propositions.
21:40Oui.
21:41C'est très pragmatique, mais c'est mieux en le disant quand même,
21:44parce que ça nous arrive souvent de voir des chefs d'entreprise
21:47qui nous disent, oui, mais tu vois, là, c'était pas prévu, etc.
21:51Ok, mais quand même, regardons.
21:53Les opportunités.
21:54Regardons les opportunités.
21:55Attention, parce que la cession d'une entreprise
21:58ne veut pas dire la fin dans l'entreprise.
22:01C'est-à-dire que souvent, ils sont en mode noir ou blanc.
22:04Est-ce que je regarde le projet, mais j'ai pas prévu,
22:06ou est-ce que je le regarde pas ?
22:07Et moi, je leur dis, regarde le truc autrement.
22:09Parce que possiblement, une fois que l'entreprise est vendue,
22:11on va demander de rester un certain temps
22:13pour assurer la continuité.
22:15Donc...
22:16Oui, donc ça veut pas dire partir tout de suite.
22:17Tu peux négocier plein de choses.
22:18Tu peux négocier de rester un certain temps.
22:20Tu peux négocier de garder des participations.
22:23Tu peux négocier de devenir salarié de l'entreprise.
22:25Tu peux négocier plein de trucs, en fait.
22:27Donc, quand vous avez des opportunités
22:30et des appels sur la cession de votre entreprise,
22:33arrêtez de dire, c'est pas un truc que j'ai prévu maintenant.
22:37Regardez le sujet.
22:39Parce que possiblement, ça va être un super partenaire
22:42et ou une très bonne opportunité.
22:44Mais ça ne s'arrête pas du jour au lendemain.
22:45Marie, votre avis sur cette question ?
22:47Non, mais qu'effectivement, c'est pertinent d'attendre une offre.
22:49Non, mais par rapport à ce que vous dites,
22:51le dirigeant, c'est vrai, négocie souvent
22:54de passer salarié de l'entreprise
22:56pour assurer une phase de transition.
22:57Essentielle, cette phase de transition.
23:00Essentielle, la phase de transition.
23:02Et du coup, nous, les avocats en droit social,
23:03on intervient pour rédiger le contrat de travail.
23:06Il faut quand même avoir en tête, et il faut le leur dire,
23:08c'est très compliqué de se retrouver salarié
23:10dans un lien de subordination vis-à-vis de repreneurs
23:14qui vont forcément avoir un œil un peu critique
23:16sur ce que vous avez fait.
23:17Donc, c'est jamais très facile.
23:19Et puis, vous changez complètement la posture et le paradigme.
23:22Et c'est vrai dans les deux sens,
23:23puisque vous parliez tout à l'heure du rachat par des salariés.
23:26un salarié n'est pas forcément un bon entrepreneur.
23:29Et même s'il a été un très bon manager,
23:31un très bon directeur des opérations,
23:33qu'il connaît la boîte comme sa poche,
23:35qu'il connaît tous les clients,
23:37en position et en posture d'entrepreneur,
23:39ce n'est pas du tout les mêmes contraintes.
23:42Et ça peut...
23:44Avec le recul, on a des expériences
23:47qui ne se passent pas bien dans les deux sens.
23:49Je trouve cette réflexion dans les deux sens
23:52très intéressante, Stéphanie.
23:54Non, c'est vrai que le contrat de travail,
23:57c'est...
23:58On l'a vu, parfois,
23:59la période de transition qui était prévue,
24:01par exemple, pour deux ans.
24:03En réalité, au bout d'un an,
24:04l'ancien dirigeant n'a pas du tout envie
24:06de continuer à être salarié de l'entreprise.
24:08C'est peut-être un peu fait exprès, d'ailleurs.
24:11Cette passation qui va durer
24:13peut-être un peu moins longtemps que prévu,
24:14c'est peut-être aussi pour le sortir de la structure.
24:16Au départ, on se dit qu'on a besoin de lui longtemps
24:18et puis, finalement, on se rend compte
24:19que ça devient vite compliqué.
24:21Et j'ai beaucoup de négociations de départ
24:23de dirigeants qui sont passés salariés,
24:25qui veulent partir plus vite,
24:26avec, en plus, des négociations de départ
24:28qui sont compliquées
24:29parce que, généralement, ils ont gardé départ.
24:31Donc, il y a toute la problématique
24:33de la rupture du contrat de travail
24:34et du rachat des parts.
24:36Et également la problématique du complément de prix
24:39qui est en fonction de la rentabilité
24:41de la société post-transmission.
24:44Donc, il y a effectivement beaucoup de paramètres
24:46qui rentrent en compte.
24:47Pour finir, Sandrine.
24:48On appuie beaucoup, nous,
24:49sur les valeurs du dirigeant
24:51et son vrai projet
24:52et aussi la transparence
24:54vis-à-vis du repreneur.
24:55Souvent, il y a cette tendance
24:57de « on va habiller la mariée ».
24:58Ce qui, à mon sens,
24:59c'est une erreur complète.
25:00C'est-à-dire que ça génère
25:03plein de problèmes.
25:04Ça génère très souvent
25:06la mise en place de tous les garanties
25:07et des procès à non plus finir, etc.
25:10parce qu'en fait,
25:11il n'y a pas une transparence claire
25:12sur qu'est-ce qu'on veut
25:13et les projets et les valeurs, etc.
25:15Et du coup, je suis complètement en phase.
25:18Nous, on travaille énormément
25:19sur cette dimension
25:20de conduite de changement
25:21parce que c'est une vraie conduite
25:22de changement, quoi qu'il arrive.
25:23Même d'ailleurs,
25:24si c'est un enfant qui reprend,
25:26parce que souvent,
25:27vous avez un truc un peu caricatural,
25:29mais un management
25:30un peu patriarcal, etc.
25:31Et puis, vous avez le fils
25:33ou la fille qui reprend,
25:34qui est dans un management
25:35très collaboratif
25:36avec une approche
25:37qui est complètement différente.
25:38Ça ne fonctionne pas.
25:39Ça génère 30 à 40 % de turnover.
25:41Je cite souvent cette série Succession,
25:43ces livres de Raphaël Baquet
25:45où aucune famille
25:47ne procède de la même manière,
25:48ce qui montre bien
25:49à quel point
25:50trouver la bonne méthode
25:51est compliqué.
25:52mais en tout cas,
25:53on a essayé de vous donner
25:54quelques conseils aujourd'hui
25:55dans cette émission.
25:56Merci à toutes les trois.
25:57Stéphanie Nemaratias,
25:58avocate fiscaliste,
26:00fondatrice du cabinet
26:01Commit,
26:02Sandrine Evangélista,
26:03fondatrice du cabinet
26:04Leaders for a Good Planet,
26:05Marie Contant,
26:06avocate associée au cabinet BG2V,
26:08émission à retrouver en podcast
26:09et en replay sur notre appli,
26:10sur notre site.
26:11Passez une très bonne journée
26:12sur BFM Business.
26:13Avec vous sur BFM Business.
26:17Sous BFM Business.
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