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Ce mercredi 25 février, dans sa chronique USA Today, Karl Edom, gérant de fonds d'investissement de Cholet Dupont Oudart, s'est penché sur le discours record de Donald Trump sur l'économie, les contrecoups sur les grands géants de la tech US pour tirer profit de l'IA, et les résultats du publication de Constellation dépassant les attentes. Cette chronique est à voir ou écouter du lundi au vendredi dans l'émission BFM Bourse présentée par Antoine Larigaudrie sur BFM Business.
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00:00Aussi parce qu'on assiste encore une fois à une deuxième ruée vers l'or et vers l'argent.
00:04Mais pour l'instant, Wall Street démarre sa séance.
00:08Les marchés américains se réveillent plus 0,43% pour le S&P 500.
00:11On est à 6 918 points, plus 0,37% pour le Dow Jones.
00:17C'est une hausse assez sensible d'entrée de jeu pour le Nasdaq qui prend 0,62%,
00:22qui passe le cap des 23 000 points, 23 500.
00:25Un petit peu d'œil sur la volatilité aussi, elle a tendance à baisser un petit peu du côté des
00:3018,87% pour l'indice VIX.
00:33C'est évidemment le point sur Wall Street, on le fait avec un spécialiste des valeurs américaines,
00:38Carl Edom de Cholet-Dupont-Houdard.
00:41Bonjour.
00:41Bonjour Antoine.
00:42Bonjour, merci d'être avec nous en direct.
00:44Alors évidemment, or, il y a or, droit de douane, etc.
00:49Les gros blocs de l'actualité américaine, il y avait quand même un point d'or hier.
00:54Et c'était le, avant-hier, c'était le discours sur l'état de l'union de Donald Trump.
01:00Alors on en a beaucoup retenu des éléments géopolitiques concernant l'Iran.
01:04Mais il y a tout le reste.
01:05On est à la veille des élections de mid-term.
01:08On sent et on voit du côté des indicateurs économiques que ce n'est pas franchement la joie
01:12du côté de la population américaine, indicateur de confiance, indicateur immobilier.
01:16Qu'est-ce que vous en avez retenu finalement de ce discours ?
01:19Alors effectivement, hier soir, le discours était...
01:21C'était hier soir, oui, je m'en mêle.
01:23Bon, la nuit, le matin, on se rend compte toujours.
01:25C'est ça.
01:27Le discours était en fait clairement une campagne électorale.
01:31Donald Trump a saisi, c'est le discours le plus long, je crois, il a fait un record de longueur
01:35pour ce type de discours.
01:36Pour un State of the Union.
01:37Pour un State of the Union.
01:39C'est un record absolu.
01:41Il a clairement été en campagne électorale sur la très grosse majorité de son discours.
01:46Il a essayé de défendre son bilan et en tout cas ses mesures ou les mesures proposées.
01:51Il a...
01:52Globalement, si on devait le résumer, on se dirait que 60%, 70% du discours, alors on
01:58pourrait le décliner par mesure, mais reviennent à défendre le pouvoir d'achat et à justifier
02:02ces politiques pour défendre le pouvoir d'achat des Américains.
02:06On comprend bien qu'à la veille, on la veille.
02:08L'avant-veille des élections qui sont en novembre, on a un peu de temps.
02:11Mais les candidats sont déjà en campagne ou se mettent en campagne.
02:16Il était clairement là pour défendre et faire sa campagne, qui sera importante parce
02:20que c'est aussi ça qui va déterminer les dernières années de mandat et qui potentiellement,
02:25en tout cas, c'est la conjoncture aujourd'hui, la conjecture, je dirais même.
02:28On suppose que le Congrès sera perdu et que les mi-termes vont basculer un peu le pouvoir
02:33côté démocrate.
02:35Et donc ça, ce serait quand même un frein majeur au pouvoir de Donald Trump et à ce qu'il
02:39peut faire ou espérer faire pour faire bouger les lignes à sa façon.
02:43Donc vraiment une défense du pouvoir d'achat, que ce soit sur les plans de santé qu'il a
02:46préconisé et qu'il essaye de faire passer.
02:49Il a justifié que l'inflation baissait depuis qu'il était là.
02:52Alors il y a une décroissance naturelle, on va dire logique, mais c'est très politique.
02:57Mais l'inflation décroît tout de même.
03:00Voilà, donc il a défendu tout un tas de choses comme ça.
03:02Pour l'anecdote, il y a quand même une mesure qui est assez intéressante, c'est qu'il a annoncé
03:06qu'il allait prendre une mesure pour interdire au Congrès semaine de trader les actions
03:11en bourse, alors je ne sais pas si...
03:12Ben voyons !
03:14Ben voyons !
03:15C'était assez amusant parce qu'il s'en est pris directement à Nancy Pelosi, qui est un peu la
03:18star,
03:19je ne sais pas si vous suivez, mais...
03:20Oui, bien sûr.
03:20Pour l'anecdote, c'est la star des réseaux sociaux pour les gens qui veulent...
03:23C'est l'idol des rigolos de Wall Street.
03:25Voilà, qui veulent suivre les conseils avisés de Nancy, qui est une très bonne investisseuse.
03:30Je dois dire que Donald Trump aussi, à chaque fois qu'il...
03:32Bon, on s'est longtemps posé la question s'il n'avait pas eu manipulation de marché
03:36après les annonces sur les tarifs, etc.
03:38Il s'enorgueillissait lui-même en public d'avoir fait gagner des fortunes sur les marchés
03:42actions à ses adjoints.
03:45Donc bon, là, c'est un peu gonflé.
03:47Alors, on vit une époque assez particulière.
03:49Oui, on est d'accord.
03:49Donc, outre cette défense et cette campagne électorale, le deuxième, second gros sujet,
03:54je dirais, c'était l'Iran.
03:56Et effectivement, il a essayé de défendre l'idée que l'Iran était en train de se réarmer
04:02et sous-entendu qu'il faudrait probablement faire quelque chose.
04:05Et c'est un sujet parce que les démocrates ont ensuite demandé les justifications de
04:10cette éventuelle intervention.
04:12On peut penser que c'est beaucoup de bluffs parce qu'en fait, il a fait amasser les troupes
04:20américaines dans le Moyen-Orient.
04:21Et quand on compare aux précédents conflits, en fait, il a amassé autant de troupes que
04:25lors de l'invasion de l'Irak en 2003.
04:28Oui, il y avait eu une invasion terrestre.
04:29C'était différent.
04:31Ce n'est pas le même type de troupes, si on rentre dans le détail.
04:34Ce que j'en retiens, c'est qu'en fait, la capacité de frappe serait 4 à 5 jours de
04:38frappe
04:38aérienne intense, ce qui ne suffit pas pour renverser un régime.
04:43Ça ressemble clairement à tout.
04:43Je ne suis pas un expert militaire, mais en tout cas, ce que disent les experts, c'est
04:46que ça ressemble vraiment à un coup de bluff et qui semble-t-il pas fonctionner.
04:50Et puis en plus, ça arrive après l'invalidation de ces droits de douane, financer tout ça
04:54sur le long terme, ça s'annonce peut-être un petit peu compliqué.
04:57Exactement.
04:57Et on sent qu'il y a, je ne veux pas dire qu'il perd la main, mais que le
05:02jeu de cartes
05:03a été déposé et il est visible de tous.
05:05Et qu'il commence à y avoir un certain nombre de garde-fous, que ce soit la Cour suprême,
05:08les marchés de taux de temps en temps qui s'énervent.
05:11Le rebond des marchés, le rebond des marchés là qu'on voit là, c'est peut-être
05:14aussi un soulagement bref parce que beaucoup de gens s'attendaient à ce qu'il
05:19y a eu des annonces un peu tonitruantes.
05:20On n'en a pas eu.
05:22Je pense qu'il y a un espèce de soulagement qu'on note ce matin.
05:28Oui, tout à fait.
05:30Justement, il y a aussi tous ces arbitrages autour de l'IA.
05:34C'est vrai qu'on a à boire, à manger.
05:35On a une sorte de cyclone qui détruit et qui construit de la valeur alternativement
05:41d'un jour sur l'autre.
05:42Au milieu de tout ça, on a quand même des secteurs qui sont très très attaqués
05:46sur le long terme.
05:46C'est le cas des logiciels et on va en reparler très très longuement tout au long de l'émission.
05:51Il y a des hyperscalers qui ont tendance à prendre de la valeur, des deals géants
05:55encore qui sont signés, on a vu AMD et Meta hier.
05:57Au milieu de tout ça, quelque chose de très très neutre qui s'appelle NVIDIA, qui est
06:00évidemment très attendu ce soir avec ses résultats.
06:03Est-ce que vous pensez que ce n'est pas l'occasion, après ces semaines de turbulence,
06:08qu'NVIDIA remette tout de suite les pendules à l'heure en redéfinissant les rôles
06:11au vu des résultats qu'ils ont et des perspectives dont ils peuvent sans doute s'en orgueillir ?
06:17Alors les perspectives, clairement, je vais les prendre sous un autre angle.
06:22Ce que je vais vous dire, c'est qu'effectivement, si on doit jouer les publications de résultats,
06:28en particulier celle d'NVIDIA, ça fait de longues années qu'il ne faut pas jouer contre.
06:32Non, voilà.
06:33Et c'est une absurdité.
06:34Parce qu'on joue avec effet de levier, parce que c'est...
06:37Elle est très attendue, elle va être très scrutée.
06:39Les swings sont pas assez violents.
06:41Je ne sais plus, en français, on gardera ça.
06:42Ce sera très scruté, évidemment.
06:44Je pense que vu le contexte, c'est-à-dire que toutes ces sociétés qui sont liées à l'IA,
06:49mais alors plus spécifiquement sur la partie semi-conducteur, c'est-à-dire la construction,
06:53la conception des puces, ça fait, je vais dire, entre 3 et 6 mois,
06:57que beaucoup d'entre elles ont un peu rendu de la performance relative.
07:00C'est-à-dire qu'elles sous-performent le S&P 500 depuis quelques temps,
07:03parce qu'il y a ces inquiétudes un peu latentes dont on parle, qu'on évoque tous,
07:07les surcapacités éventuelles, la monétisation des capex.
07:12Donc, si NVIDIA devait avoir une publication, je ne vais pas dire timorée,
07:15mais un peu plus neutre, je ne suis pas sûr que ça emmène le marché,
07:17parce que le marché, ça fait 6 mois qu'il est sur un autre moteur.
07:19D'accord.
07:19Il y a eu une bifurcation.
07:22Ce que je trouve intéressant, en revanche, c'est que si on regarde un peu tout ce secteur lié à
07:27l'IA,
07:28au sein de ce segment, il y a des gagnants et des perdants.
07:30Et je trouve intéressant, et je pense qu'aujourd'hui, on peut commencer à prendre des paris,
07:34si je peux dire, un peu plus osés sur certaines d'entre elles, certaines sociétés.
07:38Sur celles qui ont souffert récemment, ou alors sur des valeurs liées à l'IA
07:42qui ne sont pas forcément intuitives dans les paniers de valeurs habituelles ?
07:45Elles sont assez intuitives.
07:46Je vais en citer une qui est une des plus intuitives, c'est-à-dire Broadcom.
07:50Elles sont liées à l'IA.
07:51Elles ont souffert, alors c'est relatif, elles ont souffert depuis 6 mois.
07:54Broadcom a dû perdre 20% environ depuis 6 mois.
07:57Après en avoir gagné plus sur 100 ans.
08:00Si on met en perspective sur 5 ans ou plus, c'est rien du tout.
08:04Mais moi, mon point, c'est de dire qu'on voit en bourse un massacre.
08:09Toutes les semaines, il y a un secteur qui passe à la faute de l'IA et on nous dit,
08:15OK, Claude va publier encore, je ne sais quel agent qui va aller disrupter tout un segment
08:21de valeurs qui, historiquement, ont été jugées pérennes, avec une visibilité très
08:26longue sur la capacité à faire croître le résultat.
08:29Donc, il y a une remise en cause très brutale.
08:32Et donc, s'il y a, doit remettre en cause tout un segment de l'activité, et on a
08:36l'impression, on a vu le rapport Citrini hier, avant-hier, je ne sais plus.
08:40On a beaucoup parlé, oui.
08:41On a beaucoup parlé.
08:43S'il y a, doit remettre en cause toute l'économie, les gens qui fournissent les équipements
08:48pour produire l'IA, si je peux dire, c'est-à-dire à la fois les puces, mais les équipements
08:51dans les data centers, etc., sont supposés quand même en profiter, parce que sinon,
08:55il y a quelque chose qui ne raccorde pas.
08:56Et en fait, quand on regarde, par exemple, Broadcom, et c'est vrai de Marvel, de Qualcomm,
09:00qui sont un peu des concurrents un peu plus minoritaires sur le segment pour lequel Broadcom
09:04fournit des composants dans les data centers, en fait, Broadcom pâtit, et quelque part,
09:10je trouve ça absolument incompréhensible.
09:12Quand vous regardez, encore une fois, dans cette théorie de dire que s'il y a, doit aller
09:17remplacer 50% de l'économie de demain, Broadcom est un gagnant assez évident, et de
09:23façon, normalement, assez flamboyante, si je peux dire, parce que Broadcom fournit,
09:28alors ils fournissent plein de types de composants, mais ils ont notamment, quand vous construisez
09:34un data center, c'est l'instant pédagogue, quand vous construisez un data center, vous
09:39avez des racks dans lesquels il y a plein de GPU, notamment des CPU, des GPU, donc des
09:43cartes graphiques, et vous les empilez, et ces cartes graphiques vous permettent de donner
09:47de la puissance de calcul, et cette puissance de calcul permet d'aller entraîner des modèles.
09:51Alors l'IA, vous êtes obligés d'entraîner des modèles assez régulièrement, parce
09:54que sinon votre IA, elle n'est pas à jour, et donc il y a ce travail qui est nécessaire.
09:57Le travail, il coûte très cher, très cher de plein de façons, et donc vous empilez
10:02entre des dizaines de milliers de puces, parfois jusqu'à 100 000 GPU, donc des cartes
10:06graphiques, et ces cartes, quand vous entraînez le calcul, en fait, elles divisent le travail,
10:11et elles en font toute une portion, mais à chaque instant, elles doivent communiquer
10:16entre elles, pour pouvoir faire un état des lieux, et pour pouvoir communiquer sur les
10:20paramètres du modèle LLM, et donc de pouvoir, à la fin, sortir un résultat.
10:26Et donc cette connexion, elle est très importante, parce qu'en fait, si la connexion n'est pas
10:28bonne, vous avez, admettons que vous ayez 100 000 GPU qui travaillent, si la connexion
10:35est trop lente, en fait, il y a un goulot d'étranglement très fort, si la connexion
10:38est trop lente, en fait, c'est comme si vous travailliez, par exemple, avec 60 000, au lieu
10:42de 100 000. Et donc, en fait, pour pouvoir avoir un modèle, et là, on parle d'échelle
10:46économique monstrueuse, c'est-à-dire que les CAPEX engagés, les milliards et dizaines
10:50de milliards nécessaires pour entraîner les modèles de façon périodique, sont remis
10:56en cause si la connexion entre les GPU n'est pas bonne. Alors Broadcom fournit les puces
11:01qui sont dans les switches qui permettent de faire cette connexion entre les GPU, et fournit
11:06également, c'est un peu technique, mais ce qu'on appelle le CERDES, c'est-à-dire,
11:12comment dire, la communication entre les serveurs. Imaginez qu'avant l'IA, les data
11:17centers, c'est-à-dire que les data centers sont aussi remis en cause, les data centers
11:19étaient une connexion, ce qu'on appelle nord-sud, c'est-à-dire que vous faisiez
11:22une requête d'informations quelque part, et on envoyait de l'info du serveur vers
11:27vous, le client, et aujourd'hui, les communications sont est-ouest, c'est-à-dire qu'en fait, les
11:31serveurs communiquent entre eux pour stocker de la donnée, pour aller faire du
11:35calcul, entraîner des modèles, et donc il y a une croissance exponentielle de la
11:40nécessité des composants fournus par Broadcom, et aujourd'hui, Broadcom, quand
11:44vous regardez, les publications de résultats sont à chaque fois extraordinaires, mais
11:48le cours de bourse, non.
11:49Oui, et c'est étonnant, c'est contrastatif dans le sens où on peut se dire, quel que
11:52soit le niveau de valorisation qui soit écrémé, qui soit surévalué, etc., on aura
11:57toujours besoin de Broadcom qui fournit les aiguillages, en fait, de tout ce circuit
12:01de train, et c'est vrai que si on regarde Broadcom, c'est un titre qui perd, en trois
12:07mois, un petit peu plus de 16%, enfin parallèlement, sur un an, il gagne encore 56%, mais ça peut
12:13être à considérer.
12:14Peut-être un dernier mot concernant un secteur qui, lui, est à la source de tout ça,
12:18celui de l'énergie, et il y a une valeur qui vous intéresse, c'est Constellation.
12:23C'est vrai que c'est un groupe qui est régulièrement cité parmi les gros futurs fournisseurs
12:27de cette industrie de l'IA.
12:29Bien sûr, alors Constellation a publié hier, et le cours de bourse a été, je crois,
12:33a progressé de 5%, c'est le numéro 1, en tout cas aux Etats-Unis, c'est le producteur
12:41d'électricité via nucléaire numéro 1, ils ne font pas que ça.
12:46La publication est sans doute très correcte, sans non plus qu'il y ait quoi que ce soit
12:51dithyrambique, en revanche, le marché attend, et en toute logique, ça attend à une croissance
12:56très forte, d'accord avec les gros hyperscalers que vous mentionniez, parce que ces gens-là
13:01ont besoin de passer des accords avec des producteurs d'énergie pour alimenter les data
13:04centers, et il y a plutôt pénurie d'énergie, une pénurie d'énergie propre encore plus,
13:09et donc Constellation Énergie l'a fourni, et donc on s'attend à ce qu'il y ait au mois
13:13de mars un capital market day, donc des communications qui soient faites au marché sur éventuellement
13:19des accords passés avec, par exemple, Alphabet ou Microsoft.
13:24Voilà, excellent, Constellation qui gagne 2,5% là aujourd'hui, 321,22$, et puis Broadcom,
13:32dont on a parlé juste avant, qui est en petite hausse, plus 1,6%, on est à 330,80€, merci
13:40beaucoup d'avoir été avec nous, Carles Edom de Cholet-Dupont-Houdard.
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