00:00Il est 7h45 sur BFM Business et sur AMC Live. Notre invitée ce matin c'était Estelle Brachanoff.
00:05Bonjour, vous êtes directrice générale de Veolia, expert mondial des services collectifs.
00:09On est sur la gestion du cycle de l'eau, de la valorisation des déchets, mais aussi la gestion de l'énergie.
00:15On a beaucoup de questions à voir ensemble ce matin.
00:17On va commencer par votre actualité avec ce développement aux Etats-Unis.
00:20Clean Earth, vous voulez doubler de taille dans les déchets dangereux aux Etats-Unis.
00:25C'est donc aux Etats-Unis que vous développez le pays où finalement sur les questions énergétiques de décarbonation,
00:31on n'est désormais plus à la pointe. Là, il y a un marché pour vous.
00:34Eh bien oui, Veolia continue à se développer vite et fort aux Etats-Unis et d'ailleurs en dehors d'Europe,
00:39où on est déjà à 80% internationaux chez Veolia.
00:43Alors cette acquisition Clean Earth, 3 milliards de dollars, c'est l'acquisition la plus transformante
00:48depuis celle de Suez il y a maintenant 3 ans.
00:52Ça nous permet de doubler de taille dans le déchet dangereux aux Etats-Unis, vous l'avez dit.
00:55Ça nous permet de dépasser les 6 milliards de dollars dans ce pays et de devenir numéro 2 du marché
01:00et à vrai dire un vrai acteur national qui nous permettra d'offrir toute la palette de services de Veolia.
01:06Les déchets dangereux, c'est-à-dire le traitement des polluants, mais aussi l'eau sous toutes ses formes,
01:11l'eau pour les habitants, mais aussi l'eau pour les industriels.
01:15Et la demande est très forte malgré ce qu'on appelle souvent le backlash environnemental au niveau politique,
01:20sauf que la demande des services de Veolia, elle est tout aussi forte, aux Etats-Unis comme ailleurs d'ailleurs,
01:26parce qu'elle vient de quoi ? Elle vient de deux tendances de fond.
01:29Le premier, c'est les enjeux de santé.
01:31Personne ne veut aux Etats-Unis, pas plus qu'ailleurs, avoir des polluants dans son eau du robinet.
01:36Et donc ce qui dépollue continue à avoir des perspectives dans les prochaines années et c'est le métier de Veolia.
01:42Et la deuxième tendance de fond, c'est la rélocalisation d'un certain nombre d'industries stratégiques,
01:47la microélectronique, les data centers ou la pharmacie,
01:51qui tous ont besoin de traitements de déchets dangereux et de technologies d'eau.
01:55Mais aux Etats-Unis, le fait d'être une boîte européenne ou française, peu importe,
01:59et d'avoir des contrats, j'imagine, publics avec des collectivités locales,
02:03ça ne pose pas de problème à l'heure où Donald Trump dit qu'il faut faire America First partout ?
02:07On ne se dit pas, je vais choisir d'abord une boîte américaine ?
02:09Alors aux Etats-Unis, nous sommes une entreprise américaine dirigée par des Américains très largement,
02:15même si le siège de Veolia est en France.
02:18Et en tout cas, c'est comme ça qu'on est perçus par les Américains.
02:20Et c'est très bien. Veolia est une entreprise multilocale.
02:23On est Allemands en Allemagne, Américains aux Etats-Unis, et bien évidemment Français en France.
02:28Deuxième chose, on a énormément de contrats, pas seulement avec les collectivités chez Veolia,
02:33beaucoup de contrats avec les industriels.
02:35Si vous n'avez pas d'eau, et quand vous êtes dans l'Arizona, dans l'usine de microélectronique
02:39toute nouvelle qui vient de s'installer, vous n'avez pas d'usine tout simplement.
02:45Donc c'est un facteur absolument clé pour les industriels aussi, les services de Veolia.
02:51Justement, cette qualité de l'eau, c'est un sujet aux Etats-Unis, mais c'est un sujet dans certaines villes
02:55où on a interdit en France l'utilisation de l'eau du robinet parce qu'il y avait trop de PFAS.
02:59Vous avez développé une technologie. Pourquoi filtrer les PFAS ? Ça fonctionne comment ?
03:03C'est un très bon exemple que je disais. Veolia est une entreprise multilocale,
03:07mais aussi évidemment mondiale, ce qui nous permet d'avoir la tête critique pour innover,
03:12pour investir dans de la R&D et de trouver des solutions comme comment traiter les PFAS.
03:17Et maintenant, on sait le faire, de bout en bout, la filtration, la concentration
03:21et la destruction de ces PFAS avec toutes sortes de technologies diverses.
03:27Et en fonction des cas, qu'on ne soit dans un type de PFAS ou un autre,
03:31que les PFAS soient dilués dans l'eau ou dans des sols,
03:34on utilise un portefeuille de technologies très différent.
03:37Mais est-ce que ça veut dire que demain, je vais avoir des collectivités locales
03:40qui ont votre technologie anti-PFAS, d'autres qui ne l'ont pas,
03:42avec un prix de l'eau très différent ?
03:44Aussi, peut-être une population qui se sent plus en sécurité avec ou pas ?
03:47Comme si vous aviez un tampon, en fait, sur votre eau du robinet ?
03:50Alors, c'est l'eau du robinet, un des produits les plus surveillés
03:54qu'il soit au niveau sanitaire, donc que vos auditeurs se rassurent.
03:58C'est surveillé tous les jours, toutes les heures, tout le temps et en permanence.
04:03Et c'est très bien comme ça.
04:04Après, quand on a fait des mesures pour le compte des collectivités locales,
04:07il y a maintenant plus d'un an et demi, 99% des endroits où on opère des réseaux d'eau
04:14chez Veolia, il n'y avait pas de PIFAS,
04:16ce qui veut dire que c'était en dessous des seuils de détection futurs.
04:20Et dans le 1% des cas, on a proposé aux collectivités locales,
04:24parce qu'encore une fois, ce n'est pas Veolia qui gère,
04:27on offre nos services et nos technologies au service des élus,
04:30on a offert donc des propositions pour traiter ces PIFAS.
04:34Et on en a déjà mis plein en œuvre.
04:37Donc on a aujourd'hui des unités de traitement de PIFAS dans pas mal d'endroits en France.
04:43Vous voulez aussi devenir un acteur majeur sur le chauffage urbain.
04:46Il y a un gros enjeu sur la décarbonation avec un contrat qui commence en Pologne.
04:51C'est à Poznan, cinquième ville de Pologne.
04:53Là-bas, le charbon, c'est 60% de l'énergie utilisée pour le chauffage.
04:57Donc c'est énorme.
04:58Il y a un marché pour vous très important.
05:00Il y a eu un contrat dernièrement à Paris.
05:02Est-ce que vous pourriez venir sur des villes comme ça, comme Paris, dans le futur ?
05:06Alors on est déjà numéro 1 en Europe du chauffage urbain.
05:09Très présent dans beaucoup de géographies.
05:12Notamment, vous l'avez cité, la Pologne avec Poznan.
05:15C'est une ville de 600 000 habitants.
05:17Historiquement, une ville où on utilisait beaucoup le charbon pour se chauffer.
05:21Et où grâce à tout notre savoir-faire et notre innovation,
05:25on vient d'inaugurer une nouvelle installation
05:27qui remplace le charbon par plein d'autres choses.
05:29Et dans les pleins d'autres choses, c'est essentiellement de l'énergie locale.
05:34C'est de la chaleur inutilisée d'une usine d'à côté automobile que l'on récupère.
05:38C'est de la chaleur d'un data center que l'on récupère.
05:41C'est de la chaleur de l'incinération des déchets parcyclables que l'on récupère.
05:46C'est de la géothermie.
05:48Et donc c'est tout ça qui nous permet de remplacer du charbon.
05:51C'est en gros, on divise par deux l'empreinte carbone de cette installation.
05:57Et ça permet en plus d'être beaucoup plus résilient.
05:59Parce qu'au lieu d'importer des carburants fossiles,
06:02vous avez de l'énergie locale, j'ai envie de dire, bien de chez nous,
06:06qui vient de juste à côté.
06:07Et c'est un facteur aussi de souveraineté, l'énergie locale.
06:11C'est précisément ce que fait Veolia.
06:13Et pour ceux qui se disent, oui, la chaleur, on n'en parle pas si souvent,
06:17vous avez raison, c'est 50% de l'énergie consommée en Europe.
06:22Elle est sous forme de chaleur, que ce soit pour chauffer votre habitation,
06:26mais aussi pour les industriels.
06:27On a besoin de chaleur et pas que d'électricité.
06:30Et Veolia est un leader pour la décarbonation de la chaleur.
06:34Je parlais du réseau de chaleur.
06:35À Paris, c'est Dalkia qui a pris le contrat.
06:38Est-ce que Dalkia, c'est un sujet qui vous intéresse ?
06:40On sait qu'EDF l'a mis en vente.
06:42C'était à vous, auparavant.
06:44Est-ce que ça pourrait revenir dans votre giron ?
06:45Aujourd'hui, on a énormément d'opportunités,
06:48beaucoup à l'international, vous l'avez compris.
06:5180% aujourd'hui de notre chiffre d'affaires à l'international.
06:56Et les opportunités sont très nombreuses.
06:58Pour vous donner quelques chiffres,
06:59notamment sur ce qui sont les succès des résultats de Veolia,
07:04ce qui, en dehors d'Europe,
07:06croît deux fois plus vite que ce qui se passe en Europe chez Veolia.
07:10Et ce qui est plus technologique,
07:12le traitement des déchets dangereux, par exemple,
07:14ou le traitement de l'eau dont on vient de parler,
07:15ça croît là aussi deux fois plus vite
07:17que des métiers plus historiques.
07:19Mais qu'est-ce qu'on doit comprendre ?
07:20Que l'Europe est bridée ?
07:21Que l'Europe pourrait faire aller un peu plus vite.
07:25Pour vous, c'est une question de rapport au temps ?
07:26Je pense que c'est plutôt une question de rapport au temps.
07:29Je veux dire, toute l'ambition européenne
07:31sur les sujets environnementaux, elle est là.
07:33Elle a même très largement montré la voie pendant longtemps.
07:37Il faut passer à l'action et il faut passer à l'action vite.
07:41Il y a parfois un peu de différence entre l'intention et l'action.
07:45C'est le cas, par exemple, de la filière plastique
07:47sur laquelle il y a un sujet avec toute une filière
07:49qui se développe sur le recyclage en Europe,
07:52mais du plastique non recyclé qu'on importe d'autres pays
07:54parce qu'il est moins cher.
07:56Là, il y a un problème de protection de l'Europe
07:58où on n'agit pas sur le plan des réglementations.
08:00Je sais que c'est un sujet qui vous tient à cœur.
08:02Qu'est-ce qu'on peut faire ?
08:03Oui, je vous avoue que j'ai mis un coup de gueule
08:05sur ce sujet il n'y a pas longtemps
08:07parce que c'est une filière qui est en train de mourir.
08:10On a des usines de recyclage de plastique
08:12en France, en Allemagne et partout
08:14qui sont en train de fermer aujourd'hui
08:17avec des emplois à la clé.
08:19Alors pour autant que ce sont des filières industrielles
08:22qui non seulement ont créé de l'emploi
08:24mais permettent de réduire l'empreinte carbone
08:26le tout avec très largement quasiment pas d'argent public.
08:29Donc ce n'est même pas une question de subvention.
08:33Et qu'est-ce qui manque la plupart du temps ?
08:35C'est là aussi la différence entre des directives,
08:39des législations qui ont de l'ambition
08:41sur l'économie circulaire
08:42et le passage en actions concrètes
08:45des décrets d'application, des mécanismes très précis.
08:48Et il nous faut maintenant passer à l'action
08:51pour éviter que cette filière ne se meure
08:54comme elle est en train de le faire malheureusement.
08:56Et vous avez l'impression que l'Europe s'est réveillée.
08:59On a eu ces annonces sur Omnibus,
09:02sur la filière automobile,
09:04des réflexions sur 2035.
09:05Elle est à la hauteur de l'enjeu,
09:08de cet enjeu de vitesse dont vous parlez ?
09:10Je suis une européenne convaincue.
09:11Donc quand je pousse un coup de gueule,
09:13c'est pour contribuer à faire en sorte
09:16que ça change et ça change dans le bon sens.
09:18Il faut qu'on aille plus vite tout simplement
09:20et qu'on ne se prenne pas de mots,
09:24que l'on passe à l'acte,
09:26que l'on soit dans le passage à l'action,
09:29y compris des politiques publiques.
09:30Je crois que c'est plutôt ça le message.
09:33Juste un mot sur la gouvernance de Veolia.
09:34Votre président Antoine Frérot va être renouvelé
09:37à son poste à la prochaine Assemblée Générale.
09:38Ça sera en mai prochain.
09:40Est-ce que vous espériez être PDG de Veolia ?
09:42Je vous dis ça parce que vous auriez été
09:43la première femme au CAC 40 à être PDG.
09:45Est-ce qu'il y a une déception ?
09:47Est-ce que c'est important d'avoir les deux postes ?
09:49Ou désormais, les postes sont complètement dissociés
09:51et peu importe, c'est le directeur général qui décide.
09:53C'est même bien plus que ça.
09:54Moi, je suis ravie qu'Antoine Frérot
09:56ait été reconduit à la présidence
09:58et moi à la direction générale de Veolia.
10:00Ça marche très bien.
10:02On est très heureux tous les deux, je crois,
10:05dans notre rôle respectif.
10:07Les résultats de l'entreprise sont là.
10:09On est en train de transformer le groupe
10:10plus international, plus de technologie.
10:13Donc pour moi, c'est un grand motif de satisfaction.
10:17Merci beaucoup d'être venu ce matin.
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