00:007h45 sur BFM Business et sur AMC Live. Notre invité c'est Jean-François Falaché.
00:03Bonjour, vous êtes le directeur général d'Eutelsat depuis juin dernier.
00:07Eutelsat, l'espoir de l'Europe pour concurrencer Starlink, opérateur de télécommunications par satellite.
00:13Objectif désormais pour vous, modernisation.
00:16Vous venez de lever 1,5 milliard d'euros avec une dernière tranche à 670 millions.
00:21Ça vient juste d'être annoncé à l'instant.
00:23Donc cette deuxième opération de capital qui s'est bien passée.
00:26Est-ce que quand on arrive à 1,5 milliard d'euros, on a suffisamment d'argent pour concurrencer les Américains ?
00:32Alors bonjour, bonjour Laure.
00:35Écoutez, on est très heureux ce matin d'annoncer que notre augmentation de capital, la deuxième tranche,
00:40qui était au vert à tous les actionnaires, est un grand succès.
00:43Nous avons une demande supérieure à l'offre d'actions qu'on a proposée au marché.
00:47Donc 133% de ce qu'on appelle over-suscription.
00:51Tu veux dire que ça intéresse ?
00:52C'est une très bonne nouvelle et ça prouve que vraiment le marché s'intéresse à ce qu'on fait.
00:58Et on est très contents parce qu'on a maintenant les moyens effectivement de déployer cette histoire de croissance,
01:03cette histoire de croissance qui a déjà démarré.
01:05Mais je me permets de dire quelques mots quand même sur qui nous sommes, TAPTAT, et ce que nous faisons.
01:09Donc nous sommes une entreprise de plus de 45 ans dans les satellites.
01:13Donc on offre des services de télécommunication, au début c'était de la vidéo, vous savez, pour diffuser dans les foyers de la télévision.
01:22Alors il est bien clair que cette activité-là, depuis quelques années, elle est plutôt en décroissance
01:26parce que la télévision dans les foyers, on la regarde plutôt maintenant avec la fibre ou la 5G sur les billes.
01:32Mais on a quand même besoin du satellite partout en fait.
01:34Et il y a deux ans, TELSAT a racheté une entreprise extraordinaire qui en fait est une constellation basse orbite de 650 satellites
01:42qui sont en orbite, qui volent au moment où on parle, qui tournent autour de la planète très très vite
01:47et avec plus de 41 champs d'antennes, ce sont des champs de 8...
01:51Ça c'est OneWeb ?
01:52Ça c'est OneWeb, qui fait partie maintenant intégrale de TELSAT.
01:56On a la capacité de délivrer des services de broadband, d'accès très haut débit sur l'ensemble de la planète.
02:03On est ouvert dans 180 pays, dans 180 pays on peut vendre du très haut débit.
02:08Et ça, c'est nouveau, ça c'est en très forte croissance.
02:12Et pour continuer cette histoire de croissance, on avait besoin de cette augmentation de capital,
02:16on avait besoin de lever ses fonds, c'est fait.
02:18Voilà, on va pouvoir continuer cette croissance qui a déjà démarré.
02:21De vendre à qui ? Parce que Starlink, qui est notamment sur le marché des particuliers, a été très actif.
02:26Il y a pas mal de particuliers français qui sont équipés en Starlink.
02:28C'est pas votre cible, vous êtes plutôt sur le B2B.
02:30Alors, exactement. On a décidé, dès le départ de cette constellation OneWeb,
02:35d'être actif sur le marché du B2B, c'est-à-dire les grandes entreprises, les gouvernements,
02:40ce qu'on appelle la mobilité, c'est-à-dire les avions, les compagnies aériennes,
02:43les grandes compagnies maritimes, pour lesquelles on fournit ces services OneWeb d'accès très haut débit.
02:49Voilà, la croissance a déjà démarré, puisque l'année passée, on a publié un chiffre d'affaires de 180 millions d'euros,
02:55en croissance de 80%. Au premier trimestre, cette croissance reste forte, 70%.
03:00Donc effectivement, on se concentre sur ce segment, parce que c'est là qu'on a des différenciateurs,
03:05c'est là qu'on a des arguments pour en fait convaincre nos clients et les entreprises.
03:09Et le fait d'être européen, j'imagine que c'est là-dessus que vous jouez auprès des clients,
03:13ce qui pour les particuliers paraît moins être un argument majeur.
03:16Là, les arguments de sécurité, quand vous êtes dans la défense par exemple, c'est essentiel.
03:20Alors, c'est essentiel. Vous vous en souvenez, Elon Musk a coupé les services sur l'Ukraine,
03:25il a menacé une deuxième fois de le faire.
03:27Et je pense que cette notion de souveraineté, qui peut être un peu théorique pour tout le monde,
03:30elle est venue très très concrète.
03:32On a compris ce que signifiait la résilience, on a compris ce que signifiait la souveraineté.
03:37Et nous, effectivement, nous sommes la seule, l'unique constellation basse-orbite européenne.
03:43Il y en a une qui existe aujourd'hui, qui est américaine.
03:46Bientôt, il va y en avoir une deuxième, américaine.
03:49Les Chinois ont des projets, on sait, mais on est et on restera, grâce à cette augmentation de capital,
03:54la seule constellation basse-orbite européenne.
03:58L'objectif, c'est de moderniser les satellites.
04:00Comment on modernise ? C'est-à-dire qu'on fait des petits travaux, on les change ? Racontez-nous.
04:04Alors, effectivement, l'objectif, c'est bien de moderniser ces satellites.
04:07Alors, on travaille avec Airbus.
04:09Donc, au passage, ces satellites, qui étaient d'ailleurs fabriqués il y a quelques années aux États-Unis,
04:13sont maintenant fabriqués à Toulouse.
04:15Et on modernise, c'est-à-dire on change la puissance des antennes,
04:18on améliore la capacité de ces satellites, on améliore le débit pour nos clients finaux.
04:25Donc voilà, on va lancer, grâce à cette augmentation de capital,
04:28440 nouveaux satellites dans les trois ans qui viennent.
04:31Dans cette augmentation de capital, il y a des Français, il y a des Britanniques,
04:35il y a des acteurs privés comme CGM, qui est le propriétaire de BFM Business.
04:39L'Allemagne ne participe pas, par exemple.
04:41Pourquoi ? Ils jouent cavaliers seuls, ils peuvent venir plus tard ?
04:44Alors, cette augmentation de capital, elle a effectivement été d'abord l'augmentation de capital
04:49que nous ont accordé nos actionnaires stratégiques.
04:51Alors, nos actionnaires stratégiques, c'est d'abord l'État français,
04:54l'État français qui s'est renforcé, qui a maintenant 29% du capital de Telsat.
04:59L'État anglais, qui a 11% du capital de Telsat.
05:02Donc, on a deux États forts, européens.
05:04Alors, même si l'Angleterre n'est pas stricto sensu partie de l'Europe,
05:07la géographie est quand même celle qu'elle est.
05:09Donc, on est très content de les avoir au capital.
05:11Et puis, on a des grands actionnaires comme Barti.
05:13Barti, qui est un grand groupe indien de télécommunications,
05:15mais qui est aussi le premier actionnaire de Bottiche Télécom, je le rappelle.
05:19Et puis, bien sûr, des grands actionnaires comme CMA, CGM, vous l'avez dit.
05:22Mais il n'y a pas les Allemands.
05:23Alors, dans un premier temps, on a fait cette augmentation de capital
05:26avec nos actionnaires actuels, ces grands actionnaires stratégiques que je viens de citer
05:29et nos plus petits actionnaires, puisqu'on est coté en bourse,
05:33on est coté à la Bourse de Paris, on est coté à la Bourse de Londres.
05:35Donc, ce sont nos actionnaires existants qui ont procédé à cette augmentation de capital.
05:39Et, vous le savez, je l'ai déclaré, on aimerait avoir d'autres États européens
05:43qui viennent au capital de Telsat.
05:44Donc, voilà, il faut qu'on engage des discussions.
05:46Je ne peux pas vous en dire plus aujourd'hui,
05:48mais il est certain qu'on aimerait avoir d'autres États européens au capital de Telsat.
05:50Sur les questions de compétitivité, OneWeb, ça coûte entre 5 fois et 10 fois plus cher
05:54que Starlink Business pour une capacité qui est comparable.
05:57Toujours ce sujet de compétitivité européenne.
05:59Comment on fait pour rester dans la course ?
06:01Alors, ce que vous dites n'est pas vrai.
06:03C'est-à-dire qu'on ne coûte pas 5 à 10 fois plus cher.
06:06Effectivement, si on compare au prix grand public de Starlink, oui, c'est le cas.
06:10Mais, je le disais encore, on n'est pas sur ce segment-là.
06:12On est sur un segment qui est un segment de grandes entreprises.
06:14Donc, ce que je dis est vrai, mais ce n'est pas votre segment,
06:16ce n'est pas un segment qui vous intéresse.
06:18Donc, c'est quand même vrai.
06:19C'est vrai pour le grand public.
06:21Or, on ne vend pas au grand public.
06:22On ne veut pas vendre au grand public.
06:23On vend à des entreprises qui ont des besoins spécifiques de grandes entreprises.
06:28Par exemple, des bateaux, qui sont des bateaux marchands,
06:31ou alors des avions.
06:33Et vous comprenez bien qu'on n'équipe pas un avion avec une petite antenne.
06:36On ne la pose pas comme ça.
06:38Ça nécessite des travaux et des spécificités très particulières à ce type de business.
06:45Et on a vraiment des offres compétitives dans ce segment-là.
06:49Des choses qu'on propose, que Starlink ne propose pas.
06:51Par exemple, de la capacité garantie pour ce type d'entreprise.
06:54Voilà, donc on veut vraiment continuer à se focaliser sur ce segment-là.
06:59Amazon, comment vous les voyez aujourd'hui ?
07:00Un concurrent de plus ? Un partenaire potentiel ?
07:03Alors, on les voit comme un concurrent de plus.
07:05Alors, il y a toujours, quand un concurrent arrive pour avoir travaillé moi-même 30 ans
07:09dans le secteur des télécoms, il faut se préparer.
07:13Mais il y a toujours un aspect positif.
07:15C'est-à-dire qu'un concurrent en plus, ça dynamise le marché.
07:17Sur un marché qui est déjà très dynamique.
07:19Donc, on pense que ça va encore booster la croissance de ce segment et de ce marché-là.
07:22Qu'est-ce que vous avez gardé d'Orange à E-Telsat ?
07:25Parce que ce n'est pas des boîtes comparables,
07:26mais il y a quand même des enjeux d'infrastructure.
07:29Enfin, il y a un lien quand même.
07:30Qu'est-ce que vous avez gardé de votre expérience ?
07:32On est maintenant, E-Telsat, un opérateur de télécommunication.
07:35On vend des services très haut débit.
07:37Et ce, partout dans le monde.
07:39Donc, on est devenu un opérateur de télécom qui vend du très haut débit.
07:43Concurrent d'Orange Business Services, quoi.
07:44Depuis l'espace, voilà.
07:46Merci beaucoup d'être venu ce matin, Jean-François Fallaché,
07:49pour nous parler d'E-Telsat.