00:00Bonjour Aurélien Demeau.
00:01Bonjour.
00:01Merci d'être sur notre plateau, cofondateur, directeur général d'Electra.
00:04Avec cette opération, vous dépassez donc le milliard d'euros levés en quatre ans.
00:09C'est plutôt un bel exploit pour une entreprise comme la vôtre.
00:12Oui, merci. Nous, on a un métier d'infrastructure.
00:16Donc, on déploie l'infrastructure de recharge rapide
00:18pour faciliter finalement l'adoption des voitures électriques.
00:22Donc, ça coûte de l'argent.
00:23Voilà, cette infrastructure, ça coûte pas mal de capex, comme on dit,
00:26donc de capital à mettre sur la table.
00:28Et donc, on avait réalisé plusieurs tours en equity,
00:32donc de levée en capital.
00:34Et là, il était temps maintenant de mettre un financement de type dette.
00:39Et c'est ce qu'on a fait.
00:40On a été accompagné par la banque ING.
00:42Puis, on a choisi huit prêteurs, que je remercie pour leur confiance.
00:45Donc, huit banques qui nous ont prêté 283 millions d'euros,
00:48plus 150 millions d'euros.
00:50Donc, ça fait un total de 433 millions d'euros, effectivement.
00:53Il faut beaucoup d'investissement dans votre activité
00:56avant de pouvoir être complètement opérationnel et crédible.
01:01Vous visez la rentabilité dans moins de deux ans, je crois.
01:04C'est un pari osé.
01:06Oui, c'est ça.
01:06Nous, on a un objectif d'être EBITDA positif en 2026,
01:11parce qu'aujourd'hui...
01:12Oui, dès l'année prochaine.
01:14Voilà, on est présent dans 10 pays en Europe.
01:16On a 513 stations en activité.
01:19On continue d'en déployer entre 4 et 5 par semaine.
01:22Et donc, cette diversification européenne et cette taille,
01:26cet effet d'échelle, nous permet de commencer à avoir une équation économique
01:30qui va tourner.
01:30C'est intéressant de vous avoir avec nous ce matin.
01:32Il y a beaucoup de sujets internationaux dont on va parler
01:35dans les 5 minutes que nous avons ensemble.
01:37Mais d'abord, sur le marché européen,
01:39c'est facile aujourd'hui ou pas,
01:40quand on est une boîte française, c'est ça ?
01:42De se développer partout.
01:44Je crois que vous êtes dans 9 pays pour l'instant.
01:46Mais de se développer comme ça sur le marché européen
01:49en termes de réglementation,
01:50de possibilité d'agir et de croître ?
01:55Alors, chaque pays européen a effectivement ses propres spécificités.
01:57Dans le France où, typiquement, en France, on a Enedis
02:01qui est l'opérateur réseau.
02:04Dans d'autres pays, par exemple, comme l'Allemagne ou la Suisse,
02:07il y en a 600 en Suisse et 800 en Allemagne.
02:10Donc, il y a une complexité opérationnelle
02:12qui varie en fonction des pays.
02:13Maintenant, la bonne nouvelle,
02:15c'est que nous faisons tous partie de l'Union européenne
02:17et la direction de décarbonation des transports
02:19de l'Union européenne, elle s'applique à tout le monde.
02:22Donc, c'est la fameuse interdiction des voitures thermiques en 2035
02:25avec différents jalons, 2025, 2030, puis 2035.
02:27Vous ne manquez pas un peu de visibilité, quand même, Aurélien Demault,
02:31entre Bruxelles qui pourrait rétro-pédaler sur ses ambitions énergétiques
02:35face à la pression des constructeurs automobiles,
02:38qui est incessante.
02:39On sait que les rendez-vous ont été avancés
02:42à la demande, justement, des constructeurs
02:44pour revoir les ambitions,
02:46notamment sur les échéances du passage à l'électrique.
02:49Je vous remercie de poser cette question
02:51parce qu'effectivement, nous avons besoin de visibilité.
02:53Nous, quand je dis nous, je suis également président de Charge France,
02:57qui est une association qui regroupe les opérateurs de recharge en France.
03:00On investit des centaines de millions, voire des milliards d'euros
03:02pour créer une infrastructure qui fonctionne.
03:05Et aujourd'hui, la France a le premier réseau de bandes de recharge en Europe.
03:10Donc, ce n'est pas vrai de dire qu'il n'y a pas de bandes de recharge en France.
03:13Aujourd'hui, on a énormément de bandes de recharge en France.
03:15On ne demande pas de subvention, on ne demande pas d'aide.
03:18En revanche, on demande de la stabilité dans les règles.
03:21Et je pense que ce serait une très mauvaise décision
03:24pour nos constructeurs en premier lieu, en fait,
03:28de rétro-pédaler et d'affaiblir cette trajectoire 2035
03:33que j'ai décrite tout à l'heure.
03:34Pourquoi ? Parce que de toute façon,
03:35la technologie du 21e siècle, c'est la voiture électrique.
03:39On le voit.
03:40Et donc, je pense que nous avons déjà peut-être un petit peu de retard
03:42par rapport à la Chine.
03:43Et il ne faut pas prendre davantage de retard.
03:45Au contraire, il faut mettre les bouchées doubles sur cette technologie
03:48parce qu'on sait que c'est cette technologie qui va être gagnante.
03:51Donc, il faut investir davantage massivement aujourd'hui.
03:54Vous avez raison.
03:55Je l'ai vu de mes propres yeux.
03:56J'étais en Chine l'année dernière.
03:57Il y a, je crois, 40% de véhicules électriques sur les routes à Shanghai.
04:02Donc, ça n'a rien à voir avec ce qu'on a aujourd'hui en France
04:05et plus largement en Europe.
04:07Le paysage politique et les négociations
04:10qu'il y a autour de ces sujets-là en Europe,
04:12ça veut dire aussi que vous n'allez pas aussi vite
04:15que vous le pourriez, que ce que vous voudriez,
04:19parce que justement, vous êtes dans une espèce d'hésitation,
04:21d'attente de savoir ce qui va ressortir de tout ça ?
04:24Alors, nous, on a choisi de continuer à avancer,
04:28de se dire, voilà, cette interdiction de véhicules thermiques en 2035,
04:32elle existe, elle est là pour le moment.
04:34Elle n'a pas encore été rediscutée.
04:38Elle n'a pas encore été affaiblie.
04:39Donc, on avance en confiance.
04:42Maintenant, évidemment, que ça crée de l'anxiété,
04:44ça crée de l'incertitude.
04:46Et d'ailleurs, vous parliez de la Chine, c'est intéressant.
04:49En Chine, les gens achètent massivement des voitures électriques.
04:52Pourquoi ?
04:53Parce que le prix des voitures électriques
04:54est le même que celui des voitures thermiques,
04:56parce que le prix des batteries est très bas.
04:59C'est exactement ce qui va nous arriver en Europe.
05:01Le prix des véhicules électriques va être au même prix
05:04que celui des véhicules thermiques dans moins de trois ans.
05:07Et comme ça coûte deux fois moins cher de rouler en véhicule électrique,
05:10le choix, il va être assez rapide.
05:12Les gens vont se tourner massivement vers l'électrique.
05:14Les Chinois n'achètent pas des véhicules électriques
05:15parce qu'ils sont tous écologistes.
05:19Oui, parce que c'est vrai que ça coûte moins cher,
05:21mais parce que l'automobile est aussi subventionnée,
05:23parce qu'effectivement, il y a des droits là-bas
05:24pour acheter ne serait-ce qu'une plaque d'immatriculation.
05:26Et donc, ça coûte beaucoup moins cher
05:28de rouler à l'électrique grâce à ça.
05:31Justement, rapidement, sur la concurrence,
05:32vous le disiez, les Chinois sont très en avance.
05:35Est-ce qu'ils sont aussi intéressés par le marché européen ?
05:37Est-ce que vous avez du souci à vous faire à ce sujet-là ?
05:41Alors, on n'a pas tant d'acteurs chinois en Europe.
05:43On est beaucoup d'acteurs.
05:45C'est un marché qui est assez concurrentiel.
05:47Comme je disais tout à l'heure,
05:47on a beaucoup, beaucoup maillé,
05:49nous, mais pas que nous.
05:51Vous avez des acteurs qui sont des énergéticiens,
05:53vous avez des acteurs qui sont des pureplayers comme nous,
05:55vous avez des acteurs qui sont des constructeurs automobiles,
05:57Tesla pour ne pas les nommer, mais il y en a d'autres.
06:00Donc, tout le monde participe à un effort assez massif
06:03puisqu'on a doublé le nombre de points de charge en France en deux ans.
06:06Donc, peut-être que c'était un peu l'aventure
06:08de partir en voiture électrique il y a deux ou trois ans,
06:10et c'est resté un peu dans la tête de certaines personnes,
06:12mais aujourd'hui, franchement, ça n'est plus du tout le cas.
06:15Je pense notamment à tous les gens
06:16qui vont partir en vacances cet été.
06:18Il n'y a plus de sujet de partir en voiture électrique
06:20et de faire des longues distances.
06:21On parlait un peu des hésitations,
06:24des difficultés, des freins,
06:25en tout cas du manque de visibilité en Europe.
06:28Pour terminer, les États-Unis,
06:29parce que c'est quand même notre sujet
06:30depuis le début de cette semaine
06:32avec les négociations commerciales.
06:33Vous regardez ce qui se passe là-bas.
06:34On sait que Donald Trump,
06:36il n'est pas forcément le plus enclin
06:38à investir dans les mobilités durables,
06:41en tout cas dans l'électrique.
06:42Est-ce que ça peut fragiliser votre marché ?
06:45C'est le moins qu'on puisse dire
06:46qu'effectivement, ils n'investissent pas
06:48dans la transition énergétique aux États-Unis.
06:52Nous, franchement, ça nous concerne moins
06:54puisqu'on a un acteur qui est européen.
06:56Je veux rappeler juste une réalité
06:58qui est que l'Union européenne
06:59importe 97% de son pétrole.
07:02Les États-Unis,
07:04c'est à peu près 19 millions de barils de pétrole par jour.
07:08Ils sont autosuffisants de ce point de vue-là
07:10puisqu'ils produisent,
07:11et notamment en grande partie avec du pétrole de schiste.
07:14Et d'ailleurs, c'est assez surprenant
07:15puisqu'on a vu que dans l'accord
07:16qui avait été négocié avec l'Union européenne,
07:17l'Union européenne devait s'engager
07:18à acheter pour 750 milliards
07:20de pétrole, de gaz et de charbon américain.
07:22On ne sait pas comment on va faire d'ailleurs.
07:24On ne sait pas du tout comment on va faire.
07:25En plus, c'est du pétrole de schiste
07:27qui est interdit en Europe
07:28pour une grande partie.
07:30Et en plus, on n'est pas dans une économie administrée
07:32dans laquelle on pourrait dire
07:33vous allez maintenant tous acheter du pétrole aux États-Unis.
07:36C'est quand même les entreprises qui décident de ce qu'elles font.
07:38Voilà, absolument.
07:39Donc je pense que ce n'est pas un exemple à suivre
07:40et qu'au contraire,
07:42comme on est totalement dépendant
07:44sur le plan du gaz et du pétrole en Europe,
07:46il faut continuer sur une voie de souveraineté
07:49pour ne pas justement être dans la main des Américains
07:51et devoir leur acheter 700 milliards de pétrole et de gaz
07:54dans les années qui viennent.
07:55Merci beaucoup d'être venu nous voir ce matin,
07:58Aurélien Demeau,
07:58et merci pour ces commentaires et ces analyses
08:00cofondateurs, directeurs généraux d'Electra.
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