00:00Et notre éclaireur du jour est Florent Yelpo, en charge de la macroéconomie chez Lombard Audier IEM.
00:09Bonjour Florian Yelpo, vous êtes en duplex avec nous. Merci d'être avec nous dans Good Morning Markets.
00:15Bonjour Florian Yelpo.
00:17Bonjour Nicolas, bonjour à tous.
00:19Un mot quand même de ces deux actualités du matin. Nous vivons un shutdown aux Etats-Unis.
00:23Alors effectivement, ça n'inquiétait pas beaucoup les marchés. Il y avait ceux qui y croyaient, ceux qui n'y croyaient pas,
00:27ceux qui voyaient des conséquences assez relatives sur le sujet.
00:30Nous vivons un shutdown aux Etats-Unis, Florian Yelpo, et puis nous avons passé les 7900 points sur le CAC 40 ce matin.
00:37Absolument. Il faut se rappeler que ce shutdown est une problématique qui est purement américaine,
00:42avec très peu d'incidence finalement sur les perspectives de profit pour un grand nombre d'indices non américains notamment.
00:50Ça c'est le premier élément.
00:51Le deuxième élément, il faut se souvenir que c'est souvent, enfin c'est historiquement quelque chose de court terme.
00:56Vous savez, en moyenne, ça dure 15 jours.
00:58Donc on a en général deux semaines de shutdown avec des variations.
01:02Ça a pu aller jusqu'à 35 jours.
01:04Souvenez-vous, 2018, avec certaines conséquences économiques, mais très peu de conséquences de marché,
01:11où ça n'a pu durer quelques jours, notamment sous Reagan.
01:14Donc il y a un point commun à tout ça.
01:17C'est un choc de court terme normalement, et c'est un choc américano-américain.
01:22Pas d'inquiétude sur les marchés européens et sur les marchés américains, Florian Yelpo ?
01:27Alors, un peu plus d'inquiétude de ce côté-là.
01:30Moi, mes yeux, ils sont surtout sur la trajectoire du dollar.
01:33C'est-à-dire que ce pauvre dollar, cette année, il a une trajectoire qui est difficile.
01:38Il a souffert de l'imposition des tarifs douaniers.
01:41Il a souffert d'un certain nombre de déclarations qui mettaient en péril l'indépendance de la Banque centrale américaine.
01:48Et là, il souffre à nouveau parce que la crédibilité de l'État américain est une nouvelle fois atteinte.
01:53Donc en filigrane de tout ça, il faut garder en tête qu'on ne parle encore et toujours que de la même chose,
02:00c'est-à-dire du destin fiscal de l'État américain.
02:03Et c'est l'un des dangers de 2025.
02:06Maintenant, le marché tente de se repositionner, de réagir face à ça.
02:09Le premier des marchés à réagir en général, c'est plutôt la monnaie et le dollar baisse à l'ouverture.
02:15Si l'on est aux États-Unis, je vous propose d'y rester, Florian Yelpo, en matière de politique monétaire.
02:22Alors effectivement, l'argument shutdown était interprété comme certain par l'idée que ça pourrait venir soutenir
02:32cette politique monétaire accommodante aux États-Unis,
02:36ou en tout cas ce que veulent un certain nombre d'opérateurs de marché sur le sujet.
02:40On price deux baisses de taux pour la fin d'année 2025,
02:44mais quatre baisses de taux d'ici décembre 2026, Florian Yelpo.
02:50Oui, tout à fait.
02:51Il faut garder en tête qu'historiquement, ces exercices de shutdown coûtent environ 0,1% de croissance par semaine.
03:00Alors c'est à la fois peu et beaucoup, en tout cas ça risque de contribuer à ralentir l'économie américaine
03:08et du coup ça va faire le lit probablement d'au moins une à deux baisses cette année
03:12et ce sont clairement des arguments qui vont dans la direction d'une baisse des taux.
03:17Le problème auquel nous allons être confrontés également bientôt, encore une fois une conséquence de ce shutdown,
03:22c'est que le Bureau of Labor Statistics, qui est l'entité statistique qui produit les statistiques de l'emploi
03:31qui doivent être, qui devaient être publiées ce vendredi,
03:34eh bien ce shutdown va mettre en péril cette publication,
03:36mais ne mettra pas en péril la publication des ISM qu'on verra cet après-midi pour nous aux États-Unis
03:42et vendredi après-midi qui sont les indicateurs avancés de l'économie américaine.
03:47Historiquement ce qu'on voit c'est un report de l'importance des statistiques du marché de l'emploi
03:51vers ces deux enquêtes de l'ISM qui devraient néanmoins être publiées en dépit du shutdown.
03:55Pour autant l'enquête suivie par la Fed, ou en tout cas les chiffres de l'emploi suivis par la Fed,
04:00c'est évidemment ce rapport sur l'emploi privé aux États-Unis, publié vendredi.
04:06On va du coup avoir certains éléments, mais plutôt des enquêtes privées.
04:10Et d'ailleurs on a déjà découvert l'enquête Joltz hier, Florian Yelpo,
04:14qui montre que les offres d'emploi ont augmenté plus fortement que prévu au mois d'août.
04:19Oui, et s'il y a l'une des sous-composants de cette enquête à suivre,
04:24c'est les taux de licenciement.
04:26On a un indicateur qui permet de suivre justement le nombre de personnes,
04:29en tout cas le pourcentage des gens employés qui perdent leur emploi.
04:33Il est resté inchangé vis-à-vis du mois précédent à 1,1%
04:36et plus important encore, il reste très éloigné des seuils critiques
04:41qui différencient un marché de l'emploi qui ne va pas bien,
04:44un marché de l'emploi qui va bien, ce seuil étant à 1,4%.
04:47Donc on en est encore très très loin et cette enquête des Joltz
04:52le montre assez clairement, dans l'ensemble, le marché de l'emploi
04:54reste résilient aux États-Unis avec un taux de chômage
04:57qui restera probablement aux alentours des 4,2-4,3%.
05:01Peut-on espérer, Florian Yelpo, le jour où effectivement nous aurons accès
05:06aux données de l'emploi aux États-Unis, du Bureau of Labor Statistics,
05:10peut-on espérer une reprise du marché de l'emploi
05:12ou en tout cas une résistance de ce marché ?
05:15Alors c'est comme ça que le marché est positionné aujourd'hui.
05:17Le scénario de marché principal aujourd'hui,
05:19c'est que les États-Unis ont connu au troisième trimestre
05:23une phase de ralentissement qui était un peu scriptée,
05:26qui était scriptée notamment du fait de l'impact des droits de douane
05:29sur l'économie américaine, mais que ce qui est devant nous,
05:32c'est plutôt une forme de rebond de l'économie américaine,
05:34c'est-à-dire que les créations d'emploi devraient progresser
05:37dans les mois à venir, dans les rapports de septembre, octobre, novembre, décembre,
05:40le jour où on pourra mettre nos mains sur ces données-là.
05:44C'est le scénario global du marché et puisque c'est son scénario,
05:47son angle mort, c'est justement une poursuite de la détérioration.
05:50Un chiffre à suivre dans ce rapport sur l'emploi,
05:52ce sont les révisions des créations d'emplois.
05:55On ne le dira jamais assez.
05:57Des révisions négatives, c'est-à-dire que la réestimation du chiffre précédent,
06:02plus basse que la publication initiale,
06:05ce sont généralement des signes de détérioration.
06:06Lorsqu'on aura moins de révisions négatives,
06:09on pourra confirmer une amélioration sur le marché de l'emploi américain.
06:13Un mot, Florian Yelpo, de l'inflation, cette fois-ci en zone euro.
06:17Alors on a eu hier deux chiffres sur lesquels on y mérite de s'arrêter.
06:21L'inflation en France, 1,2% en septembre,
06:23et l'inflation en Allemagne, 2,4% en septembre.
06:26On est sur un rapport de 1 à 2.
06:29Comment interpréter ces différences, Florian Yelpo ?
06:33Il faut bien garder en tête la position qui est extrêmement difficile aujourd'hui
06:36pour la Banque centrale européenne.
06:38C'est-à-dire que si on étend encore la liste de ces chiffres d'inflation,
06:41on a également reçu l'Italie, l'Espagne, le Portugal, l'Irlande,
06:45donc des pays qui sont quand même significatifs pour la zone euro,
06:49et aucun d'entre eux n'a le même chiffre d'inflation.
06:53On est confronté à une vaste disparité entre les chiffres d'inflation,
06:56mais dans l'ensemble, on a un grand nombre de pays qui sont au-dessus des 2% d'inflation,
07:02et ça risque d'inquiéter la BCE.
07:04Pourquoi ? Ce sont généralement les pays où le momentum économique est le plus fort,
07:08c'est-à-dire que la dynamique globale, c'est un euro fort, des matières premières qui baissent,
07:12ce sont des facteurs de désinflation, ce sont des facteurs qui vont venir limiter la progression des prix,
07:18mais de l'autre côté, lorsqu'on pense à un pays comme l'Allemagne,
07:20on en a encore eu la confirmation avec l'enquête de l'IFO,
07:22avec l'enquête de la Commission européenne qui est en phase de reprise,
07:27et bien cette phase de reprise, elle est généralement inflationniste,
07:29et la BCE va devoir statuer entre ses préférences pour ses enfants qui vont le plus vite
07:35et ses enfants qui vont le moins vite.
07:37Malheureusement, parmi ses enfants qui vont le moins vite, on trouvera la France,
07:40vous l'avez vu avec les bandes de détail notamment, qui enregistrent un recul au mois précédent.
07:45Donc c'est le grand écart, c'est le grand strabisme pour la Banque centrale européenne
07:50avec une décision de politique honnêteur qui va devenir de plus en plus difficile à prendre.
07:54Merci Florian Yelpau de nous avoir accompagné dans L'Éclaireur, dans Good Morning Markets.
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