00:00On va parler de l'Europe et de cet possible élargissement.
00:05Deux nouveaux membres dans l'Union Européenne d'ici 2030.
00:08Une dizaine sont en train de discuter avec la Commission Européenne.
00:12Il y a l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Géorgie, la Moldavie, notamment.
00:15L'État avec Benjamin Couteau, bonjour.
00:17Vous êtes chercheur au Centre Grande Europe de l'Institut Jacques Delors.
00:20Avant de parler de la situation de chacun, est-ce que l'Union Européenne,
00:23quand on voit la complexité de faire passer des décisions aujourd'hui,
00:27est-ce qu'on a vraiment besoin de ça, de s'élargir ?
00:29Si on écoute la Commission Européenne, si on écoute la plupart des États membres,
00:33la réponse est simple, oui.
00:38La façon dont on le fait, c'est beaucoup plus compliqué.
00:40Mais en réalité, ce qu'il faut voir, c'est que depuis le 24 février 2022,
00:44on a une pression qui existait déjà avant, mais qui est plus claire que jamais.
00:47C'est la menace russe sur notre sécurité, sur notre stabilité, sur notre souveraineté.
00:51Que ce soit dans les zones qui peuvent paraître périphériques,
00:55comme l'Ukraine, la Moldavie, mais aussi en France.
00:57On est en permanence sous cette menace-là, qui a été désignée par les autorités et par l'armée.
01:02Donc cette menace-là, comment on la contre ?
01:05Une des réponses, ce n'est pas la seule, mais une des réponses en tout cas, c'est l'élargissement.
01:08C'est-à-dire qu'on ne peut pas avoir, en tout cas c'est l'impression qu'en ont la Commission des États membres,
01:12de zones grises sur le continent.
01:13On ne peut pas avoir des États qui, en plus, souhaitent rejoindre l'Union Européenne.
01:17Il ne faut pas non plus tomber dans la dérive du Kremlin,
01:20qui croirait qu'on veut nous-mêmes nous accaparer ces États-là.
01:23Non, ce sont des États qui veulent rejoindre l'Union Européenne.
01:25On ne peut pas les laisser dans une zone grise, parce que qu'est-ce que va chercher à faire la Russie ?
01:28Les déstabiliser pour mettre en danger notre sécurité.
01:33Donc c'est l'argir, c'est être plus fort et non pas plus faible.
01:36Exactement.
01:38Et ensuite, la question du comment, bien sûr, elle est centrale.
01:41C'est une question qui est, même à 27, en partie, en permanence présente.
01:46Qu'est-ce qu'on fait à 27 ? Comment on le fait ?
01:48Est-ce qu'on est vraiment capable de prendre des décisions ?
01:51Je pense que si on prend aujourd'hui l'histoire extérieure de l'Union Européenne,
01:53donc on a fait un gros élargissement en 2004 qui a fait beaucoup parler,
01:57qui est aujourd'hui, en général, assez mal perçu, notamment en France.
02:01Mais si on voit tout ce qu'on est capable de faire, notamment nos derniers engagements sur le Green Deal,
02:05après, depuis la mandature qui a commencé en 2024, on peut considérer que ce Green Deal est mis en danger.
02:10Le Green Deal, c'est le pacte vert qui fait qu'on va effectivement réduire nos émissions de carbone.
02:14Mais quand on voit le Green Deal, les 19 paquets de sanctions qu'on a réussi à adopter à 27 contre la Russie,
02:18bien qu'on ne soit pas forcément tous d'accord, quand on voit ce qu'on est capable de faire,
02:22on peut se dire qu'au final, on est quand même capable d'avancer et de défendre nos intérêts,
02:27plus que quand on était même 6, 12, 15, où il y a eu, bien sûr, des avancées majeures.
02:33Mais si on pense au traité de Nice en 1999, c'était quand même la victoire des égoïsmes nationaux qui nous a empêchés d'avancer.
02:38Et c'est à 27 qu'on a négocié ensuite un futur traité constitutionnel, qui n'a pas été voté,
02:41mais ensuite le traité de Lisbonne qui nous permet aujourd'hui d'avoir cette ambition.
02:45Donc, être plus à participer au même projet, c'est être plus fort et surtout dans un monde
02:50où la recomposition des équilibres mondiaux nous met de plus en plus en danger.
02:54Parce que face à nous, il y a la menace russe, mais il y a les États-Unis qui ne sont plus forcément de notre côté.
02:58Il y a la Chine qui nous met la pression, en particulier sur les terres rares.
03:01Et on sait qu'il y a des États candidats qui ont ce type d'avantages-là en matière de terres rares.
03:05Je pense à la mine de lithium en Serbie.
03:06Donc, il faut voir que ces États-là peuvent aussi nous apporter plus une certaine stabilité
03:12et une place dans le monde qui est plus assurée.
03:15Annalisa, un des obstacles à l'élargissement, c'est l'opinion publique européenne
03:20qui pourrait ne pas être d'accord avec cet élargissement.
03:23Donc, on commence à parler d'une formule intermédiaire,
03:26d'une espèce de période de transition avant l'adhésion complète.
03:30Est-ce que c'est suffisant pour rassurer les Européens ?
03:32Je ne sais pas si ce sera suffisant.
03:34Ça, c'est le résultat d'un éventuel référendum en France qui nous le dira,
03:39parce que c'est la question qui se pose.
03:41Aujourd'hui, je pense qu'il faut parler d'élargissement de plus en plus,
03:44parce que, comme je disais, la Constitution prévoit un référendum qui peut être évité.
03:48Mais en tout cas, ça paraît la solution première,
03:49surtout compte tenu de la situation parlementaire actuelle.
03:53Donc ça, on verra à ce moment-là si ça peut rassurer les opinions publiques.
03:56Mais en tout cas, c'est une façon de le faire.
03:58Parce que ce qu'on entend souvent, c'est que les Français,
04:02puisque c'est le pays qui nous intéresse le plus et qui intéressera le plus aux spectateurs,
04:05les Français s'intéressent aux questions d'agriculture.
04:07Est-ce que l'Ukraine ne sera pas une menace pour notre agriculture ?
04:10En matière de fonds qui vont être versés à ces États qui vont adhérer à l'Union européenne,
04:16est-ce que les Français ne vont pas se retrouver à payer plus pour ces États-là,
04:19alors qu'on nous dit qu'il faut serrer la ceinture en France ?
04:21Toutes ces questions-là, effectivement, la question de période transitoire,
04:25ce qu'on a fait en 2004, par exemple, on a pendant quelques années
04:28mis de côté la liberté de circulation des travailleurs.
04:31On sait qu'à l'époque, la question du plombier polonais faisait la une des médias.
04:35On sait que la question des délocalisations était très présente.
04:39Donc pour essayer de répondre à ce type de crainte, de doute,
04:43de la part de la population des États membres,
04:45c'est une formule qui peut être mise en œuvre.
04:47Et il y a des États qui, aujourd'hui, parmi les plus avancés,
04:50le Monténégro, l'Albanie, qui se sont dit prêts à accepter ce genre de sacrifice
04:53en se disant, au moins on peut adhérer à l'Union européenne.
04:56Bien sûr qu'ils n'ont pas envie d'être un État membre de seconde classe,
04:58bien sûr qu'ils n'ont pas envie de faire trop de sacrifices,
05:00mais ils sont capables, d'une certaine manière, de dire,
05:02on comprend que c'est difficile pour vous.
05:04Donc pour rejoindre le club, qui reste quand même aux yeux du monde entier,
05:08un club qui est pérenne, qui est prospère,
05:12pour rejoindre ce club, ils sont prêts à faire cet effort-là.
05:14Alors quand on dit que le Monténégro et l'Albanie sont plus avancés,
05:17qu'est-ce qu'ils ont fait ces dernières années comme effort pour pouvoir rentrer dans le club ?
05:21Ils ont fait des efforts sur ce qu'on appelle les fondamentaux.
05:24Surtout la question de la démocratie, de l'État de droit et de la justice.
05:28Par exemple, l'Albanie a fait une réforme de la justice
05:30qui a permis de lutter contre la corruption de nombreux juges,
05:35de nombreux professionnels de la justice de manière générale,
05:38qui, cette réforme-là, n'aurait pas été faite
05:40si jamais l'Union européenne n'avait pas été crédible.
05:41En fait, ça fait un quart de siècle quasiment maintenant
05:43qu'on promet l'adhésion aux États candidats,
05:45notamment aux Balkans occidentaux.
05:47Et en un quart de siècle, il y a eu beaucoup de crises,
05:49d'où cette question aussi des périodes transitoires
05:52qui nous permettraient d'aller plus vite.
05:54Il y a eu des moments de crise que vous connaissez par cœur,
05:56la question de l'euro, la question de la dette,
05:58la question des migrants, le Covid.
05:59En fait, on s'est un peu détournés de cette région-là.
06:01Et comme on n'était pas crédibles,
06:03ces États-là n'ont pas fait d'efforts.
06:04Maintenant qu'on est crédibles, parce qu'on a dit depuis 2022,
06:06en fait, on s'est rendu compte que c'est nécessaire d'élargir,
06:08l'Albanie fait des efforts sur la justice,
06:11le Monténégro s'est débarrassé,
06:13les citoyens monténégrins, c'est eux qui ont voté,
06:15sont débarrassés d'un dirigeant qui est au pouvoir depuis 30 ans,
06:18donc certes élu démocratiquement,
06:20mais je pense qu'il n'y a aucune démocratie
06:21qui peut se réjouir d'avoir le même dirigeant pendant 30 ans.
06:24Donc les monténégrins ont changé de gouvernement,
06:26un gouvernement qui a commencé à réformer l'administration,
06:28qui a fait aussi des réformes en matière de justice.
06:31Donc ces fondamentaux-là, la Commission le dit,
06:33c'est pas parfait, sinon ils seraient déjà membres de l'Union européenne,
06:36mais c'est tout le but des négociations
06:37que de faire en sorte qu'ils soient prêts à rentrer dans l'Union européenne.
06:39La Commission européenne a dit, en tout cas,
06:40vous avez fait des efforts sur ça, et on le voit,
06:43c'est quelque chose de très technique la question des chapitres,
06:44mais en tout cas, disons, sur un tiers
06:47de ce qu'il reste à faire pour le Monténégro,
06:49la Commission européenne a dit,
06:51vous êtes sur la bonne voie,
06:52et c'est ce qui permet de dire aujourd'hui qu'ils ont fait des progrès.
06:54C'est par contre sur la Géorgie, que c'est plus complexe,
06:56vous parlez justement de l'influence russe,
06:58là c'est le sujet complètement.
07:00Clairement, et on voit même que les autorités georgiennes n'ont pas réagi,
07:03et ont dit, écoutez, nous on a pris acte de cette décision,
07:05le gouvernement avait dit qu'ils voulaient geler leur candidature jusqu'en 2028,
07:10aujourd'hui il n'y a aucun effort qui est fait des deux côtés,
07:12et clairement l'influence russe, on le voit en fait,
07:14quand on n'est pas crédible, quand on n'arrive pas à s'imposer,
07:18l'influence russe arrive à prendre le dessus,
07:21et à faire en sorte qu'un pays se défasse complètement
07:23de la voie, de la démocratie, de l'état de droit,
07:26et les citoyens georgiens, l'opposition georgienne,
07:28aujourd'hui sont mis en prison tous les jours,
07:32ce qui montre bien que quand on a un gouvernement
07:33qui ne respecte pas ces règles-là,
07:34quand l'Union Européenne n'est pas assez forte, on perd du terrain.
07:36Merci beaucoup Benjamin Couteau d'être venu ce matin
07:38dans la matinale de l'économie.
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