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  • il y a 7 semaines
Ce mardi 16 décembre, Roland Gillet, professeur d'économie financière à l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Ils ont discuté de la division de l'Europe sur l'utilisation des avoirs russes, ainsi que du sommet européen sur le financement de l'Ukraine au cours des deux prochaines années. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Les discussions se poursuivent sur l'Ukraine, la question de l'utilisation des avoirs russes divise les Européens.
00:06Un sommet européen commencera jeudi, il doit trancher sur la question du financement de l'Ukraine pendant les deux prochaines années.
00:13On va parler de tout ça avec un Belge et c'est important.
00:15Roland Gillet, bonjour !
00:17Bonjour !
00:17Vous êtes Belge et c'est important, je le disais, pour ce sujet autour des avoirs car il tourne autour de la Belgique et d'Euroclear.
00:23Euroclear, chambre de compensation où sont conservés les avoirs russes du côté belge.
00:29c'est un nom catégorique pour les utiliser.
00:31Oui, mais ce n'est pas parce que je suis Belge que je vais répondre à la question mieux que si je ne l'étais pas.
00:37C'est juste une question de solidarité européenne.
00:39Ce serait en France, vous savez en France il y a à peu près 20 milliards aussi, on peut s'y interroger aussi.
00:43La France peut faire un geste, c'est un grand pays, 20 milliards pour elle ça ne représente pas beaucoup.
00:46Par contre je ne la vois pas beaucoup en parler mais je vois parler de la Belgique.
00:49Moi je ne sais pas en tant que Belge que je vais défendre la position belge, c'est en tant qu'Européen.
00:53Aujourd'hui on a une décision lourde, lourde de conséquence, Euroclear c'est un organisme qui a 42 500,
00:59milliards à peu près d'actifs et il y en a 180 milliards, enfin à peu près 200 milliards au total d'actifs de l'Union Européenne,
01:07mais il y en a 180 milliards qui sont chez Euroclear.
01:10Donc en gros pour le moment il y a 10 milliards au Luxembourg, il y a 20 milliards en France
01:16et il y a le reste en Belgique parce que l'organisme Euroclear est en Belgique.
01:20Le problème c'est qu'on fait une pression sur le gouvernement belge, non pas pour sa solidarité à l'Ukraine,
01:24la Belgique qui a été un des premiers a marqué sa solidarité à l'Ukraine.
01:28Et pour avoir vécu des cas similaires, non pas liés aux actifs russes, mais au niveau de la solidarité européenne,
01:33que ce soit en Espagne quand il y a la crise, que ce soit également en Grèce,
01:37j'ai vu qu'on déclarait beaucoup de choses en Europe, les Autrichiens vous le diront aussi pour encore d'autres problèmes.
01:42Et puis après quand on les déclare mais qu'on ne les a pas mis, qu'on ne les a pas scellés,
01:44qu'on ne les a pas mis dans un accord où on a une majorité qualifiée,
01:47quand le risque arrive, on a tendance à dire au pays, écoutez, nous on pensait que vous alliez faire les choses convenablement,
01:53maintenant il y a un problème, c'est vous qui le garantissez.
01:56Regardez ce qu'a dit le Premier ministre la première fois belge, il a dit une chose très claire.
02:00Moi je suis solidaire pour qu'on fasse des choses dans la loi, et là, moi je ne suis pas juriste,
02:04mais je sais que ce n'est pas si simple que ça, pour le président que ça va faire,
02:07que pendant une guerre, on mobilise des actifs et on les gèle, ça oui,
02:10mais qu'on les prenne comme ceci, ça peut avoir d'autres effets,
02:14qui, pas seulement pour la Belgique, mais pour l'organisme qui est en Belgique,
02:18c'est de dire, et il y a déjà des pays qui l'ont manifesté, par exemple la vie du Golfe et d'autres,
02:21qui ont dit, écoutez, si on peut avoir lors d'une guerre, parce qu'il y a une injustice,
02:24il y a toujours une injustice pendant une guerre, on peut non seulement geler les avoir,
02:27mais même les prendre et puis après faire, selon le plan, on verra bien le 19,
02:32d'autres choses avec, ça, ça devient un précédent qui va au-delà de ce qu'on devrait faire.
02:36Par contre, la Belgique a dit, et depuis le début, et notamment puisqu'on a un organe très fort avec Madame Lagarde,
02:43c'est-à-dire la Banque Centrale Européenne, si maintenant l'ensemble de l'Europe a supposé
02:48qu'on puisse aller au-delà du problème juridique lui-même, décide qu'on fasse quelque chose,
02:52on met les choses très claires, c'est-à-dire s'il arrive un problème,
02:55quelle que soit la manière dont cet argent sera récupéré ou non,
02:59par le dédommagement au niveau de la Russie par rapport à l'Ukraine,
03:02si la Banque Centrale Européenne garantit que s'il y a un problème,
03:06c'est elle qui intervient au nom de l'Europe,
03:09et la Belgique contribuera pour sa part dans l'Europe,
03:11mais pas que ce soit la petite Belgique qui, rendez-vous compte un peu,
03:15le PIB de la Belgique fait autour de 320 milliards,
03:17ici on parle de 180 milliards, vous voyez un petit peu, ça n'a pas de sens,
03:21donc je pense que c'est toujours un problème de solidarité européenne.
03:23Et j'ajouterais un dernier point, ça montre aussi la faiblesse de l'Europe,
03:26je pense qu'on est tout à fait capable d'emprunter au niveau européen,
03:29comme ça ce serait très clair, 140 milliards.
03:31– Sans avoir le nantissement nécessaire des avoirs russes.
03:33– Oui, et mieux que ça, on laisse les avoir comme ils sont pour le moment,
03:36de toute façon ils sont gelés, donc la Russie ne peut pas les utiliser,
03:39et on fait un prêt européen, on l'a déjà fait dans Next Generation EU,
03:43donc ce n'est pas quelque chose qu'on ne peut pas faire,
03:46et on utilise ces 140 milliards comme on veut pour aider l'Ukraine.
03:48Mais ici vous voyez, c'est un subterfuge pour montrer la faiblesse de l'Europe,
03:54en y remédiant, en faisant presque un coup pendable,
03:56puisqu'on ne l'a jamais fait dans d'autres conflits,
03:57je l'ai oui, mais d'aller prélever cet argent avec tous les risques que ça comporte.
04:01– Annalisa ?
04:02– La Belgique était toute seule jusque-là à soutenir cette position,
04:05elle ne l'est plus aujourd'hui, on sait que plusieurs autres pays
04:08commencent à critiquer cette décision, il y a Malte, il y a la Bulgarie,
04:11et surtout il y a l'Italie, on sait que Georgia Meloni veut jouer
04:15un rôle de pivot sur plusieurs volets de cette affaire,
04:18est-ce qu'il y a un nouveau front qui commence à se construire autour de la France ?
04:21– Oui, il y a des petits pays comme la Slovaquie,
04:23où il y a la Hongrie, où on sait le côté pro-russe,
04:26donc je ne suis pas étonné que ce soit solidaire,
04:28est-ce qu'ils sont vraiment pour les Belges,
04:29ou est-ce qu'ils sont parce que c'est une position qui leur convient ?
04:32Et puis effectivement, un grand pays comme l'Italie,
04:34qui va dans ce sens-là,
04:38mais vous avez vu qu'à un moment donné,
04:39et c'est ça moi qui me gêne,
04:41c'est que quand il y a à peu près un mois et demi,
04:44le Premier ministre belge a dit exactement la même chose qu'il dit encore aujourd'hui,
04:47s'il y a des garanties,
04:48au-delà du fait qu'il faut être sûr que juridiquement c'est intelligent,
04:52parce qu'il n'y a pas que des avoirs russes en Europe,
04:55et ça fait un précédent qui est quand même lui-même inquiétant,
04:58c'est, il dit derrière,
04:59si la Banque Centrale Européenne peut faire,
05:01vous avez vu que la Banque Centrale Européenne a dû à un moment donné prendre position,
05:04et ils ont dit,
05:05c'est pas dans le rôle de la Banque, et ainsi de suite.
05:07Moi ça me fait quand même drôlement peur,
05:09non pas parce que la décision est telle qu'elle l'est,
05:12parce que là aussi ils ont dit…
05:12– Mais si la BCE dit, c'est pas mon problème, ça vous inquiète ?
05:15– C'est ça, attendez,
05:16si même un organe pareil qui peut le faire, la garantie ne le fait pas,
05:19et voyez qu'aujourd'hui c'est encore compliqué,
05:21et même dans le mécanisme de récupération,
05:23à l'équipance aujourd'hui sincèrement,
05:25que même à supposer que la guerre s'arrête,
05:27même à supposer qu'il y ait certains dommages de guerre,
05:29la Russie va à un moment donné accepter de dédommager l'Ukraine,
05:34et qu'à ce moment-là on va récupérer l'argent.
05:36Imaginez un peu le risque, au-delà de la Belgique,
05:38ce serait sur un autre pays,
05:39en gros c'est ça que je voulais vous dire,
05:40je suis belge, c'est vrai,
05:41mais vous me diriez que c'est l'Italie qui a le problème ?
05:43– Vous diriez la même chose ?
05:44– Bien sûr.
05:45– Il y a la question du risque de rupture de confiance,
05:48pour l'ensemble des avoirs qui sont placés en Europe,
05:50mais quel est le risque pour un pays comme la Belgique,
05:53justement c'est quoi ?
05:54C'est des cyberattaques ?
05:55– Ah mais ça c'est des risques collatéraux,
05:58le premier risque c'est d'abord que s'il y a un problème de défaut
06:01sur ce montant-là,
06:02ou une demande russe qui à un moment donné aboutit,
06:05parce qu'il s'agit quand même d'une banque centrale aussi derrière,
06:07donc c'est des gens qui peuvent faire valoir aussi des choses,
06:10d'autant plus que c'est un président qui n'a jamais eu lieu avant.
06:13Donc la Belgique va se retrouver en première ligne,
06:14et deux, c'est vrai que,
06:16comment pouvez-vous savoir aujourd'hui
06:18ce qui se passe dans la tête de quelqu'un comme Poutine,
06:21sur l'image que ça donnera,
06:22puisque l'organisme est en Belgique ?
06:24Je pense que les gens en Russie
06:26sont suffisamment bien conseillés, intelligents pour savoir,
06:28étant donné d'ailleurs que la Belgique bloque de tous les côtés,
06:31qu'il aura fallu lui casser le bras,
06:32et largement plus à supposer qu'on puisse un jour lui casser le bras,
06:36on verra bien ce qui se passera le 19,
06:37mais je pense que, clairement,
06:40sur le volet responsabilité de la décision,
06:42je pense que les Russes sont bien conscients
06:44qu'avec ce que la Belgique fait pour le moment,
06:46ce serait une décision collective au niveau européen.
06:48Mais il se fait quand même que Bruxelles,
06:50c'est Bruxelles, c'est au centre de la Belgique,
06:52donc ça peut attirer aussi une deuxième raison,
06:53de frapper Bruxelles.
06:54Alors vous faites frapper Bruxelles,
06:56ça peut être avec des drones,
06:56ça peut être pire, j'espère,
06:58ni l'un ni l'autre.
06:59Mais c'est ça qu'on craint,
07:00c'est être une victime collatérale.
07:02Mais je répète,
07:02le premier élément pour le moment,
07:04il est surtout financier.
07:04Alors on ajoute le reste,
07:06parce que c'est vrai que le reste peut jouer aussi,
07:07mais ça, je ne crois quand même pas
07:09que ce soit le premier élément,
07:10sauf à supposer que Vladimir Poutine
07:12veut faire un cas d'espèce en disant
07:13« Eux, il nous faut vraiment très mal,
07:14et donc on va envoyer, je ne sais pas,
07:16on va faire un attentat ou quelque chose à Bruxelles. »
07:18Est-ce que je n'exclus pas ?
07:19Je dis juste,
07:20le principal point,
07:21c'est cette solidarité européenne
07:22que j'ai vu des tas de fois dans les mots
07:24et qui, quand il y a eu un problème après,
07:26je vais vous citer un cas en Autriche,
07:28c'est très court.
07:30Ils ont été faire des crédits
07:31dans les pays limitrophes
07:33parce qu'Empire, Austro-Hongrois
07:35et ainsi de suite,
07:36des crédits immobiliers
07:37où l'Europe a dit
07:39« Écoutez, même la Banque centrale à l'époque,
07:41ce serait normal que vous y alliez,
07:42historiquement vous avez des liens avec eux »
07:43et ainsi de suite.
07:44Et puis le jour où ça a commencé à aller mal,
07:46comme ça, mais dans d'autres endroits
07:47avec les crédits immobiliers,
07:49l'Europe a dit « Écoutez, oui,
07:50mais vous avez dit de faire des bons
07:51de crédits immobiliers,
07:52nous on ne pensait pas
07:52qu'il y aurait des problèmes. »
07:53Et ils sont restés,
07:54ils ont perdu leur triple A.
07:55Donc vous voyez, j'ai vu ça,
07:56je l'ai vu en Espagne,
07:57je l'ai vu ailleurs.
07:58Donc je dis ici,
07:59si on veut une solidarité
07:59sur un problème pareil,
08:00– Des garanties avant de décider.
08:01– Oui, et des garanties européennes claires.
08:04– Merci beaucoup Roland-Gilles
08:05d'être venu ce matin
08:05dans la matinale de l'économie.
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