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  • il y a 2 mois
Le soir de l'attaque terroriste contre le Bataclan, Daniel Psenny, alors journaliste au quotidien Le Monde, est l'auteur des seules images diffusées et reprises partout, un témoignage unique sur la folie terroriste de cette nuit du 13 novembre 2015 à Paris. Dix ans après, que sont devenus les rescapés que l'on voit sur les images ?
Daniel Psenny a mené une longue enquête pour les identifier, il s'est entretenu avec ces femmes et ces hommes. Sept d'entre eux ont accepté de témoigner pour raconter leur histoire cette nuit-là, leurs blessures physiques, leurs traumatismes et comment ils vont aujourd'hui. À visage découvert.
Lors de l'attaque terroriste, Daniel Psenny habitait un immeuble jouxtant la salle de concert. De sa fenêtre, à la lumière des réverbères, il a filmé par réflexe avec son téléphone portable sans comprendre immédiatement la situation dramatique. Des dizaines de personnes affolées, certaines grièvement blessées, s'enfuient par les sorties de secours de la salle de spectacle pour échapper aux balles tirées par les terroristes de l'intérieur. Une fuite désespérée et un chaos sanglant.
Lui-même a été grièvement blessé par une balle de Kalachnikov tirée par un terroriste alors qu'il portait secours à un blessé. Ce soir-là, Daniel Psenny a été à la fois observateur, sauveteur, victime puis miraculé. Il a aussi été un journaliste avec ses réflexes.

Ce film, réalisé par Daniel Psenny et Franck Zahler autour de cette vidéo, est aussi un travail de mémoire pour les générations futures, à travers le témoignage de ces hommes et de ces femmes qui ont réagi à une situation extraordinaire dans laquelle leur vie était directement menacée.
En hommage aux victimes, Louis Bertignac, l'ex-guitariste du groupe Téléphone, a accepté de mettre en musique et d'interpréter une chanson inédite écrite par Daniel Psenny, dévoilée pour la première fois dans ce documentaire.

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Transcription
01:00Oui
01:05Ah bah oui
01:07J'ai toujours pas revu
01:09C'est l'intégrale ?
01:10Ouais
01:11Il y a le son ou il n'y a pas le son ?
01:13Il y a le son sur l'endroit aussi
01:14Je peux le couper ?
01:16Bien sûr
01:17En fait j'ai toujours pas osé regarder cette vidéo avec le son
01:20Le son me procure un truc
01:22Que j'aime pas du tout en fait
01:24Tu me dis quand je peux y aller ?
01:28S'il vous plaît
01:46Qu'est-ce qu'il se passe ?
01:47Qu'est-ce qu'il se passe ?
01:48Hein ?
01:49Putain
01:55Putain
01:57Putain
02:11Aidez-le
02:14Aidez-le
02:14Aidez-le
02:16Aidez-le
02:19Aidez-le
02:20S'il vous plaît
02:21Délâchez
02:22Je suis enceinte
02:23Aidez-le
02:24Aidez-le
02:25Saute ! Saute ! Saute !
02:30Ça me dérange si je coupe ?
02:33Je crois que je n'allais pas regarder en entier.
02:39Depuis un moment.
02:43C'est dur.
02:47C'est dur.
02:55Sous-titrage Société Radio-Canada
03:05Bonjour, bon réveil à tous. Bienvenue sur France Culture ce vendredi 13 novembre.
03:27C'est la journée de la gentillesse.
03:29Il fera cet après-midi 14 degrés sur la région parisienne, donc ça reste relativement doux pour la saison, mais avec quand même pas mal de nuages.
03:38Eagles of Death Metal, c'est pas vraiment du hard rock. C'est gentil. En tout cas, ils seront en concert au Bataclan à Paris.
03:48Ma journée du 13 novembre 2015, je ne me rappelle plus vraiment de la journée.
03:52J'étais à Paris pour la seule fois de l'année. Je suis un provincial qui vient très occasionnellement.
04:03Je me souviens avoir dit à mes collègues genre que j'avais un concert, que ça allait être cool.
04:08On avait réservé nos billets il y a un moment avec ma meilleure amie avec qui je faisais tous mes concerts.
04:17Et les Eagles of Death Metal faisaient partie des groupes qu'on adorait.
04:22Je les avais vus en rock en scène et ça n'avait pas été un super concert pour moi.
04:27Parce que c'était pas les bonnes conditions.
04:30Donc je me dis là, ça va être la revanche. On va vivre le concert dans une salle mythique.
04:35Moi, j'aimais pas très envie en vrai d'y aller. C'est ma femme qui a insisté, si, si, on y va, j'ai envie de les voir.
04:43Je dis, t'es sûr ? On est rentré, on a briefé un peu la baby-sitter avant d'y aller.
04:51Et sur la moto, je dis, t'es sûr ? Tu veux pas qu'on aille au resto tranquille ?
04:55Non, non, j'ai envie de les voir.
04:57J'ai rejoint Magali, du coup, devant le Bataclan, on s'est retrouvés. Il faisait chaud ce jour-là.
05:02Je me souviens, en arrivant au Bataclan, me dire, mince, j'ai presque pas envie de faire un concert.
05:09Je voyais les gens au terrasse manger leurs burgers et ça me faisait envie, en fait.
05:14En rentrant, je me dis, je vais vraiment profiter du concert. Je vais vraiment rester devant la scène.
05:21On envisage la fosse un moment et puis après, je me dis, c'est Eagles of Death Metal. Je suis enceinte, ça va pogoter. On va peut-être la jouer tranquille. Donc, on monte, en effet, au balcon.
05:35Au balcon.
05:39Le concert démarre.
05:48Grosse musique, gros son. Franchement, le groupe est une très bonne prod. Ça sonne bien, quoi.
05:53Moi, je fais beaucoup de concerts. Et le public parisien, je le connais. Généralement, quand tu cries un peu trop fort, les gens, ils te regardent. Là, c'était le feu. C'était le bordel.
06:01On est en trans. C'est un concert extraordinaire. On rentre dans le pogo, c'est-à-dire en plein milieu, vraiment à 10 mètres de la scène, centre de la fosse.
06:19J'étais bien parce qu'il y avait une très bonne ambiance, mais j'étais pas tranquille et je saurais jamais pourquoi.
06:26J'étais bien tranquille et je saurais jamais pourquoi.
06:43Je me dis, putain, mais c'est qui des boulets qui lancent des pétards dans une salle de concert, quoi. Genre, le respect est mort.
06:49genre le respect est mort quoi ça va très vite dans mon cerveau je me dis tiens la pompe à bière
06:54a explosé il ya des ballons on regarde les projos tiens est ce que c'est un projecteur qui a éclaté
07:00pourquoi je sais pas mais à ce moment là quasiment enfin vraiment dans l'instant j'ai pris ma copine
07:11je nous ai mis au sol et là d'un coup en fait on se retrouve par terre quoi il ya eu un espèce de
07:18mouvement de panique où là toute la salle s'est couché comme d'un seul homme on a pris les
07:22premières vagues sur nous des gens qui se faisaient tirer dessus et on est très vite tombé à terre
07:28j'ai essayé de rattraper ma femme comme je pouvais dans la cohue on s'est fait recouvrir par les gens
07:33et ben là en fait tu vois qu'un d'autres mais qui sont en train de tirer sur d'autres mecs
07:37et moi je me souviens que mon cerveau il était en mode ce qui est en train de se produire n'est
07:48pas possible on dit c'est pas possible si vraiment c'est ce qu'on croit parce que tout le monde est
07:54un petit peu sous le choc ma femme elle a capté tout de suite elle a capté tout de suite que des
08:00gens voulaient à notre vie alors que moi j'étais j'ai mis longtemps enfin je pense après le temps est
08:04tellement est tiré dans ces cas là et en fait j'ai eu besoin de dire à mon ex plusieurs fois mag
08:18c'est des vrais gens avec des vrais mitraillettes voilà je me souviens de cette phrase bon je l'entends
08:22la phrase mais en fait c'est un scénario de film on s'est parlé avec ma femme je lui dis que je
08:29l'aimais elle m'a dit je veux pas mourir je veux voir les enfants et il ya une sorte de bousculement
08:35de pensée je m'insied à mon chat à la maison bien non mais je peux pas mourir là si je meurs là ma
08:43mère ma mère ma mère s'en remettra jamais pendant ce temps là il passait autour de nous et il y avait
08:49un énorme silence il tirait sur les gens il finissait les gens on les entendait marcher en fait
08:54ça sentait la poudre ça le le son de la calage dans le corps le ressentait vraiment vraiment à
09:05côté de nous quoi je pense au dessus il y avait des gens qui étaient allongés au sol il y avait du sang
09:11et des cris il y avait les tirs et l'odeur et l'odeur qui était horrible fin c'était assez ouf comme
09:19truc quoi après une fois qu'il a arrêté de tirer quand et quand il passait entre nous j'entendais
09:26beaucoup de souffrance ouais ouais c'est des trucs que j'oublierai jamais c'est des décrits et des
09:31à l'aide des gens qui qui souffraient quoi ça je me souviens que je voulais pas les regarder parce
09:38que j'avais peur et parce que j'avais peur en fait qu'en croisant leur regard c'est à ce moment là
09:42qu'ils allaient me tirer dessus en fait je me disais tant que je croise pas leur regard en fait ça va ça va aller quoi
09:47en fait je les entendais parler en français quoi comme comme toi et moi quoi donc je vois pourquoi
09:59je me suis toujours qu'ils parleraient en robeux si c'était des terroristes mais c'est complètement
10:03con il ya des gens qui avaient la lucidité de se dire ok ils sont en train de recharger on y va
10:08maintenant et moi en fait j'étais j'étais paralysé quoi enfin genre terrorisé au sens premier du terme en
10:16fait moi le déclic réel ça a été de devoir face à moi la personne à ma gauche suffoqué craché du
10:26sang s'étouffer comme ça et à ce moment là mon instinct m'a dit de de ramper en fait
10:32j'ai aperçu tout le monde s'engouffrer vers la sortie je me suis levé avec ma femme et elle elle a été
10:41tétanisé elle est restée complètement par terre comment j'avais le bras tendu et j'étais debout comme
10:46ça avec un silence incroyable et j'étais genre un lapin quoi j'aurais pu vraiment me faire faire tirer
10:52dessus je sais que j'ai un gros noir et j'ai couru vers la sortie quand je reprends mes esprits je
11:03suis pas touche dans dans le sang qui a au niveau des toilettes on s'approchait des sorties secours et
11:12il y avait des décors en fait qu'il fallait qu'il fallait enjambé donc on s'est mis à quatre pattes
11:17je rempe en m'accrochant au sac ou à une épaule pour essayer d'avancer quoi c'est effectivement en
11:26levant le bassin pour ramper que j'ai pris la balle dans le nerciati du coup de la jambe j'ai pris une
11:37balle par l'arrière de la cuisse le point d'entrée tout petit trou en fait juste du diamètre de la
11:42balle et le point de sortie par contre c'est un truc comme ça au niveau de ma cuisse en fait et ça a
11:47tapé l'os et mon os il a éclaté en mille morceaux la douleur était hallucinante je pensais pas qu'on
11:58pouvait avoir mal à ce point là et je me souviens de cette sensation très particulière de voir la
12:03balle à travers ma peau la balle qui était intacte que l'on voyait par transparence juste sous ma peau
12:09à l'avant de la cuisse ma jambe je la sens plus c'est devenu un poids mort c'est une enclume qui brûle
12:15avec une sensation de brûlure vraiment énorme donc je me relève et j'essaye de tirer par les bras
12:20mon ex compagnon pour que au moins ils sortent de cette salle je me souviens que les portes des
12:28sorties de secours elles étaient grandes ouvertes parce que les gens étaient tombés par terre en
12:32fait elle est maintenant et les portes ouvertes et donc et je suis passé par dessus des roulades
12:40enfin c'était hyper flou en fait dans ma tête quoi et et après bah je me retrouve dehors
12:47dans la rue à côté du trottoir à plat ventre
12:53et c'est là où je commence effectivement à crier à pléruben parce qu'il est dans l'axe des tirs
13:05parce qu'il se fait marcher dessus et à partir de ce moment là toute façon je vais hurler je crois
13:21pendant quatre heures à peu près pour être sûr de déjà pour qu'on nous sauve de la rue
13:26dans mon souvenir c'est une ambiance plombée c'est il ya quelques hurlements mais par rapport au nombre
13:53de gens qu'on était c'est plutôt cette agonie silencieuse
14:06quand je reprends mes esprits je suis bas rue la rue à me l'eau passager à me l'eau mais je
14:11suis sans ma femme quoi et en fait au bout d'un moment j'entends je suis là
14:14et en fait ma femme elle était passée devant moi sans que je la vois avec un groupe sûrement
14:26donc je me retourne et elle est là dehors je sais c'est incroyable ce qui se passe là dans ma tête
14:44je la rejoins et je la prends dans mes bras et là mon coeur il explose de joie c'est un truc de fou ce
14:49qui se passe c'est c'est ça c'est qu'on se voit pas bon ouais c'est c'était assez intense je savais que j'ai
15:06chouiné lorsque j'ai entendu les coups de calachnikov qui continuait à pétarader dans la salle là je
15:27décide de ne pas sortir du bataclan c'était ça le drame c'est à dire que je suis monté à l'étage
15:33et là je me suis retrouvé coincé encore plus avec ma copine on se retrouve dans une espèce
15:42de loge avec un canapé et puis dans cette loge une autre porte qui donne sur des toilettes et
15:49donc on s'enferme dans les toilettes et les bruits de pétards continuent je casse le plafond le faux
16:00plafond et je me rends compte qu'il n'y a pas la place de s'y planquer qui a passé de fond et donc
16:07là on se regarde et là il ya un moment suspendu on se dit rien et dans notre regard c'était bas a priori
16:19c'est la fin on reprend nos esprits et on se dit mais on n'est pas du tout suffisamment c'est pas
16:30sécurisé là où on est donc on ressort des toilettes et moi dans ma tête j'avais le souvenir de cette fenêtre
16:37la fenêtre était était ouverte mais elle était bien trop haute pour que je puisse me permettre de de
16:47sauter j'ai évalué les possibilités de me de m'accrocher en considérant ça c'était c'est soit la
16:54paraplégie soit la mort donc je choisis à ce moment là troisième cachette illusoire de d'essayer de sortir de
17:02cette fenêtre sans m'évacuer du bataclan quand je suis sur la fenêtre c'est la deuxième fois où je
17:12me dis que je vais mourir la première fois c'était dans la fosse où j'ai senti des balles siffler au
17:19dessus de ma tête où il ya des personnes qui sont mortes à côté de moi et la deuxième fois c'est quand
17:24je me dis que la seule manière de sortir du bataclan ça sera les pieds devant puisque soit je me lâche de
17:31cette fenêtre ou soit les terroristes vont me découvrir et auquel cas je vois pas pourquoi il
17:37m'épargnerait plus qu'un autre dans mon esprit on n'était qu'au premier balcon donc en fait je me
17:45suis dit bah c'est pas très haut c'est un premier étage j'enjambe le la barrière et je descends pour
17:56essayer d'être un peu plus proche du sol je me suspends et en fait à ce moment là je me rends compte
18:03que c'est beaucoup trop haut il y avait des poubelles d'immeubles et dans ma tête j'aimerais
18:10rapprocher une poubelle ça va me amortir ma chute et j'entends des gens qui s'excuse qui
18:16disent je suis désolé je peux pas ça tire ça tire et et en fait je pense que j'avais pas pris
18:23conscience de ce qui se passait sous moi dans cette impasse et en effet il ya eu un moment un temps qui
18:34sait qui s'est arrêté je regarde en effet je vois des gens allongés blessés qui bougent plus
18:46et puis un moment de flottement où il ya plus de cris plus de hurlements grand moment de silence et
18:59je vois des gens cachés sous des portes cochères et je j'interpelle les gens en disant
19:09aidez moi aidez moi je vais tomber le moment où je dis que je suis enceinte je culpabilise
19:26vachement parce que je me dis tu joues sur un truc enfin oui j'ai culpabilisé d'avoir dit ça elle le
19:37disait tellement fort que je crois que tout le passage à me l'eau a dû l'entendre et donc je
19:42relève la tête et là je vois sur la corniche en haut à ma droite deux personnes quand je vois la
19:56femme enceinte qui a fait le même calcul que moi c'est à dire elle voulait sauter de la fenêtre je me
20:02dis quel courage elle doit être bien désespérée pour pour tenter quelque chose comme ça
20:06je crois que je dis aidez moi je vais lâcher je vais lâcher je tiens plus
20:14et c'est à ce moment là que je rentre dans le bataclan en disant bas que sa vie était la priorité
20:34sur le coup je me dis ça va être compliqué parce que déjà moi j'ai qu'un bras parce que je peux
20:44pas lui donner les deux parce que l'autre doit servir d'appui et puis mon bras j'ai l'impression
20:50qu'il va se disloquer sous le poids d'une personne totalement dans le vide c'est le temps une main que
20:58je saisis et donc elle met ses deux bras autour de l'humain de mon avant bras et là d'une force
21:06surhumaine parce que l'adrénaline a dû jouer son jeu je pense ils me hisse moi je tire et j'arrive à
21:16remonter à renjamber la rambarde et à me retrouver à l'intérieur j'arrive à la retirer comme ça d'un coup
21:22et je me souviens qu'on se regarde à ce moment là et qui me dit waouh mais t'es vachement forte et
21:30et puis là il ya quelques secondes je sais pas ce qu'il fait et ensuite elle s'est elle a disparu
21:40elle s'est volatilisée mais c'est vrai qu'à ce moment là j'avais deux vies entre mes mains et
21:47finalement c'était je pense symboliquement fort qu'il se passe cette action là avant que je sois
21:56pris en otage bonsoir et un journal consacré ce soir à des fusillades dans le centre de paris
22:06la préfecture annonce au moins 18 morts le bilan n'est pas encore définitif
22:10je me souviens d'être temps enfin genre dans un état second quoi tu es un état de choc
22:20et j'ai mal j'ai super mal et j'ai froid et enfin j'ai peur
22:28je me souviens penser pour c'est horrible quoi genre j'ai envie que ça s'arrête quoi j'ai envie
22:37de plus avoir mal tant pis si je m'endors à ce moment là quoi à ce moment là on habite juste à
22:45côté du bataclan on a entendu des tirs je me suis dit que c'était des tirs je les dis à xavier et qui
22:56ne m'a pas cru on a ouvert la fenêtre on a vu ces gens qui courait j'ai demandé ce qui se passait en
23:02fait et des personnes ont répondu nous ont dit qu'ils étaient qu'ils s'étaient fait tirer dessus
23:10qu'il fallait les aider
23:11je sais que quand je vois tous ces gens je me dis moi aussi faut que je descende
23:24je dis à aurore il faut que je fasse quelque chose faut que j'aille aider les gens je descends
23:32xavier est allé dans la rue pour aider les personnes qui ne pouvaient pas marcher
23:41c'est mes sauveurs ce sont nos sauveurs de cette soirée là moi je peux pas me dire qu'il ya des
23:50personnes qui sont probablement au bas de l'immeuble qui sont en danger de mort et ne
23:54pas tout faire pour pour les sauver quand je sors je tourne la tête vers l'entrée du bataclan et
24:03moi dans mon esprit j'ai pas l'impression d'être dans une zone de guerre en fait
24:10je me souviens assez clairement de ruban je sais que je le train
24:19on me traîne sur j'ai pas 20 mètres peut-être 30 mètres
24:27jusqu'à devant un immeuble qui a une vingtaine de mètres de la sortie de secours du bataclan
24:36quand j'ai vu que deux personnes prenaient ruban par les bras pour le tirer au sol au
24:44milieu de la route jusqu'à leur immeuble ce moment là moi c'est l'énorme soulagement de
24:48se sentir à l'abri en fait ça c'est le premier soulagement réel c'est de se dire waouh je suis
24:55en ville il y avait aurore la nana de xavier qui hurlait le digicode par la fenêtre
25:04william c'est xavier me soulève me prennent sur leurs épaules on passe les portes d'entrée moi
25:27je marche comme je peux sur une jambe enfin voilà quoi on a pris l'ascenseur et ensuite une
25:34dépose chez eux leur étage quoi toutes les personnes qui étaient valides je les ai fait
25:43entrer dans le salon magali était dans la cuisine ruban était dans le couloir il y avait un autre
25:48mec blessé avec une balle dans le dos qui était dans les toilettes je crois magali tu as côté de
25:55moi dans le couloir elle pouvait plus bouger non plus et après tous les autres qui n'étaient pas
25:59blessés mais qui venaient aussi du bataclan comme si je me réveillais de ma torpeur je vois qu'il ya
26:03peut-être une dizaine peut-être une quinzaine de personnes dans l'appartement
26:08il y avait énormément énormément de sang impossible de savoir à quel point ils étaient touchés en fait
26:18quand j'étais allongé par terre et que je perdais du sang elle était en mode attend j'ai un trou dans
26:25le ventre quoi et en général quand tu as un trou dans le ventre voilà c'est pas très bonne augure quoi
26:31il y avait une il y avait une médecin qui était là en fait dans dans l'appartement et qui m'a dit
26:38un truc qui m'a vachement rassuré en fait là si tu t'as pas de grosses veines ou de grosses artères
26:44qui est touché sinon tu te serais vidé de son sang et tu serais déjà mort
26:47j'essaie de m'occuper un peu des blessés j'allais voir si tout allait bien je restais un petit moment avec
26:54chaque blessé à un moment donné j'ai proposé de l'alcool aux personnes qui étaient là pour pour les aider un peu
27:01à surpasser tout ça un des hommes qui étaient là voulait en découdre en fait il a vu une batte de
27:10baseball à l'entrée chez nous voulait descendre avec sa batte de baseball et en fait sa meuf disait
27:14mais mec si tu vas faire qu'une batte de baseball contre une cache alors vous l'avez dit le bilan
27:19est très provisoire 15 morts au bataclan 18 morts selon la préfecture et il y aurait une prise d'otages
27:26en cours la police en tout cas boucler le périmètre au premier étage du bataclan en face de moi il ya
27:36quelques marches avec une rampe et une porte et donc je toque à la porte en essayant d'être la plus
27:44discrète possible et pourquoi dans ma tête je me dis que ma copine dedans et je dis c'est moi c'est moi
27:50c'est charlotte ouvre-moi ouvre-moi et donc en fait j'ai quelqu'un qui ouvre je m'embarque qui
27:55ferme et en fait je me retrouve dans une petite pièce plongée dans le noir avec déjà je sais pas une
28:06quinzaine de personnes
28:06on entend les terroristes qui découvre des gens cachés dans une pièce qui était probablement la
28:20loge dans laquelle je m'étais initialement réfugié et on comprend voilà que là ça y est ils sont là
28:29avec des gens qui retiennent en otage
28:37je comprends que ça va durer
28:40et donc là on commence à les entendre parler
28:45il nous explique on a envie de venger les gens qui sont morts en syrie à cause des bombes françaises
28:55américaines et je les entends rire je les entends en fait viser des gens se dire entre eux bah tiens
29:01lui je l'ai eu et un moment donné on entend quand même les terroristes dire reculé reculé tiré par la fenêtre
29:10et on comprend en fait qu'il ya qu'à la police qui est arrivé on sait pas à quel soit ça on va être
29:24mangé on dit qu'on va moi je me dis qu'on va y passer un par un qui va nous nous prendre un exemple
29:30je me souviens de m'a dit le pire c'est pas que je meurs le pire c'est la peur de mourir
29:40mais c'est la plus grande torture
29:49un otage qui était à côté de moi avait reçu l'autorisation de mettre son pull puisqu'elle
29:55semblait avoir froid donc voilà un acte humain de la part d'un terroriste et là je m'engouffre
30:00dans la brèche j'avais super froid j'étais à la fenêtre depuis au moins une heure à prendre le
30:05courant d'air en t-shirt avec ma chemise autour de ma taille je dis et moi est ce que je peux mettre
30:11ma chemise s'il te plaît et là il m'a dit au toi tu parles trop est ce que tu veux être le premier à
30:19mourir ce soir
30:25on a eu des téléphones qu'on vibrait dans la pièce et à chaque fois c'était une panique intérieur
30:32et puis on donne et ils envoient quand même un otage pour vérifier qu'il ya personne et à ce
30:39moment là notre poignet joue en fait je sais pas qui est cet otage là mais il a compris qu'il y avait
30:48quelqu'un qui retenait la porte et donc il a dit il n'y a rien c'est fermé à l'heure où nous
30:56parlons l'assaut est en cours au bataclan la salle de concert de l'est parisien où se trouveraient
31:02plusieurs dizaines d'otages le moment qui fait basculer la soirée c'est quand l'assaut est donné
31:08la bry depuis qu'elle est là on est à la fois rassuré et terrorisé on sait très bien que on va se
31:17retrouvera entre deux feux d'un côté il ya une colonne de la bry surarmée et de l'autre il ya deux
31:23terroristes armés de kalachnikov avec des ceintures d'explosifs qui lorsqu'ils vont se sentir menacés
31:30vont tout faire exploser j'entends que ça monte je les entends dire si vous avancez on les tue un
31:42parent on les balance par la fenêtre l'assaut il intervient en une fraction de seconde il ya la
31:51porte qui est défoncée et ensuite c'est un fratras d'éclat de deux balles de bruit
32:00la colonne de la bry est derrière un bouclier il tire à bout portant sur les terroristes qui sont à un
32:15deux mètres de chaque otage il y en a un autre qui est tout au bout et qui tient les la colonne en joue
32:21c'est un miracle que je sois encore là pour en parler on est dans l'immeuble juste à côté du
32:32bataclan donc on entend les tirs de l'assaut j'entends une explosion très très forte à tel point qu'en fait
32:41les murs de cette salle s'effrite et qu'on se retrouve envahi d'une espèce de poussière les
32:51ceintures explosives miraculeusement elle explose en direction du plafond et moi dans ma tête je
32:58veux dire ça y est c'est fini là je réalise que le miracle de la vie je suis encore en vie après cette
33:09scène de guerre et puis là quelqu'un me tire par les cheveux me dit lève ton t-shirt sort de là
33:18lève les mains pour pour pour savoir si j'étais terroriste ou pas et puis nous font sortir au pas
33:25de course les uns après les autres en fait il y a une sorte de corridor de flics qui me gueule dessus
33:36en me disant sors vite vite vite regarde pas moi je m'exécute je regarde devant moi je sais très
33:42bien pourquoi il me dit ça on est sorti ma femme elle a explosé en sanglots elle tenait plus j'ai dû la
33:55tenir elle est partie en crise vraiment est super intense quoi l'évacuation était ouf c'était genre un film de
34:06guerre le truc en fait il y avait une colonne de blessés au milieu encadré par les flics armés je
34:13me souviens des flics je me souviens des corps là par terre ils avaient installé un hôpital dans un
34:21bar qui est derrière au bar la royale j'ai le souvenir de qu'on nous marque les numéros sur le front pour
34:28pour faire un premier tri des blessés avec les mentions urgence relative urgence absolue il y avait
34:41plein de blessés allongés par terre il y avait des morts aussi il y avait des gens qui n'étaient plus là
34:48quoi et c'était pas pareil c'était ouf il y avait des ambulances dans tous les sens il y avait des flics et des
34:53pompiers ça criait les gens ils étaient à gare autour il y avait les secours je me rappelle ils
35:04nous ont dit elle pouvait pas partir il ya françois hollande qui arrive c'est d'un peu j'en avais dit
35:07mais on s'en fout de françois hollande faut qu'on rentre quoi ma copine elle finit par me retrouver
35:14on se retrouve sur un boulevard mais on est hébété enfin je suis pieds nus j'ai la couverture de survie
35:19qu'on m'a donné et puis en effet je retrouve mon compagnon qui a réussi à passer les cordons de
35:23sécurité la première chose que je fais en sortant quand je suis encore torse nu j'appelle ma mère j'appelle
35:33ma soeur qui appelle ma petite amie j'appelle ma mère je vois que j'ai plus trop de batterie je
35:40réalise un coup qu'elle ne sait pas que je suis là rien que de lui annoncer ça j'ai l'impression
35:43qu'elle va faire une crise cardiaque donc je l'engueule j'ai maman tu te tais tu m'écoutes
35:49avec ruben on était au bataclan on est blessé mais on va bien
35:58ma famille avait cette obsession depuis qu'on était par terre dans la fosse elle voulait revoir les
36:03enfants il fallait qu'on rentre en fait pour pour aller voir les enfants quoi et on attrapait un taxi
36:09je me rappelle on n'avait pas beaucoup de monnaie le mec on lui a dit pouvez nous déposer juste pour
36:12je sais plus dix euros et le mec en fait nous a ramené chez nous
36:15on retrouve tous nos amis qui étaient tous réunis chez une copine et donc en fait ça a été mon premier
36:28refuge à ce moment là et donc je me souviens qu'ils me récupèrent
36:35mais on va te mettre des chaussettes fin en fait qu'ils voient que j'ai du sang partout donc
36:41qu'ils me permettent d'aller me laver
36:49ouais toutes nos fringues les pompes on était plein de sang jusqu'à ouais on en avait sur nous
36:56quoi et la baby c'était en panique elle avait la télé allumée mais à moi tout de suite j'ai eu
37:04besoin de de vomir ce que je venais de vivre de dire ce qui s'était passé et donc en fait j'ai tout
37:10raconté on est resté tous ensemble je pouvais pas boire d'alcool parce que j'étais enceinte c'est ça
37:15je me souviens de me dire mais je rêve d'un verre de de quelque chose juste pour redescendre
37:21les heures qu'on suivi déjà on a passé de longs moments regarder nos enfants
37:29c'était incroyable quoi on les regardait sans rien dire je crois qu'on l'a jamais dit ça aux
37:38gosses on a regardé longtemps les enfants dormir on se descendent putain c'est fou quoi on n'aurait plus
37:46ces trois orphelins tir à la kalachnikov prise d'otages de masse attentat suicide coordonné au
37:57moins 120 morts c'est donc au bataclan salle de spectacle que l'horreur a dépassé l'entendement
38:02hier soir l'attaque la plus sanglante et la plus meurtrière un des parcours les plus compliqués que
38:10j'ai eu à vivre ça n'a pas été de de sortir de cette salle ça c'était l'instinct ça s'est fait ça
38:17s'est fait comme ça par contre vivre après avec tout ça oui quand j'arrive à l'hôpital moi ce moment
38:28là je vais bien je suis en vie et confiance je lâche prise j'ai pris une balle de je m'en fous je suis en
38:33vie je suis en vie me sens là sans la plus forte du monde je me sens indestructible à ce moment là
38:39je crois que c'est un interne qui m'a opéré et j'ai eu droit à un encloutage dans la moelle de
38:48l'os du fémur en fait avec deux vis au niveau du genou et une vis au niveau de la hanche et mon
38:53os s'est reconstruit autour de ça en fait avec ruben on s'est retrouvé quinze jours plus tard en
39:01centre de rééducation nos potes en fait avait organisé un calendrier partagé où ils bloquaient
39:08les jours pour pas venir tous au même temps et ce qui fait qu'en fait on avait tout le temps des
39:12potes qui venaient nous rendre visite on n'avait rien à gérer et du coup toute cette période elle
39:19a été pour pour nous en fait très agréable et puis d'un coup vous sortez vous retrouvez votre
39:31chez vous que vous ne reconnaissez plus donc je me souviens que cette sortie de centre de
39:36rééducation en réalité pour moi elle est très violente je me sens seule je me sens abandonné
39:41je sais pas comment je vais faire j'ai du mal à faire trois pas donc je peux même pas aller de
39:47ma cuisine à mon salon en portant un plateau j'ai mes béquilles parfois je peux pas ramasser mes
39:53chaussettes je peux pas les mettre voilà je suis obligé d'attendre que mon corps veuille bien
39:57pour pouvoir passer un petit coup d'aspirateur aller me doucher pour tous les gestes basiques
40:02du quotidien où on n'a même pas réfléchir moi je suis obligé d'attendre que mon corps veuille bien
40:06d'être reconnu en tant que victime je pense que ça fait partie du processus de reconstruction
40:14l'expertise était nécessaire c'est aussi une façon de de dire que ça a eu lieu
40:24je me souviens de l'expert qui m'accueille et qui me dit d'emblée bon je sais pourquoi vous
40:35êtes là c'est comme les autres vous voulez votre indemnisation c'est bataille d'assurance avec
40:39des experts qui des fois aucun tact cliché du médecin gavé d'arrogance qui va vous prendre de haut on
40:50n'est pas là pour vous écouter vraiment parler des difficultés de votre vie on est là pour faire
40:54rentrer quelques difficultés dans des cases moi ma situation du coup est un peu plus complexe et
41:00du coup ne rentre pas dans vraiment dans les cases donc donc c'est pas facile à indemniser
41:05magali le fait que elle était moins bien indemnisable que moi alors qu'en fait aujourd'hui
41:13elle a encore des séquelles et pas moi moi je trouve ça dégueulasse quoi ma femme et moi
41:20psychologiquement on était ravagé on a été chez chez le psy à la celui psychologique ensemble ouais ouais
41:28la reconstruction elle a commencé lorsque j'ai pris contact avec un psychologue j'avais la sensation
41:37d'avoir été un peu la victime sacrificielle du pays quand même qu'on avait manqué de protection
41:41qui avait eu des négligences voire de laisser faire et j'étais quelque part très en colère
41:48j'avais la sensation que il y avait un lien de cause à effet entre cet attentat et les agissements
41:59du pays de la france sur la scène internationale j'en suis arrivé à penser que finalement les
42:10terroristes avaient des bonnes raisons d'opérer et ce premier psy m'a permis de faire ce distinguo
42:19entre le sentiment des terroristes qui voulaient ramener une forme de justice et leur méthode qui
42:28ne faisait que mettre de l'huile sur le feu moi j'ai eu comme réaction de me couper d'absolument tout
42:40ce qui pouvait se dire se voir s'entendre sur le 13 novembre j'ai repris le travail en septembre
42:512016 au moment de la rentrée scolaire puisque j'étais professeur des écoles je dois regérer mon
42:57métier d'avant mais au final dans ma tête il se passe des tonnes de choses en parallèle que je
43:03sais même pas expliquer c'est juste que c'est une sorte de remise en question de du sens de la vie
43:08en fait j'ai beau savoir que je suis chanceuse d'accord mais qu'est ce que j'en fais en fait
43:12maintenant ma vie carreau et moi on a retravaillé assez rapidement moi j'ai fait un premier tournage qui
43:20d'ailleurs était dans l'onzième c'est incroyable déambulation dans les rues du onzième et et donc
43:27passage devant le bataclan quoi c'est fou tu vas c'est mes images c'est pas très c'est pas très joli
43:32quoi je suis devant jeu faut regarder mon plan je trompe beaucoup quoi le retour travail je le voulais
43:41en fait j'avais envie j'avais envie de remonter sur le cheval quoi il fallait que il fallait que
43:47je reprenne les transports en commun je voulais absolument me confronter métro à la foule j'avoue
43:55que j'ai eu des moments de stress il suffisait qu'ils aient un cri de quelqu'un ou que le métro
44:02freine de manière pas prévu et ça y est je m'imaginer le pire tout de suite quoi voyez un mec basané en
44:08doudoune j'ai fait ma prière mais alors combien de fois dans les transports j'étais en sueur j'étais
44:12en larmes j'étais persuadé de mourir j'étais persuadé que le mec allait se faire péter
44:15c'est un procès hors normes qui s'ouvre aujourd'hui les victimes et leurs proches vont
44:22replonger dès aujourd'hui et pour neuf mois dans l'horreur du 13 novembre 2015 un procès pour les
44:28victimes un procès filmé aussi pour l'histoire j'ai longtemps été tiraillé qu'il y avait une part de
44:35moi qui avait envie d'assister à ce procès hors normes voir comment ça se déroulait et puis il
44:45y avait ce côté de moi qui avait quand même depuis le début mis à distance tout ce qui se rapportait
44:50au 13 novembre j'ai pas témoigné au procès je suis resté très éloigné du procès j'avais pas envie d'y
44:57aller j'ai l'impression que j'ai envie en fait j'ai envie d'aller de l'avant et aller au procès c'était
45:04rester en arrière en fait la seule fois où je voulais y aller j'ai eu du taf de toute façon je
45:12ne voyais pas trop l'intérêt d'y aller en vrai voilà les mecs sont morts je savais que je voulais
45:18témoigner et c'était une grosse pression parce que parce que j'en avais encore gros sur le coeur vis-à-vis des
45:25zones d'ombre puisque qui sont restés en plus parce que on a vu les petites mains les accusés
45:31c'était des petites mains on n'a même pas une aux tortionnaires qui étaient déjà morts et on a
45:36surtout pas eu les cerveaux de l'opération la seule fois où j'y suis allé c'est parce que c'est
45:43témoigné et je finis quand même par jeter un oeil aux box des accusés rapide et en fait ce que je me
45:51suis dit pendant tout ce temps que j'ai passé dans cette salle d'audience comment est ce que des
45:57gens aussi lambda ont pu avoir un impact aussi énorme sur des centaines de personnes tout un pays
46:19il y avait un décalage j'avais préparé mon intervention et au bout de quatre lignes j'ai
46:27levé les yeux vers les accusés et j'ai commencé à balayer le regard et à raconter réellement ce que
46:35j'avais vécu de l'intérieur et le procès a permis de déposer faire une déposition ça porte bien son nom
46:45c'est à dire qu'ensuite on a un poids qui s'enlève moi le procès m'a surtout servi à écouter les
46:52témoignages des autres c'est ça a été ma réparation j'avais besoin de savoir comment aller les autres en
46:57fait
46:58ma fille est née en juin 2016 sept mois après les attentats quand elle est née j'avais encore des
47:16moments où ça allait pas j'ai jamais étouffé ma peine mes angoisses tout en essayant de la préserver bien
47:24sûr et puis après en grandissant je me suis quand même demandé comment est ce que je lui en parle en
47:32fait ce que je voulais pas que ce soit une révélation je voulais que ce soit un sujet qui soit là qui
47:39existe et donc du coup en fait ça n'a jamais été tabou et là typiquement pour aujourd'hui
47:44ben je lui ai dit que je j'allais du coup être interviewé pour un documentaire elle m'a dit mais
47:54qu'est ce que tu vas répondre si jamais on te demande comment ça va aujourd'hui et
48:01je lui dis bah je sais pas je répondrai que ça va que mais que enfin j'avais du mal à trouver mes mots
48:09et c'est elle qui me dit oui que tu gères quoi et donc je suis et voilà c'est maintenant
48:25charlotte est arrivé à un moment où j'avais aucun espoir de sortir vivant de là et c'est ce geste là
48:33où j'ai deux vies entre mes mains qui m'a poursuivi dans la reconstruction quelque part donc
48:41la femme enceinte charlotte c'est quelqu'un c'est une soeur aussi c'est une soeur de sang quoi c'est
48:48quelqu'un qui qui est très important même si on se voit très peu carreau et moi on a décidé de se
48:55marier tout de suite alors que on est des punks à la fuite du mariage on a vécu on a vécu et on est
49:02sortis de l'enfer voilà pour ma part moi je suis sorti de cette ce passage là c'est une deuxième
49:09naissance clairement et ouais bien sûr ça nous a unis c'est clair on aurait tendance à penser que
49:17dans l'adversité ou le traumatisme on va se réunir et traverser le truc ensemble mais c'est pas forcément
49:23vrai en fait ça peut aussi séparer quoi suffit de pas vivre les choses de la même façon et à la même
49:28vitesse on essaye de sauver le couple alors que juste après les attentats on voit bien que ça va
49:33nulle part toute façon on a été séparés par les balles quelque part ces images pour moi sont
49:49importantes pour l'histoire parce que sans ça on savait manquer de concrets je peux être tout à
49:57fait consciente que ça a été mal vécu par d'autres rescapés qui pensent que c'est du voyeurisme
50:06oui je t'en ai voulu mais pas toi du coup je n'ai voulu à la personne qui avait filmé mais
50:13je lui en voulais parce qu'en fait ça m'avait volé l'annonce de ma grossesse en fait à plein de gens
50:25qui étaient pas encore au courant le témoignage non fait partie de l'histoire en fait c'est c'est une
50:30preuve c'est un document c'est précieux quoi c'est comme donner une réalité au truc quoi c'est bien que
50:42que le témoignage existent en fait pour pas qu'on oublie justement
50:46c'est paris
50:51et
50:53et
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