- il y a 10 mois
Ce mardi 28 octobre, la tournée engagée par Donald Trump en Asie et son l'accord sur les terres avec le Japon, ont été abordés par Christian Parisot, conseiller économique pour Aurel BGC et président d'Altaïr Economics, dans l'émission Good Morning Market sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
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00:00Christian Parizeau, que j'ai le plaisir d'accueillir ce matin en plateau, conseiller économique pour Aurel BGC et président d'Altaïr Economics.
00:06En effet, nous verrons dans un instant que ça y est, Trump a réussi à avoir ce qu'il voulait auprès du Japon, notamment un accord sur les terres rares.
00:13Mais juste avant, revenons quand même sur l'actualité des GAFAM, des mégatech américaines qui, on l'a encore vu hier, ont porté le Nasdaq, plus 1,8% hier soir à la clôture.
00:24Nvidia qui a, ça y est, doublé depuis ses niveaux du mois d'avril. Mais néanmoins, il y a quand même des interrogations avec des suppressions de postes.
00:31On a vu Meta supprimer des postes là. Maintenant, c'est Amazon qui annonce des suppressions de postes.
00:35On parle quand même de 30 000 suppressions d'emplois chez Amazon. Alors, ça concerne les fonctions support.
00:41Voilà, surtout, ce n'est pas le livreur. C'est vraiment au niveau des directions.
00:46Alors, on peut le voir de deux façons. On peut le voir d'une façon optimiste, entre guillemets optimiste,
00:51dans le sens que c'est grâce à l'intelligence artificielle, c'est grâce aux investissements technologiques
00:56qu'Amazon et compagnie vont faire des gains de productivité.
01:00On sait que l'IA, l'impact de l'IA est la plus forte dans les secteurs comme les médias technologiques.
01:05Ce sont vraiment les secteurs qui profitent le plus de l'intelligence artificielle.
01:09Et donc, ce n'est pas étonnant que derrière, on a des ajustements d'effectifs parce qu'on fait des gains de productivité.
01:14Donc, ça, c'est la lecture plutôt positive.
01:15La lecture négative, c'est dire que finalement, ça consomme énormément de cash,
01:20tous ces investissements dans les infrastructures autour de l'IA,
01:23que pour l'instant, ça n'améliore pas véritablement la productivité, la rentabilité plutôt, de ces sociétés.
01:30Et donc, ces sociétés essayent d'améliorer la profitabilité de leur business historique,
01:36de couper là où ils avaient beaucoup recruté et d'essayer d'améliorer cette rentabilité
01:40pour masquer une faiblesse de l'IA.
01:43Donc, le débat est ouvert. Naturellement, la société nous a dit, c'est des gains de productivité,
01:47c'est des éléments positifs.
01:49Mais on peut se poser la question quand même si derrière tout ça,
01:51ce n'est pas aussi un signal que l'investissement en IA consomme tout leur cash
01:55et n'a pas la rentabilité escomptée.
01:58Et derrière, est-ce que ce n'est pas une faiblesse derrière tout ça ?
02:01En tout cas, ce qui est certain, c'est qu'on voit que quand même,
02:03on est sur une croissance forte de ces sociétés,
02:06mais une croissance qui sera sans emploi.
02:07Et ça aussi, c'est un élément.
02:09Alors, c'est tellement des mastodontes aujourd'hui qu'on peut se poser au niveau de l'économie.
02:12Ça pose aussi un problème derrière de l'emploi, comment on gère l'emploi.
02:16Et en tout cas, moi, je pense que le marché ne va pas forcément prendre ça comme une mauvaise nouvelle,
02:19mais ça l'est quand même fondamentalement.
02:21Ça pose beaucoup de problèmes sur ces GAFAM qui ont énormément investi au taux de l'IA
02:26et derrière, qui va se traduire quand même par des restructurations encore importantes
02:30à attendre dans les prochains mois.
02:3130 000 postes dans les fonctions administratives,
02:33ça représente quand même 10 % des effectifs chez Amazon.
02:36D'un point de vue macroéconomique, c'est aussi intéressant de voir que désormais,
02:40les grands groupes, ça y est, commencent mine de rien à dégraisser leurs effectifs.
02:43On l'a encore vu avec Nestlé.
02:45Alors, c'est sûr que ça fait les grands titres,
02:47mais on voit quand même un marché de l'emploi
02:48qui est en train de se dégrader quand même aujourd'hui, si on parie.
02:52C'est tout l'élément un peu, je dirais, croissance en cas,
02:57ce qu'on appelle en cas en économie,
02:59c'est-à-dire que d'un côté, ces secteurs créent de la croissance,
03:02donc on a une croissance, mais on voit que cette croissance est très inégalement répartie
03:05et on voit surtout que derrière, ça impose des restructurations
03:09et pas seulement.
03:10Alors, ce qui était assez intéressant dans les publications des boîtes américaines
03:12qu'on a pu avoir la semaine dernière,
03:14c'est que quasiment toutes les boîtes sont en train de déployer l'intelligence artificielle
03:18et nous reviennent, c'est un moyen pour elles d'améliorer leur profitabilité.
03:22Oui, ça c'est le côté positif,
03:24mais ça passera forcément par des réductions d'emploi.
03:26Donc, on comprend mieux pourquoi certains commencent à s'inquiéter
03:29sur la consommation, sur le dynamisme du marché du travail.
03:32Pour l'instant, ça a bien tenu, ça a survécu à la crise du Covid,
03:35on était sur un marché de l'emploi qui restait solide,
03:37mais est-ce que finalement, on n'a pas des signaux de faiblesse de la consommation
03:41et derrière, ça va se payer ?
03:42Alors, on l'a vu aussi, parce que quand on parle de restructuration,
03:45on a aussi des entreprises comme Target, par exemple,
03:47qui a annoncé aussi des réductions d'effectifs.
03:49Donc, derrière tout ça, c'est quand même des signaux assez négatifs
03:53pour la croissance, hors investissement autour de l'IA.
03:56Et donc, concentrer toute la croissance sur ce seul secteur,
03:59sur ce seul élément-là, c'est quand même des signaux de fragilité
04:02pour la conjoncture.
04:03Et dans ce contexte, bien sûr, Amazon et Meta,
04:05qui vont publier en milieu de semaine, seront bien sûr particulièrement scrutés.
04:10Tiens, quand même, un mot de iRobo,
04:12puisque c'était en 2022 que Amazon souhaitait acquérir
04:15cette société américaine qui est cotée en bourse.
04:18À l'époque, ils proposaient même 63 euros par action.
04:20On était à 3,60 dollars hier, je crois.
04:23Un groupe qui, aujourd'hui, a des doutes sur sa survie.
04:26C'est quand même impressionnant de voir comment la situation
04:28s'est retournée pour iRobo qui fabriquent donc des robots aspirateurs.
04:31Oui, alors déjà, ça montre à quel point ça va très vite dans ce secteur-là.
04:35C'est-à-dire qu'on pense qu'il y a des barrières à l'entrée,
04:37qu'il faut avoir une part de marché massive,
04:39une technologie innovante.
04:40On voit que ça peut se retourner très vite.
04:42Il y a eu l'échec du rachat d'Amazon qui a joué à cause du régulateur
04:46qui a bloqué ces éléments-là et puis qui a été très long.
04:49Mais ça, au-delà de ça, je pense que déjà, c'est bien,
04:51ça rappelle aux investisseurs que le risque technologique est là,
04:55que ça va très, très vite et qu'on peut véritablement avoir une société
04:59qui périclique dans quelques années,
05:00malgré une position dominante à l'époque,
05:02quand ils étaient véritablement leaders.
05:05Deuxième élément, deuxième enseignement,
05:06c'est à quel point les Chinois peuvent monter rapidement
05:10et devenir des concurrents redoutables.
05:12C'est-à-dire que la Chine a quand même un écosystème
05:14tout au long de production.
05:16Certes, ils n'ont pas vu venir les robots aspirateurs,
05:19mais très vite, ils ont copié de manière inférieure,
05:21bien inférieure à AeroBoat,
05:23mais ils l'ont rattrapé.
05:25Et aujourd'hui, c'est eux qui ont l'innovation sur ces robots.
05:27Donc, c'est à quel point la Chine est capable de copier.
05:30Et ça nous renvoie quand même à un vrai problème
05:31qu'avait dit le patron de Nvidia,
05:33qui nous avait dit qu'interdire de vendre à Nvidia en Chine,
05:37c'est une erreur, quelque part.
05:38Alors, il n'a pas dit aussi tranché que je vous le dis,
05:40parce qu'il ne faut pas brusquer M. Trump,
05:43mais il a dit clairement,
05:44nous, le mieux, c'est plutôt qu'on vende en Chine,
05:46qu'on garde des parts de marché en Chine,
05:48que nous bloquer de vendre à la Chine,
05:51parce que la Chine, ça les incite à élover.
05:53Et derrière, on aura des concurrents d'autant plus forts,
05:56parce qu'ils ont leur marché, ils ont leur écosystème.
05:58Et la Chine, quand ils investissent massivement
06:00dans ces secteurs-là,
06:01ils peuvent très rapidement devenir des concurrents.
06:03Ils copient dans un premier temps,
06:05mais après, ils améliorent.
06:06Et c'est là, je trouve que c'est un bon exemple,
06:08Aérobot, de la capacité de la Chine à rebondir.
06:11Et un titre qui, aujourd'hui,
06:13est sur des plus bas historiques,
06:14100 millions de capitalisations,
06:16alors qu'à l'époque, Amazon en proposait 1,7 milliard.
06:19Assez impressionnant, ce cas de Aérobot.
06:22Bon, justement, on parlait de l'Asie.
06:24Ça y est, là, Donald Trump a commencé sa tournée en Asie.
06:27Il était cette nuit au Japon.
06:28Il a scellé un accord en ce qui concerne les terres rares.
06:31Bon, c'est une façon de mettre un petit peu la pression
06:33à Xi Jinping.
06:34Pour rappel, la réunion est prévue jeudi.
06:36Oui, alors, il doit bien rigoler,
06:38Xi Jinping, quand même,
06:39parce que mettre la pression,
06:40bon, déjà, il y a l'aspect extraction de terres rares.
06:43Ça, OK,
06:45les États-Unis vont réactiver des mines.
06:49Il espère de montrer
06:50qu'il peut se désensibiliser
06:52des terres rares de la Chine.
06:53Mais le vrai problème, aujourd'hui,
06:54c'est le raffinage des terres rares.
06:56Et ce qu'a fait la Chine, c'est deux choses.
06:57On voit que la Chine maintient et fait tout
06:59pour maintenir des stocks américains très bas.
07:01On est à peine à trois mois,
07:02trois, quatre mois de stocks
07:03dans l'industrie américaine,
07:05alors qu'on était, il y a encore un an,
07:07à six, huit mois.
07:08Donc, la Chine donne des autorisations,
07:11livre les États-Unis.
07:12Ça fait partie de l'accord,
07:13mais maintient le nœud coulant
07:16autour du coup des industriels chinois.
07:18Et surtout, chose très importante,
07:20la Chine a bloqué tout ce qui est exportation
07:22de machines qui servent à raffiner les terres rares.
07:24Et la Chine a très bien compris
07:27que des mines, on sait ouvrir.
07:29On sait, c'est écologiquement très coûteux,
07:32mais demain, il y aura un marché,
07:34on peut se mettre d'accord,
07:35on peut diversifier les approvisionnements.
07:37Il y a des pays, mais c'est très long.
07:39OK, mais on sent qu'on est parti
07:41dans un conflit sur longue période
07:42et qu'on aura des remboursements,
07:44des rebondissements, excusez-moi,
07:47dans les prochains mois.
07:48Mais surtout, ils sont en train de bloquer
07:50les technologies de raffinage derrière.
07:51Donc, ça veut dire que vous exploitez
07:53vos terres rares,
07:53vous les achetez à l'Australie,
07:55vous les achetez aux Etats-Unis,
07:56mais vous êtes obligés de passer
07:57par le maillon chinois
07:58qui va vous les purifier
08:00et vous les rapporter derrière.
08:02Et ça, aujourd'hui, je pense que la Chine
08:05a encore beaucoup, beaucoup de pression,
08:06moyen de pression sur l'administration Trump.
08:08Donc, oui, c'est de la négociation,
08:10c'est de la communication.
08:11L'administration Trump veut montrer
08:12qu'ils peuvent être indépendants de la Chine,
08:14mais sur le fond, c'est quand même quelque chose
08:15qui mettra 5, 10 ans à véritablement
08:17pouvoir être une indépendance.
08:19Donc, on n'a pas fini avec cette guerre.
08:20Alors, c'est quand même intéressant,
08:21ça montre que le marché qui s'envole
08:23en disant, super, il y a un accord commercial.
08:26Non, c'est une pause.
08:27On fait une petite pause.
08:28Chacun a mis ses cartes.
08:29On s'est bien battus.
08:30On fait une pause pour un an
08:31et on reparlera de ça dans un an,
08:33j'en suis convaincu.
08:34Et de nouveau, la Chine mettra la pression
08:36sur les Etats-Unis via les terres rares.
08:37Donc, concrètement, cette guerre commerciale,
08:39on va encore en parler pendant des semaines
08:40et des mois.
08:41C'est-à-dire que même si un accord est trouvé
08:42ce jeudi, qu'ils vont se serrer la main
08:44et que Donald Trump va dire
08:45c'est l'accord du siècle,
08:46on n'en parle plus,
08:47non, en réalité, non.
08:48Ça rebondira.
08:49La seule chose qu'on est certain,
08:51c'est qu'aujourd'hui, la Chine a besoin de temps
08:53pour réorienter et réorganiser son industrie
08:55pour moins dépendre des Etats-Unis
08:56et rentrer dans les chaînes de production de l'Asie
08:59pour après exporter vers les Etats-Unis.
09:00Donc, plus exporter directement vers les Etats-Unis,
09:03mais rentrer dans le processus production asiatique.
09:06Donc, la Chine a besoin du temps
09:06et les Etats-Unis ont besoin du temps
09:08pour s'immuniser sur ce qui sont très dépendants
09:11de la Chine et qui ne peuvent pas se passer.
09:13Dernière question, juste Christian Parizeau,
09:14sur ces droits de douane.
09:15Pour l'instant, les sociétés communiquent assez peu sur le sujet.
09:18Est-ce que c'est parce qu'elles redoutent un peu le sujet
09:20et donc elles l'évitent, d'autant plus
09:21qu'on le voit notamment en Europe,
09:22les sociétés donnent uniquement leurs chiffres d'affaires
09:24ou est-ce qu'au final, ça y est, c'est gérable
09:25et on en a fait des caisses au mois d'avril
09:28et finalement, aujourd'hui, c'est absorbable ?
09:31Non, les entreprises contournent les droits de douane,
09:33tout simplement.
09:34Si vous prenez aujourd'hui le taux de droits de douane théorique
09:36affiché par la Maison Blanche
09:37et si vous prenez ce que rapportent les droits de douane
09:40sur le montant des importations,
09:42vous êtes prêts à 20 points inférieurs au taux théorique
09:44que nous affiche la Maison Blanche.
09:46Pourquoi ? Parce qu'il y a plein d'exanctions
09:48et a priori, les entreprises réussissent à contourner
09:50une partie des droits de douane par ces exanctions.
09:52Donc ça, c'est un premier élément.
09:54Et puis, on voit aussi que les industriels chinois
09:55aussi ont contourné.
09:56Ils passent par le Mexique, le Canada.
09:58Enfin, il y a plein d'éléments aujourd'hui de contournement.
10:00Ils ont leur stock,
10:01qu'ils ont constitué aussi,
10:03qui leur permet aussi de lisser dans le temps.
10:05Et c'est vrai qu'on a eu quelques publications
10:06des Propagambo, etc.,
10:07qui nous ont révisé à la baisse
10:09l'impact des droits de douane sur leurs coûts actuellement.
10:13Donc, on lisse les choses,
10:14on prend son temps et on s'adapte.
10:16Et ça, c'est quand même le grand enseignement.
10:18Malgré tout, malgré tout ce qu'on pouvait craindre,
10:20il y a une capacité d'adaptation des industriels
10:23qui est assez importante,
10:24qui vont faire que ça va lisser dans le temps
10:26l'impact de ces droits de douane
10:27beaucoup plus que ce qu'on pouvait l'imaginer.
10:29Et les entreprises qui s'adaptent très vite.
10:30C'était également l'un des grands enseignements
10:32de la période Covid.
10:33Merci beaucoup.
10:34Christian Parizeau nous aura accompagné ce matin,
10:36conseiller économique pour Aurel BGC
10:38et président d'Altaïr Economics.
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