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Ce mardi 17 mars, Nvidia, qui va doubler sa production de puces, a été abordé par Christian Parisot, conseiller économique pour Aurel BGC et président d'Altaïr Economics, dans l'émission Good Morning Market sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
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00:01En plateau avec nous Christian Parizeau, conseiller économique pour Aurel BGC et président d'Altaïr
00:06Economics. Bonjour Christian. Merci d'être resté avec nous ce matin en plateau. Dans un instant,
00:11nous reviendrons sur cette semaine très importante avec notamment les grandes banques centrales du
00:16globe qui prennent la parole. Ce matin, c'était la Banque d'Australie, demain la Fed, jeudi la BCE
00:21ou encore la Banque du Japon. Un mot quand même de la tech. Sortons un petit peu de ce qui
00:25se
00:25passe du Moyen-Orient, du pétrole, pour revenir sur des sujets plus micro, des sujets plus technologiques
00:31avec donc John Sang-young qui était encore une fois très optimiste sur la demande de ses cartes graphiques
00:37qui prévoient carrément 1000 milliards de carnets de commandes d'ici à 2027. Bon, ça a profité au titre
00:43Nvidia qui était en hausse de 1,7% hier soir à la clôture. Oui, alors il faut le reconnaître,
00:48il y a
00:48pour l'instant une demande très forte autour de l'intelligence artificielle. On a même un retour
00:52d'entreprises qui espèrent aussi absorber une partie des chocs de coûts grâce à l'intelligence
00:58artificielle. C'est ce que disait le dernier Beige Book aux Etats-Unis où les entreprises
01:01notamment ne licenciaient pas parce qu'ils espéraient ajuster finalement leurs coûts grâce
01:07aux gains de productivité liés à l'intelligence artificielle. Donc il y a une demande qui est là
01:10et ce que nous a clairement dit et répété le président de Nvidia, ça va exploser. On est dans
01:17la phase de diffusion de l'IA et pour l'instant ça se passe bien. Alors juste petit bémol,
01:21c'est ce que nous a dit un peu le patron de SKNX ce matin qui nous a dit qu
01:26'il y a un
01:27problème quand même et il y a un énorme problème, c'est un problème de production. Ce qui est
01:31en train de se passer aujourd'hui, on est dans un problème où on va manquer, alors
01:34vous savez ces galettes de silicone, les wafer qui sont produits beaucoup au Japon, qui
01:40sont en pénurie et on sera sur une pénurie au moins jusqu'en 2030. En 2030, on va avoir
01:45un vrai problème. Du coup, on a vraiment un problème sur les mémoires, sur les mémoires
01:50qui équipent ces puces, qui servent derrière à déployer de l'intelligence artificielle.
01:54Et de plus en plus, on a ce goulot d'étranglement qui est en train de se mettre en place
01:58et
01:58je vous donne juste un indicateur macroéconomique. Ce n'est pas vraiment du micro, là on est
02:02sur du macroéconomique. On a eu hier la production industrielle aux Etats-Unis et qu'est-ce
02:07qu'on constate ? On constate que certes, on a une forte croissance dans le secteur des
02:10semi-conducteurs, on reste sur un rythme de croissance de 10%, c'est bien mais on n'accélère
02:14pas. C'est étonnant, on nous annonce 1000 milliards de carnets de commandes, on devrait
02:18accélérer, on devrait produire plus. Et même pire, on a le taux d'utilisation des
02:22capacités de production qui diminue dans ce secteur. Ça veut dire qu'on a bien augmenté
02:26les capacités de production. Ça veut dire qu'on a plus de capacités à produire puisque
02:30le taux d'utilisation baisse. Mais pourquoi on n'en demande pas ? Ce n'est pas un problème
02:33de demande, ce n'est pas un problème de carnets de commandes, c'est bien un problème
02:36de chaînes d'approvisionnement. Et il semble qu'effectivement, c'est peut-être, je
02:40dirais, le petit élément qui nous manque en ce moment sur les semi-conducteurs, c'est
02:44comment on va réaliser ces puces, comment on va fabriquer et accélérer les cadences
02:48de production. Et il semble qu'il y ait quand même des vrais endroits où il y ait
02:51des blocages. Et je pense que c'est très en amont de la chaîne. Et donc, on en a
02:55l'illustration. En tout cas, c'est quelque chose que ne nous a pas mis en avant le président
02:58de Nvidia et qui me semble être vraiment un élément clé. C'est les mémoires. Et derrière
03:04les mémoires, c'est peut-être les waifers, c'est peut-être ces galettes de silicone
03:07qui posent problème. Donc, attention, il y a quand même tout un cycle de production
03:12et ça peut s'enrayer très vite. Donc, ça sera en croissance. On a une visibilité.
03:16Mais attention par rapport aux annonces de carnets de commandes. D'ailleurs, ils
03:19communiquent beaucoup plus sur les carnets de commandes que sur les quantités
03:22produites. Et je pense que c'est là-dessus qu'il faut se focaliser maintenant
03:25lorsqu'on étudie ce secteur.
03:26En tout cas, le fait qu'il y ait une demande très forte et derrière cela, une industrie qui
03:31est un petit peu sous pression, ça a été salué. En bourse, quand
03:34même dans le sens où les marges ont été tirées vers le haut. Les pénuries ont
03:38tiré les marges des SKNX, des Samsung, des Micron sur des plus hauts historiques.
03:42Oui, parce que là, on joue un effet prix quelque part. C'est ce qu'a dit le patron
03:46de SKNX ce matin. On était dans un marché de commodities, vous savez, dans lequel
03:50quand on était fabricant de dirhams, quand on était fabricant de mémoire
03:53informatique, on n'avait pas de capacité à relever les prix. Il y a une telle concurrence,
03:57une telle abondance de mémoire que finalement, on était soumis au cycle de marché.
04:01C'est pour ça qu'on parlait souvent que ces entreprises-là étaient très cycliques,
04:05avec des hauts et des bas, parce que c'était en fonction de la demande et en fonction qu'on
04:09augmentait les capacités de production, forcément les prix rechutaient. Donc, on avait une sorte
04:13de mouvement cyclique sur les prix. Et pour lui, justement, le fait qu'on soit sur des
04:16pénuries au moins jusqu'en 2030, fait qu'on n'est plus dans une industrie de cycle,
04:21mais dans une industrie de croissance. Et c'est pour ça qu'en ce moment, on est en train
04:25de revoir un peu les niveaux de valorisation de ces sociétés-là. Parce qu'on était toujours à dire,
04:29on est aujourd'hui sur des sociétés valorisées en haut de cycle, avec des PE élevées.
04:33Mais ça, c'était vrai si vous aviez une demande qui était cyclique et si vous étiez sur
04:36des sociétés qui avaient la capacité de monter leurs prix. Si demain, vous êtes sur
04:41une situation de pénurie durable, avec une croissance forte qui va se maintenir et
04:46surtout une capacité à relever vos prix et que c'est accepté par le marché, et bien
04:50là, vous êtes sur des secteurs qui est un peu revalorisé. C'est pour ça que le marché
04:54joue plus les mémoires quelque part aujourd'hui. Et c'est là-dessus qu'il se focalise,
04:57parce qu'on est en train de represser ce secteur, plus que finalement, peut-être
05:03des valeurs ou des secteurs qui profiteraient de la diffusion de l'IA, parce que là,
05:07on pourrait avoir des goulots d'étranglement.
05:08À noter que ce soir, Mike Kwan va publier ses résultats. Ça sera bien sûr un très
05:12bon baromètre. C'est un titre qui a été multiplié par 4 en un an, grâce notamment
05:16à la production de ces fameuses puces mémoires. Hier soir, Meta a gagné plus de 2%
05:22à la clôture, car d'après Reuters, la maison mère de Facebook et d'Instagram
05:25va remercier au moins 20% de ses effectifs. On parle quand même là de plus de 15 000
05:28personnes pour notamment financer ses CAPEX, ses investissements dans l'intelligence
05:34artificielle. C'est un petit côté un peu rassurant aussi pour l'industrie des
05:38semi-conducteurs de voir que, malgré les instabilités ambiantes, les carnets de commandes
05:43sont confirmés.
05:44Oui, les carnets de commandes, c'est une priorité. Et surtout, on voit que c'est à double
05:49tranchant ce que nous envoie Meta. D'une part, il nous dit qu'on va réduire les effectifs
05:53parce qu'il faut faire le maximum d'économies. Donc ça veut dire que quand même, l'environnement
05:56économique n'est pas si porteur que ça pour Meta. Il n'y a pas une explosion de ces recettes
06:01publicitaires et il faut quand même financer ses investissements. C'est une priorité numéro
06:05un. C'est un élément de développement. Ça veut dire que tout ce qui est hyper scaler,
06:08c'est ce qu'ils nous ont dit. Pour eux, c'est un changement de modèle et ils ne peuvent
06:11pas rater cette transformation de leur modèle d'activité. Donc quoi qu'il arrive, et ça
06:18c'est un élément rassurant pour les marchés, quel que soit l'environnement économique,
06:22quelle que soit la situation économique, ils vont investir massivement autour de l'intelligence
06:27artificielle. Il n'y aura pas de remise en cause. Le pire, ça serait que pour Nvidia,
06:31pour les fabricants de mémoire qu'on a parlé, ça serait qu'un jour, on a Alphabet qui
06:35me disent, bon finalement, je vais diviser par deux mes capex par rapport à ce que j'avais
06:39promis. Ça ne sera pas le cas. Ça ne sera pas le cas parce qu'ils estiment que c'est
06:42essentiel pour eux. Ce que nous montre aussi Meta et d'autres acteurs, c'est que malgré
06:47ça, il y a quand même une conjoncture économique qui est beaucoup moins porteuse. N'oubliez
06:52pas que ces acteurs-là vivent beaucoup sur la publicité et que la publicité va quand
06:56même assez mal quand vous avez une très forte hausse des coûts, que vous n'avez pas
06:59de capacité d'en monter vos prix dans l'économie, vous reniez éventuellement vos budgets publicitaires.
07:05Et je pense que ces acteurs-là, certes, montrent qu'ils sont flexibles, qu'ils peuvent ajuster
07:10leurs effectifs, mais derrière ça, ça montre quand même qu'il y a vraiment une dégradation.
07:13Donc attention, c'est un signal peut-être encore un peu faible.
07:16Alors c'est vrai que Meta met en avant les gains de productivité grâce à l'IA pour
07:20justifier ses licenciements. Mais là, quand on atteint 20%, vu le temps de diffusion de
07:25l'IA, je pense qu'il y a aussi de l'ajustement conjoncturel. Donc attention à ça. Ça montre
07:30peut-être aussi qu'il y a quand même quelques signaux faibles qui montrent que l'économie
07:33américaine est peut-être un peu moins florissante que ce que l'on croit. Et surtout, le marché
07:38publicitaire numérique pourrait ralentir assez sensiblement si la conjoncture se durcit.
07:42Donc attention, on n'est pas à l'abri quand même de phénomènes conjoncturels, même
07:47si encore une fois, les investissements autour de l'IA sont sacralisés parce que c'est
07:50une priorité et je dirais, c'est même une priorité vitale aujourd'hui de pouvoir
07:54gérer ces structures technologiques au sein des hyperscalers.
07:58Pour rappel, Meta avait annoncé en début d'année l'occasion de ses résultats annuels
08:01de vouloir investir 135 milliards de dollars, notamment dans l'intelligence artificielle.
08:06C'est deux fois plus que l'an passé. Un dernier mot quand même sur les cours du
08:09pétrole qui sont très volatiles ces dernières heures. Épreuve en est, c'est devenu vraiment
08:14la boussole des marchés, Christian Parizeau. On le voit bien, hier, le pétrole recule
08:18un petit peu, le marché d'action va de l'avant, l'obligataire baisse. Aujourd'hui,
08:21c'est un petit peu l'inverse, même si là, l'obligataire reste quand même assez calme.
08:25Oui, avec le dollar qui réagit aussi. Tout est corrélé au pétrole aujourd'hui. C'est-à-dire
08:30que le pétrole résume l'information que l'on a autour de cette guerre dans les pays
08:35du Moyen-Orient. Et donc, finalement, c'est le détroit d'Hermouz. La durée du blocage
08:40du détroit et le fait qu'est-ce qu'on a des destructions physiques ou pas de capacités
08:45de production, c'est les deux éléments clés aujourd'hui et c'est ça qui drive les marchés
08:49aujourd'hui. Donc, il ne faut pas chercher plus loin. Vous mettez les cours du pétrole,
08:52vous avez après derrière tout qui se déroule. Et je pense qu'on va rester dans
08:55cette situation tant qu'on n'a pas de visibilité sur la longueur du conflit. Parce qu'on sait
08:59qu'on a un élément tampon, ce sont les stocks stratégiques qui ont été débloqués, mais
09:03c'est un élément temporaire. Donc, aujourd'hui, on va rester très corrélé au cours du pétrole
09:08et dans les choix sectoriels et dans les comportements des indices boursiers.
09:13Et que peuvent faire les banques centrales face à cela ? Parce que c'est vrai que cette
09:16nuit, on a eu la Banque d'Australie qui a relevé ses taux. Alors bon, il ne faut pas avoir
09:19un signe précurseur pour les autres banques centrales cette semaine, mais par rapport à une remontée
09:23des prix à la pompe, une remontée des cours du pétrole, les banques centrales, elles
09:26ne peuvent pas faire grand-chose à court terme.
09:28Pas du tout, pas grand-chose, c'est clair, parce que c'est une inflation importée. Et
09:31ce n'est pas parce que la Banque centrale européenne va monter ses taux qu'elle va produire
09:35plus de pétrole, que le Moyen-Orient va produire plus de pétrole. Donc, c'est un peu ça
09:38le problème. Alors, ils sont très, je dirais, traumatisés par 2022, dans lequel ils
09:43avaient dit, on laisse finalement l'énergie monter, mais ça va se calmer de lui-même
09:47et puis ça a entraîné quand même des tensions inflationnistes un peu plus fortes. Là, je pense
09:51que ce traumatisme de 2022 n'est pas de bonne augure, parce qu'on n'est pas du tout
09:55dans la situation de 2022. Je pense que les ménages, que ce soit en Europe ou aux Etats-Unis,
10:00sont beaucoup plus sensibles à l'effet prix, à la hausse des prix de l'énergie. Donc,
10:04ça va peut-être rapidement peser sur la consommation des ménages. On a vu hier une statistique
10:09de la fête de New York qui a montré que les ménages américains avaient eu recours au
10:12crédit à la consommation pour faire face à la hausse des prix de l'essence. Donc, tout de suite,
10:16ils se sont endettés. Donc, ça veut dire qu'ils ont maintenu leur pouvoir d'achat à court
10:19terme, OK, mais au prix de crédit à consommation à 20%. Donc, on ne va pas aller très loin
10:23si ça se poursuit durablement. Donc, très, très vite, on va avoir une consommation qui
10:27va être sous pression, parce que les crédits à consommation aujourd'hui sont très utilisés.
10:31Les Américains sont très endettés. Donc, ça ne va pas très, très vite étouffer
10:35la consommation. Donc, je ne pense pas qu'on soit dans un cycle de transmission rapide
10:39de la hausse des prix de l'énergie sur ce qu'on appelle le noyau dur de l'indice des
10:42prix,
10:42de transmission sur l'ensemble de l'indice des prix, parce que le consommateur n'est pas prêt
10:45à accepter ces tensions inflationnistes. Donc, pour moi, on est sur des banques centrales
10:50qui sont très contraintes. Elles auront beaucoup de mal à gérer leur communication
10:53là, parce qu'elles ne doivent pas être prudentes. Elles ne peuvent pas envoyer un signal
10:56au marché, on va être conciliants face à cette inflation, parce qu'elles ont des
11:01relents de 2022 qui sont dans leur tête. Mais attention, attention, parce qu'on est
11:06quand même sur un risque de ralentissement, à mon avis, plus que d'un risque d'inflation
11:11auto-entretenu face à cette inflation importée. Avec donc demain la Fed, jeudi la BCE,
11:17mais également la Banque centrale du Japon jeudi. Merci beaucoup, Christian Parizeau
11:20nous a accompagné ce matin, conseiller économique auprès d'Aurel BGC et président d'Altaïr Économics.
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