00:00Et c'est Victor Le Quillaurier, économiste et président de BSI Economics,
00:03qui nous accompagne pour débriefer un petit peu ce discours du président américain.
00:07Bonjour Victor, merci de nous accompagner ce matin pour revenir à chaud sur ces 1h47 de discours.
00:14Bon, qu'est-ce que vous retenez de cette prise de parole du président américain
00:17où il essaye de défendre un petit peu ses mesures, ses décisions, notamment sur les droits de douane ?
00:23On en parlera dans un instant, mais que peut-on dire sur l'inflation, l'emploi, le logement ?
00:29Autant de promesses de campagne.
00:31Bonjour Etienne, bonjour à tous, merci.
00:33Alors effectivement, cette nuit, le président américain s'est livré un peu à un exercice de politique
00:39qui, moi, me semble être en lien avec la préparation des élections de mi-mandat.
00:44Et en fait, il a essayé vraiment de rassurer sur ses choix politiques et sur son bilan économique,
00:51qui, en vrai, à première vue, est plutôt bon, parce que la croissance du PIB a été soutenue en 2025,
00:58portée par la consommation privée.
01:00On a eu aussi un marché à action qui a été très haussier.
01:05On a eu une certaine résilience de l'emploi, même si c'est un petit peu fané en fin d
01:07'année.
01:08Et on a eu aussi un cycle plutôt désinflationniste sur l'ensemble de l'année,
01:12qui a du coup soutenu les salaires réels.
01:15Côté politique commerciale, là, c'est encore plus mitigé peut-être que sur l'inflation,
01:21parce qu'on voit encore aujourd'hui la Cour suprême à invalider
01:27certains types de droits de droits qui étaient mis en place.
01:29Et au-delà de ça, en fait, ça n'a pas eu de répercussions sur le déficit commercial.
01:33Parce que s'il s'est réduit de 2 milliards de dollars l'année dernière,
01:36en fait, il a été surtout tiré par l'excédent de la balance de services.
01:39Et là où ça aurait dû avoir un impact, notamment sur les annonces de réindustrialisation,
01:44on voit que sur les exportations de biens, ça n'a pas été forcément très prégnant
01:49et que beaucoup d'anticipations de hausses de droits de voie
01:53n'ont mené en fait à une hausse d'importation.
01:55Donc, oui, je pense que c'est un petit peu tôt.
01:57Et le bilan dressé par Donald Trump était beaucoup trop flatteur
02:00par rapport à la réalité, même si la réalité est plutôt positive.
02:03Et que c'est surtout, en fait, en 2026 qu'on pourra commencer à tirer un vrai bilan.
02:08Parce qu'effectivement, il y a d'autres promesses de campagne,
02:11notamment sur l'inflation et l'accès au logement.
02:14Ce qu'il faudra particulièrement surveiller en 2026 au vu des perspectives.
02:18En ce qui concerne les finances publiques et la dette,
02:22Donald Trump a continué à dire que les droits de douane allaient résorber
02:26en partie le déficit américain.
02:29D'ailleurs, sur ces droits de douane, il maintient qu'il veut des surtaxes
02:33et il a lancé une petite pique à la Cour suprême.
02:37Effectivement, c'est ça qui est très intéressant parce que
02:40ce qui est peut-être moins affiché dans son bilan,
02:44c'est que la croissance aux États-Unis, en fait,
02:46est de plus en plus financée à crédit et à coût du stimulus fiscal.
02:50Et ce stimulus fiscal, il repose notamment sur une hausse de certaines recettes,
02:54les fameuses recettes qui ont le droit de douane.
02:55Et là, il y a deux aspects à bien avoir en compte.
02:58C'est que l'invalidation des droits de douane par la Cour suprême pourrait exposer
03:03à des remboursements du gouvernement américain qui pourrait coûter 0,7 points de PIB supplémentaires,
03:09en fait, qui viendraient s'ajouter au déficit.
03:11Et si jamais ces mesures qui sont annoncées n'arrivaient pas à être pérennisées,
03:16c'est peut-être aussi un manque à gagner dans les recettes de près de 300 milliards de dollars.
03:20Et ça, en fait, ça peut vraiment affecter la trajectoire des finances publiques,
03:24dégrader davantage encore une structure de la dette publique aux États-Unis
03:27qui est très dégradée avec une maturité qui baisse assez rapidement,
03:32des taux qui restent assez tendus.
03:34Et en fait, c'est particulièrement important parce que tout,
03:38ça conditionne aussi en partie la trajectoire d'inflation.
03:43On l'a vu là en fin d'année et en début d'année que la hausse des droits de
03:48douane
03:48ont pu avoir un impact notamment sur certains biens durables
03:54pour lesquels on a vu qu'il y avait des nouvelles tensions inflationnistes qui se manifestaient.
03:58Et ça, c'est particulièrement important parce que ces droits de douane
04:01se traduisent par des légères pressions inflationnistes,
04:04alors même que l'objectif de Donald Trump, c'est de réduire l'inflation.
04:09Pourquoi ? Parce que ça permettrait de réduire les taux d'intérêt.
04:12Et ça, en fait, c'est une politique qui est très incertaine
04:15parce que là, on est plutôt dans une Fed qui serait peut-être moins interventionnée
04:18cette année en baissant peut-être moins les taux.
04:20Et ça, ça viendrait remettre en cause une promesse de campagne qui est assez forte,
04:24celle d'accès aux logements.
04:24Sans baisse des taux, c'est difficile d'imaginer que les conditions d'emprunt hypothécaires
04:30puissent vraiment se réduire.
04:31Et ça, c'est une promesse qui est très importante et qui, malheureusement,
04:35en tout cas pour les Américains, semble de moins en moins tenue.
04:38Merci beaucoup, Victor Lequil-Laurier, de nous avoir accompagnés ce matin.
04:41Je rappelle que vous êtes économiste et président du think tank BSI Economics
04:44pour revenir donc à chaud sur ce discours tenu cette nuit par le président américain.
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