00:0015h44, comme promis, nous rejoint Alexandre Baradez. Bonjour Alexandre.
00:03Bonjour Guillaume.
00:04Ravie de vous trouver, chef analyste d'IG.
00:06Alexandre, vous allez rendre votre verdict et le prononcer dans un instant.
00:09Ce moment, cet instant, qu'on va vivre ce verdict. Est-ce que vous l'assumez ?
00:13Oui Guillaume, j'assume.
00:15Donc, Alexandre, quel est votre verdict ?
00:18Le verdict, c'est qu'on voit réapparaître depuis quelques jours
00:23les thèmes comme Suprime, Crédit Auto, Banque Régionale.
00:28Et c'est des thèmes qu'on pensait peut-être durablement enfouis pour l'éternité
00:33après ce qu'on avait vécu en 2007-2008, à savoir la crise des Suprime.
00:38Et on voit ces thèmes réapparaître aujourd'hui.
00:40Aïe, aïe, aïe.
00:42Parce qu'on a eu cette alerte, effectivement, sur les banques régionales en fin de semaine dernière
00:46et des défauts de crédit aussi.
00:48Mais cette alerte, tout de suite, elle a semblé s'étouffer.
00:50On a terminé la semaine finalement dans le vert.
00:52C'est-à-dire qu'on a eu une alerte qui n'a pas donné tellement plus d'inquiétude.
00:56Et aujourd'hui, on ouvre cette nouvelle semaine plutôt en hausse,
00:58que ce soit en Europe ou aux Etats-Unis.
00:59Vous, vous restez en alerte quand même, Alexandre ?
01:01Oui, parce que quand vous avez des marchés, encore une fois,
01:04qui ont un certain prix, un certain niveau de valorisation,
01:07qui ont connu des rallies pendant quelques mois,
01:09qui sont des rallies presque records,
01:11et qu'on a des secteurs aussi.
01:13Vous parliez à l'instant de BNP, on va pouvoir parler aussi,
01:15mais du secteur bancaire en général.
01:17Il n'a pas seulement très bien marché depuis deux ans en Europe, ce secteur.
01:20C'est le meilleur secteur en Europe, au niveau de tous les secteurs boursiers.
01:23Mais aux Etats-Unis aussi, c'est un secteur qui a très bien marché
01:26pour les larges caps, les grandes banques américaines,
01:30mais aussi les plus petites qui ont tiré le Russell 2000.
01:32L'indice des small mid-cap américaine, le Russell 2000,
01:35a aussi connu un rallye intéressant pendant plusieurs trimestres,
01:37parce que les banques ont tiré ce sujet à la hausse.
01:39Et donc, on voit réapparaître, vous l'avez dit,
01:41il n'y a rien de dramatique.
01:43On n'est pas sur un choc, une réaction cascade des événements.
01:46Mais on reparle d'un marché du crédit auto,
01:49où c'est un marché, il faut dire quelques chiffres,
01:51qui pèse 1 600 milliards de dollars aux Etats-Unis.
01:53Donc, c'est un marché significatif.
01:55C'est un marché dans lequel, comme à l'époque des subprimes,
01:58il y a ce qu'on appelle la titrisation.
02:00C'est-à-dire que vous avez les revendeurs de crédits auto,
02:02qui sont autorisés à repackager un peu leurs crédits,
02:05sous forme de produits obligataires,
02:07qui sont notés, on appelle ça donc des ABS.
02:10Ces ABS, on surveille le taux global de ces titres de crédit
02:14par rapport aux taux souverains.
02:15On a des spreads de crédit donc en mesure.
02:17Et on remarque que les spreads sont un petit peu écartés.
02:19Ce qui veut dire que les investisseurs sont plus regardants
02:21quand ils achètent des obligations liées,
02:23avec des paquets d'obligations liées au crédit auto aux Etats-Unis,
02:26que c'était encore le cas il y a 6 mois ou il y a 12 mois.
02:28Et ça arrive dans un contexte aussi où, encore une fois,
02:30quand vous avez des petites fissures comme ça qui apparaissent,
02:32pour prendre les termes un peu du patron de JP Morgan,
02:34ça apparaît dans un contexte aussi où on a des taux américains,
02:37qui même s'ils sont un petit peu détendus ces derniers jours,
02:39les dernières semaines même,
02:40sont sur des niveaux qui sont quand même très élevés.
02:42On prend le cas du crédit auto.
02:44Un acheteur de voitures aux Etats-Unis,
02:46déjà le prix moyen d'un véhicule neuf aujourd'hui,
02:48il a dépassé les 50 000 dollars.
02:49C'est-à-dire que c'est le niveau le plus cher dans l'histoire des Etats-Unis.
02:52C'est la première fois qu'en moyenne,
02:54les véhicules neufs se vendent 50 000 dollars aux Etats-Unis.
02:57Là-dessus, vous avez le taux de crédit.
02:58Donc c'est les études qui montrent ça.
02:59Des taux de crédit de 9% pour, grosso modo, les bons payeurs.
03:03Pour les moins bons payeurs,
03:04soit des profils plus fragiles,
03:05vous avez donc les taux subprimes.
03:07C'est-à-dire des taux qui avoisinent facilement 15-17%
03:09pour des crédits auto.
03:11Donc on voit que le prix des véhicules augmente
03:13au cas d'émission de tout véhicule neuf.
03:15On voit que les volumes de crédit sont très importants,
03:17que les taux de crédit auto sont très importants.
03:20Et évidemment, ces produits à fort rendement
03:22sont très exploités par l'établissement financier,
03:25les banques pour des questions de marge ou autre.
03:27Et donc on commence à avoir réapparaître un peu ces termes
03:30subprimes, titrisation, ABS.
03:32Et le problème, c'est que l'auto là-bas, ce n'est pas un luxe.
03:35Même dans les grandes villes, vous avez besoin d'une voiture.
03:37Voilà, il faut trouver la voiture.
03:38Et c'est effectivement le symptôme aussi d'une supply chain
03:41qui a été pas mal modifiée depuis la crise Covid finalement.
03:44On a aussi ces questions de, vous en parliez
03:47il y a quelques instants, de fin des primes
03:48pour les achats de véhicules électriques aux Etats-Unis.
03:50Le prix moyen des véhicules électriques
03:52qui est quand même nettement plus cher
03:52que les véhicules thermiques.
03:54Et donc tout ceci contribue à tendre un peu plus ce marché.
03:56Et on le dit encore une fois,
03:58dans un environnement aussi où la macro a compté,
03:59c'est-à-dire les politiques monétaires de la Fed
04:01qui maintiennent des taux très élevés pendant des années,
04:04et bien à un moment donné, vous commencez à avoir
04:05une sorte de fatigue du consommateur.
04:07On rappelle que les salaires en moyenne aux Etats-Unis
04:09progressent de l'ordre de 4% par an.
04:11Et vous avez des taux de crédit aujourd'hui
04:13sur les véhicules auto qui vont de 9 à 17%.
04:15Donc on voit bien qu'il commence à y avoir une phase
04:17un peu de fatigue chez certains consommateurs américains
04:19qui se voient dans ces résultats.
04:21Mais la bonne nouvelle, c'est qu'on a ces risques
04:23qui réapparaissent.
04:24Pas parce que le marché est trop facile,
04:25que le crédit est trop bas
04:27et que finalement, on peut emprunter à pas cher.
04:29Au contraire, c'est qu'on emprunte trop cher.
04:31Ça veut dire qu'on a des marges de manœuvre
04:32pour régler les choses,
04:33que la Fed peut agir justement pour calmer ce risque.
04:37Il y a des marges de manœuvre aujourd'hui
04:38qu'il n'y avait peut-être pas il y a quelques années.
04:39Non, je suis tout à fait d'accord.
04:40D'ailleurs, c'est pour ça que Donald Trump
04:43a mis autant de pression sur la Fed pour baisser les taux
04:45qu'effectivement, ce cycle va se poursuivre
04:47en termes de baisse de taux
04:48pour qu'effectivement, d'un point de vue crédit,
04:50les consommateurs soient un peu moins étouffés.
04:52On rappelle que le taux de carte de crédit aux Etats-Unis,
04:54c'est vraiment les cartes de crédit de consommation
04:56en tant que telles, c'est du 21% en moyenne.
04:58C'est un niveau qu'on n'a pas vu
04:59depuis plus de 40 ou 50 ans aux Etats-Unis.
05:00Donc effectivement, les taux de la Fed comptent,
05:03la politique monétaire compte.
05:05Mais après, c'est vrai que les petites surprises
05:06qu'on a pour les banques,
05:07on voit que certaines banques,
05:08et c'est logique, les banques financent l'économie,
05:09donc elles sont exposées quand il y a un défaut.
05:12Mais c'est vrai que quand vous avez des Jeffries
05:13qui prennent une centaine de millions de dollars de pertes
05:15sur quelque chose,
05:16personne n'a vu arriver,
05:17mais ça rappelle quelques épisodes
05:18beaucoup plus violents et douloureux de 2007-2008,
05:21mais c'est jamais anodin
05:23quand vous avez des prêteurs suprimes
05:25ou des équipementiers auto dans un secteur
05:27dont on sait qu'il a un peu en tension,
05:28eh bien, qui font défaut.
05:30Voilà, c'est des petites fragilités.
05:32Et encore une fois,
05:32c'est ce que le patron de JP Morgan
05:33avait souligné il y a quelques jours.
05:36Antoine ?
05:37Tiens, on va parler de la Chine.
05:38Alors, une nouvelle qui va vous intéresser tous les deux.
05:41Sachez qu'Alibaba, avec tout son modèle cloud,
05:44a réussi dernièrement à réduire
05:46de 82% sa dépendance aux composants NVIDIA.
05:50Il s'alimente directement sur le marché local
05:53et apparemment avec un cloud
05:55qui marche toujours aussi bien.
05:56Donc, mission accomplie
05:57pour le système de la high-tech chinoise.
06:00En parlant de la Chine,
06:01réunion plénière du Parti communiste,
06:04en ce moment,
06:04quels sont les grands axes du grand...
06:07parce qu'ils décident toujours
06:08d'un grand plan quinquennal,
06:09ils fonctionnent toujours de la même manière.
06:12Quels sont les grands axes de développement ?
06:14Alors, les axes, ça va être toujours là.
06:16Je pense qu'il y a toujours ces axes de technologie.
06:17Il va y avoir une...
06:19Moi, je reste surtout là sous l'aspect technologie, en fait.
06:21L'axe de ce côté-là,
06:22ça va être probablement aussi la question liée au marché immobilier,
06:24qui n'est pas réglée complètement loin de là.
06:27Les soutiens à l'économie, à la demande intérieure.
06:29Donc, on voit que c'est des sujets
06:30assez classiques, finalement.
06:32Je pense qu'il n'y a pas de grosse divergence
06:33par rapport à ce qu'on a vu les années précédentes.
06:36Il sera intéressant de voir la position
06:37par rapport aux BRICS aussi,
06:38le rôle que veut jouer la Chine là-dedans.
06:40Est-ce que la Chine envoie des messages un peu plus forts
06:42de...
06:42Non, pas de découplage.
06:43Attention, ça, c'est le gros mot
06:44que personne ne veut entendre
06:45ni en Chine, ni aux États-Unis.
06:46Mais pour autant,
06:47c'est ce dont on se menace un peu régulièrement
06:48quand l'un ne veut pas exporter ses composants
06:51et l'autre ne veut pas exporter ses terres rares
06:53ou veut réduire les...
06:54Donc, voilà, c'est tous ces éléments-là
06:55qu'on va regarder sur les sujets un peu stratégiques.
06:58C'est sûr que le marché,
06:59ce qu'il a lu dans la bouche
07:00comme goût récent,
07:01c'est plutôt un goût plus positif
07:03qu'il n'y en a eu il y a dix jours.
07:04C'est-à-dire qu'effectivement,
07:04Donald Trump, dans cette interview à Fox Business,
07:07a fait comprendre qu'il était disposé
07:08à rencontrer le président chinois,
07:09que ça finirait par s'arranger avec la Chine,
07:11que Xi était un grand homme d'État, etc.
07:14Et un ami.
07:15Un ami, oui.
07:16Il a toujours dit Donald Trump,
07:17c'était un ami.
07:17Les questions où je pense qu'on va beaucoup
07:19rester dans cette réunion,
07:20c'est qu'on a bien compris que le deal,
07:21c'était un semi-conducteur contre terre rare.
07:23C'est un peu ça l'idée.
07:25Et là derrière,
07:25il y a évidemment Nvidia qui va jouer un rôle.
07:27On sait que même le patron d'Nvidia, d'ailleurs,
07:29il y a quelques jours, en public,
07:30a expliqué que c'était anormal
07:32qu'un groupe comme Nvidia
07:33n'ait pas plus de parts de marché que ça en Chine.
07:35Donc en gros, il dit,
07:36nous on n'attend qu'une chose,
07:36c'est que les vannes de la Chine s'ouvrent
07:38pour qu'on puisse, grosso modo,
07:39y aller à fond
07:40et prendre toutes les parts de marché qu'il faut.
07:42Et on voit bien que c'est le gros, gros enjeu
07:44d'un côté semi-conducteur,
07:45Nvidia et les États-Unis,
07:47de l'autre, la Chine et les terres rares.
07:49Effectivement.
07:50Et puis les publications aussi,
07:51ça va clairement accélérer cette semaine.
07:52Quasiment la moitié du CAC va publier,
07:5418 publient rien que sur le CAC 40.
07:56D'un point de vue graphique, technique,
07:58quelles sont les valeurs qui vont publier,
07:59qui sont sur des seuils graphiques cruciaux,
08:01si bien que la publication
08:02pourrait entraîner une grosse réaction boursière.
08:04Est-ce que vous avez repéré ?
08:05Toujours vers de consommation, vers de luxe aussi,
08:07on a quoi continuer à surveiller.
08:09Après, c'est que l'indice,
08:09en tant que tel,
08:10il n'est pas sur une zone,
08:12il est ici, il est sur une zone particulière,
08:14il est sur ses records, grosso modo,
08:15le CAC 40.
08:15Donc la question, c'est
08:16est-ce que les résultats vont permettre
08:18d'avoir cette accélération supplémentaire
08:20sur le CAC 40 pour enfin franchir
08:21ce sommet sur l'indice hors-dividende ?
08:24Mais j'ai l'impression que le CAC 40,
08:26on va évidemment regarder les résultats,
08:27ça, ça compte pour les tendances.
08:28On voit par exemple,
08:28le CAC après l'orage Trump,
08:30il y a 10 jours,
08:31il s'est rattrapé grâce au luxe qui est reparti,
08:33il s'est rattrapé grâce aussi
08:34un peu au pivot de Trump.
08:36Mais on a l'impression que ce CAC
08:37est toujours tiraillé
08:38entre d'un côté les sujets domestiques,
08:40et le texte du budget
08:41qui va commencer à être négocié
08:42à l'Assemblée nationale,
08:43donc il y a ce sujet domestique
08:44qu'on va regarder pour le CAC,
08:45les résultats évidemment,
08:46mais toujours cette composante américaine.
08:48On a vu qu'il y a 10 jours,
08:49le vendredi,
08:50quand les marchés américains ont baissé,
08:51c'est bien une actu américaine
08:52qui a influencé le CAC 40.
08:54Donc l'aspect influence extérieure
08:55sur le CAC 40
08:56peut paraître à ne pas minorer.
08:59Voilà, c'est pour moi
08:59au moins autant important
09:00que les résultats
09:01ou que ce qui se passe
09:01d'un point de vue politique
09:03que l'influence des marchés américains
09:04et des décisions américaines
09:05sur le sentiment des marchés
09:06à l'échelle mondiale.
09:07Et pendant ce temps,
09:08c'est Sandra Van Pauze
09:09qui a dégradé ce week-end
09:10la note de la France.
09:11On l'attendait dans seulement un mois.
09:12Finalement,
09:12ils ont dégainé dès ce week-end.
09:14Ce n'est pas une surprise.
09:15La note,
09:15ce qui surprend plus,
09:16c'est le calendrier.
09:16Est-ce qu'il y a un coût marketing
09:17aussi de Sandra Van Pauze ?
09:18Est-ce qu'il voulait surtout
09:19ne pas être la dernière
09:20à dégrader la note de la France
09:21pour garder leur standing
09:22parce que c'est la plus grosse
09:23de toutes les agences ?
09:24Est-ce qu'il y avait un peu de ça aussi
09:25dans soi du calendrier ?
09:26Il y a un peu de ça.
09:27Il y a aussi un peu de...
09:28On s'est suffisamment fait
09:29taper sur les doigts par le passé
09:30pour ne pas avoir réagi à temps
09:31dans certains cas
09:32ou d'entreprises ou de pays
09:33qui ont vu leur situation
09:34se dégrader très rapidement.
09:36Et je pense qu'il y a aussi
09:36un peu de prudence
09:37de la France de Dan Pauze
09:38de se dire
09:38qu'on considère
09:40que les changements
09:41ne sont pas assez rapides
09:41donc il faut dégrader maintenant.
09:43Ça ne change rien
09:43d'attendre un mois de plus.
09:44Et ça soulève du coup
09:45une bonne question
09:45sur Moody's aussi
09:46parce que Moody's
09:47c'est vendredi soir
09:47mais attention,
09:48Moody's on n'est pas
09:49en perspective négative.
09:50Donc il y a deux possibilités.
09:51Soit Moody's décide
09:52juste de baisser la perspective.
09:53On ne touche pas la note
09:54mais on baisse la perspective
09:55de stable à négative.
09:57Ou alors,
09:58et ça c'est mon scénario
09:59je pense qu'ils vont y aller
09:59franco.
10:00Ils ont le droit.
10:01On peut passer l'étape
10:02perspective
10:04et abaisser directement la note.
10:05Donc moi je pense que Moody's
10:06va y aller aussi franco
10:07vendredi
10:07et va abaisser la note
10:08parce qu'il n'y a pas d'argument
10:09pour mettre la perspective
10:10même négative
10:11dans ce contexte.
10:12Alexandre Baradez
10:13et ce coup d'avance
10:13sur Moody's
10:14à venir vendredi soir.
10:15Effectivement la dernière
10:15des agences de notation
10:16à actualiser.
10:17Merci Alexandre,
10:18chef analystes d'IG.
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