- il y a 2 jours
Ce jeudi 5 février, Yannick Lopez, directeur des gestions Taux et Solutions de Trésorerie chez OFI Invest, et David Kruk, head of Trading Desk chez La Financière de l’Echiquier, se sont penchés sur le statu quo de la BCE concernant son principal taux directeur, et sur le débrief de la conférence de presse de l’institution, dans l'émission BFM Bourse présentée par Guillaume Sommerer. BFM Bourse est à voir ou écouter du lundi au vendredi sur BFM Business.
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00:00BFM Bourse, vos placements, nos conseils sur BFM Business.
00:06La Banque Centrale Européenne, ça y est, a décidé, elle a décidé un nouveau statu quo, le cinquième d'affilée, sans grande surprise.
00:12On est avec David Krug pour en parler, la financière de l'échiquier, bonjour David.
00:14Bonjour Guillaume.
00:15Yannick Lopez aussi pour Ofi Investam, bonjour Yannick.
00:18Bonjour.
00:19Ravi de vous retrouver.
00:20Donc cinquième statu quo d'affilée de la part de la Banque Centrale Européenne, c'est pas une surprise.
00:23Sur l'inflation, elle dit qu'elle devrait se stabiliser sur l'objectif de 2% à moyen terme, tout en précisant quand même que la force de l'euro pourrait ralentir l'inflation plus fortement qu'attendue.
00:34Que retenez-vous, vous, du message, la tonalité de la conférence de presse de Christine Lagarde ?
00:39En gros, le marché se demande s'il est encore possible d'imaginer une baisse de taux cette année.
00:43Est-ce qu'après cette conférence de presse, vous vous dites que la probabilité augmente, Yannick ?
00:49La probabilité d'une baisse augmente ?
00:51Oui.
00:52Non, non, pas spécialement.
00:55En fait, c'est quoi les principaux messages ? Il n'y en a pas beaucoup.
00:58Honnêtement, c'était une conférence de presse plutôt de passage, j'ai envie de dire.
01:04Elle renforce le message qu'il gagne en confiance dans la solidité de l'économie de la zone euro,
01:10malgré les turbulences, l'incertitude de l'économie mondiale, de la situation mondiale.
01:17Donc ça, c'est quand même un point positif, confiante là-dedans.
01:19Elle explique que le taux de chômage est un rock bottom, comme elle a dit, vraiment à un niveau relativement bas.
01:28Et donc, de ce point de vue-là, elle continue à garder un oeil sur l'évolution des salaires,
01:32parce que ça, c'est quelque chose, évidemment, qui est susceptible de faire bouger la politique monétaire.
01:39Donc, elle a réitéré qu'ils étaient en bonne situation, que l'inflation évoluait dans des niveaux qui les convenaient, etc.
01:48Donc, je ne dirais pas que la probabilité d'une baisse augmente, mais je ne dirais pas non plus qu'il y a un risque de hausse à court terme.
01:55Moi, je pense que 2026 pourrait être une année totalement blanche.
01:58L'année totalement blanche.
02:00Et sans que ça abîme trop le potentiel de croissance européen, parce que quand on voit les taux d'inflation dans les différents pays,
02:06on se dit que certains souffrent de ce statu quo permanent et d'autres, au contraire, en profitent.
02:10L'Europe du Sud, par exemple, l'Espagne a une inflation de 2,5%.
02:14Ici, en France, à peine 0,3%.
02:15Il y a un écart absolument gigantesque.
02:17Comment est-ce que vous voyez, du coup, l'impact économique de ce statu quo ?
02:20– Alors, à ce genre de questions, de toute façon, Mme Lagarde a toujours répondu que c'était un organe qui était supranational.
02:30Donc, ils ont plusieurs pays et plusieurs situations particulières à gérer.
02:34Ils ne sont pas la Banque centrale de la France ou la Banque centrale de l'Espagne.
02:38Ils résonnent de manière agrégée.
02:41Évidemment, on sait que la situation est beaucoup plus booming en Espagne.
02:46Et ce n'est pas vraiment le cas en France.
02:49sur le volet inflation, parce que la croissance, finalement, a bien résisté.
02:53Plus 0,9% l'année dernière.
02:56Moi, je pense qu'ils sont relativement confiants, en fait, et très heureux.
03:00En fait, je pense qu'ils sont très heureux d'avoir positionné les taux sur des niveaux de 2%.
03:04Et ils laissent venir, maintenant.
03:07– Oui, avec, c'est vrai, en plus, une activité qui est résiliente,
03:10voire amenée à réaccélérer, sait-on jamais ?
03:12On a eu tout à l'heure le chiffre des commandes à l'industrie allemande
03:15au quatrième trimestre de l'an dernier.
03:16Incroyable boom des commandes à l'industrie en Allemagne,
03:19plus 8,8%.
03:21Manifestement, les premiers effets du plan de relance allemand
03:24qui commencent à se voir, Yannick.
03:25– Oui, c'est pour ça que je pense qu'elle a envoyé un message.
03:30Elle n'a pas voulu envoyer un message trop tonitruant
03:33sur les perspectives de croissance,
03:35parce qu'elle ne voudrait surtout pas donner l'impression au marché
03:37que le prochain mouvement est à la hausse.
03:39J'ouvre une parenthèse, dans les minutes de la réunion de décembre,
03:45ils ont bien insisté sur un point,
03:47ils veulent faire très attention à ne pas donner de message
03:51sur le prochain mouvement.
03:53Ils ne veulent surtout pas donner une indication
03:55que le prochain mouvement sera soit une baisse, soit une hausse.
03:59Ils veulent vraiment véhiculer le message
04:01qu'ils sont bien positionnés aujourd'hui,
04:03qu'ils sont data-dépendants et qu'ils agiront meeting par meeting.
04:06Donc, elle ne voulait pas non plus, je pense, envoyer un message
04:09trop booming sur l'économie,
04:12parce que là, forcément, les marchés, ils se seraient dit
04:14« Ah, ok, bon, le prochain mouvement, c'est un serment monétaire. »
04:18– Banque centrale européenne bien dans ses baskets,
04:20est-ce que les marchés sont bien dans leurs baskets avec la BCE ?
04:23Enfin, quoi que, les taux en Europe remontent un tout petit peu,
04:25le cas qui lui est en baisse.
04:26David, donc avec nous, pour la financière de l'échiquier,
04:29vous gérez bien ce qu'a dit Christine Lagarde, la Banque centrale européenne ?
04:32– Moi, je crois qu'il y a un mandat hiérarchique
04:34entre, évidemment, l'inflation et l'emploi,
04:36mais je trouve que si l'euro continuait à progresser,
04:39je pense qu'elle serait quand même obligée de baisser les taux au moins une fois.
04:42Donc, je suis plus optimiste que ça,
04:44je pense qu'il y a un soutien économique,
04:46la croissance économique en Europe n'est pas exceptionnelle,
04:48et si on a un euro, il y a un décalage quand même de croissance
04:50avec les États-Unis qui est fort.
04:53Donc, moi, je serais plutôt à penser
04:54qu'on aura une baisse des taux cette année.
04:56– Oui, la BCE elle-même le dit d'ailleurs, l'impact de l'euro,
04:58la force de l'euro s'ajoute, dit-elle, au challenge externe.
05:02Cette force de l'euro pourrait, rajoute la BCE,
05:04ralentir l'inflation plus fortement qu'attendu,
05:06ce qui ouvrirait l'espace, la voie à une possible baisse de taux.
05:08C'est votre espoir.
05:10Mais enfin, le comportement des marchés dépend d'une baisse de taux
05:13ou finalement les marchés, la volatilité qu'on observe,
05:16ça va bien au-delà de cette petite baisse de taux
05:18que certains espèrent encore et dont vous faites partie ?
05:20– La volatilité des marchés, elle est exceptionnelle en ce moment.
05:22On a un marché qui est d'une opportunité,
05:25que de trading opportunité.
05:26On est bienvenu dans la plus grande salle de jeu du monde.
05:29Ça, je l'estime et je l'assume, Guillaume, c'est exceptionnel.
05:32D'ailleurs, vous en avez parlé avant sur l'argent, sur tout ça.
05:34Normalement, classiquement, les marchés devraient progresser
05:36graduellement, tranquillement.
05:38La macro est quand même bonne dans le monde.
05:40Si on regarde le fameux City Economic Surprise,
05:43on est au-dessus des 50, on n'a pas vu ça depuis des années.
05:46Le GDP d'Atlantanao est au-dessus de 4.
05:48La croissance des bénéfices des entreprises est plutôt très correcte.
05:53On a également des stimulus, on a probablement des baisses des taux.
05:57On a des réserves de cash, Guillaume, qui sont importantes.
05:59Vous savez que les particuliers américains vont toucher 430 milliards
06:03de retours d'impôts sur les deux prochains mois,
06:05entre fin janvier et fin mars.
06:07Donc, si vous avez le doute, si les particuliers ne seront pas là,
06:09ils vont encore être là et les réserves de cash sont encore bien présentes.
06:13Donc, je pourrais continuer, mais la photographie macroéconomique
06:17et microéconomique est bonne.
06:18Normalement, on devrait progresser tranquillement.
06:20Mais ce n'est pas le cas.
06:22C'est un marché totalement de trading.
06:24Je ne sais pas si vous êtes fatigué de ce début d'année.
06:26On a l'impression qu'en janvier, on a déjà vécu 3 mois
06:28dans le trading de la financière de l'Épilier.
06:30Avec Antoine, tous les jours, on se dit
06:31qu'il n'y a pas une séance qui nous laisse un peu de répit et de repos.
06:34Mais au milieu de tout ça, vous saviez que Volvo,
06:37à la bourse de Stockholm, est en train de perdre le quart
06:39de sa capitalisation boursière ?
06:40Là, en direct.
06:41Là, en direct.
06:42Moins 25 % après des résultats qui n'étaient pas des investisseurs.
06:45Enfin, moins 25 % pour Volvo.
06:47Enfin, on s'y habitue, Antoine.
06:49On n'a plus un titre qui fait moins 1 plus 1.
06:51C'est assez exceptionnel.
06:53Et moi, dans mes commentaires que je fais tous les jours
06:55à ma gestion, tous les lundis, je peux me dire
06:58que la défense, il faut acheter, il faut vendre
06:59selon les tweets de Trump,
07:01les pétrolières selon la spéculation géopolitique,
07:04des titres plus ou moins 15,
07:05des mines selon la surachat ou pas.
07:07On peut changer d'optique, Guillaume, pratiquement tout.
07:09Tout est question de rotation actuellement.
07:12Donc, ce qui veut dire rotation, dit trading.
07:14Et je peux vous dire qu'on est très loin de l'investissement
07:16et on est très proche du trader.
07:18Donc ça, c'est vraiment problématique
07:19parce que c'est vrai qu'on devrait normalement monter graduellement.
07:23Là où je veux mettre un petit peu de...
07:24de rassurer un peu tout le monde,
07:27c'est que l'argent, il circule, il ne s'évapore pas.
07:29Donc, c'est vrai qu'il sort des softwares,
07:32il rentre dans les semis.
07:33Là, peut-être que ça va sortir des semi-conducteurs
07:35pour aller ailleurs, mais on n'a pas de détérioration.
07:38D'ailleurs, les marchés sont proches des plus hauts.
07:40Le S&P, tu as 6900 ou pas très loin.
07:43Donc, on n'a pas vraiment un marché qui baisse.
07:45Le S&P, ce n'est pas un trade à trois mois,
07:47c'est un trade à un an.
07:48Donc, ce n'est pas non plus très grave.
07:50Et chaque baisse de marché, rappelez-vous,
07:51en novembre dernier, on était ici,
07:53sur la tech américaine, sur ces histoires d'investissement,
07:56de retour aux actionnaires.
07:58On avait énormément de doutes.
07:59De six mois avant, sur les tarifs,
08:01on avait également beaucoup de doutes.
08:03Donc là, vous pouvez avoir énormément de doutes,
08:05mais finalement, les marchés sont quand même
08:07encore à des niveaux importants.
08:09On a des rotations, clairement,
08:11mais on a une volatilité qui n'est pas si énorme
08:15quand on prend les indices.
08:16En dessous, effectivement, c'est un peu plus fort.
08:18Mais clairement, chaque baisse de marché a été rachetée.
08:21Il y a des liquidités pour,
08:22il y a des fondamentaux pour.
08:24Donc, je pense que c'est, en fait,
08:26c'est une mentalité qui doit changer, Guillaume.
08:28C'est-à-dire que les gérants qui achetaient
08:30sur le long terme doivent se transformer
08:32un peu en mode trader.
08:34Ils doivent mettre une part d'eux-mêmes,
08:35non plus en regardant uniquement les valorisations,
08:38mais avoir un angle un petit peu plus trader.
08:40Alors, pas trop non plus,
08:41parce que sinon, on change les portefeuilles
08:42toutes les semaines,
08:43mais avoir une vision des choses
08:44un petit peu différente.
08:45Ils ne sont pas formés à ça,
08:45ils vont laisser faire l'IA.
08:47Non, mais c'est non seulement un changement de culture,
08:49mais un changement de méthode.
08:50Il faut savoir être trader,
08:51ça ne s'improvise pas quand on est gérant.
08:52Alors, c'est mon rôle aussi.
08:53C'est le rôle de la table que je représente aujourd'hui.
08:56C'est d'aider les gérants.
08:57Et c'est pour ça qu'on fait beaucoup de calls
08:59et on va avoir des clients
09:00et on essaie de parler beaucoup aux gérants
09:02pour qu'ils fonctionnent un tout petit peu différemment.
09:05Et là-dessus, je pense que c'est une façon d'être.
09:08Mais ça ne va pas changer.
09:09Regardez, l'argent, c'était moins 20.
09:11Ça va peut-être au Microsoft.
09:12Tous les titres ont des variations qui sont dingues.
09:15Donc, il faut avoir de la patience,
09:17changer un peu sa philosophie.
09:20Et c'est intéressant.
09:20Mais bon, pour finaliser,
09:22je pense qu'on va, les marchés vont rebondir,
09:24casser les 7 000 et on accélérera.
09:26Ah !
09:27Ça, c'est...
09:28Au moins, les choses sont claires.
09:29Non, mais c'est très important ce que vous disiez
09:31sur l'efficience du marché
09:32parce que des problèmes d'appel de marge,
09:35il y en a toujours.
09:36Les rares problèmes de liquidité
09:38qu'ils puissent avoir sur les marchés,
09:39c'était un cas très particulier.
09:40C'était la bourse de Séoul dernièrement
09:42où là, effectivement, il y avait eu des hausses
09:43tellement monstrueuses.
09:44Bon, voilà.
09:45La bourse a connu quelques grippages,
09:48mais le marché reste efficient.
09:50Pour le particulier,
09:51ce n'est pas justement un argument de plus
09:53pour rester complètement sur les ETF,
09:55la gestion passive
09:56qui va nous permettre d'amortir les chocs ?
09:59Alors, c'est une jeune génération
10:00qui est différente.
10:01Nous, on a essayé,
10:02on a beaucoup travaillé,
10:04on a beaucoup été dans une visibilité.
10:08Enfin, notre travail était un peu notre...
10:11J'allais dire achievement,
10:12mais je n'ai pas le mot en français, pardon.
10:13Et c'est vrai que cette jeune génération,
10:15elle est extrêmement trader dans l'âme
10:16et on le voit.
10:17Donc, je pense que pour eux,
10:19gagner de l'argent,
10:20ça passera énormément à travers les marchés.
10:22On voit qu'il y a une confiance
10:23dans cette jeunesse qui est très forte,
10:26mais qu'en tout cas,
10:27ils ont tendance à être énormément sur ces ETF,
10:30continuer à acheter les marchés.
10:31Et je pense que c'est pas une...
10:33C'est quelque chose qui va durer dans le temps.
10:35Il y a une vraie volonté
10:36de gagner de l'argent à travers les marchés
10:38et non plus seulement à travers son emploi.
10:41Et ça, c'est très différenciant.
10:42C'est énorme ce que vous êtes en train de nous dire.
10:43On est presque dans l'anthropologie, là.
10:46L'avenir de l'homme
10:46n'est plus forcément dans le travail,
10:48mais davantage qu'avant dans l'investissement.
10:50C'est votre idée ?
10:50Je crois que...
10:51Oui, c'est exactement ça, Guillaume.
10:53Je pense que la jeune génération
10:54se fiche un peu de l'accomplissement par le travail.
10:56Ils ont privilégié l'enrichissement
10:58par l'investissement.
11:00Et je pense que c'est vraiment
11:01ce qu'on a appris depuis le Covid.
11:03Si vous regardez, les marchés
11:04ont systématiquement rebondi sur les plus bas.
11:06On s'est fait peur que dans des moments
11:08très, très légers,
11:10finalement très, très réduits.
11:12Et là où il y a encore quelques années,
11:14on avait des baisses beaucoup plus prononcées.
11:16Donc cette jeune génération,
11:17elle est très d'or dans l'âme.
11:18Et ces marchés lui ressemblent énormément.
11:20Oui, parce que gagner de l'argent en travaillant,
11:22c'est une vraie galère.
11:23On voit aux Etats-Unis, par exemple,
11:24on a eu l'enquête Challenger tout à l'heure
11:25des destructions de postes.
11:26Ça a un plus haut depuis 2009,
11:27depuis la crise des subprimes,
11:28les destructions de postes
11:29pour un mois de janvier.
11:30Impressionnant.
11:31Mais la croissance américaine,
11:32elle, est toujours là.
11:33C'est-à-dire qu'on a cette décorrélation
11:34entre l'emploi et la croissance.
11:35Exactement.
11:36Et la confiance dans les marchés
11:37est aussi très, très élevée.
11:39Donc entre la confiance qu'il y a dans les marchés
11:41et par contre, effectivement,
11:42le marché du travail,
11:43on voit cette décorrélation également.
11:44Et ça, c'est clé.
11:45Ça va être un sujet fantastique
11:46à développer cette année, Guillaume.
11:48Après, le travail forme.
11:49Il forme les humains qu'on est tous.
11:51Je ne sais pas si l'investissement
11:52en trading forme aussi.
11:53Vous allez dire que oui, ça forme ?
11:53Non, je dis qu'il faut les deux.
11:55Je pense qu'il faut un travail, bien entendu.
11:56Mais je pense que l'investissement
11:57sera ce qui va vous enrichir.
12:00David Crucq, avec nous aujourd'hui,
12:01la financière de l'Essiquier.
12:03Merci, David.
12:03Merci beaucoup, Guillaume.
12:04Merci, Antoine.
12:04Passionnant.
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