- il y a 7 semaines
Ce lundi 15 décembre, Alexandre Baradez, chef analyste chez IG, s'est penché sur les signaux faibles sur les marchés américains notamment sur l'IA, et la rotation sectorielle sur les marchés, dans l'émission BFM Bourse présentée par Guillaume Sommerer. BFM Bourse est à voir ou écouter du lundi au vendredi sur BFM Business.
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00:00Alors vous l'avez entendu, il vient de nous rejoindre de façon sonnante, préjugante, en tout cas en fanfaronnant, c'est Alexandre Baradez qui nous rejoint.
00:07Bonjour Alexandre, vous avez le sourire mais vous n'avez pas le gardé longtemps ce sourire, parce que vous allez rendre votre verdict face au marché.
00:12Alexandre Baradez pour IG. Est-ce que ce moment qu'on va vivre, cet instant, ce verdict que vous allez livrer, vous l'assumez Alexandre ?
00:18Oui, on vous écoute.
00:20Je pense que les marchés américains, les investisseurs américains ont plein de signaux faibles à disposition et qu'ils auraient tort de ne pas les regarder.
00:29Et des signaux faibles à vos yeux inquiétants, notamment sur l'IA. Vous estimez Alexandre que sur l'IA, les marchés américains choisissent de rester aveugle, de ne pas regarder, de rester dans le déni en quelque sorte.
00:42Enfin même si Broadcom a perdu 10%, Oracle 14% d'Océan, vous dites que ce n'est pas assez et Wall Street fait l'aveugle, joue les autruches face à la baisse de l'IA.
00:50Oui, je ne dirais pas que c'est un déni quand même. On est quand même sur une vague qui est là pour rester pour l'IA, comme Internet était là pour rester,
00:57comme l'immobilier américain, même si c'est craché en 2007-2008, était là pour rester.
01:01Donc là, l'idée n'est pas de dire qu'on est face à quelque chose qui ne repose sur rien et qui va disparaître.
01:06Donc ce n'est pas le propos. Le propos, c'est plutôt de dire, dans une phase d'un cycle où les valorisations deviennent tendues,
01:13où l'on a recours au lendemain, où les dépenses d'investissement font quasi exclusivement la croissance américaine cette année,
01:18eh bien, il y a des petits signaux, ce qu'on appelle les signaux faibles, qu'on avait avant les crises,
01:23la vue de l'Internet ou la crise des subprimes, par exemple.
01:25Les crises, généralement, n'arrivent jamais d'un seul coup.
01:27Ça n'arrive jamais du jour au lendemain, sauf le Covid, où c'était vraiment quelque chose de stupéfiant.
01:31Mais sinon, la plupart des crises liées à un cycle économique, à une expansion d'un cycle économique,
01:35arrivent plutôt par des petits signaux.
01:36Et pour moi, il y en a eu quelques-uns, ces dernières semaines, ça se compte en semaines,
01:40ça ne me passe pas ces derniers mois, ces dernières semaines.
01:42Le premier d'entre eux, c'est les déclarations du PDG d'Anthropic,
01:46qui n'est pas n'importe qui, donc un gros rival des autres sociétés d'intelligence artificielle,
01:52mais qui est quelqu'un de plutôt rationnel, qui dit, voilà, donc nous, on investit, on dépense.
01:56Il dit, la difficulté dans ce cycle, c'est de savoir comment on peut dépenser,
02:00à quelle vitesse, grosso modo, ce sera rentable, ce que tous les analystes regardent comme sujet.
02:04Mais il va plus loin, il dit, des entreprises du secteur font YOLO.
02:08Il a vraiment employé ce terme-là, YOLO, on rappelle ce que c'est, c'est « you only live once ».
02:12C'est-à-dire, en gros, c'est un terme américain qui veut dire « vous ne vivez qu'une fois »,
02:15en gros, on vit qu'une fois, on n'a qu'une vie, donc allons-y.
02:17Et pourquoi il fait référence à ce terme-là ?
02:19Parce que c'est un terme qui était surtout apparu au moment de l'épisode du Covid,
02:22vous savez, le post-Covid, c'était l'épisode des mêmes stocks,
02:25où vous prenez 100%, 200%, 300%, juste parce que sur un forum,
02:29on a vu que c'était sympa, et puis on y allait.
02:31Donc, quand il fait référence à ça, et c'est quelqu'un qui connaît très bien ce secteur-là,
02:35c'est un PDG de très grosses entreprises, c'est qu'il observe des comportements à risque,
02:40des comportements de gens qui, probablement, investissent trop par rapport aux recettes qu'ils attendent.
02:43Donc, je trouve que c'est déjà un premier avertissement
02:45qui n'est pas d'un observateur extérieur à tout ça, c'est d'un acteur plein et entier.
02:49Le deuxième événement, alors lui, il est un peu moins, on va dire,
02:54on va le regarder avec deux côtés, si vous voulez,
02:56c'est la petite passe d'armes entre The Information,
02:59qui est un site assez pointu aux Etats-Unis, qui suit le secteur technologique,
03:03et puis Microsoft.
03:04Vous vous souvenez qu'il y a quelques jours, The Information,
03:06d'après des déclarations d'insiders, donc de salariés de Microsoft,
03:11indique qu'apparemment, les objectifs commerciaux
03:13dans le département, notamment Azure de Microsoft,
03:15avaient été révisés, parce que plusieurs commerciaux
03:19n'arrivaient pas à tenir leurs objectifs,
03:20et que, grosso modo, les objectifs avaient été révisés.
03:24Ça a été démenti par Microsoft, et du coup, ça laisse,
03:27encore une fois, The Information, c'est pas un journal peu sérieux,
03:29c'est pas un média, pardon, peu sérieux,
03:31donc souvent en source de bonnes informations,
03:33et qui cite des insiders, donc c'est pas, je pense,
03:36que c'est on cite des gens qui travaillent pour Microsoft.
03:38Donc, là aussi, ça laisse un peu de place au doute,
03:41que se passe-t-il réellement, est-ce que vraiment la croissance
03:43est là dans les ventes ou pas, c'est le nerf de la guerre.
03:45Pourquoi c'est le nerf de la guerre ? Pour les marchés,
03:47parce que quand vous valorisez l'IA sur le niveau actuel,
03:51c'est que vous considérez que la mise en cadence est suffisamment soutenue
03:54pour justifier ces valorisations sur des bénéfices futurs.
03:57Et puis, des petits signaux, on l'a vu, par exemple, Broadcom,
04:01Broadcom, très bon résultat.
04:03Oui, je pense que c'est solide.
04:04Excellent résultat.
04:06Et on a vu, donc, le cours, après les résultats à 22h,
04:09il y a quelques jours, à grimper.
04:10Et puis arrive la conférence téléphonique,
04:12où le PDG, la directrice financière s'exprime,
04:14et là, donc, ça reste optimiste,
04:16mais il y a plein de petites phrases où, par exemple,
04:18la directrice financière explique que la rentabilité attendue
04:21sera un peu moins forte que précédemment,
04:22où le PDG lui-même dit « je ne donne pas d'objectif pour 2026 »
04:26parce que c'est en gros une espèce de cible mouvante
04:27pour reprendre ces termes.
04:29Donc, ça ne veut pas dire que c'est négatif.
04:31Ça veut dire que là où avant, ces sociétés mettaient des objectifs,
04:35des guidances, parfois pour l'année entière,
04:37eh bien, c'est moins le cas.
04:38Et on a vu que ça, ça n'a pas plu au marché.
04:39Le fait d'être un peu plus vague sur ce qu'on attendait
04:41pour une grosse société comme Broadcom,
04:43on rappelle, c'est la sixième plus grosse boîte du Nasdaq,
04:45eh bien, ça ne bat plus aux investisseurs.
04:47Quand vous payez 100 fois les bénéfices sur ces entreprises-là,
04:50eh bien, vous attendez des choses précises.
04:52Voilà, de vous guider précisément.
04:54Et puis...
04:54Ça fait pas mal de signaux, à vos yeux inquiétants,
04:57de signaux faibles, que le marché quand même s'arbitrer
04:59parce que Broadcom, vendredi, on rappelle, a perdu 10% pour le coup.
05:02Oui, et j'allais terminer par Oracle.
05:03On va même aller plus loin sur Oracle.
05:05Oracle, c'est moins 46% depuis le sommet de septembre.
05:07Donc, sacrée correction quand même pour une valeur aussi grosse qu'Oracle.
05:10Et là, on sait pourquoi.
05:11C'est l'endettement à plus de 100 milliards.
05:13C'est des résultats un peu en dessous
05:14en termes de chiffre d'affaires dans le cloud, etc.
05:16Et de marge également un petit peu plus faible que prévu.
05:20Mais on peut se dire, c'est très bien, le marché est discriminant.
05:22Ils vont Oracle, moins 46%,
05:24et puis ils emmènent Alphabet et Apple sur des sommets.
05:26Mais, sauf que, cette fois-ci, on le voit bien, c'est-à-dire un gros sujet.
05:29Il y a une circularité dans ce cycle d'investissement.
05:32Toutes ces grosses entreprises ont plus ou moins des intérêts directs ou indirects
05:36dans les autres, via des points communs qui peuvent être Nvidia,
05:38parfois dans des participations ou dans d'autres.
05:40Et donc, on voit bien qu'il y a un lien entre ces sociétés.
05:43Donc, considérer qu'on va être ultra discriminant et ne vendre qu'Oracle finalement
05:47parce que c'est que là-dessus qu'on porterait un éventuel risque
05:49et donc on n'achète que les CDS d'Oracle,
05:51ces contrats d'assurance qui grimpent sur des niveaux
05:54qu'on n'avait pas vus depuis quelques années,
05:55je trouve que c'est justement un travail qui n'est pas complet de la part du marché.
05:59Si, à un moment donné, on commence à poser,
06:00qu'on fait ensemble quelques questions sur les dynamiques,
06:03eh bien, il me semble que, sachant que c'est un énorme moteur des marchés
06:06depuis plusieurs années, ce segment tech, Mag7, etc.,
06:09eh bien, il ne serait pas inutile de faire quelques petites pauses
06:12sur les niveaux actuels.
06:13Alors, dans TPI, ce matin, on parlait avec Julien Nébenzal
06:17des biais comportementaux.
06:19Et lui expliquait qu'en fait, il y en a un qui est vraiment né cette année,
06:24c'est-à-dire qu'à force de parler de l'IA
06:26et de rester planté toute la journée à parler de l'IA,
06:28on a complètement oublié le reste.
06:30Mais le reste a très, très bien fonctionné.
06:32Et ça pourrait être un des enjeux de l'année prochaine, justement.
06:35Oui, c'est la fameuse, la journée de vendredi,
06:37on se pose cette question à vendredi,
06:39c'est peut-être un échantillon de ce qui nous attend.
06:40C'est la tech qui recule beaucoup vendredi,
06:42c'est le secteur le plus baissier aux Etats-Unis.
06:45Et puis, effectivement, on a vu d'autres secteurs,
06:46cycliques, financiers, plutôt bien se tenir.
06:49Le Russell 2000 a battu un record vendredi,
06:50le Dow Jones également.
06:51Voilà, et la question, c'est est-ce qu'on assiste à une rotation ?
06:54Mais vous l'avez dit, dans les secteurs qui ont très bien marché,
06:56en Europe, c'est le cas aussi, vous avez les banques.
06:58Les banques, elles ne sauront sans aucun problème
07:00si l'économie américaine délivre ce que les marchés pricent actuellement
07:04et ce que l'administration actuelle nous vend pour l'année prochaine.
07:08L'administration américaine nous vend 3 à 4 % de croissance,
07:11sachant que cette année, on n'y est pas, on n'y est pas,
07:13et avec des incentives budgétaires,
07:16les 2000 dollars qui seront versés aux Américains, etc.
07:19Donc, c'est ça qui fait aujourd'hui que vous avez une rotation possible,
07:21c'est que le marché, s'il considère qu'effectivement,
07:23c'est un peu chaud sur la tech,
07:24et qu'il considère qu'il n'y a pas de risque de dynamique économique aux Etats-Unis,
07:28il va aller chercher, effectivement, les valeurs cycliques et valeurs financières.
07:31Mais ce qu'on a vu en ce moment de temps en temps dans cette émission,
07:34c'est qu'il y a d'énormes divergences depuis quelques mois
07:36entre ce qu'on appelle les soft data,
07:39c'est-à-dire toutes les enquêtes auprès des entreprises
07:41et auprès des consommateurs américains
07:42qui ne suivent pas ce qu'on appelle les hard data,
07:44c'est-à-dire les données réalisées,
07:46vente au détail, production industrielle, etc.
07:48Il y a une vraie divergence qui s'opère.
07:50Donc, une divergence, ça peut arriver.
07:52On en a vu, par exemple, pour 2022-2023,
07:54qui sont plutôt bien corrigées.
07:55Mais la question, c'est qui va converger vers qui ?
07:58Est-ce que c'est les enquêtes qui sont trop pessimistes
08:01et qui vont se redresser et matcher un peu plus avec les niveaux économiques ?
08:04Ou est-ce qu'effectivement, les enquêtes nous donnent
08:06un sentiment des consommateurs par rapport à une inflation,
08:08d'entreprises qui se posent des questions par rapport aux changes,
08:11par rapport aux marges, par rapport aux taxes douanières ?
08:13Et donc, encore une fois, les secteurs refuges ne prévalent
08:16que si, effectivement, la croissance américaine,
08:18eh bien, on rendez-vous l'année prochaine.
08:19Donc, moi, là-dessus, je reste aussi sur les cycliques.
08:22Je pense que, attention, je ne pense pas qu'on va commencer
08:24à d'énormes rotations.
08:25Autant, au début d'année, on a vu des très belles rotations,
08:27États-Unis, Europe, etc.
08:29Je pense que le potentiel de rotation aux côtés États-Unis
08:31est quand même plus limité,
08:32parce qu'il n'y a pas que la tech qui est chère,
08:34les valeurs bancaires aussi aux États-Unis
08:35commencent à devenir assez chères.
08:36Donc, plutôt aller en Europe.
08:37Pour 2026, vous mettriez un pari sur l'Europe
08:40et un billet sur l'Europe.
08:40Oui, oui.
08:41C'est vraiment un scénario.
08:42Je pense, imaginons qu'on est, par exemple,
08:43à moins 20% sur la partie américaine,
08:45ce qui n'est pas dramatique en soi,
08:46vu les performances ces derniers mois.
08:47Je pense que l'Europe pourrait ne faire, par exemple,
08:49qu'à moins 10%.
08:49C'est-à-dire que je pense que,
08:50s'il y avait correction US,
08:51non, mais on n'aurait pas...
08:52Ah, mais si c'est en Europe,
08:53on sera à moins 10% prochaines.
08:54On n'aurait pas, si vous voulez,
08:55les mêmes degrés de correction.
08:57Donc, en relatif, on ferait mieux.
08:58Mais oui, aujourd'hui, je suis beaucoup plus favorable
09:01à l'investissement sur les valeurs européennes
09:02où la lecture macroéconomique,
09:04elle ne fait pas de flammes,
09:05mais elle a bien tenu jusqu'à présent.
09:07On a une politique monétaire
09:08qui est bien lue, qui est bien comprise.
09:09Pas de risque que les taux remontent d'un coup,
09:11pas de risque non plus...
09:11Enfin, pas de risque, pas d'espoir
09:12qui remonte trop fortement non plus.
09:14Ils sont bien placés, pour l'instant,
09:15les taux de la BCE
09:16et la trajectoire économique est plutôt claire.
09:18Donc, si le géopolitique ne prend pas le dessus,
09:20il n'y a pas de raison fondamentale
09:21d'être très négative sur l'Europe l'année prochaine.
09:23Mais je pense, encore une fois,
09:24que si les US corrigent fortement
09:26avec un VIX qui monte à 35 ou 40,
09:27comme ça avait de temps en temps,
09:29historiquement, ce que les graphiques nous montrent,
09:30c'est qu'il y a quand même un impact en Europe,
09:31mais qui, effectivement, en relatif,
09:33peut être un peu plus modéré.
09:33Juste un autre signal faible
09:35qu'on peut regarder avec curiosité.
09:37Est-ce que les institutionnels,
09:38par rapport aux particuliers,
09:39reprennent un peu de galon ?
09:40Est-ce que dans le marché, aujourd'hui,
09:42les tendances sont toujours dictées
09:43par les particuliers ?
09:44C'est-à-dire qu'on bâtit des gratte-ciels,
09:45avec des marchés qui montent,
09:46on bâtit des gratte-ciels un peu sur du sable,
09:48quand même, sur un sol assez friable,
09:49les particuliers,
09:49où les institutionnels contribuent aussi
09:51depuis quelques semaines,
09:51et donc ça, ça viendrait fortifier,
09:53malgré tout le potentiel.
09:53Ils sont quand même institutionnels,
09:54parce qu'on va regarder les réserves de cash,
09:55par exemple,
09:56là, ils sont autour de 3, 6, 3, 7,
09:57pour les gérants,
09:59enfin, les asset managers américains,
10:00c'est des niveaux qu'on n'a pas vus
10:01depuis 10, 15 ans.
10:02Donc, les asset managers sont quand même exposés,
10:04mais probablement qu'ils attendent
10:05des trous d'air pour y aller
10:06un peu plus fortement,
10:07mais les asset managers sont aussi présents.
10:09Si on parle des particuliers,
10:10ils le sont toujours beaucoup.
10:11Il faut regarder les volumes
10:11sur les ETF à effet de levier
10:12qui sont surtout présents aux Etats-Unis,
10:14sur les options jour, par exemple,
10:15les volumes montrent que,
10:16et ça qui fait dire que les creux
10:17sont achetés aussi régulièrement,
10:18c'est que le retail est quand même très présent,
10:20et dans tous les creux
10:20qui se présentent sur les marchés américains.
10:22Alexandre Baradez avec nous pour IG.
10:23Merci beaucoup, Alexandre.
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