00:00On poursuit ce Lex Inside, on va parler santé et deep tech, quels sont les enjeux, quels sont les défis avec mon invité François Pujol, associé fondateur de Fairlight.
00:22François Pujol, bonjour. Bonjour. Alors la deep tech ouvre beaucoup de perspectives en matière de santé, mais soulève des questions juridiques, financières et stratégiques.
00:32On va en parler ensemble. Tout d'abord, quels sont les principaux freins au financement de l'innovation dans le domaine de la santé ?
00:39Alors aujourd'hui, les principaux freins au financement de l'innovation lourde en santé, ça va être déjà un contexte général qui n'est pas bon, il faut dire ce qui est.
00:49Je pense que je ne la prends à personne. Et on est déjà dans un univers où le risque est important parce qu'en santé, il y a l'aléa scientifique qui est toujours présent.
00:59Et ce n'est pas parce qu'une idée est bonne a priori qu'elle est validée rapidement. Donc le contexte géopolitique vient rajouter une difficulté.
01:06Ensuite, on a des difficultés qui sont plus propres à l'écosystème français. On a un écosystème public de soutien à l'innovation en santé qui est très, très fort, qui fonctionne très bien.
01:15On a une chaîne de financement qui est plus ou moins en place et on a quelques difficultés sur cette chaîne de financement où on va avoir des étapes importantes de la vie d'une diteb santé
01:25où on va avoir assez peu d'acteurs au niveau national et pas encore beaucoup d'acteurs étrangers qui viennent sur la scène française.
01:33Donc on va dire qu'on a un vrai sujet aujourd'hui sur la chaîne de financement qui n'est pas forcément assurée tout le long et qui peut expliquer des parcours un peu chaotiques pour certaines de nos startups en santé
01:45qui n'arrivent pas à se financer par manque d'acteurs sur l'écosystème français.
01:51Alors justement, vous dites qu'il n'y a pas assez d'acteurs dans le système français. Quel est le positionnement de la France dans l'écosystème en général au point de vue international ?
02:01Alors globalement, on est un pays qui est assez fort en termes d'innovation santé.
02:06C'est dû à une excellente recherche publique française.
02:10On est quand même un des pays leaders en matière de recherche en santé.
02:14On a également un fort soutien public de l'innovation avec les dispositifs qui vont être le crédit d'impôt recherche,
02:21qui vont être l'intervention de la BPI avec des labels spécifiques pour les deep tech,
02:26qui vont être également les statuts de jeunes entreprises innovantes ou de jeunes entreprises universitaires
02:30qui vont soutenir tous ces projets issus de nos laboratoires de recherche.
02:35Donc sur ces aspects-là, on est plutôt un pays qui est moteur et qui est très présent.
02:40On a quand même une structure de financement qui est correcte en France.
02:43Je ne veux pas dire qu'on part de rien, loin de là, au contraire.
02:46Mais vu la qualité de notre recherche publique, il y a encore des acteurs qui peuvent venir sur le marché.
02:55Alors, dans ce contexte-là que vous avez décrit, vous vous accompagnez des deep tech.
03:01Quel est votre rôle en tant qu'avocat pour accompagner les porteurs de projets ?
03:06Alors, nous, on est face à un public qui est un peu particulier.
03:10On est face à des scientifiques qui viennent d'un monde qui est la paillasse,
03:14qui est le laboratoire, qui est le bloc quand il y a l'aspect médical et qu'ils ont le double statut.
03:21Et c'est des gens qui ont une vision pour ce qu'ils ont trouvé.
03:24Ils ont quelque chose qui, potentiellement, peut aller jusqu'à la veine du patient et soigner.
03:29Mais cette vision, elle s'arrête un peu là.
03:32C'est-à-dire qu'ils sont face à une feuille blanche, une route, et ils ne savent pas trop où aller.
03:35Nous, notre rôle, ça va être de les accompagner, si vous voulez, sur ce long chemin
03:39qui est l'innovation et la transformation d'une innovation du laboratoire
03:45jusqu'à la veine du patient et toutes les étapes avant.
03:49Et contrairement à ce qu'on pourrait penser, ce n'est pas une route toute droite, toute simple.
03:53C'est plutôt un long chemin sinueux.
03:54Donc, nous, on se voit un peu comme des sherpas, on va dire.
03:56On va les aider à comprendre ce qu'il faut mettre en place dès le début,
04:00comment on fait pour anticiper les étapes critiques de leur développement et de leur croissance,
04:06et comment on gère tous les nombreuses encombes qu'ils vont rencontrer.
04:11Et nous, on a cette chance-là.
04:12C'est que ça fait 20 ans qu'on accompagne les startups.
04:14Donc, on a vu ce qui se faisait.
04:16Voilà, on connaît l'écosystème, on connaît les difficultés qu'ils vont rencontrer,
04:20et on va les aider à structurer ça un peu au quotidien,
04:23parce que le droit en termes d'innovation santé, c'est quelque chose d'assez fondamental
04:27dans la mesure où que ce soit la propriété intellectuelle, le droit des affaires, le réglementaire,
04:34c'est quelque chose auquel ils vont être confrontés de manière quasi quotidienne
04:37dans leur parcours de créateur.
04:39Alors, vous expliquez que vous les aidez à structurer leurs projets.
04:43C'est quoi les grandes étapes des projets de Deep Tech ?
04:47Alors, la première étape, ça va être vraiment la création de la société.
04:52On va souvent avoir une phase d'antécréation,
04:54où on va aider le chercheur déjà à structurer le projet,
04:56à se rapprocher des bons interlocuteurs,
04:58savoir un expert comptable qui est à l'aise avec les notions de crédit d'impôt recherche,
05:02de jeunes entreprises innovantes, qui connaît déjà ça.
05:04Lui conseiller aussi de se rapprocher d'un conseiller en propriété intellectuelle
05:09qui va connaître aussi le statut particulier des brevets publics licenciés à une société,
05:16qui va être à l'aise aussi avec ces sujets-là.
05:19Et derrière, nous, organiser avec lui au mieux cette étape de création.
05:24Donc, profiter de la période d'antécréation au mieux,
05:27en allant chercher les aides qu'il faut, en faisant tout ce qu'il faut.
05:30Créer une société qui est, on va dire, tout ce qu'il faut pour la suite,
05:34c'est-à-dire une société qui va être capable de lever des fonds,
05:37qui va être capable d'accueillir des investisseurs,
05:40d'émettre tout un tas d'outils juridiques que notre client, il ne connaît même pas,
05:44le nom ne lui parlera même pas,
05:46mais où nous, on va dire, écoute, on va partir sur telle forme,
05:49avec des statuts qui vont être rédigés comme ça,
05:51et on va insister beaucoup pour gérer cette période un peu critique des premiers mois,
05:56en ayant un pacte d'associés entre les fondateurs
05:58pour gérer les éventuels départs, les défaillances,
06:01les choses qui ne se passent pas comme prévu.
06:02Première étape, et après on va avoir des jalons réguliers,
06:05une start-up deep tech, elle ne se finance pas évidemment par ses propres ressources,
06:09elle se finance par de l'apport de fonds extérieurs,
06:11donc elle va avoir une croissance un peu comme une exponentielle,
06:14avec une boucle qui va revenir à peu près tous les 18 mois,
06:16où il va falloir se refinancer.
06:18Et nous, notre travail, ça va être de préparer ces refinancements,
06:21et de veiller à ce que nos clients ont bien conscience du timing,
06:24et anticipent bien ces financements,
06:26puisque c'est des choses qui mettent entre 9 et 12 mois à se mettre en place,
06:29donc on ne peut pas se réveiller 6 mois avant en disant « il me faut trop le lion ».
06:32Alors justement, comment on fait pour s'assurer d'avoir une bonne levée de fonds,
06:37qu'il se passe bien,
06:38et essayer de lever les obstacles, comme vous avez dit tout à l'heure ?
06:42On travaille avec l'équipe qu'on met en place,
06:45c'est-à-dire, moi je recommande à toutes les personnes qui sont concernées par ces sujets,
06:50d'avoir autour d'eux un avocat en qui ils ont confiance,
06:53un comptable en qui ils ont confiance,
06:55un CP en lequel ils ont confiance,
06:57et des gens qui se parlent, qui travaillent entre eux,
06:59et qui essayent d'apporter une valeur ajoutée en croisant leurs compétences.
07:02C'est vraiment un environnement qui est complexe,
07:04qui bouge beaucoup, où il faut être assez réactif,
07:07et il n'y a pas un professionnel seul qui peut embarquer tous les sujets.
07:12À un moment, il faut partager l'information,
07:14et il faut essayer d'optimiser en permanence.
07:16Mais le meilleur conseil qu'on puisse donner,
07:19c'est de préparer en fait,
07:20c'est de préparer dès le début,
07:21avec des gens qui savent faire ces étapes-là,
07:24et d'avoir une approche, en tout cas qui est la nôtre,
07:26qui est de dire, forcément quelque chose qui ne va pas aller,
07:29qui ne va pas plaire aux investisseurs.
07:30Essayer d'anticiper le maximum.
07:32Voilà, on va essayer de cocher le maximum de cases,
07:35comme ça s'il y en a une qui n'est pas cochée,
07:36on réglera ça le moment venu.
07:38Est-ce que vous avez un exemple récent d'illustrer,
07:41peut-être pas sans dévoiler le nom de votre client,
07:43mais un type de levée de fonds,
07:46un type de levée de fonds qui était compliqué,
07:49mais que vous avez su conduire à bien ?
07:53Nous, on a eu un parcours assez sympa récemment,
07:56avec un profil atypique,
07:59puisque c'était une start-up qui était vraiment portée
08:04par un porteur de projet qui n'était pas forcément
08:08issu du serail scientifique,
08:10mais qui a su créer une relation excellente
08:12avec les chercheurs à l'origine du projet,
08:14qui a su mener le projet un peu tambour battant,
08:17et qui a su lever en très peu de temps
08:20des dizaines de millions d'euros,
08:22et derrière enchaîner avec une cession de la société
08:24très très vite.
08:25Et ça rejoint un peu ce que je pense,
08:27c'est-à-dire que ce qu'avait ce porteur de projet
08:29d'un peu atypique,
08:31c'est cette capacité à créer du lien
08:33et à additionner les plus-values de chacun
08:37pour faire avancer son projet encore plus vite.
08:40Donc je pense que ça, c'est quelque chose d'important,
08:42et il y a une autre valeur qui est assez importante,
08:43et on s'en rend compte de plus en plus,
08:45surtout depuis quelques années
08:46où la situation est un peu plus compliquée,
08:47c'est la résilience.
08:48On est dans un univers où il faut des gens
08:51qui sont capables de s'adapter
08:53au changement d'économie, de contexte,
08:57tout ce qui change autour d'eux.
08:59On va conclure là-dessus.
09:00Merci François Pujol.
09:01Je rappelle que vous êtes associé fondateur de Fairlight.
Écris le tout premier commentaire