00:00Et notre éclaireur ce matin, c'est Michel Martinez, chef économiste d'Europe chez Société Générale CIB.
00:05Merci d'être avec nous, Michel Martinez, ce matin.
00:08En effet, c'est l'événement du week-end.
00:10Tard dans la soirée vendredi, Fitch a relevé la note de l'Italie d'un cran.
00:16Comment il faut regarder cette perspective italienne ?
00:19Alors, c'est une nouvelle qui était très largement anticipée.
00:21Ça se voit d'ailleurs sur le 10 ans italien qui est stable ce matin.
00:23Néanmoins, c'est tout un symbole puisque c'est une semaine après la France qui, elle, s'est fait dégrader.
00:28– Oui, oui, bonjour Etienne.
00:31Oui, comme vous venez de le dire, en fait, à la fois la dégradation de la France par Fitch il y a 10 jours
00:39et puis celle de l'Italie où la révision à la hausse de la note de l'Italie était largement anticipée par les marchés.
00:51Je pense qu'il y a deux idées.
00:52Il y a une première idée qui est liée à la stabilité politique.
00:56Il se trouve que quand on regarde en zone euro l'Italie et aujourd'hui, parmi les pays de taille relativement importants,
01:04le seul pays avec une stabilité politique, une majorité stable qui permet au Premier ministre Melloni
01:12de mettre en place des politiques et donc limiter l'incertitude.
01:18On était habitué à ce qu'elle dit, il y a beaucoup d'instabilité.
01:23Ce n'est plus le cas et c'est le contraire pour la France.
01:26Et la deuxième idée majeure, c'est qu'il y a une convergence des dettes publiques.
01:34La dette publique italienne est stabilisée, elle est élevée, autour de 137% du PIB.
01:40Mais le déficit public en Italie est proche de 3% du PIB.
01:45Donc on peut estimer qu'elle va rester à peu près stable dans les prochaines années,
01:50si ce déficit reste dans ses niveaux, voire même s'il baisse.
01:53Alors qu'en France, on a une dette publique qui est 20 points de PIB inférieurs à celle de l'Italie,
01:59autour de 117% du PIB.
02:01Mais un des déficits de 5% du PIB.
02:04Donc si on pense que dans les deux cas, le déficit qui stabilise le ratio de la dette,
02:09c'est autour de 3% du PIB, on voit que la France va avoir sa dette publique
02:12augmenter d'environ 2 points de PIB.
02:14Donc en fait, s'il n'y a pas d'amélioration du côté des finances publiques,
02:18d'ici 10 ans, la France et l'Italie auraient les mêmes dettes publiques.
02:25Donc une convergence en termes de dettes et plus de stabilité en Italie qu'en France.
02:31C'est ce qui explique qu'il y a une révision depuis maintenant quelques années
02:36à la hausse de la qualité de la signature de l'Italie,
02:40alors que pour la France, c'est le contraire.
02:42Avec, il ne faut quand même pas l'oublier, la BCE qui est en soutien de l'Italie.
02:46Contrairement à la France, il y a un plan de soutien qui est toujours présent dans le pays.
02:49Donc ça, forcément, ça a des avantages en termes de relance.
02:52Alors ce n'est pas la BCE.
02:53C'est l'Union européenne qui, effectivement, a attribué des fonds,
03:03juste après la crise du Covid, à l'Italie et à d'autres, beaucoup de pays, et pas la France.
03:10Mais bon, moi j'ai envie de dire, compte tenu de l'ampleur des déficits publics
03:15et du fait que maintenant on arrive en fin de course sur ces fonds-là,
03:18le plan européen, il se termine en juin 2026,
03:22j'ai envie de dire que c'est marginal.
03:24Les marchés sont passés à autre chose.
03:26Vraiment, la question, c'est l'idée.
03:29La question, c'est vraiment les déficits.
03:32La France, tant qu'il faut que la France,
03:34il faudrait que la France envoie des signaux clairs de pouvoir,
03:37et crédible, de revenir à des niveaux de déficit de l'ordre de trois points de PIB.
03:41Et c'est ce qui explique d'ailleurs ce matin, une nouvelle fois,
03:44que ces deux références, ces deux dix ans, sont au coude à coude,
03:47avec un dix ans français qui est à 3,56,
03:50quand le dix ans italien est à 3,57.
03:52Nous en reparlerons dans un instant avec Alexandre Baradez,
03:55qui nous attend depuis IG,
03:56mais juste un mot quand même, Michel Martinez,
03:58sur la Fed, quelques jours après cette décision.
04:01Comment vous regardez les anticipations de baisse de taux ?
04:03Quel est le degré de conviction sur ces fameuses baisses de taux
04:06du côté des États-Unis ?
04:07Oui, alors, on a eu une baisse de taux de la Fed,
04:1225 points de base l'an dernier,
04:14mais je crois que le message général,
04:15c'est qu'il y avait peu de convictions de la Fed,
04:19il n'y avait pas vraiment de consensus,
04:21et sur la suite.
04:23Alors le marché anticipe une baisse,
04:26de nouvelles baisses en octobre et en décembre,
04:28ce qui paraît assez probable,
04:30et jusqu'à 125 points de base de baisse des taux d'ici 2026,
04:36c'est peut-être, compte tenu de ce que pense la Fed,
04:40c'est peut-être un peu beaucoup,
04:42mais je crois que le message principal,
04:45c'était aussi, je parlais du manque de conviction,
04:47c'est que les membres de la Fed ont révisé à la hausse
04:51les perspectives de croissance,
04:53révisé à la baisse leurs perspectives de chômage,
04:56révisé à la hausse leurs perspectives d'inflation
04:59à cause de l'impact des tarifs,
05:02et puis on va avoir l'inflation du mois d'août
05:05à la fin de la semaine,
05:07et on attend une inflation sous la 100 à 3%,
05:10et donc on voit bien que la Fed est tiraillée,
05:13parce que c'est vrai qu'il y a des signaux
05:14d'affaiblissement sur le marché du travail,
05:17mais le reste de l'économie se porte bien,
05:20la croissance, le consommateur,
05:21on va le voir cette semaine,
05:22avec un PIB qui devrait progresser
05:25de plus de 3% l'an au troisième trimestre,
05:29et une inflation qui va passer au-dessus de 3%,
05:33donc comment faire ?
05:35Aujourd'hui, il y a ce signe de marché
05:37qui est peut-être un peu trop agressif,
05:40et la Fed elle-même,
05:41on voit bien qu'elle n'est pas
05:42dans une situation extrêmement claire,
05:44donc en fonction des données,
05:46il pourrait y avoir des révisions,
05:48donc moins de baisse des taux,
05:50si jamais le marché du travail
05:52était finalement moins détérioré
05:55qu'on craint,
05:56et plus de baisse des taux,
05:58si effectivement il y avait vraiment
06:00un effet d'entraînement sur toute l'économie.
06:02En tout cas, pour l'instant,
06:03ça ne fait pas peur aux marchés actions,
06:04loin de là,
06:04puisqu'ils étaient encore sur des records
06:06vendredi soir à la clôture.
06:08Merci beaucoup Michel Martinet
06:09de nous avoir accompagné ce matin,
06:11chef économiste d'Europe
06:12chez Société Générale CIB.
06:13C'est parti.
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