00:00Et notre éclaireur ce matin, c'est Michel Martinez qui nous attend depuis Société Générale CIB.
00:06Michel Martinez qui est chef économiste Europe.
00:08Bonjour Michel Martinez, merci de nous accompagner ce matin.
00:12Afin de faire un petit point en effet sur la situation française, je le disais en préambule,
00:17le 10 ans français se stabilise à 3,5%.
00:19Pour l'instant, il n'y a pas de gros mouvements sur la dette française,
00:22contrairement à certaines valeurs qui ont pu trébucher ces derniers jours.
00:26Comment expliquer ce calme relatif sur la dette française ce matin ?
00:32C'est parce qu'il n'y a pas de panique, comme vous le dites.
00:37Il n'y a pas de panique parce que la situation actuelle politique,
00:41elle reflète une situation de blocage.
00:44Il y a une fragmentation du paysage politique en France, au Parlement.
00:48Le résultat de cette fragmentation, c'est que même si le gouvernement tombe,
00:54a priori, on aura le même type de politique économique,
00:58les déficits publics sont élevés, vont probablement rester autour de 5% du PIB.
01:06Mais il n'y a pas d'erreur manifeste de politique économique.
01:12Et c'est ce type d'erreur de politique non orthodoxe que le marché sanctionnerait.
01:18Mais à ce stade, ce n'est pas envisagé.
01:22Et puis malheureusement, des séances comme on a vu hier,
01:25il y en a eu d'autres au mois de décembre, juste avant la nomination de François Béroud.
01:29Il y a également eu les séances lors de la dissolution de l'Assemblée nationale au mois de juin.
01:33Malheureusement, c'est des séances qui se suivent et qui se ressemblent.
01:36– Oui, alors la situation, qu'est-ce qu'elle reflète ?
01:40C'est que les taux d'intérêt français continuent d'augmenter, 3,5 pour le 10 ans.
01:47On se rapproche de l'Italie, il n'y a plus que quelques bips d'écart,
01:526-7 bips d'écart.
01:55Avec 5% de déficit public, la dette publique française est à 114% du PIB,
02:06donc d'ici 10 ans, elle va peut-être être 125.
02:10Mais à 125% du PIB, on sera toujours à des niveaux d'aides publiques inférieures à ceux de l'Italie,
02:16qui, elle, a réussi à avoir un déficit public autour de 3% du PIB.
02:21Donc, d'une certaine manière, tant qu'il n'y a pas d'erreur manifeste de politique économique,
02:26à chaque fois qu'il y a un bruit politique, donc un changement de gouvernement,
02:31les marchés se disent que la situation des finances publiques françaises va continuer de se dégrader,
02:38mais que, et peut-être qu'on aura des taux d'intérêt en France supérieurs,
02:42légèrement supérieurs à ceux de l'Italie,
02:45mais il n'y a pas de quoi paniquer à ce stade.
02:51Et en particulier, l'Italie agit comme une force de rappel.
02:57C'est difficile.
02:58Il faudrait envisager un scénario d'erreur de politique économique
03:02pour que la France emprunte à des niveaux significativement supérieurs à ceux de l'Italie.
03:083,5% à l'instant pour le 10 ans français,
03:10quand le 10 ans italien est à 3,56%.
03:12C'est dans ce contexte que les entreprises, mais aussi les États, les gouvernements,
03:17doivent faire face à la guerre commerciale avec les États-Unis.
03:20On l'a vu en plein cœur de l'été, ça y est, désormais le tarif c'est 15% pour l'Union européenne.
03:25Qu'est-ce que ça change dans vos modèles chez Société Générale CIB, Michel Martinez,
03:30cette guerre commerciale et ce tarif de 15% ?
03:33De fait, on ne change pas grand-chose parce que quand on tient compte de toutes les exemptions,
03:41il y a des produits qui sont taxés à 50%, comme l'aluminium, l'acier, il y a des exemptions,
03:48il y a 15% pour la plupart des produits, et en moyenne, le taux d'imposition est plutôt de l'ordre de 11%.
03:54Et 11%, si vous vous souvenez, en avril dernier, le jour des Libération Day,
04:01on était plutôt, ou quelques jours après, de l'ordre de 10%.
04:04Donc ça ne change pas grand-chose, et la réalité, c'est que nous, comme la plupart des économistes,
04:09quand vous regardez le consensus des économistes pour l'Europe,
04:12les prévisions ont augmenté.
04:14En début d'année, les prévisions de croissance pour cette année étaient inférieures à 1%,
04:18l'ordre de 0,9%, aujourd'hui, le consensus est à 1,2% pour la croissance de cette année.
04:23Donc, finalement, la situation actuelle ne change pas grand-chose par rapport à celle qu'on craignait début avril.
04:33Et de toute façon, l'impact économique va être modéré,
04:36parce que ça présente entre 0,3% et 0,4% du PIB de l'Europe,
04:44cumulé avec des effets qui sont un peu retardés dans le temps.
04:49C'est un choc tout à fait absorbable.
04:50C'est un choc qui est nettement inférieur à celui de la crise énergétique.
04:55À ce moment-là, la structure énergétique de l'Europe a pas augmenté de 4 points de PIB,
04:59où c'est nettement inférieur au choc du Covid.
05:02C'est un petit choc économique, en fait.
05:04Donc, ça ne change pas grand-chose pour nos prévisions économiques.
05:08Et du côté des entreprises, comment elles agissent dans ce contexte qui était quand même assez incertain,
05:13puisque ce fameux chiffre de 15% de droits de douane a quand même mis plusieurs semaines avant d'être acté.
05:19On voit quand même que l'investissement des entreprises en France, mais pas seulement,
05:23est un petit peu en retrait, puisque toutes ces questions sans réponse n'incitent pas les entreprises à prendre des décisions.
05:28Alors après, il y a la situation particulière de la France, pour les raisons qu'on a évoquées,
05:35la certitude de politique économique, des points de vue budgétaire,
05:39qui incitent à l'attentisme de tous les agents économiques.
05:42Et ce n'est pas simplement les entreprises, ce sont aussi les ménages qui sont prudents, qui épargnent.
05:48Il y a la situation très particulière de l'Allemagne,
05:51qui reflète des problèmes de compétitivité, des chocs structurels.
05:56Mais quand vous regardez le reste de l'Europe,
05:58on ne voit pas ce signe d'attentisme.
06:01On a une croissance en Europe qui est au-dessus de ce qu'on appelle, nous, le potentiel,
06:07au-dessus de la moyenne historique.
06:09Donc ça va bien au reste de l'Europe.
06:12Si les économistes ont raison, cette année, 1,2% de croissance,
06:19c'est pas mal pour l'Europe, parce que c'est mieux que la moyenne de potentiel,
06:24qui est de 1%.
06:26Donc la question de l'investissement, c'est vrai qu'il n'est pas extrêmement rapide en Europe,
06:32mais il reste assez correct,
06:36à l'exception, effectivement, de la France et un degré moindre de l'Allemagne.
06:41Merci beaucoup, Michel Martinez, de nous avoir accompagné ce matin.
06:43Je rappelle que vous êtes chef économiste d'Europe chez Société Générale Cielbit.
06:47Merci d'avoir pris un petit peu de recul par rapport à toutes ces nouvelles à chaud.
06:50et c'est vrai que ça fait un petit peu du bien de sortir un petit peu du bruit
06:54et de ces nouvelles un petit peu anxiogènes.
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