00:01Un taux de dépôt qui reste à 2% pour la Banque Centrale Européenne.
00:05Pour nous éclairer ce matin, c'est Michel Martinez qui est avec nous,
00:07chef économiste Europe chez Société Générale CIB.
00:10Bonjour Michel Martinez, merci de nous accompagner ce matin.
00:14La BCE qui a revu à la hausse ses prévisions de croissance pour cette année,
00:18mais même pour 2027 et 2028, plus de croissance, mais également plus d'inflation.
00:23Et une BCE qui estime aujourd'hui être en bonne position,
00:26un statu quo qui devrait perdurer pour Christine Lagarde.
00:28Oui, alors la BCE aime depuis quelques temps à nous rappeler qu'elle est en bonne position,
00:36une good place.
00:38La BCE, Christine Lagarde nous a rappelé hier que l'environnement restait incertain
00:44et que la BCE ne pouvait pas offrir un guidage de politique monétaire,
00:49donc donner des indications sur où allait la politique monétaire en 2026.
00:55Le marché maintenant anticipe quasiment plus de mouvements pour 2026,
01:03voire peut-être une petite probabilité de remonter les taux.
01:07Mais comme vous l'avez dit, le message principal hier, il est venu des prévisions économiques de la BCE.
01:15Et là, je crois que c'est assez clair, la BCE se sent plus confortable,
01:21voire moins de risques baissiers, tant du côté de la croissance que du côté de l'inflation pour 2026.
01:27Beaucoup de déficits à financer, nous en reparlerons dans un instant.
01:31Mais pour rappel, la boussole de la BCE, c'est l'inflation.
01:34Aujourd'hui, c'est son principal curseur.
01:36Et sachant qu'on est proche de la cible de 2%,
01:38aujourd'hui, il n'y a pas de raison d'espérer une baisse des taux à court terme ?
01:43Non, non, non.
01:46Comme vous le dites, l'inflation est légèrement supérieure à 2%.
01:50La BCE prévoit une inflation à 1,9% l'an prochain,
01:56mais il y a beaucoup d'incertitudes.
01:57Et plus que l'inflation totale, c'est la dynamique de l'inflation domestique.
02:03Elle est peut-être un peu plus facile à prévoir parce qu'elle est moins volatile.
02:06Elle dépend moins, par exemple, des variations des prix de l'énergie.
02:09Et en ce qui concerne l'inflation sous-jacente,
02:12on est encore au-dessus de la cible.
02:15On est à 2,4% cette année.
02:18Les prix des services augmentent de l'ordre de 3,5% l'an.
02:23Et surtout, au troisième trimestre de cette année,
02:27la hausse des salaires en zone euro a été de 4% l'an.
02:334% l'an, beaucoup plus que ce que la BCE prévoit.
02:36En septembre, elle attendait 2,7% l'an.
02:39Donc, une grosse surprise qui, d'après les modèles économiques,
02:44va avoir des conséquences pour 2026,
02:46donc avec une inflation domestique qui restera au-dessus de la cible.
02:50Et donc, ça, à priori, ça limite les capacités de la BCE de baisser les taux.
02:57– Et quelles sont vos prévisions ?
02:59Vous, aujourd'hui, Michel Martinet, vous êtes chef économiste d'Europe
03:01chez Société Générale CIB pour 2026.
03:04On voit quand même que les économistes, pour l'instant, ont du mal à trouver un consensus.
03:08Est-ce que vous faites partie plutôt team hausse de taux,
03:11statu quo ou plutôt baisse de taux ?
03:13– Alors, nous, on anticipe une hausse des taux fin 2026
03:19et une autre hausse des taux fin 2027.
03:24Donc, je crois qu'on est d'accord sur le fait que,
03:28par rapport à la plupart des équipes d'économie,
03:30est-ce que la BCE va rester en bonne position ?
03:33On ne va pas bouger ces taux pendant longtemps.
03:35Mais après, pourquoi des hausses de taux fin 2026 et 2027 ?
03:40C'est parce qu'en fait, on s'attend à ce que l'inflation reparte à la hausse.
03:45C'est lié au fait que la croissance devrait réaccélérer.
03:49On pense au plan de relance allemand qui devrait porter ses fruits.
03:53La croissance allemande a été proche de zéro depuis 2022, 2023, 2024, 2025.
04:00Et donc, si elle s'accélère, ça devrait aussi porter la croissance en zone euro à la hausse.
04:05Il y a aussi les effets du vieillissement démographique qui vont s'accélérer.
04:11Et enfin, les politiques climatiques, on pense au nouveau marché carbone en Europe.
04:19Tout ça devrait, à l'horizon 2027-2028, repousser l'inflation à la hausse.
04:24Et c'est pourquoi on anticipe que le prochain mouvement de la BCE sera plutôt des hausses des taux.
04:30Mais les risques, à court terme, on est dans un améliorement incertain.
04:35Il peut se passer des choses dans les six prochains mois qui changent un peu le scénario.
04:40Le taux de dépôt qui est donc à 2% a probablement touché un point bas.
04:44Et c'est dans ce contexte aujourd'hui que les États vont se financer.
04:48L'Allemagne a annoncé hier vouloir lever plus de 500 milliards d'euros.
04:51La France va lever plus de 300 milliards.
04:53Vous avez au même moment également cette nuit la Banque du Japon qui annonce remonter son taux directeur.
04:58L'effet est très clair ce matin sur le 10 ans japonais qui est au-delà des 2% quand le 30 ans japonais est à 3,4%.
05:05Ça va être une équation compliquée quand même l'année prochaine pour tous ces États pour lever des centaines de milliards d'euros ?
05:12Je ne sais pas si ça va être compliqué.
05:15Il y a toujours beaucoup d'appétit pour la dette des États.
05:19La question c'est le prix et les taux d'intérêt.
05:22Et oui, on est probablement dans un monde maintenant où il y a un peu plus de pression inflationniste qu'il y en avait il y a 10 ou 15 ans.
05:33A commencer par le Japon qui était en déflation et maintenant l'inflation au Japon est à plus de 3%.
05:38Donc c'est des changements radicals.
05:39Si ça arrive même au Japon, on voit bien qu'on se moque l'environnement.
05:42Et puis effectivement, l'Allemagne qui était traditionnellement très prudente en matière budgétaire, se met à faire des plans de relance.
05:53Donc oui, il y a beaucoup d'émissions.
05:54Nous, on s'attend à ce que les taux d'intérêt à long terme en Allemagne, là vous citiez le Bund légèrement en dessous de 8% d'an,
06:06remontent d'une cinquantaine de points de base d'ici la fin de l'année 2026.
06:11Donc au-dessus de 3%, même 3,2%.
06:15Et en ce qui concerne les taux d'intérêt français, l'OAT a 10 ans pour un moment au-dessus de 4% l'an.
06:23Mais ça, ça reflète d'une part un environnement plus inflationniste et d'autre part des besoins de financement des États qui sont plus élevés et partout dans le monde.
06:34Il y a les besoins de financement, il y a les sujets des dépenses de défense, d'infrastructures, la transition climatique.
06:42Il y a beaucoup de sujets et tous ces besoins d'investissement poussent les taux d'intérêt à long terme à la hausse.
06:50Merci beaucoup Michel Martinez de nous avoir accompagné ce matin, chef économiste d'Europe chez Société Générale CIB,
06:55pour faire donc un point sur la BCE qui a décidé de laisser ses taux inchangés hier et un petit peu de perspective sur 2026,
07:02avec donc l'Allemagne qui a annoncé hier vouloir lever plus de 500 milliards sur les marchés.
07:07A noter l'écart de taux entre la France et l'Allemagne qui est de 70 points ce matin.
07:10Un 10 ans français qui est à la porte des 3,6% à 3,57 et donc le CAC 40 qui est inchangé.
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