- il y a 11 mois
Les équipes RSE des entreprises peuvent facilement se sentir isolées et épuisées. C’est ce que dénoncent Catherine Brennan, directrice du cabinet de recrutement Birdeo et Carole Davis-Filleur, DG du cabinet de conseil Archery Sustainability, dans une tribune. Selon elles, la solution est d’intégrer les enjeux RSE à l’ensemble des fonctions et des métiers de l’entreprise.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00C'est le débat de ce Spart Impact et je vous présente mes invités, Catherine Brennan, bonjour.
00:10Bonjour.
00:10Heureux de vous retrouver, directrice de Beurdeo, Carole Davies-Filleur, bonjour.
00:15Bonjour.
00:15Bienvenue à vous aussi, vous êtes directrice générale d'Archiri Sustainability.
00:19Vous signez une tribune à deux voix sur un sujet.
00:23C'est vrai que je me dis, tiens, on n'en a pas beaucoup parlé dans notre émission,
00:25donc je suis très heureux de vous accueillir sur, finalement, l'intégration de ces enjeux de durabilité de RSE
00:32dans toutes les fonctions de l'entreprise.
00:35On peut peut-être commencer, Catherine Brennan, par le constat.
00:38Quel constat vous faites ? Un constat d'isolement des équipes qui en sont chargées, souvent ?
00:42Alors, depuis un an, c'est même au-delà de l'isolement, il y a parfois aussi un sentiment d'épuisement
00:48des directeurs et directrices RSE.
00:50Et c'est aussi le constat d'une dissonance entre, d'un côté, la volonté du citoyen
00:57et du professionnel dans l'entreprise de vouloir comprendre et de s'impliquer,
01:01et de l'autre côté, une perception un petit peu d'une période troublée et parfois d'un recul.
01:08Et donc, c'est cette opportunité de se dire, eh bien, activons ces ressources humaines
01:14dans l'ensemble de l'entreprise pour pouvoir acter la transformation,
01:19puisque quelque part, la durabilité, c'est aussi la transformation des organisations.
01:23Ça veut dire que, je rebondis sur le contexte politique, c'est vrai qu'il y a un contexte
01:27de backlash, de retour en arrière sur les Etats-Unis et en Europe,
01:30mais qui est lié, je le dis à chaque fois, qui est lié au vote des citoyens, au vote des électeurs.
01:35Il ne faut jamais oublier ça, que ça a été un processus démocratique dans les deux cas.
01:39Et on a en même temps beaucoup d'entreprises, de patrons et de patronnes,
01:45qui viennent et qui disent, mais nous, on n'a pas changé de cap.
01:49Donc, vous voyez ce que je veux dire.
01:51Quand vous dites qu'il y a un sentiment d'isolement ou d'épuisement face à ce contexte de retour en arrière,
01:56ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'ils se disent, oh là là, mais mon entreprise est en train de changer de cap ?
02:00Alors, l'épuisement, il vient aussi d'avant et de devoir absorber ce tsunami réglementaire
02:07auquel ils ont fait face au cours de ces 3-4 dernières années.
02:13Et toujours, cette obligation d'aller convaincre en interne, auprès des différentes directions,
02:22qu'ils font changer.
02:23C'est pas trop facile que des alliés dans l'entreprise ?
02:24Non. Et c'est un peu aussi notre angle de parler d'alliés auprès des métiers.
02:31Pourquoi le fait de parler de RSE comme objectif en soi, isolé du business, pourquoi ça ne suffit pas, d'après vous ?
02:40C'est peut-être Carole qui peut répondre.
02:42Oui, en fait, je pense qu'il y a un sujet. Il y a effectivement des patrons qui sont très convaincus, pour plein de raisons.
02:48Et puis, il y en a d'autres qui sont un peu très sensibles à l'air du temps.
02:51Et je pense que là, on est dans un moment où il faut faire rimer durabilité et désirabilité.
02:57Je parlais à un patron d'ETI, de l'électronique.
03:01Si je lui parle d'entrée de jeu, décarbonation, économie circulaire, je sais que je vais le perdre.
03:06Mais si je lui parle réduction de coût avec la sobriété énergétique,
03:11si je lui parle nouveau marché avec du rond conditionné, du réemploi, etc.
03:15Si je lui parle d'hérisquer sa chaîne d'approvisionnement, d'hérisquer ses sites en lien avec l'adaptation au changement climatique,
03:22là, pour le coup, j'ai son attention.
03:24Donc, c'est ça l'enjeu, c'est de montrer tous les co-bénéfices de l'ARSE très business.
03:31Oui, alors c'est d'ailleurs un enjeu sociétal.
03:33C'est passer du discours anxiogène qui peut-être a d'ailleurs provoqué pas mal de réactions négatives,
03:42de questions d'acceptabilité des modèles, etc.
03:45à une sorte de projet collectif qui peut être assez exaltant.
03:48Et ce discours-là, c'est celui que vous tenez à vos clients, aux chefs d'entreprise que vous contactez.
03:55Et alors ensuite, moi, ce qui m'intéresse, c'est comment ça infuse ?
03:59Pourquoi ça ne suffit pas qu'un chef d'entreprise dise
04:04« bon, allez, j'ai créé une direction RSE, c'est bon maintenant ? »
04:07Pourquoi ça ne suffit pas ?
04:08Parce qu'il faut embarquer tout le monde.
04:09Et là, la spécialiste des RH, Catherine, va vous dire à quel point,
04:12où est-ce qu'on en est de la gouvernance et des différentes équipes ?
04:16Oui, parce qu'en fait, c'est un triptyque entre une gouvernance qui doit être une gouvernance engagée,
04:22autant au niveau du conseil d'administration et du COMEX.
04:27Ensuite, une équipe RSE qui va être plutôt une équipe RSE peut-être resserrée,
04:31mais très experte, et qui va pouvoir s'appuyer sur des alliés dans les métiers,
04:36parce que c'est eux qui vont, de facto, mettre en musique et mettre en œuvre cette stratégie RSE.
04:42C'est eux qui, dans leur périmètre, vont pouvoir repenser la conception d'un produit
04:49pour qu'il soit plus durable et mieux recyclable,
04:53d'un point de vue de la distribution, de la logistique,
04:58comment on repense la logistique et le transport de ces produits,
05:02comment on les vend, quel est le message aussi qu'on peut donner.
05:05Et c'est là où c'est, du coup, très important d'avoir l'ensemble de ces équipes
05:11qui sont informées, formées, et qui comprennent dans leur périmètre
05:17comment elles peuvent activer cette stratégie RSE.
05:20Mais est-ce que ça veut dire qu'il faut un, entre guillemets, un délégué RSE,
05:23direction business unit par business unit ?
05:26Alors, non seulement business unit par business unit, mais métier par métier.
05:30Et ça, c'est quelque chose qu'on a commencé à voir aujourd'hui.
05:35Alors, très souvent, de ceux que moi j'ai pu rencontrer ces dernières années,
05:41c'est une appétence personnelle qui les a amenés à ajouter à leurs compétences
05:46de logisticien, de marketeur, de financier, le prisme de la durabilité.
05:51Mais oui, on voit aujourd'hui des directeurs logistiques durables,
05:54des directeurs financiers durables,
05:57parce qu'ils font leur métier, mais pas ce prisme de la durabilité.
06:02Oui. Vous avez des exemples d'entreprises, Carole Devis-Filleur,
06:05qui diffusent justement la RSE dans tous leurs métiers ?
06:09Alors, j'étais chez Daher. Daher, c'est un groupe dans l'aéronautique.
06:11Judith Sevin, la chiffre de sustainability officer,
06:14elle a dit, moi, je vais embarquer le top 200.
06:16Et donc, en fait, la directrice des achats, elle m'a dit,
06:19moi, OK, j'ai bien compris les enjeux.
06:22Maintenant, je ne vais pas changer de travail.
06:24Je ne vais pas devenir, moi, tout d'un coup, directrice RSE
06:27ou je ne vais pas faire de la RSE.
06:29Mon cœur ne me tient.
06:29En revanche, elle est tout à fait partante pour ajouter
06:32comme corde supplémentaire à son arc les achats responsables
06:36et de se saisir du sujet.
06:38Et je pense, à titre individuel, quoi de plus antitiasmant
06:41de se dire, je ne vais pas changer le métier tout d'un coup,
06:44mais j'ai une occasion d'être acteur,
06:47de lutter contre mon anxiété en étant acteur
06:50et en intégrant la dimension sustainability.
06:54Donc, chez L'Oréal, on a des sustainability finance directeurs.
06:57Chez Thales, on a des sustainability, ou Danone, ou Decathlon,
07:01des sustainability product manager à la R&D,
07:04qui font de la R&D, qui font du produit,
07:06toujours le même métier, mais différemment,
07:08en ayant intégré ces enjeux de transformation durable.
07:11Est-ce que ça suppose aussi des plans de formation
07:12dans les entreprises pour justement créer,
07:15je ne sais pas, ce sont des nouveaux métiers,
07:17mais en tout cas pour faire évoluer ces métiers ?
07:19Absolument.
07:20Et là, on n'est plus au niveau de la sensibilisation.
07:23C'est-à-dire qu'il y a beaucoup d'entreprises
07:24qui ont mené des espaces de sensibilisation
07:29avec plein de fresques du climat,
07:30des fresques diverses et variées.
07:32Maintenant, je reprends mon exemple de la directrice achat.
07:34Il faut qu'elle soit très au fait
07:36de non seulement la politique achat,
07:39qu'elle contribue à l'inventer,
07:40mais comment engager mes fournisseurs ?
07:42Comment bien comprendre
07:43qu'est-ce qui est juste de demander à une ETI
07:46versus un grand groupe,
07:47en termes de décarbonation,
07:48en termes de partage de données,
07:50en termes de réinvention
07:51sur l'éco-conception de produits et services ?
07:54Oui, parce que c'est plus facile
07:54de refiler la patate chaude
07:56à son fournisseur.
07:59Voilà.
07:59Et donc, il faut que la directrice achat,
08:03elle est intégrée
08:04et elle se soit formée
08:05sur bien comprendre
08:07qu'est-ce que ça veut dire
08:08quand je demande le bilan carbone
08:11à mes fournisseurs,
08:12à quel point c'est compliqué ou pas ?
08:14Oui, quand c'est une petite entreprise,
08:15elle va avoir beaucoup de difficultés
08:16à le fournir, par exemple.
08:18Donc, du coup,
08:18on n'est plus du tout dans la sensibilisation,
08:20on est dans la formation.
08:21Si je suis product manager
08:23chez Thalès,
08:24j'ai besoin d'être formée
08:25à ce que c'est que l'analyse
08:26de cycle de vie
08:27pour bien comprendre
08:28comment je vais pouvoir
08:29passer de la conception
08:30à l'éco-conception
08:31en intégrant
08:32les problématiques ressources,
08:34les problématiques fin de vie,
08:36les problématiques polluants
08:38et diverses et variées.
08:39Catherine,
08:40est-ce que ça rejoint
08:41l'envie
08:44ou la volonté
08:46de certains professionnels
08:47de se réorienter,
08:48de donner un nouveau sens
08:51à leur métier,
08:51de se réorienter
08:52vers ces métiers à impact ?
08:53Oui,
08:54et ça,
08:54c'est une tendance
08:55qu'on a vue
08:56surtout à la sortie
08:57de la crise sanitaire.
08:59Donc,
09:00oui,
09:00il y en a encore aujourd'hui
09:02qui veulent
09:04carrément switcher
09:06pour faire de la RSE
09:07à temps plein.
09:09Par contre,
09:10nous,
09:10ce qu'on trouve
09:11enthousiasmant,
09:12c'est l'idée
09:12de se dire
09:13qu'on peut garder
09:14son métier
09:15un métier...
09:15Oui,
09:15c'est ce que nous est Carole,
09:16quoi.
09:16On ne change pas
09:17à la qualité de métier,
09:18quoi.
09:18Et qu'en fait,
09:20le sens de l'histoire
09:21nous amène à penser,
09:22Carole et moi,
09:23qu'une RSE réussie
09:25sera celle
09:26qui sera dans les métiers.
09:28Donc,
09:29gardez votre métier,
09:30surtout si vous l'aimez,
09:31et venez vous former
09:34et venez prendre
09:35une vision
09:37un petit peu différente
09:38de votre métier
09:39en intégrant la durabilité.
09:40C'est des certifications
09:41supplémentaires
09:42qui existent
09:43ou qui sont à créer ?
09:45Alors,
09:45il existe déjà
09:46beaucoup de choses
09:46en termes de formation.
09:48Chez Bordeon,
09:48on a fait le recensement
09:50une fois de toutes les formations.
09:51On est arrivé
09:51à plus de 500.
09:52D'accord.
09:53Donc,
09:53il y a beaucoup de choses
09:54qui existent,
09:55mais c'est aussi,
09:56surtout au sein
09:56des entreprises.
09:58Moi,
09:58j'ai pu constater
09:59par des conversations
09:59que j'ai eues
10:00avec des directeurs RSE
10:01qu'il y a des plans
10:03de formation
10:04de plus en plus
10:05dans les grandes entreprises
10:06aujourd'hui.
10:07Et on peut imaginer
10:08que ça se déclinera
10:09vers les plus petites après,
10:11mais dans les grandes entreprises,
10:13il y a vraiment
10:13des plans de formation
10:14qui sont non seulement
10:16je comprends
10:17la thématique
10:18du changement climatique,
10:21mais ensuite,
10:22je passe au niveau
10:23de qu'est-ce que ça veut dire
10:25pour mon métier.
10:27Donc,
10:27les entreprises
10:28ont aussi apporté
10:29leur pierre à l'édifice
10:30en formant en interne
10:32leurs collaborateurs
10:33et ça va bien
10:34au-delà de la culturation.
10:35Oui,
10:36alors ça veut dire
10:36que je vous posais
10:38un peu la même question
10:38après,
10:39mais elles sont prêtes
10:41ces entreprises
10:41à changer de lunettes
10:42ou de grilles de lecture
10:44en quelque sorte
10:45ou alors il y a encore
10:45des réfractaires
10:47qui se disent
10:48mais attendez,
10:49ça va plus me coûter
10:50que me rapporter,
10:50etc.
10:51il est où le ROI ?
10:52Il y a toujours
10:54encore des réfractaires
10:56mais je pense
10:58que les collaborateurs
10:59sont ceux aussi
11:00qui vont permettre
11:01de changer
11:03ces lunettes
11:05et c'est quand même
11:08un moyen efficace
11:10de passer à l'action
11:12pour combattre
11:13l'éco-anxiété
11:13dont on sait
11:14qu'elle peut monter
11:16parfois
11:16et c'est aussi
11:18un moyen
11:20d'amener
11:22le citoyen
11:23que nous sommes
11:24dans l'entreprise
11:25parce qu'on se rend compte
11:26quand même
11:27que les citoyens
11:27sont de plus en plus
11:28informés
11:30et s'intéressent
11:31au sujet
11:31et qu'il doit y avoir
11:32une forme de continuité
11:33entre eux.
11:33Ils ne perdent pas
11:34leurs engagements
11:35quand ils poussent
11:36la porte du bureau
11:37en arrivant le matin.
11:39Cette idée de collectif,
11:41votre avis là-dessus,
11:42Carole Devissier ?
11:43En fait,
11:44l'entreprise
11:44c'est un collectif
11:45d'individu.
11:46Donc en fait,
11:47si à titre individuel
11:49j'ai compris les enjeux,
11:51il s'agit d'attendre
11:52la permission de personne
11:53pour commencer à agir
11:53et je peux l'intégrer
11:55dans mon métier.
11:56Et ce qui est réjouissant
11:57c'est que
11:58il y a de plus en plus
12:01d'exemples,
12:02de témoignages
12:02de gens
12:03qui ont réussi
12:04à faire ça.
12:05Les collectifs,
12:06le mouvement Impact France,
12:08Gen Act,
12:09Alumni for the Planet,
12:11même des étudiants
12:12qui s'appellent
12:13le réveil écologique
12:14des associations
12:15sont montées
12:16pour justement
12:17mettre en lumière
12:18ces exemples.
12:20Donc voilà,
12:20le collectif
12:21qui est l'entreprise,
12:22c'est une somme
12:23d'individus
12:23et chaque individu
12:25bien conscient des enjeux
12:26a maintenant
12:27l'exemple,
12:28la marche à suivre.
12:30Mais là,
12:30vous citez des collectifs
12:31et on peut imaginer
12:32qu'il y ait une vigie
12:33entreprise par entreprise
12:34mais est-ce que,
12:34alors ça dépend
12:35de la taille de l'entreprise,
12:36il faut aussi
12:36un collectif interne
12:37à l'entreprise,
12:38vous voyez,
12:38qui soit porté
12:40vers ces enjeux-là.
12:41Voilà,
12:42et là,
12:42le rôle à la fois
12:43des dirigeants
12:44du COMEX
12:45et à la fois
12:46de la direction RSE
12:47sont clés.
12:49Et donc,
12:49je reviens
12:50à ce que Catherine disait,
12:52c'est toujours
12:52le rôle
12:53de la direction RSE
12:54d'insuffler le rythme,
12:57d'insuffler l'envie
12:58et du coup,
12:59de continuer à convaincre.
13:01Mais d'autant plus équipée
13:03que la direction RSE
13:04a construit
13:05son réseau d'alliés
13:06dans les différents métiers.
13:07C'est là l'enjeu,
13:08c'est là l'échelle,
13:10la bascule,
13:10la transformation,
13:12c'est d'impliquer les métiers.
13:13Merci beaucoup
13:14à toutes les deux,
13:15c'était passionnant
13:15et à bientôt
13:16sur Be Smart for Change.
13:18C'est l'heure du grand entretien
13:19de ce Smart Impact
13:21et si la vulnérabilité
13:22est un atout.
Commentaires