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Engager les dirigeants des entreprises du CAC40 et du SBF120 dans la transition écologique de leur activité, c’est le défi que se donne l’association des Entreprises pour l’Environnement. Cécile Denormandie a été nommée déléguée générale de l’organisation en septembre 2025. Elle explique l’importance de mieux partager les bonnes pratiques entre dirigeants.
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00:04Prêt pour l'impact, c'est la question que je pose chaque jour à une personnalité qui compte dans notre
00:08économie.
00:09Je reçois aujourd'hui Cécile Denormandie. Bonjour, bienvenue.
00:12Bonjour.
00:13Vous êtes la déléguée générale d'EPE, Entreprises pour l'environnement.
00:16C'est quoi EPE ? Ça existe depuis combien de temps ? Qui vous représentez ?
00:20Alors EPE, c'est une association qui rassemble une soixantaine de grandes entreprises françaises
00:26qui sont engagées sur les sujets de l'environnement.
00:30C'est une association qui existe depuis 1992, donc le sommet de la Terre à Rio,
00:34qui à l'époque avait généré évidemment des réactions dans le monde privé
00:39et avait conduit à la création d'entreprises pour l'environnement.
00:43Donc nous, on rassemble ces grandes entreprises.
00:46C'est les grands groupes, vraiment, c'est les plus grandes entreprises.
00:49Il y a à peu près 70% du CAC 40, le reste c'est OSBF 120,
00:52donc c'est vraiment une unicité de grands groupes de taille.
00:56Ce qui veut donc dire, et on y reviendra peut-être,
00:59que c'est des entreprises qui travaillent et qui font leur chiffre d'affaires sur le monde entier,
01:04donc qui ont une empreinte internationale.
01:06Effectivement, c'est un élément important.
01:08Comment vous les aidez ?
01:11Par un travail de réflexion, des contenus, des commissions qui les alimentent en fait en information ?
01:17C'est effectivement un lieu qui se veut un lieu d'échange entre grandes entreprises
01:23où elles échangent sur ce qu'elles font.
01:25Donc échange entre pairs sur les bonnes pratiques,
01:27sur les choses qu'elles ont enclenchées transformationnelles dans leurs entreprises et qui marchent.
01:32C'est aussi un lieu où on peut échanger sur des choses qui ont moins bien marché
01:36et donc on apprend aussi beaucoup de ces pairs quand il y a des choses qui ont moins bien fonctionné.
01:40Donc vraiment un lieu d'apprentissage collectif sur les enjeux de la transition écologique.
01:45C'est aussi un lieu de travail dans lequel nous, associations,
01:50on les alimente sur les sujets émergents du moment,
01:55en lien évidemment avec la transition écologique.
01:57Et donc on travaille à la fois sur des dynamiques sectorielles vraiment en lien avec l'environnement,
02:04donc le climat, le carbone, la biodiversité, l'eau, la santé environnementale.
02:10Donc tout ça, dans ces groupes de travail-là,
02:12on travaille avec les directions développement durable de ces grands groupes.
02:15Mais ça veut dire que vous avez la capacité, par justement vos actions et rendez-vous,
02:20de faire évoluer les décisions stratégiques, les choix stratégiques de ces grands groupes ?
02:28Notamment, pardon, moi je suis toujours frappé par les bonnes pratiques,
02:31c'est-à-dire de se dire, ok, j'ai tel chef d'entreprise ou tel directeur ou directrice développement
02:38durable
02:39qui me dit, bah tiens, ça, ça marche, ça accélère la prise de décision ?
02:43Une particularité d'EPE, c'est que c'est une association qui a aussi pour vocation d'impliquer
02:49les dirigeants de ces grandes entreprises,
02:51à la fois parce que certains sont impliqués dans la gouvernance de l'association,
02:55et donc ça veut dire quelque chose quand même,
02:56quand un dirigeant s'implique dans la gouvernance d'une association
02:59qui s'appelle Entreprises pour l'environnement,
03:01et effectivement, ça peut donner lieu à des sources d'inspiration
03:05qui parfois se concrétisent vraiment dans la vraie vie.
03:09Je vous prends un exemple très pratico-pratique sur lequel on travaille en ce moment,
03:14c'est l'exemple des vêtements professionnels de travail en lin.
03:20Donc les grandes entreprises ont toutes des vêtements de travail professionnels
03:24qui en général sont en coton.
03:26Le coton c'est une culture qui est irriguée,
03:28donc qui consomme beaucoup d'eau, qui traverse le monde entier,
03:31dans des grands bateaux, sur des routes,
03:35et qu'on ne produit pas en France.
03:37Il y a certains de nos membres, je pense à la SNCF ou à EDF,
03:41qui se sont inspirés les unes des autres
03:44pour travailler sur la mise en place d'une filière de vêtements professionnels en lin,
03:49fait en France, avec une culture comme le lin qui n'est pas irriguée.
03:52Voilà, ça c'est un exemple très concret, vertueux,
03:56et qui peut inspirer finalement tous les groupes qui ont des vêtements d'entreprise.
04:01Alors la raison d'être de l'association d'entreprise pour l'environnement,
04:04c'est une seule planète et un monde prospère.
04:07Le mot prospère, c'est une façon de dire,
04:09on n'est pas non plus là pour la décroissance ?
04:13Le monde prospère, c'est une façon de dire que ce que les transformations profondes
04:20auxquelles travaillent les entreprises, ça reste pour proposer une vie meilleure.
04:25Voilà, c'est aussi de se dire, les entreprises, elles peuvent être source de solutions,
04:32de transformations positives, et donc c'est aussi cette promesse de prospérité,
04:36plus pour nous les humains, de se dire, voilà, la promesse, c'est pas,
04:41je fais face aux crises et donc je suis dans le réactif et dans le renoncement
04:45et je propose que du négatif, mais je réfléchis à rendre la vie meilleure.
04:50C'est aussi, ça s'applique aussi à toute la réflexion que peuvent avoir les pouvoirs publics.
04:55Oui, évidemment, avec aussi cette idée d'une santé commune globale,
05:01le One Health Summit qui se tient début avril à Lyon,
05:04c'est un peu ça l'idée, la santé humaine, la santé de la planète
05:07et aussi d'une certaine façon la santé des entreprises, tout est lié.
05:11Vous travaillez sur la préparation de ce sommet pour y faire quoi ?
05:15Pourquoi il vous semble important ?
05:17Alors c'est important qu'on parle aujourd'hui du One Health Summit,
05:20donc le concept d'une seule santé, qui est un concept qui est assez partagé
05:25et compris au niveau justement des pouvoirs publics,
05:28une santé donc humaine, animale, végétale.
05:34Et finalement c'est un concept qui peut paraître un peu éloigné
05:38du fonctionnement d'une entreprise.
05:40Qu'est-ce qu'une entreprise peut avoir à faire avec ce concept d'une seule santé ?
05:43Et en fait la réalité, c'est que les entreprises se saisissent de ce concept-là
05:47quand elles se mettent à réfléchir la transition écologique
05:51en des termes de transition intégrée.
05:54C'est-à-dire ce que je fais, par exemple, pour diminuer mon empreinte carbone,
05:58il faut que je le réfléchisse en me disant
05:59il ne faut pas que ça aille augmenter mon impact négatif sur la biodiversité,
06:04par exemple, pour prendre cet exemple-là,
06:06ou alors utiliser plus d'eau et donc augmenter mon impact négatif sur l'eau.
06:09Donc je réfléchis de façon intégrée pour prendre en compte
06:12tous les enjeux de la transition écologique.
06:15Et donc dans le cadre de ce congrès One Health,
06:19qui est organisé par la France,
06:20dont la France a la présidence en avril,
06:23il nous semble important et intéressant de montrer aussi
06:26de quelle façon les entreprises peuvent contribuer
06:29sur ce sujet d'une seule santé.
06:32Je voudrais qu'on parle un peu de ce contexte, effectivement,
06:36géopolitique et économique.
06:38On reviendra au backlash dans un instant,
06:40mais il y a d'abord ce contexte géopolitique qui...
06:43Alors, est-ce qu'il faut employer le terme choc pétrolier ?
06:46Il y a eu tout un débat cette semaine autour des propos du ministre de l'Économie,
06:51mais ce qui est sûr, c'est qu'il y a un risque de ralentissement de l'économie.
06:55Est-ce que c'est forcément une mauvaise nouvelle
06:57ou est-ce que ça peut aussi être un accélérateur de changement,
07:00une crise comme celle qu'on est en train de faire, une crise énergétique ?
07:03C'est vrai qu'on vit sans doute un moment de bascule,
07:06alors là, qui se concrétise vraiment très fort ces jours-ci
07:11avec le blocage du Détroit d'Hormuz,
07:13mais qui est en réalité enclenché depuis quelques mois,
07:16je dirais peut-être depuis l'exemple de Donald Trump,
07:18pour trouver une date de début à cette bascule.
07:26Depuis 2015, depuis l'accord de Paris,
07:28les entreprises, elles sont engagées dans la transition écologique
07:32pour des questions climatiques.
07:36Depuis peu, le contexte géopolitique qui s'impose
07:39fait que pour beaucoup d'entreprises,
07:42on s'engage dans la transition écologique,
07:44aussi pour des questions de souveraineté,
07:46c'est-à-dire je dépends d'une énergie carbonée
07:49qui ne passe plus par le Détroit d'Hormuz,
07:51donc je suis obligée de décarboner mon entreprise, mes usines,
07:56donc aller vers de l'électrification propre.
08:00Chez nous, en France, quand on électrifie,
08:02On a de la chance.
08:04C'est une électricité décarbonée,
08:06mais ça passe aussi par des énergies renouvelables.
08:09C'est une des questions de compétitivité.
08:12Quand je dépends, par exemple, de plastique,
08:15parce qu'on parle beaucoup du pétrole,
08:16il y a aussi beaucoup de produits chimiques qui sont bloqués
08:18par le Détroit d'Hormuz,
08:20donc je pense au plastique,
08:21je pense à tout ce qui permet de fabriquer les engrais.
08:23Évidemment, ça accélère des changements
08:26qui sont rendus nécessaires par ces questions aussi de compétitivité,
08:32puisque les prix explosent.
08:34Et pour vous prendre l'exemple du plastique,
08:36très concrètement, ça veut dire,
08:37est-ce qu'il faut que j'accélère sur le recyclage du plastique ?
08:39Parce qu'on voit bien qu'il y a parfois des événements géopolitiques
08:43qui bloquent complètement les process.
08:44Et donc, vous, alors c'est sûrement trop tôt pour le dire,
08:47mais on peut prendre le...
08:49Alors là, on a le recul.
08:50On peut prendre la crise provoquée par l'invasion de l'Ukraine par la Russie,
08:54qui a déjà provoqué une crise inflationniste,
08:56une crise sur l'énergie.
08:58L'accélérateur de changements,
08:59vous l'avez vu à l'œuvre dans les grandes entreprises
09:02que vous représentez à ce moment-là ?
09:03Ce qui a été très notable au moment de la crise ukrainienne,
09:08c'est qu'effectivement, là, pour des questions vraiment de coût,
09:13tout ce qui a été engagé sur les travaux d'efficacité énergétique,
09:17c'est-à-dire, je consomme moins d'énergie parce que ma facture explose,
09:21ont été extrêmement mis en avant
09:23et développés plus vite de ce fait-là,
09:26parce qu'on va chercher les fuites de chaleur,
09:30les fuites de...
09:31les inefficacités dans le fonctionnement des usines.
09:34Et ça, ça a un effet vertueux sur le climat immédiat
09:38et sur la facture d'électricité immédiatement aussi.
09:42Je vais vous citer pour parler du backlash.
09:46La majorité silencieuse n'est pas du tout dans le backlash.
09:48Nos membres, qui représentent les plus grandes entreprises françaises,
09:50sont même plutôt moteurs,
09:52importants de réenchanter le récit, ça on pourra en parler,
09:54pour montrer le rose positif des entreprises dans la transition écologique.
09:57Je suis d'accord avec vous là-dessus.
09:59Le rôle des entreprises pour trouver de nouveaux récits
10:03et sortir du tout anxiogène, on va dire.
10:08C'est assez évident.
10:10Mais quand même, ce retour de bâton, ce backlash, il est réel.
10:14Par exemple, pour les grands groupes qui travaillent aux États-Unis,
10:16comment ils font aujourd'hui ?
10:18Ce n'est pas forcément ce que je constate.
10:20En réalité, c'est vrai que les membres d'EPO sont des très grands groupes.
10:25Quand on engage une transformation dans un très grand groupe,
10:28on engage des investissements, on engage des équipes.
10:32Et en fait, on ne change pas de cap tous les six mois
10:34parce qu'il y a une déclaration politique qui viendrait amoindrir.
10:40Donc, nous, ce qu'on constate, c'est que les transformations qui sont engagées,
10:44elles sont poursuivies, que les investissements continuent de se faire,
10:48qu'il y a 70% des entreprises qui déclarent vouloir poursuivre
10:51et augmenter leurs investissements dans la transition écologique.
10:56Donc, ça veut dire quoi ?
10:57Ça veut dire qu'elles gomment certains mots de leur communication ?
11:00Donc, ce backlash, il peut se caractériser de façon très concrète
11:06sur les entreprises qui travaillent aux États-Unis.
11:09par une modification très profonde de leur vocabulaire.
11:12Donc, voilà, il y a des mots bannis, des mots comme climat.
11:16Voilà, tout simplement, on ne parle pas de climat,
11:18on ne parle pas de changement climatique.
11:19Donc, on remplace par des mots qui passent les fourches codines de l'administration.
11:27Mais néanmoins, les changements opérés continuent de se faire.
11:30Mais ça ne veut pas dire qu'il y a un changement de politique,
11:31qu'il n'y a pas un changement de stratégie.
11:33C'est plus une espèce de cosmétique sémantique.
11:38Il y a une cosmétique sémantique et il n'y a pas de changement stratégique majeur
11:43pour les raisons dont on vient d'évoquer, de souveraineté et de compétitivité,
11:47mais aussi pour des raisons, je dirais, très concrètes de sécurité physique.
11:53Parce qu'en fait, le changement climatique dont on parle tant,
11:57vous et moi, mais c'est pareil pour les entreprises,
11:59elles envoient les effets en réalité dès aujourd'hui.
12:02Quand on parle d'inondations, quand on parle de sécheresse,
12:05quand on parle de tempêtes, ça veut dire des usines qui se ferment,
12:08ça veut dire des gens qui ne peuvent plus aller au travail.
12:11Et donc, tout ça fait que ce changement climatique s'imposant,
12:14les stratégies des entreprises pour s'adapter, cette fois-ci,
12:16au changement climatique, elles sont également en cours.
12:20Oui, mais on est dans une concurrence entre continents.
12:25Et donc, dans le même moment, l'Europe, elle freine aussi
12:29sur ses ambitions environnementales.
12:32Le Green Deal, le Pacte Vert, il est un peu détricoté
12:34sur un certain nombre d'enjeux, d'ambitions.
12:38Est-ce que ce n'était pas justement le meilleur moment
12:40pour afficher plus d'ambitions environnementales ?
12:42L'Europe, avec la CSRD, puisque c'est un peu de ça dont on parle là,
12:47ça c'est le bilan extra-financier.
12:49Pas seulement, il y a aussi, par exemple, l'objectif 2035
12:54sur la fin des ventes de véhicules thermiques,
12:56c'est aussi un vrai coup de frein.
13:00Et l'ambition de l'Europe, ça a été quand même longtemps
13:04d'avoir ce coup d'avance et d'être moteur.
13:07Et ce qu'on peut dire aujourd'hui, ce qu'on constate,
13:10c'est que la Chine se met à faire quelque chose
13:14qui ressemble de très près à la CSRD européenne, finalement,
13:16et que donc, quand même, ce rôle moteur sur des ambitions mondiales
13:21à la hauteur des enjeux, il peut être réel.
13:25Et évidemment qu'il faut pousser en ce sens,
13:28puisqu'on voit bien que ça peut emporter ses effets.
13:31Et je dirais par ailleurs que la Chine est aujourd'hui
13:34le leader mondial en termes de transformation écologique
13:38de son économie et de ses entreprises.
13:40Et de très loin, sur certains aspects,
13:42quand on parle du photovoltaïque,
13:44quand on parle de la voiture électrique, justement,
13:46la production des batteries.
13:48Et donc, nécessairement, ça doit nous interpeller.
13:51Ça doit nous questionner.
13:52Alors, on va consacrer un chapitre important
13:54aux questions de l'eau, aux enjeux hydriques.
13:57En quoi ça devient vraiment une question stratégique
14:01pour les entreprises que vous représentez,
14:03pour la continuité de leurs activités ?
14:08Les sécheresses de 2022 et 2023 en France,
14:11qui ont conduit à des arrêtés préfectoraux,
14:14des arrêtés sécheresses,
14:15donc ça veut dire,
14:17j'arrête certaines activités qui consomment de l'eau,
14:20parce que j'en ai pas assez pour tous les usages,
14:23ont été pour beaucoup un déclencheur, quand même,
14:26d'une réalité hydrique,
14:29qui n'était pas forcément complètement touchée du doigt
14:31dans nos géographies tempérées.
14:33Mais c'est vrai qu'on a eu des arrêtés sécheresses,
14:35y compris en Normandie, quand même.
14:36Donc voilà, c'est des choses qu'on n'imaginait pas
14:38pouvoir nous arriver, en tout cas pas si vite.
14:41Et pour beaucoup d'entreprises,
14:43qui dépendent de l'eau pour leur process industriel,
14:46pour leur capacité de fabrication et de production,
14:49ou par exemple pour une centrale nucléaire,
14:52pour refroidir ses réacteurs nucléaires,
14:56c'est nécessairement un enjeu qui est aujourd'hui nécessaire à prendre en compte.
15:03Et finalement, la question que doivent se poser les entreprises et qu'elles se posent,
15:06c'est pas combien aujourd'hui me coûte mon mètre cube d'eau que j'ai,
15:10c'est combien va me coûter le mètre cube d'eau que je n'aurai pas.
15:14Donc le jour où je n'ai pas ce mètre cube d'eau qui me manque,
15:18quel coût ça a pour mon entreprise ?
15:19Et ça peut vouloir dire pour certaines entreprises,
15:22éteindre une usine,
15:23éteindre une usine, vous imaginez toutes les conséquences que ça a,
15:26ne serait-ce que pour la rallumer en termes de consommation énergétique,
15:30mais d'arrêt tout simplement de l'activité de l'entreprise.
15:33Donc cette question de l'eau, elle est très prégnante
15:37de ce point de vue-là pour les entreprises.
15:39Il y a aussi des questions de qualité de l'eau qui sont aussi des enjeux importants.
15:42Avec quelles solutions qui sont déjà enclenchées ou sur lesquelles vous réfléchissez ?
15:47Il y a des solutions technologiques qui sont déjà existantes ou à l'étude
15:54de sobriété d'utilisation de l'eau.
15:57Je pense notamment à des solutions de réutilisation en circuit fermé
16:02de l'eau dont l'entreprise, dont l'usine a besoin.
16:05Ça c'est des innovations technologiques.
16:07Et de s'inspirer de ce que font nos voisins, des pays du sud de l'Europe notamment ?
16:10Absolument, l'Espagne étant déjà confrontée à une crise majeure hydrique,
16:14ils sont effectivement très avancés sur ces technologies-là.
16:18Et on a en France par ailleurs des champions de l'eau
16:21qui ont des tas de solutions technologiques à apporter.
16:24Et il y a aussi une réflexion à avoir sur comment je finance ces transformations-là.
16:30Donc toute une réflexion intéressante et importante
16:32que mène le secteur bancaire en France.
16:35Alors il y a une tradition dans cette émission,
16:37l'invité du Grand Entretien pose une question à celui ou celle qui va lui succéder.
16:41La semaine dernière, c'était Véronique Faudjour
16:44qui est la secrétaire générale de Crédit Agricole ESA.
16:46Elle est également déléguée générale de la fondation Gramine Crédit Agricole.
16:50On l'écoute.
16:51Bonjour Cécile, j'ai une question à te poser.
16:55Pourquoi est-il important d'intégrer la dimension sociale
16:58dans la transition écologique ?
17:01Merci pour cette question fondamentale qui est au cœur des enjeux
17:06et de la réussite d'un projet de société qui fonctionne.
17:10La transition écologique est un facteur d'exclusion supplémentaire.
17:15Et ça, c'est important de le dire, de s'en rendre compte.
17:18C'est plus difficile de passer d'une voiture diesel à une voiture électrique
17:23quand on est dans une situation d'exclusion de la société.
17:28C'est plus difficile de manger bio.
17:30C'est plus difficile d'isoler son logement et de ne pas subir les fortes chaleurs.
17:34Donc la dimension sociale et la notion de transition juste,
17:39elle est fondamentale pour que ce projet de société y puisse avancer.
17:44Les entreprises, elles ont un rôle dans cette transition juste.
17:48C'est évidemment un rôle partagé avec les pouvoirs publics.
17:53C'est indéniable.
17:54C'est peut-être d'abord les pouvoirs publics au niveau français et européen,
17:57d'ailleurs, qui ont tardé, je ne dis pas qu'ils ne le font pas,
18:01tardé à intégrer cette dimension sociale aux enjeux environnementaux.
18:04C'est indéniablement eux qui peuvent donner des impulsions très fortes.
18:10Néanmoins, les entreprises, elles ont aussi un rôle à jouer.
18:14Parce que déjà, une entreprise, c'est des salariés.
18:16Alors chez EPE, avec des grandes entreprises,
18:19c'est les millions de salariés dans le monde qui sont conservés.
18:25Qui sont chacun à son niveau un acteur de changement potentiel.
18:27Qui sont des acteurs de changement ou des acteurs qui subissent le changement.
18:31Et donc, l'entreprise, elle peut agir vis-à-vis de ses salariés dans la prise en compte du changement
18:36climatique,
18:37des fortes chaleurs, par exemple, comment j'adapte les horaires de travail quand il fait très chaud.
18:43L'entreprise, elle peut aussi avoir un rôle sur la prise en compte et le développement de nouveaux parcours,
18:50de nouveaux métiers.
18:51Quand on parle de nature et donc d'espace vert et de renaturer certaines zones abîmées,
19:00il faut des gens qui vont planter des arbres, tailler des haies, enfin tout ça.
19:05Donc ça, c'est aussi développer des filières, pourquoi pas, d'insertion professionnelle sur ces secteurs-là de la société.
19:12Donc c'est développer l'insertion professionnelle, développer les nouveaux emplois,
19:17accompagner les parcours professionnels de ses propres salariés vers les nouveaux emplois.
19:22Et puis c'est aussi être source d'inspiration et de solutions qui soient accessibles à tous dans le cadre
19:28de cette transition écologique.
19:29Dans la question de Véronique Faudjour sur cette dimension sociale,
19:33moi j'entends aussi la question de l'acceptabilité de la transition ou de la transformation environnementale.
19:42C'est vrai que ça ne se pose pas pour tous les secteurs,
19:45mais si je pense évidemment au secteur de l'éolien,
19:49c'est une vraie question qui s'est posée, qui se pose encore.
19:52Est-ce qu'on n'a pas su trouver les mots, souvent ?
19:55Il y a une question de narratif, effectivement.
20:00Quelle histoire on raconte pour embarquer tout le monde ?
20:03C'est fondamental.
20:05Il y a eu beaucoup des narratifs par la négative,
20:08des narratifs qui peuvent faire peur.
20:12Il y a un enjeu important à embarquer sur des narratifs beaucoup plus positifs
20:16et des narratifs qui disent qu'on vit un moment de changement,
20:20on vit un moment de bascule.
20:21Très certainement, on rentre dans une nouvelle ère, finalement.
20:25Je ne sais pas comment elle s'appellera.
20:27Et cette nouvelle ère, elle peut être aussi la promesse,
20:30encore une fois, d'une vie meilleure,
20:33d'une vie avec moins de pollution de l'air, plus de nature.
20:36C'est des promesses qui peuvent aussi embarquer beaucoup plus largement.
20:40Cette question du narratif, elle est très importante à l'échelle des entreprises
20:44pour embarquer toute leur chaîne de valeur,
20:47c'est-à-dire leurs fournisseurs, leurs clients,
20:50évidemment leurs salariés, et puis aussi les dirigeants.
20:52Mais parfois, elles hésitent à communiquer sur ce qu'elles font bien,
20:56parce qu'elles ont peur d'être attaquées.
20:58On ne peut pas tout faire bien quand on engage une transformation environnementale ou sociétale.
21:04Il y a effectivement cette réticence parfois à parler des mutations positives
21:11ou des externalités positives d'une entreprise.
21:14Oui, et pourquoi ?
21:16C'est vrai que l'entreprise, elle est très concentrée pour diminuer ses impacts négatifs.
21:21Diminuer son impact carbone, diminuer son impact sur la biodiversité,
21:25consommer moins d'eau.
21:26Donc tout ça, c'est évidemment fondamental.
21:29Et elles sont engagées à le faire.
21:30Elles prennent des engagements publics pour le faire.
21:34Mais elles ont peur d'être attaquées sur ce qu'elles n'ont pas encore fait,
21:36si elles communiquent, c'est ça ?
21:38Et c'est vrai qu'en parallèle de ces actions-là,
21:41elles engagent évidemment des transformations
21:43qui contribuent positivement à la transition écologique.
21:50Oui, il peut y avoir des éléments régénératifs même.
21:52Des éléments régénératifs, absolument.
21:55Ou, c'est vrai, pour prendre l'exemple du train, par exemple,
21:58une nouvelle ligne de train,
22:00ça contribue quand même à l'impact négatif carbone de l'entreprise.
22:04Puisque pour construire une ligne de train,
22:07on va avoir besoin d'acier,
22:08on va couper des forêts en deux,
22:11en tout cas, donc ça va perturber les corridors des animaux
22:15qui vivent dans cette forêt,
22:16ça va détruire de la faune et de la flore.
22:18Ça a des impacts négatifs,
22:19qui sont publics et qui sont mesurés,
22:22et c'est très bien.
22:23Mais c'est vrai qu'on peut aussi réfléchir
22:25en se disant, mais cette ligne de train,
22:29notamment, par exemple,
22:29pour prendre l'exemple du fret.
22:32Combien de camions en moins sur les routes ?
22:33Combien de camions en moins sur les routes ?
22:35La réalité, c'est que c'est 50 fois moins
22:38d'impact carbone qu'un camion sur une route,
22:40de le mettre sur un train.
22:4350 fois moins, c'est pas deux fois moins.
22:45De 50 tonnes, je passe à une tonne.
22:47Donc ça, évidemment, c'est une contribution positive, quelque part.
22:50Donc comment on peut en parler ?
22:53Comment on peut la mesurer ?
22:55Ce sont des sujets importants et intéressants
22:57à traiter, notamment en collectif avec les entreprises.
23:00D'ailleurs, je trouve que vous travaillez là-dessus.
23:01Vous avez une enquête qui révèle
23:03comment les entreprises pilotent leurs impacts environnementaux.
23:07Ça veut dire quoi ?
23:08Ça veut dire qu'il faut construire des outils, justement,
23:12pour évaluer cet impact
23:13et pouvoir en parler, pouvoir communiquer après ?
23:16Ce qui est intéressant à ce stade,
23:19c'est effectivement de comprendre
23:21comment les entreprises mesurent cet impact positif
23:24pour celles qui le mesurent,
23:25comment elles mesurent cette contribution positive.
23:29Qu'est-ce qu'elles en font ?
23:30Alors, est-ce qu'elles la communiquent à leurs financeurs ?
23:34C'est aussi une façon intéressante de regarder le sujet.
23:38C'est de voir comment les banques, les assurances,
23:41peuvent être intéressées et se mobiliser sur cette question
23:46de la contribution positive, de ce qu'elles vont financer.
23:51Et donc, l'EPE engage, effectivement,
23:54tout un cycle de travail sur ce sujet-là.
23:56Oui.
23:57Il nous reste 2 minutes 30.
23:58On va terminer par un thème important
24:01qui est l'intelligence artificielle.
24:05J'imagine que vous y réfléchissez aussi
24:08au sein de votre association.
24:10Est-ce qu'il y a une réflexion sur l'IA,
24:16je vais dire frugale, par exemple,
24:18ou en tout cas, un moyen, un levier pour réduire son impact ?
24:23Parce qu'aujourd'hui, il y a une course mondiale.
24:25Peut-être que cette question-là,
24:26on ne se la pose pas suffisamment.
24:28Cette question-là, elle est centrale
24:29parce qu'en fait, la question de l'IA,
24:32ça a presque pris le pas sur toutes les autres questions.
24:34Parce que ça va très vite,
24:36parce que les enjeux sont énormes
24:37pour les entreprises de mettre en place
24:40au bon moment et aux bons endroits
24:42les bonnes technologies d'IA.
24:44Et c'est vrai que l'IA peut être extrêmement positive
24:47pour la transformation écologique
24:49parce qu'elle peut amener énormément de solutions.
24:51Je pense par exemple à la détection des fuites d'eau
24:53sur un réseau d'eau
24:55que l'IA permet de faire de façon incroyablement efficace.
24:57mais elle a des impacts qui sont aussi extrêmement négatifs.
25:01Et je pense à la consommation d'énergie
25:04qui est très importante pour les data centers.
25:07Je pense à l'impact foncier
25:09parce qu'il faut mettre ces data centers
25:11sur du foncier.
25:13Et je pense à la consommation en eau.
25:15On y revient.
25:16Mais pour refroidir ces systèmes-là,
25:17il faut beaucoup d'eau.
25:19Et donc la réflexion autour des impacts de l'IA
25:22elle est centrale
25:23et elle est effectivement
25:27prise en compte par les entreprises qui s'y mettent
25:30avec toute la difficulté aussi
25:31de bien mesurer ces impacts
25:33d'accès à la donnée de l'impact de l'IA aujourd'hui.
25:37Mais est-ce qu'on peut le faire tout seul ?
25:39Vous voyez ce que je veux dire ?
25:40Un chef d'entreprise qui décide
25:43de parier sur une IA frugale
25:45où est-ce qu'il la trouve ?
25:46Ce n'est pas si simple.
25:48S'il n'y a pas un mouvement
25:50à minima français ou européen
25:52est-ce qu'on peut y arriver ?
25:52C'est un sujet compliqué.
25:54C'est intéressant de le traiter en collectif.
25:55C'est aussi pour ça qu'on en parle chez EPE
25:57parce qu'on rassemble 61 membres
26:00et ça permet de réfléchir de concert
26:02parce que c'est un sujet
26:05qui touche les entreprises
26:06mais qui va marcher sur trois...
26:08C'est comme un tabouret.
26:09Il faut trois pieds.
26:10L'entreprise, oui.
26:11Les pouvoirs publics.
26:13Et aussi les citoyens consommateurs.
26:15Vous avez posé la question
26:16de est-ce qu'on a vraiment besoin
26:18d'utiliser l'IA
26:18pour cette tâche particulière ?
26:21Merci beaucoup, Cécile Denormandie.
26:23À bientôt sur Be Smart for Change.
26:24On passe tout de suite
26:25à notre rubrique Startup.
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