- il y a 11 mois
Jeudi 11 septembre 2025, retrouvez Clémence Amara-Bettati (Avocate, présidente de l'association Femmes et droit) dans LEX INSIDE, une émission présentée par Arnaud Dumourier.
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00:00La place des femmes dans les professions juridiques évolue, mais des défis persistent.
00:15On en parle tout de suite avec mon invité, Clémence Amara-Bettati, avocate et présidente de l'association Femmes et Droits.
00:23Clémence, bonjour.
00:24Bonjour, merci de me recevoir.
00:26On va parler de votre association Femmes et Droits. Pouvez-vous revenir sur l'origine de cette association et quel est son objectif ?
00:35L'association a été créée en 2008 avec pour objectif de lutter simplement contre les discriminations qui étaient faites aux avocates dans le cadre de leur exercice professionnel,
00:45mais aussi avec cette volonté de promouvoir justement la place des femmes au sein des institutions.
00:49C'est une association qui est nationale et pour dire les choses simplement, je dirais qu'elle s'était un peu endormie ces dernières années.
00:56Et donc aujourd'hui, il y a vraiment cette volonté de lui redonner un nouveau souffle avec un certain nombre de consoeurs.
01:01Et je me réjouis de constater que vous avez des membres de différentes générations avec des typologies et des domaines d'activité très variés.
01:08On va venir sur l'action concrète de votre association. Concrètement, qu'est-ce que vous allez faire pour promouvoir la place des avocates dans la profession et aussi plus largement dans les professions du droit ?
01:25Alors, l'association, elle a fait déjà un certain nombre de choses par le passé. Pour vous donner des exemples peut-être concrets rapidement, au sein du Conseil national des barreaux, par exemple, il n'y avait pas de commission égalité.
01:35Cette commission, elle a été créée avec l'association Femmes et Droits et aussi la FNUJA. De la même façon qu'aujourd'hui, pour donner que l'exemple de Paris, au Conseil de l'Ordre, vous avez aujourd'hui des binômes qui sont paritaires,
01:45donc un homme, une femme, grâce à l'association. Nous, on veut vraiment continuer, évidemment, ce qui a été déjà fait et par ailleurs, vraiment essayer de, par des formations, par un certain nombre d'ateliers, par des rencontres aussi, peut-être plus informelles,
02:00créer un réseau de femmes avec un esprit vraiment de sororité pour développer son domaine d'activité et puis se soutenir, défendre aussi les consoeurs, évidemment. Donc voilà, beaucoup de projets à venir.
02:11On voit que l'association est riche, plein de projets à venir. On va évoquer peut-être les freins qui demeurent dans le parcours des femmes dans les professions du droit. Quels sont les principaux obstacles ?
02:23Je ne vais pas tous vous les citer parce qu'ils sont nombreux, vous vous en doutez. Plus sérieusement, les trois qui me viennent à l'esprit, et peut-être le premier le plus important, ou en tout cas le plus évident,
02:31c'est évidemment la question de la maternité, puisqu'on constate qu'en réalité, lorsqu'une consoeur a son premier enfant, et évidemment son deuxième,
02:39elle va par exemple pour le congé maternité, évidemment, être éloignée du cabinet. Et le constat qu'on peut faire, c'est que malheureusement,
02:45ça a une incidence sur l'évolution de sa carrière. C'est le cas pour les avocates, mais en réalité, c'est le cas pour les femmes en général.
02:50Et ça, ça a été démontré dans bon nombre d'études, évidemment. Et ce qui est regrettable, c'est que par ailleurs, ce qu'on voit aussi au sein de la profession,
02:57c'est que malheureusement, vous avez des consoeurs qui, justement, à partir du premier enfant, du deuxième enfant, vont quitter la profession,
03:03alors que c'est une profession qui est extrêmement féminine, puisque je crois que vous n'avez que 57% d'avocates.
03:09Donc ça, c'est peut-être la première chose. Le deuxième auquel je pense, c'est un peu cette notion de plafond de verre et de parquet collant,
03:16on peut dire. C'est-à-dire qu'une femme ne va pas avoir la même évolution de carrière qu'un homme.
03:20Et aujourd'hui, vous constatez factuellement que dans les cabinets, les associés sont majoritairement des hommes,
03:25de la même façon qu'au poste de direction, vous avez majoritairement des hommes. Et enfin, peut-être un peu cette idée de stéréotypes,
03:33qui sont des vieux clichés, qui en réalité, déjà, sont évidemment faux et n'ont pas beaucoup de sens,
03:38mais qui voudraient dire qu'une femme, par exemple, serait peut-être plus pertinente dans certains domaines d'activité,
03:44donc plutôt le droit de la famille, alors que des hommes, ce serait le droit des affaires.
03:47Elle serait moins en capacité de gérer des dossiers compliqués ou des clients difficiles.
03:52Donc il faut combattre encore ces clichés.
03:54Évidemment, évidemment, c'est certain. C'est très important et c'est vraiment ce qu'on va essayer de faire.
03:57Il y a beaucoup de choses qui ont été faites et globalement, c'est quand même une profession qui est féminine.
04:01Il y a eu des évolutions, les choses se passent, on le voit, mais il reste encore, à mon sens, beaucoup de travail.
04:07Donc lever ces obstacles, mais comment faire réellement pour accompagner les jeunes avocats dans leur parcours professionnel ?
04:14Je vous le disais, nous, vraiment, le fait qu'il y ait une entraide, donc créer un espace de sororité,
04:20peut-être les former aussi, tout simplement.
04:22Enfin, vraiment, je pense qu'il y a aussi cette question.
04:24à un moment donné, savoir aller demander une augmentation, savoir comment évoluer dans une structure et dans un cabinet international.
04:32Donc essayer d'avoir des conseils.
04:34C'est pour ça que je vous parle de ces formations, de ces commissions, des ateliers qu'on va mettre en place
04:38pour vraiment faire évoluer les choses et que chacune, à titre personnel et pour les autres, puissent encore une fois travailler en ce sens.
04:45Alors, au-delà de ces ateliers que vous souhaitez mettre en place,
04:47vous organisez ce soir un événement interprofessionnel avec d'autres réseaux féminins,
04:52notaires ou féminins, femmes, experts comptables.
04:56Pourquoi c'est important d'associer d'autres professions, d'autres réseaux féminins ?
05:01Alors, d'abord, parce que je crois beaucoup à l'interprofessionnalité.
05:04Je trouve que c'est très intéressant.
05:05En réalité, que ce soit les notaires, les avocats ou les experts comptables,
05:09les constats sont les mêmes, c'est-à-dire qu'il y a les mêmes obstacles.
05:12Les mêmes problématiques.
05:12Les mêmes problématiques, souvent d'ailleurs des professions qui, en réalité, sont très féminines,
05:15puisque pour les notaires, je crois que c'est à peu près équivalent.
05:18On doit être autour de 57%.
05:19Donc, on fait les mêmes constats.
05:21Essayons de réfléchir ensemble à des actions communes.
05:24Cet événement, c'est vraiment le point de départ de notre partenariat.
05:28C'est un très bel événement, vous l'avez dit, qui aura lieu ce soir,
05:30sur le thème de l'indépendance économique des femmes,
05:33thème qui nous tient encore une fois à cœur,
05:35chez Arcurial, qui est donc une maison de vente avec un certain nombre de femmes,
05:40avec des parcours assez remarquables quand même,
05:42puisque vous aurez la présidente de Guerlain,
05:46une des directrices égalité de chez L'Oréal.
05:48Vous aurez aussi une représentante de la Fondation des femmes,
05:52qui travaille évidemment énormément sur ces sujets,
05:54mais aussi une philosophe et sociologue.
05:56Voilà, donc des parcours et des profils assez différents.
05:59Aujourd'hui, continue de l'évolution politique,
06:02elles ne sont plus ministres,
06:03mais par ailleurs, il se trouve que nous aurons Aurore Berger et Agnès Pannir-Runacher
06:06qui seront présentes.
06:07Donc voilà, un bel événement sur lequel on a beaucoup travaillé
06:10et qui, j'espère, nous permettra encore une fois de penser à des actions communes.
06:14Et encore une fois, ce n'est que le début, il y aura encore beaucoup de choses.
06:17Au-delà des actions communes, c'est quoi le message principal derrière tout ça ?
06:21L'indépendance économique des femmes, concrètement, qu'est-ce que c'est ?
06:25C'est la capacité pour chaque femme, à travers sa formation,
06:28son activité professionnelle, d'être autonome, indépendante,
06:31d'un point de vue financier, d'un point de vue matériel,
06:34de pouvoir aussi gérer de façon libre et éclairée son patrimoine, ses ressources,
06:38sans dépendre de qui que ce soit.
06:39Or, aujourd'hui, le constat qu'on fait,
06:41que ce soit d'ailleurs pour les avocates, pour les notaires,
06:43pour les experts comptables ou pour nos clientes,
06:45puisque c'est ça qui est intéressant,
06:46c'est que malheureusement, les femmes ont peut-être un peu moins, justement,
06:49ce réflexe d'aller chercher les professionnels.
06:52Il y a une phrase, moi, que j'aimais bien de Sybille Lemaire,
06:54ancienne ministre, qui disait,
06:56chaque femme devrait avoir dans son téléphone portable
06:58le numéro de son notaire, de son banquier et de son avocat.
07:01Je pense qu'on pourrait rajouter de son expert comptable.
07:03Et je crois que c'est très juste, en fait.
07:04Il faut vraiment qu'on retienne le fait que les femmes
07:06doivent être accompagnées et sans devoir être professionnelles.
07:09Alors, si on doit se projeter,
07:10comment vous voyez l'évolution de la femme avocate
07:14dans les dix prochaines années ?
07:16Écoutez, je pense que la nouvelle génération
07:18est peut-être, comment dirais-je,
07:21encore plus intransigeante avec la question de l'égalité.
07:23Je crois que c'est quelque chose de, finalement,
07:25beaucoup plus naturel, peut-être même d'évident pour eux.
07:28Donc, je crois que l'évolution sera forcément positive
07:31et qu'on aura, effectivement, de plus en plus de femmes,
07:34en réalité, qui seront associées,
07:35qui seront à des postes de direction.
07:36On le voit dans les institutions.
07:38Au sein de la profession, ça évolue dans le bon sens.
07:40Qu'est-ce qu'on pourrait faire pour que ça aille encore plus vite ?
07:43Est-ce qu'il y a des bonnes pratiques
07:45qu'on peut essayer d'initier dès maintenant
07:48pour que ça prête ?
07:49Parce qu'on en parle depuis longtemps de tout ça.
07:51Évidemment, c'est un sujet qui est récurrent.
07:53Je crois aussi qu'il ne faut pas rester seul.
07:55Moi, ce que j'entends beaucoup des jeunes consoeurs,
07:57c'est qu'elles se lancent, effectivement,
07:58dans leur activité professionnelle,
08:00que ce soit en cabinet de grande taille ou petite taille,
08:02et elles ne s'entourent pas forcément.
08:04Je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire.
08:05On est très confrontés.
08:05C'est important d'être soutenu ?
08:07Exactement.
08:07Je pense que c'est important d'être soutenu,
08:09de bénéficier de l'expérience des autres, en réalité,
08:11et de comprendre comment ça fonctionne,
08:13et puis de s'entraider.
08:14La sororité, c'est un mot qui a un vrai sens.
08:17S'entraider, c'est aussi faire part de son expérience,
08:20d'expliquer, comme vous l'avez dit avec votre événement,
08:22d'avoir comme ça des personnes qui témoignent,
08:25pour dire, voilà, moi, j'y suis arrivé,
08:27vous pouvez le faire aussi ?
08:28C'est exactement ça.
08:29Voilà les difficultés auxquelles j'ai été confrontée,
08:31voilà comment j'ai fonctionné.
08:32Et puis, c'est aussi très concret et très pro-business,
08:35j'allais dire, c'est-à-dire s'envoyer des dossiers,
08:38voilà, essayer comme ça de fonctionner avec un réseau féminin
08:42qui pourrait permettre de faire avancer les choses.
08:45On va conclure là-dessus.
08:46Merci Clément Samara-Bettati.
08:48Je rappelle que vous êtes présidente de l'association Femmes et Droits.
08:51Merci à vous.
08:52Tout de suite, l'émission continue.
08:53On va parler éoliennes et réglementation
08:56avec le contentieux de Bernag.
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