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Ce jeudi 2 octobre, les pressions exercées par Donald Trump sur la Fed et les chiffres de l'emploi dans le secteur privé aux États-Unis ont été abordés par Philippe Waechter, chef économiste chez Ostrum Asset Management, dans l'émission Good Morning Market sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
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00:00L'éclaireur du jour dans Good Morning Markets, c'est Philippe Wechter.
00:05Bonjour Philippe Wechter.
00:06Bonjour.
00:06Vous êtes chef économiste chez Ostrom Asset Management.
00:10Nous allons revenir ensemble sur les chiffres de l'emploi aux Etats-Unis
00:12qui ont été publiés hier, enfin ceux auxquels on a accès à l'heure actuelle
00:15puisque nous n'aurons vraisemblablement pas les chiffres de l'emploi du secteur privé
00:21publiés par le Bureau of Labor Statistics demain.
00:23Mais juste avant, un mot de nomination ou de non-nomination.
00:29On se souvient que Donald Trump avait voulu limoger la gouverneure de la Fed, Lisa Cook.
00:37Il avait également demandé à la Cour suprême de valider en urgence ce limogage.
00:43La Cour suprême a annoncé hier que finalement, elle ne regardera le dossier qu'en janvier 2026
00:50et qu'elle écoutera les deux parties.
00:52Est-ce qu'on est sur un camouflet ou un revers en tout cas pour Donald Trump, Philippe Wechter ?
00:57C'est un camouflet.
00:58C'est-à-dire que lui s'attendait à ce que la Cour suprême, qui est de son côté politiquement...
01:03Bien sûr, il a lui-même nommé plusieurs membres...
01:05Exactement, 6 sur 9, donc valide ses choix et le droit a prévalu.
01:10Donc c'est intéressant.
01:11Ça veut dire que, d'une certaine manière, les contre-pouvoirs s'organisent progressivement,
01:18y compris à la Cour suprême.
01:19Et c'est ça le plus important.
01:22Ça veut dire qu'il ne peut pas faire n'importe quoi.
01:24Le risque qu'on imaginait était qu'il remodèle complètement le board de la Banque centrale américaine.
01:31C'était l'inquiétude d'indépendance de la Fed.
01:33Ça veut dire qu'on a moins d'inquiétude à l'heure actuelle vis-à-vis de l'indépendance de la Fed ?
01:38Il ne pourra pas le faire à la vitesse à laquelle il le souhaitait.
01:41Il va être obligé d'attendre que les choses se fassent.
01:45Alors peut-être qu'il trouvera une autre procédure.
01:47Mais en tout cas, là, les choses sont délayées, si je puis dire.
01:53Et ça, c'est plutôt intéressant.
01:56Parce que ça veut dire qu'au sein de la société américaine,
02:00peuvent se mettre en place des contre-pouvoirs
02:03et qu'ils n'acceptent pas que Donald Trump décide de tout.
02:07Et bien justement, d'ailleurs, parce qu'on a vu aussi,
02:09on parle des chiffres du Bureau of Labor Statistics que nous n'aurons pas demain.
02:14On rappelle que Donald Trump avait licencié,
02:18viré l'ancienne directrice du Bureau of Labor Statistics
02:21parce que les chiffres ne lui convenaient pas.
02:23Il avait proposé un profil, l'économiste E.G. Anthony,
02:27de la Heritage Foundation, dont on estime que Donald Trump
02:30tire majoritairement son programme économique.
02:35Finalement, retrait, alors ça n'a pas fait la une de l'actualité,
02:38mais retrait effectivement de cette nomination
02:41parce que Donald Trump anticipe qu'il n'aura pas la majorité
02:44même au sein des Républicains au Sénat.
02:46Mais oui, parce que ça n'est pas quelqu'un qui apparaît comme compétent.
02:53C'est-à-dire que le chiffre de l'emploi est un élément clé
02:57de la société, de la conjoncture américaine.
03:00Bien sûr.
03:00Donc il faut qu'à la tête de cette institution,
03:03il y ait quelqu'un qui soit qualifié,
03:05pas quelqu'un qui imagine que les chiffres seront comme ci ou comme ça.
03:09– Mais ça veut dire que même au sein des Républicains,
03:13il y a un contre-pouvoir qui s'organise pour dire attention,
03:16il y a des institutions indépendantes aux États-Unis,
03:18il faut qu'elles restent indépendantes,
03:19on ne touche pas aux chiffres ou à l'indépendance de la Fed.
03:21– Exactement, on ne veut pas de ce canard boiteux
03:26qui était E.G. Anthony, on veut quelqu'un de compétent.
03:31Et la deuxième étape, ce sera de dire,
03:33on redonne des moyens supplémentaires au BLS
03:37pour qu'ils puissent effectivement fonctionner de façon efficace.
03:40On n'y est pas encore.
03:41Mais on voit bien que là, sur ces deux éléments,
03:44sur ces deux dossiers,
03:45qui sont éclairants sur la façon dont Trump voulait gérer l'administration,
03:51eh bien ça n'a pas fonctionné.
03:53– Alors justement, on parle de chiffres de l'emploi,
03:56on fait avec ce qu'on a cette semaine, Philippe Wächter,
03:58puisque nous n'aurons pas les chiffres qui font foi
04:01ou en tout cas qui sont ceux les plus regardés par la Fed,
04:04donc qui devraient être publiés demain,
04:07mais en raison du shutdown qui devrait très certainement être reporté.
04:11Nous avons eu en revanche deux chiffres cette semaine,
04:15l'enquête Joltz et puis surtout hier l'enquête ADP,
04:18l'enquête ADP qui montre que le secteur privé
04:19a détruit 32 000 postes en septembre aux États-Unis,
04:22mais surtout qui révise les chiffres d'août,
04:25là où on attendait des créations de postes,
04:2654 000 créations de postes,
04:29on voit finalement une destruction de postes au mois d'août également.
04:32Est-ce que c'est de nature à inquiéter
04:33ou est-ce que de toute façon les marchés voient là
04:36la perspective d'un soutien de la réserve fédérale américaine ?
04:41– Il y a plusieurs choses.
04:42Le marché du travail est extrêmement compliqué aux États-Unis aujourd'hui
04:45parce que les barrières qui ont été mises au flux migratoire
04:50compliquent les choses.
04:52On voit bien dans les chiffres Joltz,
04:56qui sont les chiffres qui sont publiés pour dire
04:59« j'ai besoin de tant d'emplois et j'en ai créé autant »,
05:04c'est une autre enquête américaine très importante.
05:07– Bien sûr.
05:08– On voit que les chefs d'entreprise disent
05:09« il faudrait que je crée plus d'emplois »,
05:12mais en fait ils en ont créé moins,
05:13ces chiffres du mois d'août.
05:14Donc on a une situation qui est assez ambiguë.
05:19C'est ce qu'avait souligné Jay Powell à Jackson Hall cet été
05:23en disant « le marché du travail est devenu très compliqué,
05:26difficile à interpréter parce qu'il n'est plus aussi fluide
05:30qu'il l'a été, parce qu'on ne peut pas avoir toute la main d'œuvre
05:34qu'on souhaiterait liée au flux migratoire ».
05:38Donc il y a une ambiguïté, une difficulté à lire clairement
05:41la conjoncture à travers le marché du travail.
05:45– Pour autant, la Fed a argumenté sa dernière baisse de taux
05:50en lien justement avec les difficultés connues,
05:54la dégradation du marché du travail aux États-Unis.
05:56Est-ce que les chiffres de l'enquête JOLS ou de l'enquête ADP
06:00peuvent donner une indication dans un sens ou dans l'autre
06:03sur les futures décisions de politique monétaire de la Fed ?
06:08– La Fed est dans une situation assez compliquée quand même.
06:11Parce qu'on a vu les chiffres de croissance du deuxième trimestre
06:17qui ont été largement réalisés à la hausse,
06:193,8% sur le deuxième trimestre, ça fait 0,95% en normes françaises,
06:26si je puis dire, européennes, c'est beaucoup.
06:28Et pour le troisième trimestre, la mesure de la Fed d'Atlanta
06:35qui dit « en fonction de ce qui est sorti, je peux calculer un PIB »,
06:39on est à 3,9%.
06:41Donc on est sur quelque chose de robuste.
06:43Alors effectivement, le marché du travail est dans une situation un peu complexe.
06:47L'inflation redémarre un petit peu.
06:50Donc il y a une complexité du côté de la Fed.
06:56Le sentiment qu'on peut avoir est que le shutdown va avoir un effet négatif sur l'activité.
07:03Et donc ça pourrait inciter la Fed à être plus coulant, si je puis dire,
07:08dans sa stratégie monétaire.
07:09– Encore plus, alors même que le marché pricait de baisse de taux d'ici la fin de l'année,
07:134 d'ici la fin 2026, ça veut dire…
07:15– Restons sur ce cadrage-là, qui est celui de la Fed aussi.
07:19Donc n'allons pas au-delà.
07:21Mais le shutdown change un petit peu la donne.
07:24– Ou vient alimenter en tout cas ce scénario-là.
07:26– Exactement.
07:26– Si on regarde un petit peu ce qui se passe du côté de la zone euro,
07:30alors on a eu hier le niveau d'inflation pour le mois de septembre,
07:33première estimation, 2,2%.
07:36On est proche du niveau cible de la BCE.
07:40Par contre derrière, il y a des disparités en matière de pays.
07:43Philippe Wechter, on voyait qu'on était plus proche des 1%, 1,2% pour la France,
07:49là où l'Allemagne s'en tire mieux par exemple.
07:51– Oui, alors juste sur le chiffre de 2,2%,
07:54parce qu'en fait quand on regarde un petit peu dans le détail,
07:57il y a deux choses à souligner.
07:59La première, c'est que la contribution du prix de l'énergie
08:03est un petit peu moins négative,
08:06ce qui explique une grande partie du mouvement de hausse.
08:09On est passé de 2,04 à 2,2.
08:13Et puis le prix des services est remonté un tout petit peu.
08:16Ça c'est plus préoccupant,
08:17parce que c'était le caillou dans la chaussure de la BCE.
08:22Et donc là-dessus, il va falloir être attentif.
08:25Néanmoins, comme c'est un chiffre qui suit assez bien le profil des salaires,
08:30et que les salaires ralentissent, ça devrait bien se passer.
08:33Après, au sein des pays, on a des différences systématiques, si je puis dire.
08:39On voit bien que la France a un taux d'inflation faible depuis pas mal de mois.
08:45L'Allemagne était au-dessus de 2%.
08:47Donc on a des ajustements qui dépendent de tout un tas d'éléments spécifiques à chaque pays.
08:55Donc d'un mois sur l'autre, c'est compliqué de faire une comparaison pertinente.
09:00Merci Philippe Wächter de nous avoir accompagné dans l'éclaireur,
09:04dans Good Morning Market.
09:04Je rappelle que vous êtes chef économiste chez Ostrom Asset Management.