00:00Alexis Karklins-Marchais, bonjour, directeur général de l'Université Advisory.
00:04Vous nous accompagnez tous les lundis, on va revenir sur l'emploi américain,
00:08sur l'ensemble de la situation économique.
00:11On avait ces chiffres, on en parlait il y a quelques instants, qui sont mauvais.
00:14Mais j'ai un peu envie de vous dire ce matin, on s'en fiche, de toute façon,
00:17la baisse des taux, elle est actée, c'est évident qu'on y va.
00:20La baisse des taux est actée, oui, l'heure, bien sûr.
00:23Alors, quand même, ces chiffres nous disent un certain nombre de choses,
00:27il y a des informations intéressantes.
00:30La création d'emploi était très inférieure en août à celle qui était attendue.
00:34On attendait 75 000 en création d'emploi, on a eu 22 000.
00:37Traditionnellement, le mois d'août est un mois qui est plutôt bas.
00:40Mais là, pour le situer, on est sur un des mois les plus bas depuis le début du siècle.
00:45Première information.
00:46Deuxième information, sur 14 secteurs, 9 d'entre eux ont détruit de l'emploi.
00:51Et notamment le secteur manufacturier, c'est-à-dire celui qui est le plus scruté,
00:55parce qu'évidemment, la politique industrielle, c'est le fer de lance,
00:57c'est l'objectif premier annoncé de l'administration Trump,
01:00eh bien là, il y a de la destruction d'emplois.
01:03Il y a eu d'autres informations qui étaient assez négatives.
01:06La première, c'est que les emplois partiels ont compensé la destruction d'emplois à temps plein.
01:11Le chômage des jeunes progresse, le chômage de longue durée progresse.
01:14Donc, un ensemble de facteurs qui montrent que, oui,
01:16le marché de l'emploi se détériore actuellement aux États-Unis.
01:19Mais la bonne nouvelle, c'est Annalisa qui nous a raconté ça il y a dix grosses minutes,
01:23c'est que comme il n'y aura plus de travailleurs émigrés,
01:25parce qu'il est en train de faire des descentes dans toutes les boîtes,
01:27on l'a vu chez Hyundai en fin de semaine, il va y avoir de la place, j'imagine.
01:31Alors, là encore, il faut se méfier.
01:33Évidemment, il y a un message très politique sur le sujet des déportations.
01:37C'est le mot qui est utilisé par les médias.
01:40Déportation.
01:40Avec des images...
01:41Qui sont d'une certaine violence, on peut dire ça quand même.
01:44Et encore, je suis dans l'euphémisme.
01:45L'économie américaine ne peut pas se passer d'immigration.
01:49C'est un leurre.
01:49L'administration Trump le sait, tous les Américains le savent.
01:51Il suffit d'aller quelques jours aux États-Unis, dans n'importe quel État,
01:54dans n'importe quel restaurant, dans n'importe quel hôtel, dans beaucoup d'usines.
01:58Vous avez une proportion très importante de travailleurs immigrés
02:01qui font aujourd'hui travailler, enfin qui font tourner l'économie américaine.
02:05Donc, arrêtons avec cette idée-là.
02:06Il y aura évidemment des messages qui vont être envoyés.
02:09Dans un pays qui va devoir probablement faire face à une inflation plus importante,
02:14on parlait de 2% dans la zone euro,
02:16on est au-dessus de 3% hors énergie et produits alimentaires aux États-Unis.
02:20Au-dessus de 3%.
02:21D'ailleurs, c'est le risque.
02:21On parle bien sûr de cette baisse des taux qui va arriver vers la mi-septembre.
02:2525 points de base.
02:26Certains parient sur 50 points de base.
02:29Mais dans le même temps, il y a un risque d'inflation.
02:31Elle est déjà là, elle est plus forte.
02:33Donald Trump a fait le choix depuis le début.
02:35Il a dit, moi, ce qui compte, c'est le plein emploi.
02:38Or, la mission de la Fed, nous l'oublions pas, la Banque Centrale Américaine,
02:40c'est bien sûr de maximiser le plein emploi,
02:43de faire en sorte que la croissance soit là,
02:45mais aussi la stabilité des prix.
02:47Et sur ce sujet-là, tous les thèmes autour de l'immigration
02:50sont des thèmes qui sont directement impactants.
02:52Analyse.
02:52Une fois que le constat sur l'emploi est posé,
02:54où en sont tous les autres indicateurs ?
02:56La consommation, l'investissement ?
02:58En général, comment se porte l'économie vraiment ?
03:00Alors, on est dans une situation contrastée.
03:03On va prendre quelques exemples.
03:04L'activité.
03:05L'activité, aujourd'hui, elle faiblit un peu,
03:08mais l'investissement privé continue de fonctionner.
03:11La consommation des ménages continue de tourner.
03:14Et dans le même temps, quand on voit les projections pour la fin d'année,
03:17on est plutôt autour de 1,5, 1,6% de croissance du PIB américain.
03:22Ce sont des chiffres qui sont plutôt bas pour l'année américaine,
03:24qui est plutôt du 2, 2, 3, 3.
03:24Surtout si vous avez une inflation élevée.
03:26Là, ça devient très compliqué.
03:27Et voilà.
03:27Vous couplez ça avec une inflation importante.
03:30On a une première situation contrastée.
03:32Un autre exemple que je trouve tout à fait intéressant.
03:34Les indices boursiers.
03:36Le plus bas de l'année, c'était le 8 avril 2025.
03:38Depuis le 8 avril 2025, tous les indices boursiers sont à la hausse.
03:42Notamment le S&P 500, le plus représentatif.
03:45Plus 30% depuis le 8 avril.
03:48Mais en réalité, cette croissance, elle est tirée par quelques valeurs.
03:50Notamment les valeurs technologiques comme Nvidia.
03:52Vous savez, le concepteur de processeurs graphiques,
03:54évidemment tiré par l'intelligence artificielle,
03:55qui a fait 73%.
03:56Juste se rendent compte de la taille d'Nvidia aujourd'hui.
03:59Une capitulation boursière de 4 000 milliards de dollars.
04:034 trillions de dollars.
04:04En comparaison, l'ensemble du CAC 40, c'est 2,4 trillions.
04:08Donc 2 400 milliards.
04:104 000 milliards.
04:112 400 milliards.
04:12Une seule valeur comme ça, elle peut tirer l'ensemble du marché boursier.
04:14Donc derrière quelques informations qui sont plutôt rassurantes,
04:17il y a une baisse de confiance du consommateur américain.
04:20Il y a une baisse de confiance des investisseurs américains.
04:23Vous avez un investisseur américain très connu,
04:25qui s'appelle Ray Dalio,
04:26qui lui parle d'un patient en état de danger cardiaque.
04:30À cause de la détérioration du marché de l'emploi,
04:33à cause d'une activité qui ralentit,
04:35et à cause de ses craintes sur l'inflation.
04:36Alors, tout ça dans un contexte où il va falloir financer
04:38beaucoup de choses sur les marchés obligataires.
04:41Est-ce que vous avez une inquiétude sur les finances publiques ?
04:43Sachant que les émissions, bon,
04:45là ils font des émissions de dette à court terme,
04:46ça se passe plutôt bien, ça va.
04:48Le roi dollar est toujours là.
04:50Et le roi dollar est toujours là.
04:51Alors évidemment, quand on compare les chiffres
04:53avec nos déficits en France,
04:55la réalité c'est que c'est même encore plus négatif aux Etats-Unis.
04:59La dette sur PIB, la dette publique,
05:00c'est 122%, supérieur à la France.
05:03Le déficit budgétaire cette année,
05:05aux Etats-Unis,
05:06devrait être de l'ordre de 6,2% du PIB.
05:09Donc c'est même supérieur aux mauvais chiffres français,
05:11mais c'est l'Amérique, c'est le dollar,
05:14c'est une puissance qui n'est évidemment pas comparable
05:16à ce que nous connaissons ici.
05:17Merci beaucoup Alexis.
05:18Carlinz Marchand est venu ce matin dans la matinale de l'économie.
05:21On se retrouve la semaine prochaine.