- il y a 7 semaines
Alain Bokobza, responsable de la Stratégie d'allocation d'actifs mondiale de Société Générale, était l'invité de Laure Closier dans Good Morning Business, ce mardi 23 décembre. Ils sont notamment revenus sur la baisse des taux d'intérêt de la Réserve fédérale américaine, sur les craintes qui persistent d'une "bulle" de l'IA, ainsi que sur la remontée des taux longs, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
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00:007h43 sur BFM Business et sur RMC Live, on a des petits problèmes de lancement de Jingle.
00:05Notre invité à 7h45, c'est Alain Bokovza, bonjour, responsable de la stratégie d'allocation d'actifs mondiales de la Société Générale.
00:12Vous avez publié votre stratégie d'investissement pour 2026, ça s'appelle Risk On avec Protection.
00:19Il y a un pari central autour de la Fed, on va y revenir, mais ce que vous dites globalement, c'est qu'il est encore temps de prendre des risques.
00:24– Tout à fait. 2026, c'est une année dans laquelle la conjoncture va être robuste.
00:31Ça ne veut pas dire que ce n'est pas nécessairement énorme en termes de chiffres, en termes de croissance, de développement,
00:37mais on ne voit aucun grand pays en récession.
00:40Et on a le banquier central américain qui va changer de direction, qui va explicitement être plus souple.
00:48Et ce contexte dans lequel il y a un assouplissement monétaire américain,
00:52avec en parallèle une croissance qui est robuste, ne nous incite pas à déloger le risque des constructions de portefeuille.
00:59– Sur les États-Unis, vous ne voyez pas de difficultés sur la croissance,
01:03ni sur un éclatement de la bulle de l'intelligence artificielle.
01:06Vous dites, grâce à la baisse des taux notamment, ça va continuer à bien se porter.
01:11– Alors, il existe des risques, l'économie américaine est particulièrement hybride.
01:16Il y a des compartiments dont se lier autour de l'intelligence artificielle
01:20qui fonctionne à des vitesses de croissance exceptionnelles.
01:23À côté, il y a une vingtaine d'États sur les 50 qui constituent les États-Unis,
01:28qui sont soit étals, soit en récession.
01:31Donc, il y a besoin d'une baisse des taux,
01:33et le banquier central va s'exprimer dans les mois et les trimestres à venir,
01:37pour mettre un plancher sur ce qui va moins bien aux États-Unis.
01:40Et c'est ça notre idée, c'est que, et aussi dans la redistribution de ce qu'on achète
01:45pour ceux qui achètent des actions américaines,
01:47où il y a un compartiment qui se passe bien mais qui n'est pas à donner,
01:50et à côté, il y a un vaste territoire, comme les actions européennes par ailleurs,
01:54qui sont très peu chères, voire bradées,
01:56et d'aller réallouer du capital sur ce qui est à la traîne
02:00par rapport aux deux ou trois dernières années,
02:02et sans aucun doute, en matière de ratio de risque,
02:05qu'on prend par rapport aux attentes de rentement,
02:08un compartiment qui devient beaucoup plus attrayant dans les deux ou trois ans qui viennent.
02:11Donc il y a un stock picking à faire sur des entreprises américaines,
02:15en dehors de la classe d'actifs IA ?
02:17Alors c'est au-delà du stock picking,
02:19il y a un compartiment IA qui est incontournable,
02:22parce que c'est une rupture technologique qui va être appliquée,
02:25avec des entreprises qui vont faire des chiffres d'affaires et des profits autour de ça,
02:29mais on ne peut pas voir que ça.
02:30Il y a des entreprises qui sont bien identifiées,
02:32qui ont déjà beaucoup monté, qui peuvent éventuellement continuer à monter,
02:35mais la redistribution, il ne faut pas être aveuglé par une petite partie de l'économie
02:39qui se passe bien mais qui est dangereuse,
02:42et donc d'aller redistribuer sur d'autres secteurs.
02:45Et ceux qui avaient été aveuglés par les actions américaines en disant
02:49qu'il n'y a que ça dans les portefeuilles,
02:51on a vu les actions européennes l'an dernier, en 2025,
02:54être les meilleures actions du monde,
02:57et sans doute qu'en 2026, il y a des bonnes bases,
03:00prudentes aujourd'hui dans les prévisions,
03:02mais pour qu'il y ait un épanouissement de ces actions
03:05qui ne restent vraiment pas chères
03:06et qui constituent un cœur de portefeuille pour nous tous.
03:10Sur l'Europe, vous faites partie des plus optimistes sur le marché européen.
03:15Vous ne voyez pas l'Europe décrocher brutalement l'année prochaine ?
03:19Au contraire, il y a une volonté à partir d'une base économique
03:25des dernières années compliquée,
03:28de réveil, de changement de direction, de déréglementation.
03:32On a vu sur l'automobile, sur les dernières semaines,
03:35des décisions pour apaiser les réglementations dans un secteur très concurrentiel.
03:40On a vu dans la défense des déréglementations.
03:42On va avoir dans la banque un certain nombre,
03:46dans les financières globalement, des déréglementations.
03:48Donc il y a une direction qui est en train d'être prise
03:51par nous tous et par les États-nations
03:54pour enlever une partie des réglementations
03:56qui bridait la croissance économique.
03:58Donc ça, c'est une direction qui amène de la croissance économique à terme,
04:03qui amène de la rentabilité du capital coté à terme.
04:06Et c'est ça qui nous plaît.
04:07Il peut y avoir des visions court terme et des visions plus long terme.
04:10C'est le plus long terme que je pense qu'il faut regarder
04:13au-delà des valorisations des actions européennes.
04:16Qui pour vous est toujours assez faible par rapport à ce que ça pourrait être ?
04:18Tout à fait.
04:19Il y a des bonnes affaires à faire.
04:22Oui.
04:22Il y a une zone sur laquelle vous dites qu'il ne faut pas aller,
04:25c'est le Japon.
04:26Là, vous ne croyez pas à la stratégie de relance de Sanae Takashi ?
04:31C'est parce qu'on pense que la nouvelle Premier ministre du Japon
04:35est très volontariste en matière de dépenses publiques
04:38pour faire plus de croissance à des risques sur les marchés obligataires.
04:43Il y a beaucoup plus d'émissions d'obligations d'État.
04:45Et on a vu les taux des obligations d'État au Japon flamber.
04:50Donc, notre idée, c'est que ça provoque un cycle inflationniste
04:55qu'on n'a pas vu depuis 20 ou 25 ans au Japon.
04:57Ça force la Banque du Japon à continuer à faire ce qu'elle a commencé à faire,
05:00qui est de remonter les taux.
05:02Au bout d'un moment, le Yen, qui est très bas, va commencer à monter.
05:06Et ça met en danger le régime de volatilité des actions japonaises.
05:10Disons que les actions japonaises qui sont très exportatrices dans leur contenant
05:14aiment quand le Yen baisse.
05:15Donc, elles ont beaucoup monté, elles ont plus que doublé dans les dernières années.
05:18Donc, c'est de mettre un peu la pédale douce sur les actions japonaises sur les indices
05:22et d'aller concentrer le cœur de l'allocation sur les valeurs domestiques japonaises
05:26qui devraient bénéficier d'un mieux-aller sur le plan économique, domestique,
05:32et aussi de la montée du Yen.
05:34Vous parliez des taux obligataires.
05:36Justement, sur ce marché de la dette, il va y avoir des émissions majeures.
05:39Il y a l'émission allemande à venir, la France doit encore émettre 300 milliards.
05:42Il y a le prêt pour l'Ukraine.
05:44Est-ce qu'à un moment donné, vous dites qu'il va y avoir trop de dettes
05:47ou tout ça est une question de prix ?
05:49Donc oui, les taux vont monter un peu, mais ce n'est pas si dramatique
05:51tant qu'il y a du monde pour acheter.
05:53Alors, en Europe, il y a deux blocs.
05:57Il y a un bloc dit de périphérie, les pays du Sud,
06:00qui sont très prudents en matière de dépenses fiscales.
06:04Certains ont des excédents fiscaux, comme le Portugal.
06:06Il y a des pays qui ont été au FMI en 2011.
06:10Et donc, les émissions de ces pays-là sont soit plates, soit un peu en baisse.
06:13C'est l'Italie, l'Espagne, le Portugal, la Grèce.
06:17Donc là, ça dénote.
06:17Et on a vu des performances boursières exceptionnelles en 2025
06:20qui pourraient continuer, peut-être pas au même rythme,
06:23mais en tout cas d'être robustes en 2026,
06:25puisqu'ils sont très bien gérés,
06:26avec des croissances supérieures à la moyenne pour l'Europe.
06:29À côté de ça, on a vu les taux allemands se tendre,
06:32parce que l'Allemagne est le grand pays qui change sa politique fiscale
06:35de l'austérité vers des dépenses nécessaires dans la défense,
06:40dans les infrastructures, dans l'énergie.
06:42Donc ça, ça provoque des tensions sur les taux allemands
06:45qui peuvent se poursuivre en 2026.
06:47Et le dernier point, peut-être,
06:50si on est craintif sur les totales des émissions des États,
06:55parce qu'il y a beaucoup de déficits
06:56et donc des émissions d'obligations d'État,
06:58en parallèle, l'Europe est championne d'un certain nombre de domaines,
07:01dont celui de l'épargne.
07:02Il y a énormément d'épargne en Europe
07:04et largement assez pour financer ces émissions.
07:07Donc c'est un moment dans lequel on voyait
07:09les grandes variables autour de l'Europe.
07:13On a un processus d'application du rapport Draghi
07:17qui est essentiellement de la déréglementation
07:19qu'on applique secteur par secteur.
07:21On a commencé par l'automobile, la défense, ça va continuer.
07:24Ça, c'est un momentum qui est déjà en cours
07:26et qui est prometteur en matière de croissance prévisionnelle.
07:30On a aussi des impulsions fiscales
07:32qui sont largement financées
07:33pour les pays qui ont des dettes publiques contenues,
07:37comme l'Allemagne, par l'épargne.
07:40Pour les autres pays, on reste là où on est.
07:42Pour l'Italie et la France, il ne faut surtout pas monter,
07:44sinon ça met en danger des marchés obligataires.
07:46On voit bien les débats dans les parlements respectifs
07:49et des entreprises qui se battent.
07:52On voit l'agilité.
07:53On a connu beaucoup de baisses du dollar.
07:55On a connu la guerre commerciale, les tarifs.
07:57Et pourtant, les entreprises gardent des marges au plus historique.
07:59Elles sont mal, elles sont agiles.
08:01Et ça, c'est un élément très important
08:02dans le cycle des profits des entreprises,
08:05la capacité de distribuer des dividendes,
08:08des rachats d'actions pour faire un écosystème
08:11et aussi des salaires qui progressent largement
08:13au-dessus de l'inflation au niveau macroéconomique.
08:16Donc tout ça dans une ambiance qui peut être moins compliquée,
08:19qu'on le veut le dire,
08:20et prometteur, c'est une des raisons
08:22pour lesquelles les actions européennes
08:23ont très bien délivré cette année.
08:25Sur la question du cours de l'or,
08:27on est quasiment à 4 500 dollars.
08:29Ça fait quand même plus 70% depuis le mois de janvier.
08:31On était hier avec Rupa Maem qui dit
08:33« Non, nous, on n'essaie pas du tout aux institutionnels
08:35d'en avoir en portefeuille.
08:37Ce n'est pas notre truc.
08:38C'est une classe d'actifs compliquée. »
08:40Vous, vous n'avez pas du tout cette vision-là ?
08:42Non, l'or, on a franchement réintroduit l'or
08:46dans les allocations d'actifs en 2022,
08:49au moment de la guerre en Ukraine,
08:51quand les réserves de la Banque centrale de Russie
08:53ont été gelées.
08:55Et ça remettait en exergue,
08:57c'est quoi un actif sûr ?
08:59Et l'or est un actif pour les banques centrales
09:01qui est sûr et qui est en train de réapparaître.
09:04Ça peut être en Chine,
09:04dans tous les pays non alignés,
09:06l'or est en train de réapparaître.
09:07Dans les bilans des banques centrales
09:09des pays développés comme la Banque de France,
09:11la Bundesbank, la Banque des États-Unis,
09:14c'est entre 60 et 80 % des réserves
09:16qui sont en or.
09:17Donc c'est gigantesque.
09:19Dans les pays en voie de développement,
09:21c'est entre 3 et 10.
09:23Donc il y a encore un long chemin à parcourir
09:25sur ces agents-là.
09:26Et on a pu observer aussi en Chine,
09:29en Inde, en Allemagne, aux États-Unis,
09:31les particuliers qui se remettent à acheter
09:33des bars et des...
09:35Donc il ne peut que monter en fait ?
09:36Alors, ce n'est pas qu'il ne peut que monter.
09:38En tout cas, il y a une volonté
09:39de diversification des patrimoines.
09:42On a les actifs cotés,
09:44il y a les obligations,
09:45il y a les actions,
09:46il y a l'immobilier,
09:47il y a les actifs non cotés,
09:48il y a l'or.
09:49C'est la redistribution des actifs.
09:52Et l'or fait partie intégrante.
09:55Et il y a des façons de participer à l'or
09:57par des ETF,
09:59par des achats de pièces.
10:01Il y a de plus en plus de fonds or
10:03qui permettent de s'exposer,
10:05bien sûr, à les mines d'or aussi.
10:06Dernier point sur la Chine,
10:07on a vu ces derniers temps
10:08des IPO fracassantes en Chine
10:11avec des entreprises
10:12dans l'intelligence artificielle,
10:13par exemple,
10:14qui faisaient plus de 700% dans une journée.
10:16Vous regardez ça comment ?
10:17De loin, avec prudence ?
10:20Il y a deux grands acteurs
10:23face à face,
10:25Janus,
10:26entre les Etats-Unis et la Chine.
10:29La Chine démontre en ce moment
10:30qu'en dépit des brimades
10:33qu'ils ont subis
10:33sur l'approvisionnement
10:34de semi-conducteurs
10:35de très, très, très haut de gamme,
10:37finalement,
10:38ils arrivent à s'autonomiser,
10:39ils arrivent à avancer,
10:40ils ont des sciences
10:41auxquelles ils croient
10:42et ils avancent.
10:43Et donc,
10:44il y a eu,
10:45en fin 2024,
10:47un signal politique
10:48de la part du Pékin,
10:49du gouvernement central,
10:51comme quoi
10:52ils voulaient remettre au travail
10:53la coordination
10:54entre l'État central
10:55et les entreprises privées,
10:56notamment dans les technologies,
10:57pour battre les Etats-Unis
11:00sur ce domaine-là.
11:01Et ça provoque
11:02le financement
11:02par les marchés.
11:03Une IPO,
11:04c'est une entreprise
11:05qui a besoin de capital
11:06pour se développer,
11:07qui fait des augmentations
11:08de capital
11:08en se mettant sur le marché.
11:09Donc, c'est la stratégie d'État
11:10qu'on voit dans les marchés.
11:11C'est une stratégie du pays
11:13qui est d'avoir quelque chose
11:15à dire dans le domaine
11:15de l'intelligence artificielle.
11:17Ils sont très forts
11:17dans des domaines
11:18des renouvelables,
11:19ils sont en train
11:20de mettre l'accent
11:20sur l'intelligence artificielle
11:22et c'est un combat
11:23head-to-head
11:23vis-à-vis des Etats-Unis
11:25qui est très clair.
11:26Et ils utilisent le marché,
11:27ça c'est nouveau,
11:28c'est depuis un peu plus d'un an,
11:30ils utilisent le marché
11:31à des fins de financement
11:32comme les Américains
11:33et les entreprises américaines
11:34le font
11:35par des IPO sur le Nasdaq
11:36et des financements
11:37et des augmentations de capital.
11:39Donc, les deux pays
11:40avancent sur des modèles économiques
11:41finalement qui se ressemblent.
11:43Merci beaucoup Alain Bocobzal
11:44d'être venu ce matin
11:45dans la matinale de l'économie.
11:46Merci à tous.
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