00:00Et c'est parti pour patrimoine thématique. Nous sommes ravis de retrouver Paul Moreno Blosville, président d'Opal Capital sur ce plateau. Bonjour Paul.
00:12Bonjour Pauline.
00:13Aujourd'hui on a donc une dizaine de minutes pour présenter les enjeux actuels du marché du private equity ainsi que la réponse d'Opal Capital face à un environnement économique et géopolitique incertain.
00:24Pour commencer, Paul, le marché du private equity fait face à certaines tensions en ce moment et c'est un marché qui reste tout de même polarisé.
00:32Qu'est-ce qu'on peut retenir du premier semestre de 2025 ?
00:35Alors si je récapitule le travail que fait un fonds de private equity, on peut le synthétiser en trois étapes.
00:42Première étape, c'est de lever de l'argent auprès d'investisseurs.
00:45Deuxième étape, c'est de l'investir, de trouver des sociétés dans lesquelles rentrer au capital ou venir financer de la dette.
00:51Deuxième étape, c'est de faire ce qu'on appelle l'exit, c'est-à-dire céder cette société, vous récupérer l'argent et le rendre aux investisseurs initiaux.
00:59Et en fait, vous avez un cycle vertueux où plus vous versez l'argent aux investisseurs, plus ils vont être capables de participer au lever de l'eau.
01:08Que se passe-t-il sur chacune de ces trois étapes ?
01:10En fait, c'est un marché qui est vraiment en tension.
01:13Si on commence peut-être par les investissements, les investissements se portent bien en montant.
01:18On voit relativement un des montants qui sont assez constants.
01:23Et c'est en nombre de transactions, on a un effondrement.
01:26Pour vous donner quelques chiffres, les transactions ont compté sur 700 à 800 transactions par trimestre sur la période 2022 à 2025.
01:36Donc relativement constante.
01:38Ça s'est effondré à 400 à peu près transactions sur le deuxième trimestre 2025.
01:42Donc vraiment une situation assez terrible.
01:45Ça se traduit également sur la partie exit.
01:49Sur cette partie exit, on est vraiment en train de rendre de moins en moins d'argent aux institutionnels.
01:54Alors encore une fois, il y a une situation contrastée entre les montants qui sont plutôt en croissance.
01:59Mais le nombre d'exits, pareil, s'effondre.
02:02On était entre 300 et 400 par trimestre entre 2022 et 2025.
02:08Ça s'effondrait à peu près 200 sur le deuxième trimestre 2025.
02:11Donc en fait, ce que vous dites, c'est que le début d'année, ça allait plutôt bien.
02:16Et là, l'optimisme s'est un petit peu effondré sur la deuxième partie de cette année.
02:21Oui, on avait connu une onde de choc avec la remontée très violente des taux d'intérêt en 2022.
02:26Cette onde de choc s'était résorbée et le marché avait plus ou moins repris la tendance à la hausse à peu près partout.
02:32Ça se constatait vraiment en 2024, trimestre après trimestre et au premier trimestre 2025.
02:38Et vraiment, il y a un événement, le 2 avril, le Libération Day, qui a remis ce marché dans une incertitude assez forte
02:45et qui fait que tout le monde est concrètement en train de chercher le prix et d'avoir cette incertitude-là.
02:50C'est à ce moment-là que les tensions se sont vraiment installées sur le marché du private equity ?
02:55C'est disons que le marché était encore… c'était assez fragile.
03:00On était en regain de dynamisme, mais c'était encore fragile.
03:05Et vraiment, ça a remis… ça a ressoufflé le vent sur le château de cartes.
03:10Est-ce qu'on peut parler d'un marché à deux vitesses selon vous, Paul ?
03:14Oui, alors effectivement, c'est un très bon point.
03:15C'est que ce que j'ai évoqué, ce sont les chiffres agressifs du marché qui sont en tension.
03:20Néanmoins, comme je l'ai dit, en fait, il y a des très très belles sorties.
03:23Il y a des levées de fonds qui se passent très bien.
03:27Aujourd'hui, encore la semaine dernière, un des fonds que je suis et qui est particulièrement bon
03:32m'a encore annoncé qu'ils allaient faire une sortie à cinq fois, à la mise initiale.
03:36Donc, on retrouve encore des très belles sorties.
03:39Et du côté des levées de fonds, je ne l'ai pas évoqué, mais c'est un marché qui est encore très difficile.
03:45En 2024, on a à peu près la moitié des fonds qui ont mis plus de deux ans à lever leurs fonds.
03:50C'est énorme parce qu'en fait, en 2019, il n'y en avait aucun.
03:52Ah d'accord.
03:53Et en parallèle, on a encore des fonds qui mettent six mois ou moins pour lever la totalité de leurs fonds.
03:59Donc, vraiment, il y a cette polarisation que vous évoquez qui est, en fait, certains fonds captent la totalité de l'attention des investisseurs
04:05et les autres sont clairement délaissés.
04:08OK.
04:08Et est-ce que, quels sont, justement, vous disiez les investisseurs, quelles sont les attentes des investisseurs, justement ?
04:14Alors, aujourd'hui, ils sont tous un peu en souffrance.
04:17Vous êtes un investisseur institutionnel habitué d'investir dans le private equity.
04:20Aujourd'hui, vous avez reçu, sur les millésimes entre 2018 et 2021, entre trois quarts et la moitié de ce que vous aviez l'habitude de recevoir sur le cycle 2010-2017.
04:30D'accord.
04:30Donc, vous êtes vraiment dans une situation où vous comptiez sur ces distributions pour pouvoir continuer à vous engager dans les millésimes des fonds.
04:38Aujourd'hui, vous êtes un peu pris à la gorge.
04:40Vous avez reçu nettement moins que ce dont vous avez besoin.
04:43D'accord.
04:43Donc, en tant qu'investisseur institutionnel, ce que vous souhaitez aujourd'hui, c'est que les fonds cèdent dans des conditions qui soient bonnes ou moins bonnes.
04:53En fait, vous voulez récupérer l'argent, vous voulez pouvoir retrouver un dynamisme pour vous réengager dans les fonds.
04:58On a déjà un petit peu parlé tout à l'heure pour ce qui est du contexte géopolitique et macroéconomique.
05:04Donc, c'est un contexte incertain qui rend la prévision des tendances de marché plus compliquées.
05:10Quels sont les points de turbulence à l'horizon ?
05:12Alors, il y en a énormément.
05:14Je pense que la seule certitude que j'ai, moi, c'est qu'on ne s'achemine pas vers une résolution de tout ça.
05:22D'accord.
05:23Il y a des conflits géopolitiques.
05:25On a des guerres.
05:26On a des situations sur les tarifs douaniers qui n'ont pas encore résolu.
05:29On a des situations politiques qui sont compliquées.
05:32Aux États-Unis, en France, vous avez des situations sur le plafond de la dette, sur la mise sous tutelle de la Fed.
05:40En France, vous avez des élections potentielles à venir ou la nomination d'un cinquième premier ministre en deux ans.
05:46On a énormément d'incertitudes.
05:48Donc, selon moi, en fait, ce n'est pas au deuxième semestre de 2025 que cela va se résoudre.
05:54Et donc, en fait, finalement, la question, c'est comment est-ce qu'on fait pour s'adapter à ce contexte qui continue à être très incertain.
05:58Oui. Et comment on fait, du coup ?
06:00Alors, nous, je vais vous donner l'approche de Pâle Capital.
06:03C'est là-dessus, nous, en fait, on va avoir une approche à nouveau très polarisée.
06:08C'est un peu le mot du jour.
06:09Entre des stratégies très défensives.
06:11D'accord.
06:12Ou des stratégies très offensives, mais de façon très ciblée.
06:15Ok. On va détailler les deux.
06:16Oui, exactement.
06:16On commence peut-être par les stratégies du coup défensives.
06:19Alors, sur les stratégies très défensives, ici, l'idée, c'est de se dire que c'est un marché sous tension.
06:23Et que ceux qui vont apporter des solutions de liquidité à ce marché sous tension vont être de façon peut-être un peu démesurée,
06:31mais très bien rémunérée pour ce service qu'ils apportent.
06:34Qui sont ces apporteurs de liquidité ?
06:36Vous avez les fonds de secondaire qui viennent, en fait, résoudre l'attention des institutionnels qui se retrouvent à attendre ces distributions qui ne viennent pas.
06:44Vous avez des fonds de crédit, dits crédit tactique ou crédit opportuniste,
06:48qui vont venir, justement, aller financer des situations pour lesquelles, en fait, sinon, le marché est un peu tendu, un peu bloqué.
06:55C'est le crédit privé, ça ?
06:56Voilà. C'est des marchés de dettes privées, tout ça.
06:58D'accord.
06:59Et puis, vous avez les fonds de dettes privées de type, ce qu'on appelle le direct lending,
07:05qui vont venir financer des LBO au moment où ils se mettent en place.
07:09Et en fait, ici, pourquoi c'est un apport de liquidité ?
07:12C'est qu'aujourd'hui, il y a trois fois plus de capital côté private equity qui cherche à se déployer par rapport au montant qui cherche à se déployer en direct lending.
07:22Donc, ici, vous avez vraiment les trois stratégies, à nouveau, secondaire, crédit tactique et direct lending,
07:29qui vont être vraiment des stratégies très défensives.
07:31Et maintenant, on peut peut-être parler, du coup, des stratégies plus offensives.
07:34Alors, sur les stratégies très offensives, et encore, je le répète, il y a certains fonds qui, encore, réussissent à faire des très belles sorties
07:41et qui font leur levée de fonds en un temps réglé.
07:42Oui, ça répond.
07:43Exactement. Donc, quels sont les fonds qui réussissent à faire ça ?
07:46En fait, ce sont les fonds qui ont une stratégie hyper claire et hyper différenciée.
07:50D'accord.
07:50Ou, en fait, quand vous voyez dans la presse tel fonds a acquis cette société, vous dites, c'est une évidence, c'était sa stratégie,
07:58c'est ce pourquoi il est bon, bien évidemment qu'il devait le faire et bravo.
08:03Alors, quels sont ces fonds ? En fait, c'est des fonds qui ont deux caractéristiques.
08:08Première caractéristique, ce sont des fonds qui ont appris à investir et à faire leur exit avec très peu de levier.
08:16D'accord.
08:16Pourquoi c'est important ? C'est qu'ils ont appris, donc, à faire leur multiple de sorties uniquement grâce aux effets opérationnels.
08:24Ils n'ont pas à compter sur l'ingénierie financière.
08:25Et en fait, c'est ça qui les différencie aujourd'hui, c'est qu'ils ont appris à délivrer,
08:30alors que l'environnement financier n'est pas très porteur.
08:34Deuxième caractéristique, et vraiment, il faut combiner les deux, c'est une expertise sectorielle très poussée.
08:40Aujourd'hui, si vous êtes un fonds généraliste face à ces fonds sectoriels spécialistes,
08:45vous allez avoir du mal, justement, à avoir accès aux bonnes opportunités.
08:49Vous faites partie, par exemple, du secteur de la santé.
08:51Et en fait, dans le secteur de la santé, très clairement, les entreprises ont identifié
08:55qui sont les fonds qui savent de quoi ils parlent et qui sont les fonds qui sont uniquement des apporteurs de capitaux.
09:00Aujourd'hui, les entreprises dans la santé et dans tous les secteurs qui sont vraiment très portés
09:05sur des tendances de très long terme, ils ont besoin de se faire accompagner par des spécialistes
09:10parce que, en fait, c'est ça qui va faire la différence jour après jour dans l'accélération de leur croissance.
09:15Donc, nous, c'est comme ça qu'on se positionne.
09:19On va aller sélectionner des fonds qui sont de relativement petite taille.
09:23Petite taille, dans le monde du private equity, c'est moins de 3 milliards.
09:27Et qui vont être le plus possible monosectoriel ou alors avec deux secteurs très bien marqués,
09:32avec des équipes différenciées qui savent de quoi ils parlent.
09:34Merci beaucoup, Paul Moreno, Blossville, président d'Opal Capital.
09:38Merci beaucoup d'avoir répondu à toutes ces questions.
09:41Et quant à nous, on se retrouve dans Enjeu patrimoine.
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