- il y a 2 ans
Mardi 16 avril 2024, SMART BOURSE reçoit Edmund Shing (Global CIO, BNP Paribas Wealth Management) , Alexandre Hezez (Stratégiste, Groupe Richelieu) et Aymeric Diday (Directeur de la gestion, Pergam)
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00:00 *Musique*
00:10 Trois invités avec nous chaque soir pour décrypter les mouvements de la planète marché.
00:13 Edmund Sching est à nos côtés, le directeur monde des investissements de BNP Paribas Wealth Management.
00:18 Bonsoir Edmund. - Bonsoir.
00:19 Merci d'être là. Merci à Emeric Diden nous accompagne également. Bonsoir Emeric.
00:23 Bonsoir Fédoi.
00:23 Directeur de la gestion de Pergam et Alexandre Ezez à nos côtés également. Bonsoir Alexandre.
00:27 Bonsoir.
00:28 Vous êtes stratégiste chez Richelieu Gestion. Comment est-ce que vous accueillez Alexandre cette consolidation, ce retracement,
00:35 peut-être cette petite correction qu'on observe depuis quelques jours assez générale.
00:40 Je le disais c'est le 60/40 qui souffre à nouveau. Correction obligataire et correction sur les actifs risqués et les marchés actions.
00:48 Quels sont les moteurs de cette baisse ? Est-ce que c'est simplement le miroir de la hausse qu'on a eu ces 5 derniers mois je crois maintenant ?
00:56 Ou est-ce que le marché prend en compte des risques peut-être un peu plus profonds aujourd'hui ?
01:00 Disons que le démarrage il y a eu deux catalyseurs. Un, les chiffres d'inflation la semaine dernière qui n'ont pas été bons
01:07 et qui montrent quand même une accélération aux Etats-Unis de l'inflation liée à plusieurs facteurs et notamment un immobilier qui reste très résilient.
01:14 Et puis deuxième chose, les événements évidemment géopolitiques qui viennent amener encore plus de sujets sur l'inflation, notamment sur les matières premières.
01:22 Et quand on voit en fait la baisse des marchés et même la hausse depuis pratiquement deux ans et la baisse, c'est quand même un miroir des taux d'intérêt.
01:30 C'est-à-dire que la baisse est aussi liée à une accélération sur les taux, notamment les taux américains.
01:37 On voit qu'à partir de 4,40, 4,50 sur les taux à 10 ans, il y a eu un impact important.
01:43 Et il y a eu une petite période en début d'année où les taux montaient et le marché actions a bien monté.
01:47 C'est-à-dire que le premier mois, janvier-février, où il y avait une vraie corrélation et puis tout d'un coup ça s'est écarté comme finalement les 24 depuis 2022, ça s'est un peu passé de la même manière.
01:58 Donc en fait la crainte, le sujet n'est pas les résultats d'entreprise, c'est surtout cette dynamique de taux d'intérêt où on pourrait passer.
02:06 Rappelons-nous quand même qu'en octobre l'année dernière, on a atteint les 5% qui étaient le plus bas du marché.
02:12 Et le 1er novembre, Jérôme Paul avait dit "bon c'est fini, maintenant le prochain mouvement sera un mouvement accommodant, en tout cas on ne va plus rien faire, on ne va plus monter".
02:21 Et les taux d'intérêt avaient baissé et les marchés s'étaient alignés sur une tendance haussière quasiment en ligne droite jusqu'à maintenant.
02:30 Donc en fait c'est les taux d'intérêt, donc l'inflation, donc la politique de la Fed qui drive le mouvement.
02:36 Est-ce que la Fed est encore en capacité de nous dire qu'il y aura une recalibration du réglage de la politique monétaire à horizon de quelques mois, à horizon 2024 ?
02:45 C'est difficile pour la Fed en fait parce qu'on se rend compte que l'impact sur les taux d'intérêt a été quand même beaucoup plus faible que prévu,
02:53 notamment sur l'immobilier, il y a une particularité. Alors évidemment 90% des prêts aux Etats-Unis sont maintenant à taux fixe, il y a moins d'impact.
03:00 Mais on se retrouve avec un immobilier résidentiel, pas commercial, là c'est un autre sujet qui peut être systémique, mais sur l'immobilier résidentiel,
03:08 on est au plus haut, on a encore atteint des niveaux records alors même que les taux d'intérêt immobiliers ont monté.
03:14 Avec de très faibles niveaux de transactions, mais les prix eux sont au plus haut.
03:18 Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que prenez juste la richesse des ménages, l'effet richesse des ménages c'est l'immobilier et les actions, les deux sont au plus haut.
03:25 Donc le ménage est riche, le ménage se sent riche, donc il consomme, même si vous pouvez tout faire.
03:30 Donc il y a une espèce de quadrature qui est compliquée à casser, et le fait que la Fed doit prendre en compte à la fois des risques systémiques sur des banques régionales,
03:41 l'immobilier commercial, et en même temps se dire "mais c'est pas possible, il faut arrêter la machine".
03:46 Et est-ce qu'il faut une récession pour arrêter la machine ? C'est le vrai sujet.
03:50 Pour l'instant en tout cas, la Fed, pour l'instant je dis bien, n'est pas dans une dynamique, même si certains commencent à le penser, de remonter les taux d'intérêt.
03:58 Ce qui serait, là on passerait dans une autre dimension.
04:02 Nous chez, au groupe Richelieu, on a dit depuis quelques mois, on s'attendait à une voire deux hausses de taux.
04:09 Donc on est encore... - Baisses ?
04:10 - Deux baisses de taux, pardon. Deux baisses de taux.
04:12 - Non parce que peut-être viendra le temps, mais...
04:14 - On repassera l'émission dans quelques mois en disant "vous avez raison".
04:16 - Oui ! Il avait vu avant les autres.
04:19 - Mais une à deux baisses, et en juin ou juillet, et une autre fin décembre, après l'élection présidentielle.
04:24 Donc ça fait pas beaucoup, et bon ça implique effectivement pour la BCE une position aussi inconfortable,
04:29 et pour l'ensemble des banques centrales d'ailleurs, qui attendaient cette baisse de la Fed pour pouvoir agir.
04:33 Le Japon aussi, enfin bon, il y a tout un environnement qui fait que tout le monde attend la Fed, et la Fed elle est un peu bloquée.
04:40 - Mais ça veut dire que cette discussion qu'ont les marchés aujourd'hui sur les marges de manœuvre des banques centrales,
04:45 c'est une discussion qui vous étonne pas tant que ça, Alexandre ?
04:48 - Non, c'était... Alors, nous ce que l'on disait, c'est que fin d'année, c'était que jusqu'à...
04:54 Alors, on n'était pas sûr du timing, mais jusqu'en avril, le marché là croit encore à des baisses de taux et une fin de désinflation.
05:00 - Ouais, ouais. - Une désinflation progressive, et que plus le moment de vérité arrivait, fatidique,
05:06 et bien là on allait commencer à douter. Et effectivement, on commence à avoir des chiffres d'inflation supérieurs,
05:11 on commence à se dire que les banques centrales vont pas baisser, qu'on va rester dans des politiques restrictives en tout cas,
05:16 donc ça va impacter les marchés, et on a dégradé les marchés actions le mois dernier, dans nos allocations,
05:23 et ce que j'expliquais à nos clients de la banque et de la société de gestion, c'était de dire,
05:29 le problème de dégradé, c'est qu'on ne voit pas à l'horizon, quasiment fin d'année, de moment pour revenir positif sur les actions,
05:36 c'est-à-dire qu'il va y avoir des séquences, à part un effondrement du marché, qui pourrait être une occasion...
05:42 - Ouais, ouais, je comprends. - Mais en tout cas, la séquence...
05:45 - Pour vous, il y a un point haut qui a été fait sur les marchés actions.
05:49 - Voilà, alors après, en tout cas, dans cette dynamique-là, effectivement, on est sur des allocations neutres, on reste investi,
05:55 mais en tout cas, pour réaccélérer et remettre de l'énergie dans les portefeuilles, en tout cas sur le risque d'action, ça va être compliqué.
06:02 - On en parlera, mais d'un mot, ça veut dire que même si les séquences de résultats sont positives,
06:08 ce sera pas le soutien qu'on imagine pour les marchés actions ?
06:13 - Bah, ça ne sera pas un soutien si les taux d'intérêt continuent de monter de cette manière.
06:17 - Ouais, ouais, je comprends. - Pour vous donner une idée, on était sur un objectif à 6 mois de 5100 sur la S&P 500,
06:24 ce qui est... la S&P était à 5250, quand on a donné... on est autour de...
06:29 - Ouais, ouais, c'est ça. - Donc il reste les dividendes, des choses comme ça, mais... - Ouais, ouais, je comprends.
06:33 - On est plus sur une tendance haussière comme on a eu depuis le 1er avril. - Le momentum s'est un peu tracé de ce point de vue-là.
06:38 - Très clair. Edmund, est-ce qu'on en est au point de se dire, si la FED baisse ses taux en juin, comme ce qu'on imaginait il y a encore quelques semaines,
06:46 ce serait peut-être une erreur ? - Une erreur, non, mais... parce qu'il n'est pas que l'inflation qu'il faut considérer.
06:52 Il faut garder en tête le fait que les banques régionales ont toujours les bilans fragilisés par les prêts accordés pour les marchés immobiliers commerciaux.
07:02 Il y a toujours des prêts qui sont endommagés. On ne sait pas à quel niveau, mais le plus longtemps que le taux de FED Funds, le taux direct,
07:11 reste élevé, le plus difficile est quand même le scénario pour toutes les banques régionales. On sait bien.
07:17 Déjà, ils ont dû quand même aider, le mois de mars dernier, les banques régionales. On a tout oublié entre-temps.
07:24 On dit "tout est bon, il n'y a pas de soucis". Ah mais non ! S'il y avait des prix des bureaux, à San Francisco par exemple, ils baissent toujours.
07:32 Donc il y a un problème avec les prêts. Donc je ne sais pas si... On regarde bien sûr, le marché ne regarde que le taux d'inflation aux Etats-Unis pour l'instant.
07:41 Si le taux d'inflation reste assez élevé, de 3%, 3% plus, ils ne peuvent pas baisser le taux. Pas sûr.
07:48 Vous dites que la FED, dans sa balance des risques, intègre d'autres facteurs que les seuls facteurs, croissance, inflation.
07:56 Et moi, je me souviens très bien de l'argument de Jérôme Poel quand il initie le pivot de la FED en décembre 2023, 6-9 mois après SVB.
08:05 C'est justement de dire "on a bien conscience du risque que fait peser le niveau des taux s'ils sont maintenus trop longtemps à ce niveau-là, 5,25, 5,50".
08:15 Voilà, parce que ce n'est pas linéaire. Tout va bien jusqu'au moment où on commence à avoir des problèmes. Et là, on peut voir une chute assez soudaine.
08:25 Et donc c'est ça le problème. Ce n'est pas du tout linéaire. Donc il faut quand même commencer à baisser le taux un tout petit peu au début.
08:33 On va voir comment ça se passe avec le marché, si la croissance diminue, si le taux d'inflation diminue avec.
08:39 Très bien, après on peut continuer ou sinon on garde le taux direct instable pendant un moment, peut-être pendant l'élection, parce que c'est vrai, le mois de novembre.
08:50 Il y a plein de choses qui peuvent se faire. On parle de Trump, on parle de Biden. C'est vrai qu'entre les deux, les derniers sondages, il n'y a pas grand-chose en ce moment.
08:59 Et en plus, on ne parle pas du troisième candidat qui est quand même Robert Kennedy Jr. qui peut aussi changer plein de choses dans le collège électoral.
09:11 Donc il y a plein de choses à jouer. On est le mois d'avril. On est assez loin du mois de novembre pour l'instant.
09:17 Donc je pense qu'il y a plein de choses qui peuvent se jouer entre-temps. Mais moi, quand j'ai reçu la dictature la plus importante, qui est quand même le marché d'emploi aux États-Unis, c'est vrai.
09:26 Si on regarde les chiffres des statistiques, enfin payrolls, on observe qu'il y a un marché en très bonne santé.
09:32 Si je regarde mes indicateurs plutôt avancés du marché d'emploi, je vois des faiblesses.
09:37 Ça peut se dégrader.
09:38 Ça peut se dégrader et assez vite. Je pense que c'est ça qui souhaite la fête, mais pour l'instant…
09:44 Il reste deux mois de données avant juin ou trois avant juillet pour pouvoir constater effectivement peut-être des faiblesses un peu plus importantes dans le marché du travail et permettre ces baisses de taux assurancielles.
09:58 C'est comme ça qu'elles sont présentées toujours par la Réserve fédérale américaine.
10:01 Je pense, oui.
10:02 Bon, ça laisse quand même une fenêtre serrée. Non, mais ça se resserre forcément.
10:08 Comment vous regardez encore une fois ce retracement, cette consolidation ?
10:11 Et je repose la même question, Emery, qu'est-ce qu'il y a la prise en compte de changements ou de risques un peu plus profonds par les investisseurs aujourd'hui que simplement l'idée d'une baisse après la hausse ?
10:22 Alors, il y a plein d'arguments. En effet, quand on parle de banque centrale, il y a plein d'arguments aussi qui militent pour qu'il y ait quand même un petit peu de mouvement du côté des banques centrales cette année.
10:30 Ne serait-ce que parce qu'elles l'ont dit.
10:32 Parce qu'elles l'ont dit.
10:33 Déjà, se déjuger, ça serait un problème. Ça peut être problématique.
10:36 La deuxième, c'est que quand on a un déficit aussi abyssal et qu'on émet autant de dettes, il ne faut pas oublier que d'avoir des taux un peu inférieurs, ça coûte aussi un petit peu moins cher à la fin de la journée sur le remboursement de la dette.
10:50 Donc, ça milite aussi pour avoir des taux un peu plus faibles.
10:54 Il y a aussi un deuxième argument dont il faut être très conscient, c'est la réactivité des banques centrales.
10:59 Parce qu'aujourd'hui, c'est vrai qu'on ne fait que postponner à chaque fois. Ça fait trois ans qu'à chaque fois on a un scénario, puis on le repousse.
11:05 Ça a été le cas pendant les baisses de taux. C'est le cas aujourd'hui, ça sera le cas encore demain.
11:09 On a tendance à vouloir trop anticiper les statistiques et ne pas regarder un peu plus loin que les quelques...
11:17 Le chiffre du moment, quoi.
11:18 Voilà. Donc aujourd'hui, oui, la croissance semble être assez robuste.
11:21 Oui, l'emploi, quand on regarde comme ça factuellement, les chiffres sont très bons.
11:25 Donc, pas d'urgence à baisser les taux.
11:27 Mais en fait, ça reste très fragile et ils peuvent être extrêmement réactivés.
11:32 Ça, c'est une donnée qu'il faut prendre en compte parce que...
11:35 Ça, j'entends bien que la banque centrale américaine est structurellement de vif.
11:38 En tout cas, s'il y a un problème, ou sur le marché du travail, ou dans les banques régionales, ou sur l'immobilier commercial,
11:44 j'ai pas de doute qu'ils peuvent aller très vite, très fort.
11:47 Et ça, c'est un argument de soutien fort pour les marchés.
11:50 Parce qu'au final, quand on a vu la vitesse à laquelle ils ont monté les taux, quand il y a eu la problématique d'inflation...
11:56 Une fois que la décision a été prise, une fois que le logiciel s'est mis en route.
12:00 Ça a été avec une rapidité exceptionnelle et avec une ampleur exceptionnelle.
12:04 Et on connaît la capacité aujourd'hui de la Fed à pouvoir prendre le chemin inverse.
12:08 Donc, c'est pour ça qu'il y a quand même un soutien en dernier ressort assez fort de la part des banques centrales.
12:13 Mais l'avantage qu'on a aujourd'hui, c'est qu'il y a la Fed d'un côté, qui est évidemment l'economy leader,
12:17 mais peut-être qu'on va avoir enfin la banque centrale européenne qui va briller et qui va montrer un peu d'indépendance
12:23 et un tout petit peu s'affirmer.
12:26 Ça reste un doux rêve actuellement, mais on peut imaginer que la banque centrale européenne interviendra avant,
12:33 interviendra pour soutenir la croissance européenne et qu'enfin, elle va arrêter de regarder ce que font les autres
12:39 et essayer de prendre un tout petit peu d'indépendance et pour une fois "briller".
12:43 Parce que pour le moment, il n'y a pas grand-chose.
12:45 Et ça, c'est bon ? C'est market positif ? C'est bon pour le marché ?
12:48 Est-ce que la BCE confirme et y va le 6 juin comme ça semble quand même se dessiner aujourd'hui sans la Fed ?
12:54 Il faut qu'il y ait un message fort qui émane de cette baisse de taux, qui l'explique et qu'elle soit du coup,
13:02 pour la rendre quelque part positive.
13:04 Si c'est une baisse de taux pour dire "bon en fait, on a des statistiques qui sont vraiment tellement mauvaises
13:08 qu'il faut prendre une baisse de taux", évidemment, parce que c'est un peu le cas de temps en temps,
13:12 des discours qu'on a de la part de banquiers centraux européens.
13:15 Pour une fois, il faudrait avoir un discours plutôt constructif.
13:17 Pourquoi on baisse des taux ? Pour générer de la croissance, pour favoriser l'investissement.
13:20 Et là, évidemment, ça serait un tout petit peu mieux et on peut espérer qu'ils feront ça avant la Fed
13:26 et qu'ils vont pour une fois espérer briller.
13:28 Bon, cette histoire de divergence, oui pour commencer.
13:32 Ensuite, jusqu'où la BCE peut s'affranchir complètement ?
13:35 La BCE et les autres banques centrales, d'ailleurs, on voit la force du dollar,
13:39 les problèmes que ça pose en Asie par exemple, sur les monnaies asiatiques aujourd'hui.
13:43 C'est vrai que la BCE, comme la Fed, dit qu'elle est data dépendante, mais Fed indépendante.
13:49 Je pense que ce qui est vrai, c'est de dire qu'on n'a pas les mêmes sujets aux États-Unis sur l'inflation
13:54 qu'en zone euro. La désinflation, elle se met en place en zone euro.
13:59 Le choc d'offres, c'était lié surtout à un choc d'offres qui commence à disparaître.
14:03 Donc, ils auront du mal à ne pas baisser en juin, enfin en tout cas dans notre scénario,
14:07 alors que la Fed, c'est plus compliqué.
14:10 Donc, on sera sur des baisses de taux, il faut que la BCE soit crédible.
14:14 Ça va être compliqué, il va falloir qu'elle explique bien, parce que si on a une baisse franche de l'euro,
14:19 on voit les prix du gaz remonter un peu, si le pétrole remonte, l'inflation importée.
14:23 - Combien il peut en faire ? Combien il peut en faire ?
14:25 - L'activité n'est vraiment pas si forte que ça en zone euro par rapport aux États-Unis, la consommation.
14:30 Donc, pour qu'il y ait de l'inflation, autant aux États-Unis, le vrai sujet,
14:34 je suis d'accord qu'ils peuvent agir vite, mais sans comparaison,
14:39 mais c'est un peu comme en Chine, où en fait, ils ne peuvent pas agir trop,
14:42 parce que sinon, ils relanceraient les bulles spéculatives.
14:44 Et aux États-Unis, c'est pareil, ils ne peuvent pas agir non plus fortement comme ils l'ont fait avant,
14:49 ce que pense le marché, parce que ça relancerait l'inflation.
14:52 Ça serait une nouvelle vague d'inflation avec des leviers supplémentaires,
14:54 enfin bref, ça serait une mécanique dont ils ne pourraient pas se sortir.
14:57 Il faut à un moment épurer, et donc, elle est en train d'épurer,
15:00 et pour épurer, il faudrait que le marché baisse aussi,
15:02 et c'est ce qu'elle a voulu faire en 2022.
15:05 Le marché a baissé, c'est la Fed qui a fait baisser le marché,
15:08 ce n'est pas autre chose.
15:09 Donc, il y a vraiment une différenciation, un découplage qui est en train de se faire,
15:13 qui commence à être un peu la rhétorique de la Banque Centrale Européenne.
15:16 Et nous, on pense que la Banque Centrale Européenne va baisser en juin et en juillet,
15:21 puis attendre, puis rebaisser, peut-être une à deux fois dans l'année.
15:24 Autant sur la Fed, on est sur une, voire deux,
15:27 et sur la BCA, on est plutôt sur quatre,
15:30 avec effectivement l'enjeu sur l'euro,
15:33 parce que ça peut vouloir dire un euro qui baisse franchement par rapport au dollar,
15:38 et pour les marchés financiers, un dollar trop fort,
15:41 notamment pour les pays émergents, c'est compliqué.
15:44 On sait qu'on a, on va certainement en parler, mais en Chine,
15:47 cette déflation qui est amenée par la Chine,
15:52 et qui concurrence l'Europe, les Etats-Unis sur beaucoup de produits manufacturiers,
15:57 qui commence à poser un problème de concurrence.
16:00 Donc, il y a plusieurs boucles qui ne doivent pas se mettre en place,
16:05 qui pourraient être très dommageables.
16:07 - Oui, bon, mais ça implique un risque de l'euro/dollar à parité, par exemple, potentiellement ?
16:13 - Pourquoi pas ? La seule chose, c'est que si, finalement,
16:17 comme il a été clairement dit,
16:20 si ça dure, ça va provoquer une crise, donc la Fed...
16:23 Non, mais c'est ça, on ne peut pas dire, parce que les taux d'intérêt aussi hauts aux Etats-Unis,
16:27 à un moment, il y a tellement de fragilité dans certains secteurs,
16:30 s'il y a une crise, et je pense que l'image a été bien vue,
16:33 c'est-à-dire que c'est une marche d'escalier, en fait.
16:35 Ça, tout va bien, et puis d'un coup, tout va mal.
16:38 Donc, le scénario est plus là que ce fameux soft lending que tout le monde espérait,
16:42 on dit "non, non, mais ça diminue comme ça", non.
16:44 Quand ça va diminuer, ça risque de diminuer fort.
16:46 On n'a pas le timing, mais, effectivement, le roi sera nu,
16:49 et ça ramasse, finalement, l'économie américaine...
16:51 - Et plus fragile qu'il n'y paraît. - Et plus fragile qu'il n'y paraît.
16:54 Bon, sur la force du dollar aujourd'hui,
16:56 et c'est une force qui génère quand même de plus en plus de perturbations,
16:59 enfin, les taux, le dollar,
17:02 ça bouscule quand même pas mal, j'imagine, d'équilibre de marché,
17:05 d'autant qu'on n'avait peut-être pas vu un smile aussi fort du dollar
17:09 sur ces 3-4 premiers mois de l'année, là.
17:11 Oui, mais quand même, il ne faut pas exagérer,
17:13 si j'aurais la courbe à long terme du dollar,
17:15 oui, elle remontait un peu, mais bon,
17:18 ce n'est pas au niveau historique, quoi.
17:22 On a vu des pics qui étaient bien loin d'ici,
17:25 donc il ne faut pas exagérer non plus.
17:27 Je me souviens bien, l'euro, combien ? 0,86 ?
17:31 Oui, au début, à l'inception de l'euro, oui, d'accord.
17:35 On y est retourné en octobre 22, si je ne dis pas de bêtises.
17:38 On est revenu sous la parité en octobre 22.
17:41 On est quand même loin de ce niveau-là pour l'instant.
17:44 Et ce qui est quand même intéressant d'observer,
17:47 c'est qu'on a quand même des liens,
17:49 des corrélations historiques qui ne marchent plus.
17:52 Par exemple, entre le dollar et le prix de l'or.
17:56 Normal, avec un dollar aussi fort...
17:58 Les matières premières en général, et bien, effectivement.
18:01 Oui, bien sûr.
18:02 Mais il remonte, le prix de pétrole, le prix de l'or,
18:05 le prix de cuivre, ils remontent tous, malgré le dollar.
18:08 C'est quand même intéressant.
18:10 Et qu'est-ce que ça nous dit, alors ?
18:12 Qui se trompe dans l'affaire
18:14 s'il faut trouver un marché qui se trompe ?
18:17 Je pense qu'il y a toujours une peur.
18:19 Il y a toujours une peur autour de l'endettement aux États-Unis,
18:23 partout, mais surtout en ce moment aux États-Unis.
18:26 Parce que c'est vrai, le plus longtemps
18:28 que le taux directeur de la Fed reste très haut,
18:31 le plus longtemps, et le plus cher,
18:34 est quand même l'endettement de l'État aux États-Unis
18:38 pour financer tous les ans.
18:40 Et ça commence à consommer de plus en plus du budget annuel.
18:43 Et ça met un stress sur l'État.
18:46 Et c'est vrai dans tous les pays, en France aussi,
18:49 mais surtout en ce moment aux États-Unis.
18:51 On l'a vu la semaine dernière, des émissions à 10 ans, 30 ans,
18:54 qui à nouveau, alors ce ne passe pas bien,
18:57 tout est relatif, le papier part,
19:00 mais il faut toujours payer un extra rendement,
19:03 un rendement supplémentaire pour s'assurer
19:05 que le dernier dollar partira bien.
19:07 C'est tout à fait possible qu'ils vont quand même
19:10 manipuler un peu le marché obligatoire aux États-Unis
19:15 en émettant plutôt des obligations très courtes,
19:18 même pour rembourser les obligations à long terme.
19:21 - De ce point de vue-là, le Trésor et la Fed fonctionnent bien.
19:24 La paire Yellen-Powell est assez avisée sur ce sujet-là.
19:28 - La vraie question de base qu'il faut poser à ce moment-là,
19:32 est-ce que toutes les banques centrales, et surtout la Fed,
19:34 sont-elles vraiment indépendantes des gouvernements nationaux
19:37 à ce moment ?
19:39 - C'est ce que vous souliez tout à l'heure,
19:42 c'est ce qu'on appelle la fiscale dominante, c'est ça ?
19:44 La domination budgétaire, quand la logique budgétaire des États
19:48 l'emporte sur la logique purement monétaire.
19:52 - Quand vous avez à émettre 1000 milliards de dollars
19:54 tous les 100 jours, évidemment, vous devez chercher
19:58 quelqu'un pour vous acheter vos 1000 milliards.
20:00 Donc évidemment qu'ils sont extrêmement interconnectés,
20:04 et l'indépendance n'est pas forcément aujourd'hui,
20:08 si avéré que ça, mais on a besoin aujourd'hui
20:11 d'avoir un financement, une courroie de transmission
20:14 qui soit le plus fluide possible, entre celui qui émet la monnaie
20:18 et jusqu'au consommateur qui va en avoir besoin.
20:21 Donc aujourd'hui, il faut que ça se passe bien.
20:24 Pour le moment, en tout cas, les marchés de taux nous disent
20:27 que ça se passe relativement bien.
20:28 Quand on voit les spread de crédit aujourd'hui,
20:30 ils sont au plus bas, ils sont remontés légèrement,
20:33 mais ça reste relativement mesuré la semaine dernière
20:36 et en début de semaine, donc pour le moment,
20:38 ça tient quand même pas mal.
20:39 C'est pour ça que quand il y a des stress de marché,
20:41 ce qui est important de regarder, c'est si la baisse qu'on connaît
20:44 actuellement depuis 2-3 jours, est-ce qu'elle est organisée,
20:47 est-ce qu'elle se passe bien, et finalement,
20:49 quand on regarde, les secteurs baissent tous
20:50 dans des proportions qui sont assez logiques.
20:52 - Ça reste canalisé, comme on dit.
20:54 - Ça reste assez bien canalisé, il n'y a pas de grand stress
20:56 de marché. Pareil sur le marché de taux,
20:58 il n'y a pas eu de grand stress, que ce soit en Europe
21:00 ou aux Etats-Unis, et particulièrement en Europe.
21:02 En Europe, finalement, quand on regarde, les taux,
21:04 ils n'ont pas forcément beaucoup monté, pas du tout
21:06 dans les mêmes proportions.
21:07 - Et les spreads restent...
21:08 - Donc on reste sur des niveaux bas.
21:10 Donc ça reste plutôt assez bien, il n'y a pas de stress
21:14 supplémentaire aujourd'hui par rapport à l'environnement
21:17 géopolitique qu'on connaît, évidemment, qui est compliqué,
21:19 et ça se passe, entre guillemets, dans une baisse organisée.
21:22 Donc pour le coup, petite baisse des marchés,
21:25 petite baisse des multiples, on prend la respiration.
21:27 Donc ça, c'est plutôt sain aujourd'hui
21:29 pour les marchés financiers, mais également
21:31 pour l'investisseur, parce que quand on est en période
21:33 de résultats, oui, les grandes banques centrales,
21:36 c'est un moteur pour faire avancer les économies,
21:39 mais il faut aller quand même regarder ce qui se passe
21:41 dans les entreprises, et ces entreprises,
21:43 qu'est-ce qu'on voit d'année en année, trimestre en trimestre ?
21:45 C'est qu'elles sont de mieux en mieux gérées,
21:47 que les résultats sont de plutôt très bonne qualité
21:50 quand on voit les publications, que le guide
21:54 que sont aujourd'hui les directeurs financiers
21:56 des grands groupes vis-à-vis de la communauté
21:58 des investisseurs et des analystes sont de plus en plus
22:00 proches et proactifs, ce qui permet d'avoir
22:03 des surprises, des taux de surprises positifs
22:05 relativement bons à chaque fois, et les Américains
22:07 sont des champions du monde pour ça.
22:09 Donc aujourd'hui, on attaque une période de résultats
22:11 d'entreprises aux Etats-Unis, où on a
22:14 un environnement économique qui est plutôt bon,
22:17 on a des résultats de banques, qui sont les courroies
22:20 de transmission de la politique monétaire,
22:22 qui sont plutôt bons, donc on a eu pas mal
22:25 de révisions en baisse dans pas mal de secteurs
22:27 d'activité ces derniers mois, juste avant le trimestre.
22:31 Donc aujourd'hui, on peut s'attendre quand même
22:34 à des marchés qui tiennent, donc ça c'est plutôt
22:36 intéressant et constructif en tout cas,
22:39 pour un investissement de moyen ou long terme.
22:41 Mais ça veut dire que ce retracement,
22:44 je le présente, c'est le premier vrai test
22:47 pour le "Buy the Deep" cette année, il n'y a pas eu
22:49 de mouvement encore d'ampleur, de consolidation.
22:51 Cette logique "Buy the Deep", on achètera
22:54 le creux de marché, elle est pour vous valable
22:56 aujourd'hui, au moment où on se parle, Emeric ?
22:59 Aujourd'hui, elle est encore valable, parce que
23:01 justement, il y a tous ces soutiens à l'économie
23:04 qui sont là, ces niveaux de statistiques qui sont
23:06 pour le moment en tout cas, encore résilients,
23:08 et tout ce potentiel de croissance supplémentaire
23:11 que réside à la fois dans l'innovation,
23:14 qui est source de croissance à long terme
23:16 dans tous les secteurs d'activité,
23:17 qui est extrêmement présent quand même
23:19 depuis 18 mois, donc dans pas mal de secteurs.
23:24 Donc c'est des facteurs de soutien, en tout cas,
23:27 qui peuvent permettre, s'il y a des petits
23:29 accrochages de marché comme on connaît là,
23:31 de revenir ou de mettre des très beaux titres
23:33 en portefeuille.
23:34 Et qu'est-ce qu'on a envie de privilégier
23:36 dans cette idée de racheter peut-être,
23:39 ou de rentrer, ou de renforcer peut-être
23:41 certaines positions, actions, au-delà des
23:45 actifs-coeur stratégiques, la tech évidemment,
23:48 enfin je veux dire, impossible de ne pas être
23:50 sur la tech aujourd'hui, mais au-delà de ça,
23:52 est-ce qu'il y a des secteurs qu'on a envie
23:53 de privilégier, est-ce qu'il y a des facteurs,
23:55 des marchés géographiques qu'on a envie
23:57 peut-être de privilégier pour la suite ?
23:59 Alors malheureusement, on reste un peu US.
24:01 Oui, bah oui.
24:03 C'est l'éléphant toujours dans la pièce.
24:06 Qu'il faut avoir.
24:07 Plein de secteurs d'activité aux US
24:08 qui sont intéressants.
24:09 Le secteur de la santé, on le voit en plus
24:11 avec les résultats aujourd'hui de United Health,
24:13 qui était relativement bon.
24:14 Bon, Johnson & Johnson, ça se tient.
24:16 Donc c'est des secteurs qui aujourd'hui
24:19 ont été totalement délaissés par les investisseurs
24:21 et pour lesquels il y a un potentiel
24:23 de rattrapage assez fort, et dans lequel
24:25 il y a énormément d'innovation.
24:26 Donc là, pour le coup, tout ce qui est santé,
24:29 health tech, med tech, il y a des choses à faire
24:32 pour la vie.
24:33 L'élection américaine de 2024
24:35 peut être moins perturbante que d'autres
24:38 pour ce secteur de la santé aux Etats-Unis ?
24:41 C'est toujours perturbant, potentiellement,
24:44 mais personne ne sait qui va être élu.
24:46 Et pour le coup, c'est tellement en plus
24:48 challenge aujourd'hui, que ce n'est pas tout de suite
24:51 en tout cas, qu'on devra se poser ces questions-là,
24:53 c'est un peu plus tard quand on y verra
24:54 un peu plus clair sur le sujet.
24:55 Donc on préfère pour le moment quand même
24:57 revenir là-dessus, parce que là, pour le coup,
24:59 il y a une très belle décote.
25:00 Si on est dans l'idée, comme vous le disiez
25:02 tout à l'heure, Alexandre, du moins de hausses de taux,
25:06 de baisses de taux, pardon, effectivement, en cyber.
25:10 Non, mais ça veut dire, on reste encore
25:12 très court duration, ce n'est pas du tout l'idée
25:14 d'aller chercher de la duration, y compris peut-être
25:17 même dans le marché actions, on peut trouver
25:19 des proxys ou des secteurs qui ont des durations
25:21 plus courtes que d'autres.
25:22 Avoir du 4,70 sur les taux à 10 ans américains,
25:26 c'est quand même une occasion...
25:28 Ah, d'accord, c'est quand même un niveau qui se regarde.
25:30 De toute façon, on sait qu'à partir de 5%,
25:32 c'est systémique et que la Fed va réagir.
25:35 Ou le marché ou la Fed réagira.
25:37 Ou le marché ou la Fed réagira.
25:38 Si on est dans une espèce de marge d'escalier
25:41 à un moment, on ne sait pas quand,
25:42 et que la Fed baisse ses taux, non pas pour
25:44 des considérations d'inflation, mais de croissance,
25:46 les taux d'intérêt vont être amenés à baisser,
25:49 et notamment les taux d'intérêt à long terme.
25:51 Donc, ce n'est pas inintéressant, on est plutôt sur les taux.
25:54 Et c'est plutôt des occasions de rallonger
25:56 un peu sa duration, ce stress-là.
25:58 Effectivement, s'il y en a un peu de temps,
26:00 mais ce n'est pas des événements spéculatifs.
26:03 Sur les actions, nous, on a une réflexion
26:07 un peu différente.
26:09 À court terme, on pense que l'euro, l'Europe,
26:11 en tout cas la zone euro, est mieux positionnée
26:14 pour différentes raisons.
26:16 Il y a les banques centrales,
26:18 le fait que la BCE baisse plus,
26:20 effectivement, c'est plutôt un peu plus
26:22 contracyclique, et la croissance est tellement basse,
26:25 elle est en train de remonter,
26:26 donc pour les valeurs les plus cycliques,
26:28 et notamment le secteur industriel,
26:29 qui est quand même un secteur qui a plutôt
26:31 surpris à la baisse, en tout cas,
26:33 et plutôt par rapport à la croissance,
26:35 a plutôt été sous-valorisation.
26:39 Et puis, deuxième chose, si on dit
26:41 "le dollar va monter", parce que
26:43 pour les exportatrices, et donc pour les industriels
26:45 européens, c'est plutôt bon.
26:47 À l'inverse, effectivement, sur le marché américain,
26:49 il y a l'aspect dollar qui est intéressant,
26:51 mais on voit que cet engouement
26:53 pour les valeurs de croissance, je ne dis pas qu'à long terme
26:55 l'intelligence artificielle, la tech,
26:57 ce n'est pas très bon, etc.
26:58 Mais d'ailleurs, vous l'avez dit tout à l'heure,
27:01 la tech, évidemment, ça a un consensus
27:03 qui fait peur.
27:04 Mais je ne connais personne qui va dire,
27:08 ça me rappelle, moi, dans les années 2000,
27:10 on disait le Nasdaq, évidemment,
27:12 mais on ne peut pas ne pas être dans le Nasdaq,
27:14 même si on sait que ça peut être compliqué.
27:16 Donc, quand il y a un consensus, mais global,
27:18 c'est là où souvent, il y a des mauvaises...
27:21 - Oui, mais ça commence d'ailleurs.
27:23 C'est-à-dire qu'on ne parle même plus des Macs7,
27:25 ça y est, le groupe est complètement divisé,
27:27 éparpillé, voilà.
27:29 Il y a déjà beaucoup moins d'homogénéité,
27:31 ne serait-ce que dans le marché.
27:32 - Un peu plus de prudence, parce qu'il y a
27:34 un tel consensus qui fait qu'il y aura
27:37 moins d'énergie, moins de flux,
27:40 voire même des déceptions.
27:42 Et puis, sur les États-Unis, l'aspect dollar,
27:45 on peut le prendre par autre chose,
27:46 des obligations américaines.
27:48 Et on sait que les entreprises,
27:51 il y a des bons résultats sur les banques,
27:53 mais les entreprises américaines,
27:55 il y a eu des revalorisations de BPA assez fortes
27:57 depuis quelques mois.
27:59 Alors, évidemment, elles ne vont pas décevoir,
28:00 mais on est déjà sur des niveaux assez hauts
28:03 par rapport, encore une fois, au marché européen.
28:05 - Il y a un peu de place à la déception côté américaine.
28:07 - Voilà, il y a un mouvement qui est en train de se créer
28:09 par le bas, en Europe, qui peut être appréciable,
28:11 avec, il faut dire, un marché qui est complètement absent
28:14 des allocations, en tout cas en surpondération,
28:17 depuis bien longtemps, l'Europe est bien oubliée.
28:19 - Où est-ce que vous avez les convictions
28:21 les plus fortes, là, à ce stade,
28:23 en matière d'investissement, Edmund ?
28:25 - Les matières premières.
28:27 L'énergie, les métaux précieux,
28:29 et même les métaux de base, comme le cuivre.
28:31 Donc, le problème avec le cuivre, par exemple,
28:34 c'est que c'est les mines de cuivre,
28:36 et ils ont tous explosé le compteur.
28:38 Quand on voit les cours qui montent comme ça tous les jours,
28:41 c'est compliqué de les acheter.
28:43 Maintenant, peut-être qu'on a l'occasion
28:45 de les acheter un peu plus bas.
28:47 Mais je pense qu'on passe, effectivement,
28:49 d'une période où on avait, effectivement,
28:52 plein d'énergie pas chère,
28:55 plein de métaux de base pas chers,
28:57 et plein de métaux précieux.
28:59 Maintenant, on arrive à un moment
29:01 où on a plus ou plus de pénuries,
29:03 en termes d'offres.
29:05 Jusqu'à un moment où la demande monte toujours.
29:07 La demande d'énergie monte toujours,
29:09 grâce aux pays émergents.
29:11 Pour le cuivre, bien sûr,
29:13 on parle de l'électrification de l'économie,
29:15 on parle de la demande de l'intelligence artificielle,
29:17 qui va mettre un stress énorme
29:19 sur le réseau de transmission d'électricité,
29:21 de génération d'électricité, bla bla bla.
29:23 On a besoin de plus de cuivre, en tout cas.
29:25 - Et donc, c'est un super-cycle, là ?
29:27 - Pour moi, c'est un super-cycle,
29:29 et c'est de cause de ça
29:31 que moi, je surpondais énormément
29:33 les matières premières,
29:35 soit en physique,
29:37 soit dans les marchés d'action.
29:39 - Et vous disiez les minières,
29:41 notamment de cuivre.
29:43 - Le cuivre et les métiers précieux.
29:45 Ce qui est quand même intéressant,
29:47 c'est que j'ai pris l'or,
29:49 et après j'ai mis l'or,
29:51 ça ne bouge pas.
29:53 - Ça n'a pas encore bougé ?
29:55 - Très peu.
29:57 - C'est un décalage normal,
29:59 il y a quelque chose ?
30:01 - Cela dit, les coûts,
30:03 bien sûr, les coûts pour les mineurs,
30:05 ils ont monté aussi.
30:07 Cela dit, si j'aurai de la marge brute
30:09 des mines d'or aujourd'hui,
30:11 avec le prix de l'or à quasiment
30:13 2400 dollars,
30:15 - Ce n'est pas cher payé.
30:17 - Ce n'est pas cher payé.
30:19 - Je comprends.
30:21 - Bon, matières premières, effectivement.
30:23 On voit quand même que c'est un secteur
30:25 qui a dit mal dès qu'on commence à parler de la Chine,
30:27 avec des doutes qui reviennent
30:29 sur la croissance chinoise.
30:31 Je ne sais pas, encore une fois, je rappelle à chaque fois
30:33 que personne n'est obligé d'être investi directement
30:35 en tout cas sur les actions chinoises,
30:37 mais que c'est forcément un marché, une économie
30:39 qu'on regarde, Emmerich,
30:41 après les chiffres qui ont été publiés,
30:43 on aura peut-être des indications aussi plus précises
30:45 avec les résultats de grandes entreprises mondialisées
30:47 qui opèrent sur le territoire chinois
30:49 et qui pourront peut-être apporter une couleur un peu plus précise
30:51 de ce qui se passe en Chine
30:53 en fonction des différents secteurs.
30:55 - Vous vous rendez effectivement de cette exposition
30:57 ou des sociétés exposées à la Chine aujourd'hui, Emmerich ?
30:59 - Alors, c'est assez intéressant
31:01 l'histoire de la Chine
31:03 parce qu'en fait, ils nous promettent,
31:05 ils espèrent 5% de croissance, c'était déjà le cas l'année dernière.
31:07 - Oui, oui.
31:09 - Ils sont arrivés à peine tout juste à y arriver.
31:11 Là, pour le coup, premier trimestre, bon chiffre,
31:13 bonne croissance,
31:15 mais pour le coup, on attend de voir justement
31:17 quels vont être, notamment ce soir,
31:19 on aura les résultats tout à l'heure de...
31:21 - Oui, oui, BMH, bien sûr.
31:23 - ... en termes de chiffres sur la zone.
31:25 Et là, ça va être un vrai market mover.
31:27 Mais par contre, ce qu'on observe aussi sur la Chine,
31:29 c'est que ça redevient
31:31 un sujet de commerce international
31:33 de plus en plus sur le devant de la scène
31:35 et ça, c'est pas forcément bon signe.
31:37 Il faut toujours que les Américains aient aussi
31:39 un petit ennemi quelque part dans le monde
31:41 et là, pour le coup, l'ennemi tout trouvé,
31:43 c'est souvent la zone asiatique
31:45 et particulièrement la Chine
31:47 avec toutes ces problématiques de concurrence
31:49 mais c'est pas un phénomène qui est nouveau,
31:51 c'est un phénomène qu'on a bien connu
31:53 sous l'ère Trump, notamment,
31:55 qui lui a permis de justifier toute sa réindustrialisation
31:57 qu'il a fait plutôt
31:59 de manière forte et aujourd'hui,
32:01 ils en ont, en tout cas,
32:03 une partie des conséquences.
32:05 Donc, c'est à garder quand même de très très près.
32:07 Maintenant, on est plus inquiet
32:09 sur le fait que la Chine,
32:11 pour le moment, ne prend pas
32:13 de mesures fortes
32:15 et extrêmement fortes comme elle pourrait le faire
32:17 pour assainir son économie.
32:19 C'est un peu étonnant.
32:21 On sait qu'ils ont le temps.
32:23 La notion de temps n'est pas forcément la même en Chine
32:25 que dans le reste du monde
32:27 mais ils ont les moyens, aujourd'hui,
32:29 de pouvoir adresser les problématiques
32:31 dans la promotion immobilière ou de l'immobilier en général
32:33 en Chine et donc de redonner de la confiance
32:35 aux consommateurs chinois
32:37 ce qui, pour le moment, n'est pas le cas.
32:39 Donc, pour le moment, ça nous laisse
32:41 un tout petit peu en dehors
32:43 du coup de cette zone côté investissement
32:45 en direct sur la zone
32:47 et on préfère, pour le moment,
32:49 se concentrer sur l'Union des Etats-Unis
32:51 mais aussi, évidemment, l'Europe qui reste une zone intéressante.
32:53 - Comment vous regardez le cas chinois
32:55 à ce stade, à la lumière
32:57 des chiffres qui ont été publiés aujourd'hui
32:59 notamment, et de
33:01 la réponse de politiques budgétaires
33:03 et monétaires à laquelle on assiste depuis
33:05 quelques mois maintenant ?
33:07 - Notre analyse est assez simple. C'est vrai qu'on
33:09 est assez négatif sur la Chine.
33:11 On l'a été à un moment mais, vu les déceptions
33:13 permanentes, ça nous a amené
33:15 à rester
33:17 négatif
33:19 sur la Chine. Moi, je pense
33:21 qu'il y a plusieurs points sur la Chine. C'est qu'en fait,
33:23 les deux derniers plans de relance qu'ils ont fait
33:25 2009-2014, ça a été des échecs
33:27 et pour s'en remettre, à chaque fois
33:29 les marchés actions ont monté de 70-100%
33:31 l'immobilier a explosé.
33:33 C'est début l'immobilière, donc ils
33:35 ne veulent pas le faire. Les deux fois, et donc ça sera
33:37 pas... 203, non, 300, enfin
33:39 - Ils ne reproduiront pas ces erreurs.
33:41 - Ils ne reproduiront pas ces erreurs. Après
33:43 la volonté, là c'est clairement
33:45 d'aider les entreprises
33:47 pour concurrencer effectivement le monde.
33:49 Donc, on voit bien
33:51 Jeannette Yellen qui est allée en Chine, on a vu
33:53 Cholz aussi, il y a pas moins qu'on voit.
33:55 Donc c'est vraiment...
33:57 Ils veulent devenir un concurrent
33:59 parce que c'est leur seule manière, pour leur économie,
34:01 de continuer. Parce que
34:03 on le disait en aparté,
34:05 mais l'immobilier chinois, quand il baisse
34:07 de plus en plus, il y a un effet richesse qui fait que de toute
34:09 manière, l'épargne est en train de monter et que
34:11 le consommateur chinois ne veut plus
34:13 consommer au vu de ce qui s'annonce
34:15 devant. C'est-à-dire que pour l'instant... Donc il faut
34:17 absolument apurer ce marché. On est dans
34:19 un marché de déflation
34:21 on est en déflation, avec
34:23 des moyens qui sont quand même assez faibles pour la Chine.
34:25 Donc cette confiance, elle n'est pas revenue.
34:27 Et puis il y a une chose à mon avis qu'il ne faut pas
34:29 négliger. Pendant très longtemps, la Chine
34:31 a été un acteur économique
34:33 productif très fort.
34:35 Et il n'empêche que depuis 2022,
34:37 avec la guerre en Russie, elle est devenue pour la première fois
34:39 un acteur géopolitique mondial.
34:41 C'est-à-dire que ce qu'elle n'était pas avant, c'était l'empire du milieu,
34:43 elle ne gérait pas. Et là...
34:45 - Qu'elle ne cherchait pas forcément à être.
34:47 - Elle ne cherchait pas. Et là, Xi Jinping
34:49 commence à... Il voit
34:51 l'importance de la Chine dans cet environnement.
34:53 Et donc l'économie l'intéresse moins
34:55 et dans l'idéologie
34:57 du parti, c'est plutôt la direction
34:59 qu'ils veulent prendre. Donc c'est moins...
35:01 En tout cas, le consommateur chinois est moins important
35:03 que l'aura de la Chine
35:05 sur le plan géopolitique.
35:07 - Bon, jusqu'au jour où il faut quand même
35:09 adresser les questions sociales aussi du pays.
35:11 - Jusqu'au jour où ? - Oui, oui, jusqu'au jour où.
35:13 Edmund, le MSCI
35:15 Emerging Markets
35:17 a effacé tous ses gains.
35:19 En mars, on avait vu les actions émergentes
35:21 commencer à repartir,
35:23 surperformer, même les actions des marchés
35:25 développés. On se disait, tiens, c'est
35:27 peut-être le début d'un trade pour
35:29 2024. Bon, en quelques jours,
35:31 ça s'est effacé assez vite.
35:33 - Oui, mais c'est quand même
35:35 un indice un peu bizarre.
35:37 Parce que si j'aurai de la composition,
35:39 on dépend beaucoup de la Corée du Sud
35:41 et de la Taïwan.
35:43 Est-ce qu'ils sont vraiment les marchés émergents ?
35:45 Je ne pense pas.
35:47 Ce sont des économies très bien développées.
35:49 La Corée du Sud, c'est comme le Japon,
35:51 la Taïwan, c'est comme l'idée mondiale
35:53 dans la fabrication du sémiconducteur.
35:55 Difficile de dire,
35:57 c'est très bon. Donc moi, j'ai du mal
35:59 avec ça. J'ai du mal avec
36:01 ce descriptif.
36:03 Et c'est vrai
36:05 que si j'aurai de l'Inde,
36:07 la Corée du Sud et la Taïwan, qui sont
36:09 les trois composants principaux,
36:11 ils marchent bien. - Oui, oui, je comprends.
36:13 - Mais ce sont trois histoires très différentes.
36:15 - Oui, oui. - À chaque fois. L'Inde,
36:17 effectivement, on a une histoire démographique
36:19 complètement l'inverse de
36:21 celle de la Chine. - Ah bon ? - Oui.
36:23 Non, mais on a une population assez jeune.
36:25 On a Modi qui va être réélu.
36:27 C'est bon, c'est pas bon.
36:29 Mais sur le plan économique,
36:31 c'est plutôt bon. - Oui, puis ça offre
36:33 une certaine stabilité, on va dire.
36:35 - Stabilité pour le français. - On a des histoires globales.
36:37 - Voilà. - Et même si
36:39 c'est cher, ça mérite d'être
36:41 encore dans des portefeuilles.
36:43 - Oui, mais j'achèterais pas l'Inde.
36:45 - Ah, je comprends. - J'achèterais un fonds
36:47 qui charge peut-être
36:49 les entreprises moins chères,
36:51 industrielles,
36:53 les banques, les conglomérats.
36:55 - Le plus de sélectivité possible.
36:57 - Pas forcément les boîtes technologiques.
36:59 - On comprend. - Ils sont bien connus et assez chers.
37:01 Mais le reste du marché
37:03 qui peut-être est moins cher
37:05 est plus lié à la croissance
37:07 interne et
37:09 croissance liée à l'exportation.
37:11 - Bon, l'Inde, effectivement, en pleine période
37:13 d'élection, ça a commencé, je crois.
37:15 Enfin, ça a duré un mois. - Oui, ça a duré un mois.
37:17 - Vu la taille du pays. - 1,4 milliard de...
37:19 - Le temps de s'y retrouver.
37:21 Mais je crois que c'est une des rares élections
37:23 de cette année pour les grandes élections. Il n'y a pas trop
37:25 de doute sur le résultat final.
37:27 Et la poursuite de l'ère
37:29 maudite pour l'Inde.
37:31 On n'a pas parlé
37:33 des small-cap. Alors, je ne sais pas, rapide tour de table
37:35 sur le sentiment small-cap. Est-ce que les choses évoluent
37:37 dans un sens plus favorable ?
37:39 - On est favorable, mid small-cap, en Europe
37:41 parce qu'on voit que
37:43 les indicateurs économiques, enfin,
37:45 ont enfin commencé à rebondir en Europe.
37:47 Avec le rebond industriel qui est plutôt
37:49 global, qui va aussi amener
37:51 l'Europe un peu à l'eau.
37:53 Même l'Allemagne, qui a tout fait pour
37:55 faire plonger l'économie
37:57 en décroissance. - Pour ne pas croître ?
37:59 - Oui, enfin...
38:01 - Est-ce qu'ils cherchent la nouvelle
38:03 croissance ? Ils cherchent le modèle
38:05 de croissance pour demain ? - Et je pense que les consommateurs,
38:07 les médecins vont être quand même inquiets par la baisse de l'inflation.
38:09 La baisse de l'inflation, surtout...
38:11 - Donc il y a un cas favorable, quand même, vous dites, pour ce segment
38:13 de marché en Europe. - En Europe, oui.
38:15 - Et Mike ? - On espère.
38:17 - Oui, alors l'espoir ne fait pas une stratégie.
38:19 On m'a toujours répété.
38:21 - C'est ça. Encore nouveau, on en a un peu.
38:23 - Il y a un peu d'espoir, pour l'instant. - Pour le moment, il n'y a pas de flux.
38:25 Il n'y a pas de flux, il n'y a pas de hausse des indices,
38:27 il n'y a pas de hausse de la classe d'actifs.
38:29 Donc il faut être clair.
38:31 Tant qu'il n'y a pas de décision de la Banque Centrale Européenne,
38:33 pour le moment, enfin, nous, c'est notre scénario...
38:35 - Oui, je comprends. Sans baisse de taux, pas de salut
38:37 pour les scolaires. - Ce qu'on pense,
38:39 c'est que ça va être très rapide.
38:41 Donc c'est pour ça qu'on en a déjà mis un petit peu
38:43 dans les comptes. - Ah, d'accord. Voilà. - Parce que la hausse,
38:45 il y a un tel rattrapage à faire... - Bien sûr.
38:47 - ... qu'il faut déjà en avoir un peu.
38:49 - Sortir de l'autoroute quand tout le monde
38:51 se sert, c'est compliqué, mais quand tout le monde veut rentrer
38:53 aussi au même moment, c'est... - Il y a une forte décote
38:55 par rapport au big cap,
38:57 et c'est vrai que ça risque d'être assez rapide.
38:59 Sur les pays... sur les
39:01 USA, c'est complètement différent.
39:03 Les small caps sont pas du tout
39:05 de la même qualité. Il y a des acteurs très fragiles,
39:07 les banques régionales d'un côté, il y a énormément
39:09 d'acteurs super endettés.
39:11 - Des zombies, quoi. - Des zombies, c'est un
39:13 taux record sur le Russell 2000
39:15 qui, elle, va fragiliser. Donc, sur les
39:17 small caps, on est tout à fait d'accord sur l'Europe,
39:19 mais sur les USA, vraiment, c'est
39:21 à éviter pour l'instant. - La qualité est en Europe
39:23 pour ce marché "mid and small".
39:25 - Exactement. - Merci beaucoup, messieurs. Merci
39:27 d'avoir été les invités de Manette Marché. Ce soir,
39:29 Alexandre Ezeh, stratégiste chez Richelieu
39:31 de gestion, Emre Yiddi, directeur de la gestion
39:33 de Pergam et Edmund Xing, directeur
39:35 monde des investissements de BNP Paribas,
39:37 Wealth Management.
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