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  • il y a 29 minutes
Anthony Morlet-Lavidalie, économiste chez Rexecode, était l'invité de Sandra Gandoin dans Good Morning Business, ce vendredi 30 octobre. Il aborde le recul du PIB au T3, l'incertitude politique et fiscale qui pèse sur l'économie et le taux de chômage qui augmente en France, notamment chez les jeunes, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Le grand entretien ce matin, c'est Anthony Morley-Lavidali qui est avec moi, économiste chez Rexécode.
00:05Bonjour.
00:06On va parler évidemment de ce chiffre de la croissance qui est tombé il y a quelques minutes,
00:10moins 0,1% pour le PIB au troisième trimestre, chiffre de l'INSEE ce matin,
00:17après avoir stagné au deuxième trimestre, reculé de 0,2% au premier.
00:22Est-ce que vous vous attendiez à ce recul-là pour le T3 ?
00:25Alors non, le recul n'était pas anticipé, en tout cas dans cette ampleur.
00:29On était quand même dans les marges, en quelque sorte, de confiance, si on peut dire ça comme ça.
00:35C'est objectivement une très mauvaise nouvelle.
00:37Comme vous l'avez mentionné, on a un premier trimestre qui en recul,
00:40un deuxième qui est à peine au niveau de la ligne de flottaison et un troisième en recul.
00:43Quand on fait la moyenne sur l'année 2026, c'est en moyenne qu'on est quand même en début
00:48de récession.
00:49Alors ce n'est pas une récession très violente, mais on a quand même un recul du PIB.
00:52D'ailleurs, quand vous le tracez ce PIB, on voit bien qu'il est plutôt en phase baissière,
00:56ce qui est objectivement un scénario plutôt noir pour l'économie française à l'heure où on se parle.
01:00Alors que la consommation des ménages accélère plus 0,4% sur ce trimestre.
01:05Elle recule sur septembre, mais c'est ce chiffre-là que vous regardez le trimestre.
01:09Oui, en fait, quand on regarde la demande intérieure, on a plutôt une résistance du côté de la consommation,
01:14qu'elle soit des ménages ou de la consommation publique réalisée par les administrations.
01:18On a presque envie de dire, le pire n'est peut-être pas encore, on n'a peut-être pas
01:22complètement touché le fond,
01:23puisque la consommation des ménages pourrait même pas tirer encore davantage dans les trimestres à venir.
01:27Ce qui est inquiétant, c'est ce qui se passe du côté de l'investissement.
01:30Moins 0,6.
01:31Oui, on en est à trois reculs consécutifs assez marqués de l'investissement.
01:35Ça touche tous les acteurs, les administrations publiques, les ménages et les entreprises.
01:39Donc on a un vrai sujet, surtout que l'investissement, ne l'oublions pas,
01:42c'est quand même ce qui fait la croissance de demain.
01:44Donc c'est vraiment cette poche-là qui souffre.
01:46Et avec la hausse des taux d'intérêt qu'on a constaté sur les dernières semaines et derniers mois,
01:51malheureusement, cette variable-là ne va pas s'améliorer dans les semaines et trimestres à venir.
01:55Pour continuer dans l'analyse, le commerce extérieur lui aussi contribue négativement à cette baisse du PIB 0,6 points.
02:03Oui, c'est peut-être la surprise la plus forte.
02:05C'est ce qui explique en partie ce chiffre négatif.
02:07Et le commerce extérieur, avec une contribution aussi fortement négative, n'avait pas été anticipé.
02:12Il y a deux raisons à ça.
02:13On a des petits sujets aéronautiques où probablement les chaînes de valeur ont eu des contraintes.
02:18On pense notamment à Airbus qui n'a peut-être pas livré autant qu'on l'anticipait.
02:22Et puis des sujets sur l'agroalimentaire.
02:25Et là, ça renvoie probablement à l'été caniculaire que l'on a connu.
02:28Et donc ces deux postes-là ont vraiment contribué au recul des exportations.
02:32Et c'est ce qui explique en partie ce mauvais chiffre du commerce extérieur français.
02:36Ce que vous dites aussi, c'est qu'avec ces chiffres-là,
02:38on va évidemment attendre la fin d'année 2026.
02:41Mais même 2027 va être impacté par cette situation, va commencer comme ça.
02:48Oui, là on rentre, je trouve, dans le scénario plutôt bas de fourchette,
02:51pour ne pas dire noir, de l'économie française.
02:53C'est quand on regarde 2026, on a un acquis.
02:57C'est-à-dire si le dernier trimestre, on n'a pas de croissance, on s'arrêtait là,
03:00on aurait une économie qui progresserait de seulement 0,2%.
03:03Honnêtement, c'est très peu.
03:05On est très loin du potentiel de l'économie.
03:07Et ça signifie qu'on aura très peu d'élan pour rentrer dans 2027.
03:10Donc même si on commence à reconnaître un petit peu de croissance dans le courant de l'année 2027,
03:15ça va nous donner des chiffres qui vont être honnêtement très bas.
03:17On est vraiment dans le creux de la vague aujourd'hui,
03:19dans une situation où on a des tensions qui sont économiques, sociales et financières.
03:24Le contexte est particulier.
03:26Les taux d'intérêt de la dette française se sont envolés la semaine dernière.
03:30Ça témoigne de l'inquiétude des investisseurs.
03:32Et ce chiffre se rajoute à cette situation.
03:35Qu'est-ce que ça peut donner ?
03:36Mais c'est tout le problème.
03:37C'est qu'on doit faire aujourd'hui des efforts budgétaires qui sont considérables
03:41dans un moment où on n'a plus de croissance.
03:43Et n'oublions pas qu'on a refusé de faire les efforts les années précédentes
03:47au moment où honnêtement on avait de la place pour le faire parce que l'économie tournait.
03:51Aujourd'hui on n'a plus de marge de manœuvre et donc on va devoir consolider le budget sans croissance.
03:55Ça va être très compliqué, ça va être très difficile parce qu'évidemment on se dit que
03:58tout effort supplémentaire est davantage récessif.
04:01Mais c'est nécessaire parce que les marchés nous demandent de le faire.
04:04Sinon la confiance va définitivement se briser.
04:06Et c'est vraiment le scénario qu'il faudrait éviter aujourd'hui.
04:08Dans ce contexte, la BCE a annoncé hier laissé ses taux directeurs inchangés.
04:12Sur ce qui est de notre situation à nous, est-ce qu'elle doit intervenir d'une façon ou d
04:17'une autre ?
04:17Est-ce que notre situation a atteint un point de bascule où il faut qu'elle intervienne ?
04:22Alors on n'y est pas encore.
04:23On peut se donner des points de repère où il faudrait atteindre des niveaux d'écart de taux
04:28avec notamment l'Allemagne qui sont au moins le double de ce qu'on a aujourd'hui.
04:32Pour l'instant on ne souffre pas assez pour que la BCE puisse intervenir.
04:35Et puis ne l'oublions pas, elle n'interviendra pas gratuitement.
04:38Elle demandera quand même en contrepartie des réformes, ou en tout cas des engagements crédibles.
04:42Et ça va être très difficile.
04:43Pour tout vous dire, on a un petit peu une forme de triangle d'incompatibilité dans l'économie française.
04:47On a d'un côté des tensions sociales qu'il faut résoudre.
04:50On a de l'autre des tensions financières où il faut réduire le déficit public.
04:54Et il faut préserver l'appareil productif pour éviter d'entacher la croissance future.
04:59Et honnêtement, ce trilème-là, il est très difficile à résoudre aujourd'hui.
05:02Pour autant, moi je me posais cette question.
05:04On parle beaucoup d'une intervention, soit de la BCE, soit du FMI.
05:10Est-ce que c'est crédible ? Est-ce que c'est plausible ?
05:12Est-ce qu'on y arrivera où la France est trop grosse en Europe pour intervenir ?
05:18Alors il ne faut jamais dire jamais, et tout est possible.
05:20Le FMI est le plus improbable pour deux raisons.
05:23D'une part, on n'a pas de problème de nos comptes extérieurs.
05:26Notre balance courante n'est pas très loin de l'équilibre.
05:28Le FMI intervient souvent quand les pays ont des problèmes de déficit extérieur.
05:33Et par ailleurs, la France est trop grosse pour être sous programme FMI.
05:36En revanche, que la Banque Centrale s'intéresse à nous,
05:39si la zone euro est menacée parce qu'à un moment donné,
05:41les écarts de taux sont injustifiés et finissent par mettre en péril la zone monétaire,
05:46là oui.
05:47Mais encore une fois, ça ne peut pas être repas gratuit,
05:50ça ne peut pas être free lunch, comme disent les économistes.
05:51À un moment donné, on va demander des efforts à la France très importants.
05:55Est-ce qu'on est en capacité de comprendre ce qu'il nous est demandé ?
05:57Tout le monde nous demande des réformes.
05:59Il n'y a que nous, malheureusement, qui n'arrivons pas à acter le fait que,
06:02oui, on est aujourd'hui un quart un peu à part sur de nombreux sujets.
06:05Mais il va falloir qu'on avance.
06:06Il faut trouver un chemin politique pour ça.
06:07C'est le plus compliqué.
06:08L'incertitude, justement, pèse sur l'ensemble de l'économie.
06:11Yaël Braun-Pivé disait il y a deux jours,
06:13il faudrait faire passer le budget par 49.3 tout de suite,
06:15pour gagner du temps, pour éviter des discussions qui vont s'enliser quoi qu'il arrive,
06:19et faire passer quoi qu'il arrive le 49.3 en fin d'année.
06:22Vous trouvez que c'est censé comme proposition ?
06:25Alors, ce qui est censé, c'est de dire qu'il nous faut un budget.
06:28Parce que sans budget, malheureusement, la France est dans une situation
06:31où son déficit public dérive spontanément.
06:34Pour le dire autrement, quand on n'a pas de budget,
06:35nos problèmes budgétaires s'aggravent.
06:37Donc, le simple fait d'avoir un budget permet quand même d'éteindre un petit peu l'incendie.
06:41Les marchés sont très attachés à l'idée qu'on ait un budget.
06:43Et avec les mauvais chiffres de croissance dont on vient de discuter ce matin,
06:47n'oublions pas que le déficit public de 2026,
06:49qui était prévu à 5,4%, il est peut-être lui-même remis en cause.
06:53Il faut faire les calculs et l'INSEE nous dira en début d'année prochaine à combien il tombe.
06:57Mais peut-être même que notre situation budgétaire est plus dégradée
07:00que ce que l'on pense aujourd'hui.
07:02Donc, pour le dire autrement, si on a une situation qui est finalement pire que prévue
07:05et pas de budget, à la fin des fins, quand même, les marchés vont finir par se dire.
07:09Enfin, les investisseurs étrangers ne peuvent plus avoir un niveau de confiance suffisant.
07:13Ou en tout cas, on va demander toujours une prime de risque plus élevée.
07:15C'est ce qui nous guette un petit peu aujourd'hui.
07:17Quel est le scénario du pire à 6 mois de la présidentielle pour les marchés, du point de vue des
07:22marchés ?
07:23On le voit bien.
07:24C'est malheureusement une situation dans laquelle l'économie française tombe en récession,
07:29ou en tout cas est pas loin de scénario récessif.
07:32Des problèmes budgétaires qu'elle n'arrive pas à enliser.
07:34C'est-à-dire à la fois un déficit public très élevé, une absence de croissance.
07:36Des problèmes sociaux qu'elle n'arrive pas à endiguer, une absence de réponse.
07:40Et là, vous avez un petit peu le cocktail explosif quand même.
07:42Et à la fin, vous vous dites, mais jusqu'où la France peut tenir comme ça ?
07:46Les marchés vont nous le faire payer toujours plus cher.
07:48Et c'est là où probablement une intervention extérieure se posera.
07:51C'est que si vous n'arrivez pas à tenir toutes les ficelles en même temps, ça devient assez explosif.
07:55À cela s'ajoutent les chiffres du chômage.
07:578,3% en deuxième trimestre sur l'ensemble de la population.
08:0021,6% chez les 15-24 ans.
08:05Oui, on a en plus un énorme problème de chômage des jeunes, ce qui est terrible.
08:08Parce que les jeunes, c'est quand même ceux qui feront la population active de demain.
08:12C'est ceux qui feront l'économie de demain.
08:14Un pays qui sacrifie sa jeunesse, c'est juste inaudible.
08:17Il faut bien le dire, en France, on a un petit problème.
08:19C'est qu'on a, sur les 30 dernières années, quand même,
08:22plutôt fait des transferts des classes actives et des jeunes vers les retraités.
08:26C'est un choix qui a été plus ou moins assumé.
08:29Mais aujourd'hui, on doit comprendre quand même qu'il faut investir la question des jeunes.
08:32ils ont besoin d'être qualifiés.
08:33Si on déclasse trop notre classe des jeunes actuelle,
08:38c'est quand même juste un avenir qu'on leur promet,
08:40qui n'est pas à la hauteur de la promesse républicaine que l'on aime formuler.
08:44Donc, je crois qu'il va falloir quand même trouver des moyens, des leviers,
08:47pour résoudre cette question-là.
08:49Sinon, on va avoir des vrais sujets de déclassement.
08:51Et ça, une France où vous avez tout un pan de la population qui est déclassée,
08:54ça vous promet même des conflits sociaux dans le futur.
08:57Donc, il faut arriver à traiter cette question.
08:58Merci beaucoup, Anthony Morley, la Vidalie, économiste chez Rexecote,
09:01d'être venue ce matin dans le grand entretien.

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