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  • il y a 2 jours
Marc Ferracci, député Ensemble pour la République, ancien ministre de l'Industrie et de l'Énergie, était l'invité de Sandra Gandoin dans Good Morning Business, ce mardi 27 octobre. Ils sont revenus sur les obstacles qui ont empêché la réalisation du projet d'Emmanuel Macron concernant la création d'emploi en France, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00C'est Marc Ferraci qui est avec moi ce matin, député ensemble pour la République,
00:03membre de la Commission des Finances, ancien ministre chargé de l'Industrie et de l'Énergie.
00:07Bonjour Marc Ferraci.
00:08Bonjour.
00:08Ravi de vous recevoir dans la matinale de l'économie.
00:10Vous avez publié le 7 octobre « La société du plein emploi, une réponse au malaise français »
00:15aux éditions Odile Jacob.
00:17Vous y écrivez « Créer plus de richesses est absolument nécessaire car c'est ce qui rend possible tout le
00:24reste ».
00:24Évidemment, c'est une feuille de route que tout le monde voudrait appliquer.
00:28On n'a pas assez de temps mais en quelques mesures peut-être parce qu'on a besoin de concret
00:32en ce moment.
00:33Pourquoi cette ambition d'Emmanuel Macron n'a pas abouti ?
00:36Qu'est-ce qu'il aurait fallu faire ? Qu'est-ce qu'il y avait de bien dans son
00:39projet ?
00:40Effectivement, on a fait baisser le chômage, on a créé des emplois durant le premier quinquennat jusqu'en 2023
00:45et puis tout s'est interrompu, tout s'est interrompu du fait des crises, du fait de la dissolution
00:51qui a vitrifié toute possibilité de réforme.
00:54Et puis aussi, c'est ce que j'explique dans ce livre, parce que dans les réformes qui ont été
00:58faites au début du premier quinquennat,
01:00on a peut-être parfois manqué un petit peu d'ambition.
01:03Des choses ont été très positives.
01:04Les ordonnances travail ont donné de la visibilité aux employeurs, ont permis d'améliorer la qualité du dialogue social.
01:10Mais j'écris également qu'on n'est pas forcément allé suffisamment loin dans ce qu'on appelle la décentralisation
01:16du dialogue social,
01:17c'est-à-dire négocier au plus près du terrain, négocier les salaires, négocier les conditions de travail.
01:21Et si vous avez envie de créer des emplois, il faut faire en sorte que tout se passe dans l
01:24'entreprise.
01:25C'est important pour l'emploi, c'est important pour la productivité également,
01:28parce qu'avec la vague qui nous arrive, celle de l'IA, on va avoir besoin de réorganiser le travail.
01:33Et les entreprises qui feront des gains de productivité seront celles qui seront capables de réorganiser le travail.
01:38Mais pour ça, il faut les aider.
01:39Et en particulier, il faut faire en sorte que le dialogue social soit vertueux, à la bonne échelle, au bon
01:44niveau, c'est-à-dire dans l'entreprise.
01:45Ça fait partie des sujets sur lesquels je pense qu'il faut remettre l'ouvrage sur le métier.
01:49Puis il y a aussi des choses qui ont été bien faites quand même.
01:51On parle beaucoup aujourd'hui, parce que la mobilisation lycéenne nous y invite, de l'apprentissage.
01:58Et cette réforme de l'apprentissage que nous avons faite en 2018, elle nous a coûté pas mal d'argent
02:02public.
02:02Je pense qu'on peut faire avec moins d'argent public, mais elle a multiplié par trois le nombre d
02:06'apprentis.
02:06Moi, dans ce livre, je dis qu'il faut franchir une étape supplémentaire.
02:10Il faut aller vers ce que j'appelle le modèle suisse, c'est-à-dire un modèle dans lequel la
02:13majorité des élèves,
02:14à la fin de la scolarité obligatoire, à la fin du collège,
02:17s'oriente vers l'apprentissage, s'oriente vers la voie professionnelle,
02:20dans tous les métiers, dans tous les domaines.
02:22Parce qu'aujourd'hui, avec l'université, je suis moi-même professeur d'université,
02:26j'ai dirigé des formations, de licences, de masters.
02:28On a au fond un mensonge depuis un certain nombre d'années dans notre système d'enseignement supérieur.
02:34C'est qu'on a laissé croire qu'un diplôme de master allait résoudre tous les problèmes.
02:38On a affaibli la sélection à l'entrée de l'université.
02:41Moi, je défends un système dans lequel plus de gens vont vers l'apprentissage
02:45et plus de gens ont la possibilité de revenir vers l'enseignement général.
02:49En Suisse, vous pouvez commencer soudeur et terminer ingénieur.
02:52C'est ça le système qui doit aujourd'hui nous guider.
02:55Et ça, je pense qu'on peut s'appuyer sur notre réforme de l'apprentissage
02:58qui a changé l'image de l'apprentissage.
02:59Donc, au fond, pour résumer, ce que j'explique dans ce livre,
03:02c'est qu'on a posé un certain nombre de fondations.
03:05Il faut maintenant faire les finitions.
03:06Mais cette société du plein emploi, j'insiste là-dessus,
03:10ce n'est pas simplement un indicateur statistique à atteindre.
03:12C'est une société différente dans laquelle les salariés,
03:16dans laquelle les jeunes ont des perspectives,
03:18négocient mieux leur salaire,
03:19parce que c'est plus facile de négocier votre fiche de paye
03:21quand vous avez 4% de chômage et que vous pouvez aller voir ailleurs
03:24que quand il y a 10% de chômage et que c'est votre employeur qui peut vous remplacer.
03:27Mais vous le dites, il faut laisser de l'air aux entreprises
03:29pour qu'elles puissent faire face à cette vague de l'IA.
03:31Il faut appuyer et passer une étape dans l'apprentissage.
03:35Mais on est dans un contexte budgétaire terrible
03:38où chaque mesure qui nécessiterait des investissements et du temps,
03:42on ne peut pas l'appliquer aujourd'hui.
03:44Dans ce contexte, comment faire son travail ?
03:47Comment penser à la France au-delà de cette année présidentielle,
03:50voire un tout petit peu plus long terme ?
03:52Comment monter un projet réellement ?
03:54C'est notre responsabilité, vous avez tout à fait raison.
03:56Aujourd'hui, le travail à l'Assemblée nationale, au Parlement,
04:00sur le budget, je suis moi-même membre de la Commission des Finances,
04:03est un travail qui a assez peu de sens.
04:05Assez peu de sens parce qu'on sait très bien qu'à la fin,
04:07le budget sera adopté soit par un 49.3, soit par des ordonnances.
04:11Donc le travail parlementaire, aujourd'hui, n'a pas beaucoup d'intérêt.
04:14Mais on a besoin de tracer un cap, de donner une vision
04:18et d'expliquer ce que sera la France dans 10 ans, dans 15 ans,
04:20et en particulier pour notre jeunesse.
04:22Moi, je pense qu'effectivement, on a aujourd'hui des leviers
04:27sur lesquels on n'a pas encore appuyé suffisamment.
04:29On a le levier, je l'ai dit, de l'apprentissage, de la formation.
04:33On a le levier du droit du travail, de la négociation collective.
04:35On a aussi le levier de la fiscalité et du financement de notre modèle social.
04:39Ce que je propose, moi, dans ce livre,
04:42c'est de faire une bascule massive du financement de la protection sociale.
04:46On sait que ça pèse énormément sur le travail.
04:48Je dis quelque chose d'assez simple.
04:50Tout ce qui est dénué de lien avec le travail,
04:52les droits famille, les prestations maladie,
04:56doit être financé par autre chose que par le travail.
04:58Et ça représente 130 milliards de cotisations,
05:00la famille et la maladie.
05:01Je préconise de les supprimer, purement et simplement,
05:04et de les basculer sur d'autres assiettes.
05:05Ça peut être la consommation, ça peut être le foncier,
05:08ça peut être le capital, ça peut être, pourquoi pas,
05:10les grandes successions.
05:11Le message politique, c'est tout pour le travail et l'emploi.
05:14Et ensuite, on partage les efforts pour favoriser cette société-là.
05:17Parce que sans créer plus de richesses,
05:20on ne saura pas financer notre souveraineté,
05:23on ne saura pas financer notre modèle social,
05:24on ne saura pas financer les défis qui sont devant nous,
05:27notamment le vieillissement démographique,
05:28le poids des retraites.
05:30Donc il faut remettre l'ouvrage sur le métier,
05:31il faut faire des choses massives,
05:33mais des choses qui aient du sens.
05:34Je vous demandais d'avoir une explication d'une vision à plus long terme,
05:38mais en même temps, il est extrêmement difficile
05:40de passer cette barrière de cette année.
05:41Les discussions sur le budget, vous l'avez dit,
05:43et puis la présidentielle dans six mois.
05:46Sur le budget, chacun défend son précaré,
05:49on ne sait plus qui taxer,
05:51on a l'impression qu'on veut taxer tout le monde
05:52et en même temps qu'il y a des reculs.
05:55Comment trouver une solution à cette situation budgétaire ?
05:57Vous l'avez dit, Oral 49.3,
05:59mais de façon générale, au bloc central,
06:01qui est extrêmement divisé
06:03et qui va poser réellement un problème dans six mois.
06:06Alors, sur le budget, la situation est absurde,
06:08elle est même, à certains égards, consternante.
06:10À chaque fois qu'on rentre dans l'hémicycle
06:12ou en commission, on en ressort avec des milliards
06:14de dépenses supplémentaires votées par la gauche
06:16et par le Rassemblement national,
06:18le bloc central essaye de tenir,
06:20mais la réalité, c'est que nous ne sommes pas majoritaires.
06:22Maintenant, effectivement,
06:24dans la perspective de la présidentielle,
06:26le bloc central est divisé.
06:27Aujourd'hui, le bloc central, c'est plusieurs candidats.
06:29Moi, j'appelle depuis le début
06:31à ce qu'il y ait une convergence sur le fond
06:33entre les candidats,
06:34parce qu'au fond, entre Gabriel Attal,
06:37Édouard Philippe,
06:37il y a, je pense, des différences
06:39qui ne sont pas majeures.
06:41Et on a besoin, évidemment,
06:42d'éviter ce duel entre LFI et l'ERN.
06:44Il faut que la convergence se fasse vite,
06:46parce que si elle intervient trop tard,
06:48la campagne aura laissé des traces.
06:50Elle en laisse, malheureusement, déjà beaucoup.
06:52Et puis, on a besoin également,
06:54pas simplement,
06:55d'une addition de mesures techniques
06:57dans cette campagne.
06:57On a besoin d'un cap et d'une vision.
06:59Aujourd'hui, je pense que nos concitoyens
07:00sont quand même loin de la présidentielle.
07:03Et leur envoyer des propositions à la figure,
07:06si je puis dire,
07:07c'est avoir la certitude
07:09qu'ils vont les oublier
07:10ou passer à autre chose.
07:11Je pense que l'enjeu à six mois de l'élection,
07:13c'est un cap et une vision.
07:14Et ensuite, on ira dans le détail.
07:15Moi, c'est ça que je défends.
07:17J'essaye de défendre également
07:18les propositions que je porte.
07:20Mais je veux insister,
07:21il n'y a pas de fatalité.
07:22Aujourd'hui, Marine Le Pen
07:24est devant dans les sondages.
07:26Jean-Luc Mélenchon
07:27est apparemment qualifié
07:28pour le deuxième tour
07:29dans un certain nombre de sondages.
07:30Mais il faut bien voir
07:31qu'à six mois de l'élection,
07:33la plupart des favoris,
07:34François Fillon, Dominique Strauss-Kahn,
07:37Édouard Balladur,
07:37si on remonte encore avant,
07:39étaient très loin dans les sondages.
07:42Donc, encore une fois,
07:43il n'y a aucune, aucune fatalité.
07:46Il ne faut pas avoir de défaitisme.
07:47Mais en revanche, il faut se battre.
07:48Et pour se battre,
07:49il faut mettre des idées sur la table.
07:50Je ne veux pas qu'il y ait du défaitisme,
07:51effectivement, ni du pessimisme.
07:53On est néanmoins,
07:54du point de vue un peu plus extérieur,
07:56dans une situation de dette qui explose.
07:59les taux à long terme, eux aussi.
08:02Comment on arrive à maintenir la France
08:05dans une note d'espoir
08:07à laquelle vous tenez ?
08:09D'abord, en adoptant un budget,
08:11pas n'importe quel budget,
08:12il ne faut pas s'éloigner
08:13de la copie initiale du gouvernement.
08:14Un budget avec 5% de déficit,
08:16c'est ça la copie initiale du gouvernement.
08:18Je ne sais pas ce que j'appellerais
08:19un budget sérieux et rigoureux.
08:20Mais c'est le minimum
08:21qui permettra d'envoyer un message
08:24de relative stabilité au marché.
08:26Ensuite, il faut un projet
08:27de réduction de la dette
08:29qui soit crédible.
08:30Et ça, ça repose sur deux principes.
08:32Baisser les dépenses.
08:33Moi, je fais également des propositions
08:34dans mon livre consistant
08:35à mettre en place
08:36ce qu'on appelle des clauses d'extinction.
08:37Il y a beaucoup de dépenses économiques,
08:40sociales, d'intervention
08:40qui gagneraient à être provisoires
08:42et à ne devenir pérennes
08:43que si l'évaluation a montré
08:45qu'elles atteignaient leurs objectifs.
08:46On inverse la charge de la preuve
08:47parce qu'aujourd'hui,
08:48pour supprimer une dépense inefficace,
08:50c'est très dur.
08:50Demain, il faut que ce soit très dur
08:51de la maintenir.
08:52C'est ça le principe.
08:53Et ça permet de faire beaucoup d'économies.
08:54Certains pays l'ont fait.
08:56Baisser les dépenses
08:56de manière rationnelle,
08:57c'est-à-dire sans casser la croissance
08:59et en même temps créer des richesses.
09:00On est très fort en France
09:02pour parler du partage du gâteau.
09:03Le problème, c'est que le gâteau
09:04a tendance à croître
09:05de moins en moins vite,
09:06de plus en plus petit.
09:08Moi, j'ai essayé de réfléchir
09:09à la manière dont on augmentait
09:10la taille du gâteau.
09:11Et ce n'est pas simplement
09:12un sujet économique
09:13et de réduction de la dette.
09:14Évidemment, on aura
09:14de meilleures rentrées fiscales
09:16sans augmenter les taux d'imposition
09:17si la croissance est plus forte.
09:19Mais c'est aussi un sujet
09:20d'équilibre social et politique.
09:23Parce qu'aujourd'hui,
09:24vous le voyez,
09:25la société française
09:26est traversée par beaucoup de tensions.
09:28On les voit dans la rue.
09:29On les voit même
09:30dans les violences,
09:31dans les pillages.
09:32Et au fond,
09:33ça manifeste cette idée
09:34que tout le monde se bat
09:35pour obtenir un petit peu
09:36de la ressource publique.
09:37Je pense qu'en faisant croître
09:39la richesse créée,
09:40on apaisera également
09:41les tensions sociales.
09:42C'est en tout cas l'idée
09:43que je défends
09:44avec cette société du plein emploi.
09:45Ça s'appelle
09:46la société du plein emploi.
09:47Une réponse au malaise français
09:49publié aux éditions
09:50Odile Jacob.
09:51Merci beaucoup,
09:52Marc Ferracci,
09:53d'être venu dans la matinale
09:54de l'économie,
09:54député ensemble pour la République,
09:56membre de la Commission des Finances
09:57et ancien ministre
09:58chargé de l'industrie
09:59et de l'énergie.

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