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Dimanche 28 juin 2026, retrouvez Barbara Dalibard (Présidente du Conseil d'Administration, Michelin) dans SMART WOMEN, une émission présentée par Marie-Claire Capobianco.
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00:04Bonjour Barbara Dalibard.
00:05Bonjour Marie-Claire.
00:06Merci d'avoir accepté mon invitation dans Smart Woman.
00:10Alors je le disais en introduction, vous êtes la présidente du conseil d'administration du groupe Michelin.
00:16Vous avez occupé d'ailleurs différentes fonctions de premier plan exécutif dans d'autres secteurs,
00:22notamment les télécoms avec Orange, la CITA.
00:26Vous avez également été à la SNCF.
00:28Bon, vous êtes membre de l'Académie de technologie.
00:32Bref, et vous avez eu dès le départ une forte tropisme en quelque sorte vers les maths.
00:37Donc vous avez fait des études brillantes.
00:39Normal sup, agrégation de mathématiques, X-Télécom.
00:42Donc ma première question, c'est sur les motivations qui vous ont,
00:47parce qu'on parle beaucoup d'orientation dans les études.
00:49Qu'est-ce qui vous a amené à choisir ces études-là ?
00:53Alors je crois que d'abord il faut que je remercie mes profs.
00:57J'ai eu des professeurs de mathématiques qui m'ont vraiment donné le goût des maths, en fait.
01:02Quand j'étais en quatrième, j'en ai eu une excellente en seconde que j'ai re-eue en terminale.
01:06Et c'était des femmes qui m'ont montré un peu la magie des maths.
01:09Donc j'aimais les mathématiques.
01:11Et en fait, au début, je voulais faire une carrière de mathématicienne.
01:16J'ai ensuite changé d'avis.
01:17Mais globalement, pour moi, il y avait un côté, je dirais, un peu magique, très beau dans la démonstration en
01:24mathématiques.
01:25Et puis le deuxième point, je crois, qui fait que, et si on va revenir aux filles là-dedans, c
01:31'est que, je crois qu'en fait, j'étais un peu rebelle.
01:34J'aimais bien les défis et les challenges.
01:36Et chaque fois, quelqu'un me disait, non, ça, c'est pas pour les filles.
01:39Et on me l'a dit, comme à beaucoup de filles, un certain nombre de fois, à des conseillères, un
01:44prof de maths en première qui me l'a dit.
01:47Je me disais, non, non, mais donc, je vais y aller.
01:49Voilà. Donc, ça a été ça, mon première motivation.
01:53La motivation.
01:53Alors, justement, comme on sait à quel point les filles, malheureusement, et de moins en moins, finalement, vont vers les
02:01filières scientifiques.
02:04Et donc, bon, ça correspond à beaucoup de choses.
02:08On va en parler.
02:09Mais finalement, pour leur donner envie, leur donner confiance, dites-nous simplement, et après, on passera aux raisons,
02:15mais dites-nous simplement, vous, ce que ça vous a apporté, ces études, dans l'exercice de vos fonctions, dans
02:21votre vie, finalement.
02:22Moi, en fait, j'ai eu une carrière très, très, très diversifiée.
02:26Je vais vous l'expliquer.
02:26Enfin, je suis passée des maths parce qu'en fait, je me suis rendue compte que la carrière de mathématicienne,
02:30tout de suite, dans un bureau, c'était pas vraiment pour moi.
02:32Ma fille fait ça.
02:33Oui, c'est ça.
02:34Je suis extrêmement, voilà, admirative de ce qu'elle fait.
02:37Mais moi, j'aime bien parler avec les gens, voir des gens.
02:39Et je m'en suis rendue compte assez vite.
02:41Donc, j'ai migré vers les télécoms.
02:43Et en fait, l'innovation, je dirais, les relations avec les gens, le fait de pouvoir transformer, finalement, la ville
02:50des gens, par les télécoms, par maintenant, ce que je vois chez Michelin, à la SNCF aussi, avec des trains
02:57moins chers, pas efficaces, etc.
02:59Vous avez lancé Ouigo.
03:00J'ai lancé Ouigo, absolument, et qui a été un succès, en fait, qui a été un succès.
03:04Et donc, on voit l'impact qu'on a.
03:07On travaille avec des gens extraordinaires.
03:08On rencontre des gens extraordinaires.
03:10Et donc, ça a été vraiment...
03:12Vous n'auriez pas pu le faire si vous n'aviez pas eu cette formation.
03:15Voilà, je pense qu'effectivement, la formation scientifique, elle aide beaucoup, je dirais, à prendre les bonnes décisions, à rester,
03:24je dirais, rationnelle tous les jours.
03:27Et oui, absolument, elle me sert tous les jours.
03:29Alors, le détail des maintenant.
03:31Oui, bien sûr.
03:31Mais assez vite, la règle de trois, voilà, dans l'industrie, ça suffit.
03:35Je caricature un peu, mais voilà.
03:36Mais la règle de trois, on ne dira jamais assez à quel point c'est utile.
03:39C'est très fondamental de savoir la règle de trois.
03:41Mais donc, toutes les maths que j'ai faits ne servent pas beaucoup.
03:43Mais par contre, la façon de raisonner, le latin au passage...
03:47Aussi, bien sûr.
03:47On peut donner aussi cette étymologie.
03:51Et alors, bon, dans la droite ligne de pas assez de filles qui vont vers ces études, il y a
03:57aussi le pas assez de femmes dans l'industrie, d'ailleurs.
03:59Enfin, les deux sont assez liés, puisqu'il n'y a moins pas d'ingénieurs.
04:02Donc, bon.
04:02Alors, la question fondamentale et finalement un peu lancinante, c'est le pourquoi.
04:07Bon, d'accord.
04:09Et après le pourquoi, le comment faire pour y remédier et pour le faire en accéléré si possible, parce qu
04:13'on est quand même en retard.
04:14Alors, allez-y sur le pourquoi et le comment.
04:17Alors, le pourquoi, c'est très socioculturel.
04:19Enfin, moi, quand je dirigeais la CITA, c'est une entreprise de logiciels, en fait, qui servait les compagnies aériennes.
04:24On était présentes dans 170 pays.
04:27Quand je voulais recruter des femmes en tech, j'allais les prendre en Roumanie, en Inde, et je les ai
04:32trouvées.
04:32Quand on regarde le nombre de filles dans les carrières scientifiques, en fait, dans les différents pays,
04:39les champions, vous savez qui c'est ?
04:40C'est le Maroc et l'Algérie.
04:41Oui, oui, bien sûr.
04:42Et le Danemark aussi en Europe.
04:44Donc, en fait, on se rend bien compte qu'il y a...
04:46Polytechnique, d'ailleurs, le Maroc, cette année, a fourni...
04:48Voilà, exactement.
04:49Oui, bien sûr.
04:49Et donc, il y a beaucoup de femmes.
04:51Et dans mes équipes, même en Égypte, j'avais beaucoup de femmes qui avaient des doctorats, etc., en sciences.
04:56Donc, on se rend bien compte que c'est un problème socioculturel.
04:59Et ce qui est un peu déprimant, c'est qu'en France, on est vraiment à la traîne.
05:03Il y a une étude qui est sortie l'année dernière, qui a été, j'allais dire, pilotée par le
05:07professeur Dehan du Bouges de France,
05:10un grand neuroscientifique, sur l'impact, finalement, de l'école sur les maths, les filles et les garçons.
05:18Et c'est très déprimant parce qu'en fait, on se rend compte que les petites filles ont la meilleure...
05:23Enfin, les mêmes capacités que les petits garçons.
05:25Bien sûr.
05:26Elles rentrent à l'école primaire, plus elles passent de temps à l'école, plus l'écart de compétence entre
05:32les filles et les garçons...
05:34Et c'est vraiment le temps passé à l'école qui fait cette école.
05:37Qui déforme.
05:37Et donc, on se dit qu'il y a bien un côté, encore une fois, socioculturel.
05:41Est-ce qu'on les sollicite autant que les garçons ?
05:43Est-ce que les rôles modèles qu'elles ont à l'époque, c'est des maîtresses qui sont plutôt des
05:48littéraires et qui leur disent, c'est beau les lettres et moins les maths ?
05:51Je ne sais pas.
05:52Enfin, d'ailleurs, l'explication n'est pas évidente.
05:53Mais en tout cas, dès le début, dès 6 ans, je dirais, on voit des écarts se créer.
05:59Et moi, je pense qu'il y a un rôle, je dirais, des enseignants.
06:03Il y a un rôle dans l'entreprise ensuite pour dire aux filles, vous pouvez.
06:06Moi, chaque fois, j'ai eu des expériences extraordinaires.
06:09Deux femmes, on me disait, tiens, tu veux nommer cette femme ? Est-elle capable ?
06:12Alors, est-elle ingénieure ?
06:13J'ai eu ça.
06:14Oui, oui, elle est centralienne.
06:15Elle est centralienne.
06:16Donc, voilà.
06:17Oui, normalement, ça devrait suffire.
06:18Et qui ont réussi merveilleusement.
06:20Et donc, ce qu'il faut, c'est effectivement augmenter la source, faire en sorte qu'il n'y ait
06:25pas d'écart,
06:26s'assurer que les filles aient les mêmes chances que les garçons.
06:29Donc, ça, c'est le travail, je dirais, de la famille, des enseignants, la société.
06:33Et puis après, dans l'entreprise, là aussi, s'assurer qu'il n'y a pas de messages négatifs qui
06:36sont donnés.
06:37Et on en a tout eu, les femmes de mon âge.
06:40Et qu'au contraire, effectivement, on va les pousser.
06:43Donc, ça, c'est un point.
06:44Il y a des entreprises qui ont fait des trucs assez extraordinaires.
06:47Je parle souvent, je ne sais pas si vous connaissez Verizon, Marie-Christophe.
06:50Oui, bien sûr.
06:51Verizon, qui est un des opérateurs majeurs aux États-Unis.
06:54Il a fait une pub que je vous invite à regarder, qui s'appelle Inspire the Mind,
06:59où il explique très bien comment les petites filles, en leur disant,
07:02ben non, ce n'est pas toi qui prends la perceuse, ben non, ce n'est pas toi qui fais
07:04ci,
07:05ben non, ce n'est pas toi qui fais ça, finalement, se retrouvent avec un écart et ne choisissent pas
07:08l'écart scientifique.
07:09Donc, je crois qu'il y a vraiment ça.
07:11Alors, vous avez parlé de l'Académie des technologies.
07:13C'est un sujet dont l'Académie s'est emparée.
07:15Et j'ai des collègues qui agissent pour organiser des réseaux,
07:20effectivement, fabriquer les rôles modèles.
07:22Parce qu'en fait, nous, on a tout un rôle à jouer,
07:24qui est de leur dire aux jeunes filles, vous pouvez le faire.
07:27Oui, bien sûr, bien sûr.
07:28Moi, c'est ce que j'essaie de faire aussi avec des élèves ingénieurs,
07:32que je prends, genre, en tort, une par an.
07:36Et elles sont extrêmement brillantes,
07:38les filles qui ont fait les meilleures études possibles.
07:40Je me rends compte qu'en fait, elles ont à peu près les mêmes problèmes
07:43que ceux que j'avais, moi, quand j'avais en rage,
07:44c'est-à-dire, il y a quand même un paquet d'années.
07:46Mais est-ce qu'elles n'ont pas même davantage de problèmes que ce que vous aviez ?
07:49Parce que vous, vous étiez le côté rebelle qui vous permettait de faire face
07:53et d'être forte, finalement.
07:54Est-ce que, finalement, notre monde n'emmène pas davantage de fragilité ?
08:00Qu'est-ce qu'elles vous disent, les femmes ?
08:02Alors, je pense que les réseaux sociaux,
08:03pour y avoir, sans doute, avec les télécoms,
08:06les réseaux sociaux ont un impact.
08:08C'est-à-dire qu'effectivement, dès lors qu'il se passe quelque chose,
08:11c'est partout et donc ça freine.
08:14Donc, je pense qu'elles subissent ça.
08:17Mais sinon, ce que je vois au travers des remarques
08:20qui leur sont faites par des profs,
08:22par des collègues comme moi, j'en ai eu.
08:25Moi, en maths-p, j'ai un garçon de ma classe qui m'a dit
08:27que ce n'est pas normal que les filles puissent rentrer à Polytechnique.
08:31Je suis sûre que vous étiez devant lui.
08:33J'étais devant lui et je pense qu'en fait,
08:35il a raté le concours et ça a été une petite revanche.
08:40Mais elles vivent ça.
08:41Elles vivent ça et toutes ont des histoires à me raconter,
08:44à la fois dans les entreprises où elles sont en stage
08:46et puis même à l'école.
08:48malgré tous les efforts qui sont faits,
08:50il y a toujours quelqu'un qui dit quelque chose qu'il ne devrait jamais dire.
08:55Et pourtant, franchement,
08:57moi, c'est vrai que je parle de ce sujet des femmes.
09:00Alors moi, je parle dans l'entrepreneuriat,
09:01mais donc en général,
09:02mais c'est encore plus vrai quand on est sur des secteurs,
09:05encore une fois, industriels.
09:06Mais la prise de conscience, elle est largement partagée,
09:09me semble-t-il.
09:10Il y a vraiment des volontés, du moins des initiatives.
09:12Et ça ne bouge pas beaucoup.
09:14Je crois qu'il y a plusieurs éléments.
09:17Encore une fois, c'est socio-culturel.
09:18D'abord, pour que les femmes réussissent là-dedans,
09:20il faut qu'elles aient des rôles modèles.
09:22Moi, j'avais une grand-mère qui avait fait une carrière,
09:24pas du tout en industrie, mais voilà.
09:27J'avais des parents, un grand-père, un polytechnicien
09:30qui me soutenait dans cette démarche.
09:32Donc, il faut avoir un environnement familial favorable.
09:35Après, quand elles se marient,
09:36quelquefois, on leur explique que c'est quand même mieux
09:38de s'occuper de ses enfants.
09:39On me l'a dit un certain nombre de fois.
09:40Mes enfants, ils vont très bien.
09:41Oui, bien sûr.
09:42D'ailleurs, elle était mathématicienne de Renaud.
09:45Donc, on leur dit des choses.
09:47Et du coup, elles sont culpabilisées.
09:49Et puis, effectivement, toutes ne sont pas rebelles.
09:52Donc, quelquefois, c'est difficile à gérer.
09:53Donc, j'ai vu beaucoup de femmes abandonnées, en fait,
09:57sous cette pression-là.
09:58Donc, ce qu'il faut dire au fil, c'est non, allez-y.
10:00Vous pouvez le faire et vous réussirez.
10:02Et elles réussissent, encore une fois, merveilleusement bien.
10:05Moi, je vois toutes les petites jeunes que je mentors.
10:08Et je m'entends aussi des femmes dans l'industrie à plus haut niveau.
10:13Elles apportent énormément.
10:15Donc, c'est dommage de passer d'elles.
10:18C'est QFED.
10:19Bon, donc, bref.
10:20On va espérer, il nous reste à espérer que notre interview
10:23donne justement, enfin, fasse partie de ce qui donne envie,
10:26donne confiance, etc.
10:28Et qu'on aura davantage de filles et de femmes
10:30qui seront orientées vers ces sujets-là.
10:34Merci beaucoup, en tout cas.
10:35Merci, Barbara.
10:35Merci, Marie-Claire.
10:36Merci.
10:37Merci.
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