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  • il y a 3 mois
Ce mercredi 22 octobre, Gaspard Estrada, membre de l'unité Sud Global de la London School of Economics and Political Science, était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Ils sont revenus sur les tensions qui montent entre les États-Unis, la Colombie et le Venezuela, notamment en raison de la lutte contre le narcotrafic. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Focus sur les tensions qui montent entre les Etats-Unis, la Colombie et surtout le Venezuela.
00:05Tensions sous couvert de lutte contre le narcotrafic.
00:08On est avec Gaspard Estrada.
00:09Bonjour, vous êtes membre de l'unité sud-globale de la London School of Economics and Political Salience,
00:15la LSE évidemment bien connue.
00:17On commence avec le Venezuela, avec Donald Trump qui veut clairement la peau de Maduro.
00:21Quand je dis ça, c'est au sens strict.
00:23C'est-à-dire qu'on a appris dernièrement qu'il avait fait travailler la CIA pour éliminer Maduro.
00:28Il n'a pas fait de commentaire, mais ses réactions montrent quand même qu'il y avait un projet.
00:32Ça se tente très sérieusement quand même.
00:35Oui, lors de ma dernière intervention sur ce plateau,
00:39le gouvernement américain avait proposé 50 millions de dollars
00:44à toute personne qui donnerait des informations visant à pouvoir capturer Nicolas Maduro.
00:51C'est quand même le double de ce que les Etats-Unis avaient proposé pour avoir la tête de Bin Laden.
00:55Aujourd'hui, effectivement, les Etats-Unis font fuiter cette nouvelle
01:02au fait que les Etats-Unis, le président Trump a autorisé ses services de renseignement
01:07à mener ses opérations.
01:10Et en plus, de manière plus large, il y a plus de 10 000 soldats qui sont dans les Caraïbes
01:16pour qu'il est clair qu'il y a une affirmation de cette volonté de changer de régime au Venezuela
01:27avec les conséquences que cela pourrait avoir pour la stabilité régionale.
01:32On voit bien, par rapport à d'autres dossiers plus importants,
01:36disons dans la géopolitique internationale,
01:38je pense notamment à l'Ukraine et ce qui se passe aujourd'hui entre la Russie et les Etats-Unis,
01:42que Donald Trump peut changer du tout au tout en l'espace de quelques heures.
01:46Donc il faut rester prudent sur la réalité de ce qui peut arriver à l'avenir.
01:52Mais il est clair qu'il y a eu un changement de perspective ces dernières heures.
01:56Annalisa ?
01:57En effet, un sujet sur lequel il a changé du tout au tout,
01:59c'est ses relations avec la Colombie.
02:02Donald Trump a parlé d'une possible opération en Colombie.
02:06Il a affirmé que Petro, le président colombien, est un baron de la drogue
02:11qui encourage fortement la production dans son pays.
02:14Et il a coupé les aides financières à la Colombie.
02:17Comment on en est arrivé là, entre deux pays qui sont traditionnellement très proches ?
02:22Effectivement, vous avez raison de le souligner,
02:24la Colombie était historiquement l'allié le plus proche des Etats-Unis.
02:29Avec un niveau d'aides financières colossal.
02:31Oui, notamment le plan Colombie qui a eu lieu après les volontés de l'ancien président Uribe
02:37de mettre fin aux FARC, aux guérillas.
02:40Et il y a une très grande proximité entre les deux Etats-majors, les deux armées.
02:45Et c'est pour ça que, de ce point de vue-là,
02:48cette sorte de rupture, elle est très importante à suivre.
02:52Parce qu'elle fait suite à d'autres mouvements du gouvernement colombien
02:58qui essaient de se rapprocher de la Chine.
03:00La Colombie est le dernier pays qui a adhéré aux routes de la soie de Pékin.
03:07La Colombie souhaite adhérer à la banque des BRICS.
03:12Et donc, on voit bien qu'il y a, de la part du gouvernement Petro,
03:14une volonté de changer ses priorités en matière de politique étrangère.
03:22Néanmoins, il faut bien avoir à l'esprit que le président Petro est en fin de mandat.
03:27Il y aura des élections présidentielles en mai prochain.
03:32Et donc, de ce point de vue-là, je ne suis pas convaincu que ce réalignement tiendra sur la durée.
03:39La plupart des candidats à la présidentielle ont d'ores et déjà fait savoir
03:43qu'ils souhaiteraient se réapprocher du gouvernement américain.
03:48Pour se réapprocher, il faut lutter contre le narcotrafic.
03:51A priori, c'est ce qu'ils demandent.
03:52Est-ce qu'il y a aujourd'hui des efforts visibles mis en place dans cette lutte contre les trafiquants ?
03:57Alors, il y a une volonté de la part des gouvernements latino-américains
04:02de s'attaquer à la question du narcotrafic.
04:06Néanmoins, ce qu'il faut bien avoir à l'esprit,
04:08c'est que le marché des drogues aux États-Unis a notoirement évolué ces dernières années,
04:13notamment à la suite de l'arrivée du fétanil dans les rues des États-Unis et du Canada.
04:20Cela a contribué à faire évoluer les routes de la drogue,
04:25notamment des drogues qui viennent d'Amérique du Sud,
04:27et je pense notamment à la cocaïne, vers les pays européens.
04:32Et ça explique pourquoi il y a de plus en plus de cocaïne qui arrivent en Europe,
04:37notamment via les ports, je pense en France au Havre, mais aussi en vert,
04:40et avec tous les phénomènes de criminalité que cela en fait.
04:43Mais ce qui veut dire qu'il y a un effort pour l'entrée aux États-Unis,
04:46et que ça se déporte en fait, comme n'importe quel commerce dont les barrières seraient fermées
04:51et qu'il faudrait qu'ils aillent vendre ailleurs.
04:52Ce qui se passe, c'est que si on réfléchit, si on a un raisonnement économique,
04:57l'offre et la demande, malheureusement s'il y a la demande,
05:00et bien si la demande existe, l'offre va se créer,
05:04étant donné qu'il s'agit d'un marché extrêmement lucratif.
05:07Là où il y a un point, et il me semble qu'il est intéressant d'analyser,
05:11c'est qu'en effet, l'évolution du trafic de drogue aux États-Unis
05:17fait que de plus en plus d'Américains consomment du fétanil au lieu de la cocaïne.
05:21Or, le fétanil ne vient pas prioritairement d'Amérique du Sud,
05:25et notamment de Colombie ou du Venezuela.
05:28Il vient de précurseurs qui sont produits en Chine,
05:32et qui sont par la suite transformés soit dans des laboratoires au Mexique
05:35ou aux États-Unis.
05:37Donc, c'est vrai que l'argument qui est utilisé par Washington
05:41justement pour s'attaquer à la Colombie ou au Venezuela
05:45ne tient pas trop la route,
05:46étant donné que ces pays ne produisent pas de fétanil,
05:49mais plutôt de cocaïne qui, lui, est plutôt envoyé.
05:53Annalisa ?
05:54Justement, la lutte contre le narcotrafic est aussi un prétexte,
05:57en réalité, pour essayer de serrer la vis sur les États de cette région-là.
06:02On parle beaucoup dans les analyses outre-Atlantique
06:05de défense hémisphérique, c'est le retour d'une doctrine
06:08où Trump considère que tout ce qui est dans la moitié nord du globe
06:11finalement lui appartient.
06:13Est-ce que c'est le retour des logiques d'ingérence en Amérique centrale ?
06:17Très clairement.
06:19D'ailleurs, je pourrais, disons, amplifier ce raisonnement
06:23en disant que Donald Trump a d'ores et déjà manifesté son souhait
06:27d'annexer le Canada, le Groenland, le Panama.
06:31Donc, je pense que c'est une logique beaucoup plus large
06:34où le droit international n'a plus lieu d'être, en quelque sorte,
06:39où le respect des normes n'est plus en cours aujourd'hui à Washington.
06:45Or, les États-Unis étaient jusqu'à présent le garant
06:48de cet ordre international du système onusien.
06:52Et donc, de ce point de vue-là, il est clair qu'il y a une régression en la matière,
06:56qu'il y ait une volonté des États-Unis de refaire de l'Amérique latine son précaré,
07:02son arrière-cours, avec une grande évolution.
07:07Néanmoins, c'est qu'aujourd'hui, la Chine est le principal partenaire commercial
07:10de la plupart des pays de la région.
07:12Et ça, ça pose énormément de problèmes pour les États-Unis,
07:16puisque certes, on peut constater qu'à court terme,
07:19certains pays choisissent de se rapprocher de Washington
07:23compte tenu des menaces qui sont proférées par les États-Unis.
07:28Je vais vous donner un exemple très concret,
07:29c'est le Panama qui a décidé d'abandonner le programme des routes de la Chine.
07:36Néanmoins, à long terme, ce qu'on voit bien,
07:38c'est un effritement de la confiance qu'ont les pays latino-américains
07:41vis-à-vis d'un partenariat avec les États-Unis.
07:44Merci beaucoup, Gaspar Estrada,
07:45est venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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