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  • il y a 26 minutes
Ce vendredi 20 février, Gaspard Estrada, membre de l'unité Sud Global de la London School of Economics and Political Science, était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Ils sont revenus sur les difficultés économiques de Cuba suite aux sanctions américaines et à la forte pression exercée par Donald Trump empêchant le pays de s'approvisionner en pétrole. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Cuba, une économie de plus en plus fragilisée par les sanctions américaines et la forte pression exercée par Donald Trump
00:06qui empêche notamment le pays de s'approvisionner en pétrole.
00:10On en parle avec Gaspard Estrada. Bonjour, vous êtes membre de l'unité Seulglobal de la LSE.
00:16La crise du carburant, c'était déjà un sujet auparavant, ça a toujours été compliqué pour Cuba,
00:22mais désormais c'est devenu un sujet majeur.
00:24On a vu des compagnies aériennes arrêter de pouvoir avoir accès au pétrole
00:28en se réorganisant depuis d'autres pays.
00:31À quel niveau aujourd'hui Cuba se retrouve enfermée, isolée et en difficulté économique ?
00:38Bonjour, en effet, je pense que vous l'avez bien décrit, la situation est critique aujourd'hui pour Cuba
00:45puisque l'administration Trump fait tout son possible pour éviter que des pays qui jusqu'à présent fournissaient ce pétrole,
00:55que ce soit le Mexique, que ce soit le Venezuela, continuent de le faire
01:01et donc ça a un impact très concret dans la vie des Cubaines et des Cubains
01:06en ce qui concerne l'accès à l'électricité, en ce qui concerne la capacité des Cubains de voyager.
01:15Vous l'avez mentionné, il n'y a plus de kérosène aujourd'hui à Cuba
01:18et donc ça isole le pays du monde et ça crée les conditions
01:24pour qu'il y ait, selon les souhaits de Washington, un changement de régime dans l'île.
01:32Même s'il y a aussi une inconnue, et il me semble que s'il s'agit d'une inconnue
01:36majeure,
01:37c'est que compte tenu de cet état critique sur le plan économique,
01:41on peut s'attendre à ce qu'il y ait davantage de flux migratoires,
01:45de gens qui tout simplement cherchent à quitter le pays
01:48et on est à quelques mois des mi-termes aux États-Unis.
01:52Et donc de ce point de vue-là, je pense qu'il y a un problème politique
01:56en matière de politique intérieure pour le gouvernement américain,
02:00c'est certes on souhaite provoquer un changement de régime,
02:04cela pourrait avoir aussi un coût très dur sur le plan humain et un coût migratoire.
02:08Mais concrètement, on a des voitures qui n'avancent plus, qui sont à l'arrêt,
02:12des coupures d'électricité, alors ça existait déjà, mais pire qu'auparavant.
02:15C'est ça le quotidien aujourd'hui à Cuba ?
02:18Oui, le quotidien était déjà extrêmement dur, il est encore pire aujourd'hui.
02:22Annalisa ?
02:22En plus de la pénurie de carburant, il y a une pénurie de dévises étrangères,
02:26on sait qu'il n'y a presque plus de dollars de dévises étrangères qui rentrent,
02:29il y a des difficultés sur les transferts de fonds de la diaspora.
02:33Quel est l'impact de l'absence de dévises étrangères sur le régime ?
02:36Très clairement, ça affaiblit encore plus, encore davantage l'économie du pays
02:44qui vivait justement de ces transferts monétaires pour pouvoir financer d'autres importations.
02:53Et tout cela a été construit par l'administration américaine,
02:58que ce soit durant le premier mandat de Donald Trump,
03:02le fait de bloquer le plus possible les investissements en matière économique,
03:12notamment dans le secteur du tourisme, et notamment durant la pandémie,
03:16lorsque Trump était encore président,
03:18un secteur économique qui ne s'est jamais réellement relevé de la pandémie,
03:24que ce soit en maintenant les sanctions des États-Unis.
03:29Et je pense qu'il y a un deuxième facteur,
03:31c'est que cette diminution du tourisme,
03:35c'est aussi traduit par une diminution de l'arrivée de devises étrangères,
03:40puisque les touristes payaient en dollars,
03:42et aujourd'hui il y en a beaucoup moins.
03:43Mais que disent les autorités ?
03:45Ils disent qu'on tient bon face à Trump, c'est compliqué.
03:48C'est quoi le discours officiel ?
03:49Le discours officiel, c'est comme toujours la lutte contre l'impérialisme américain,
03:55des manifestations dans la rue,
03:58mais, petite évolution, un souhait de dialoguer avec Washington,
04:04ce qui illustre la fragilité du régime,
04:07et le fait que vraisemblablement il doit y avoir des discussions,
04:14la question est de savoir les discussions pourquoi et avec qui.
04:18Je pense qu'il y a encore beaucoup d'inconnus.
04:21Le propre gouvernement américain reconnaît qu'il y a des discussions
04:25avec des autorités cubaines,
04:27mais on ignore totalement l'agenda de ces échanges.
04:30Vous dites des discussions avec qui ?
04:32Est-ce que c'est avec Marco Rubio,
04:33qui lui est un fils d'exilé cubain,
04:36qui avait une vision un petit peu radicale vis-à-vis de Cuba ?
04:39Est-ce que c'est lui qui est clé dans le dossier ?
04:41Est-ce qu'il est sur autre chose ?
04:42Comment voyez son rôle ?
04:43Il est central dans ce dossier,
04:46tout d'abord parce que pour lui,
04:47c'est un élément central pour la conduite de sa politique étrangère,
04:53et c'est quelque chose qui le rendrait vraiment incontournable,
04:58notamment vis-à-vis de ses électeurs,
05:01des électeurs plutôt latinaux,
05:04dans le sud de la Floride,
05:06qui est sa circonscription électorale,
05:10mais qui enverrait un message très fort en disant
05:13s'il y a un changement de régime.
05:16Enfin, voilà la personne qui a réussi à mettre fin au régime castriste.
05:23Il faut bien avoir à l'esprit que Marco Rubio se positionne
05:27par rapport à l'élection présidentielle de 2028,
05:30et donc ce serait pour lui, voilà, un marqueur politique.
05:33– Annalisa ?
05:35– Donald Trump dit que Cuba va étouffer tout seul,
05:39que toutes ses sanctions vont faire que le régime va s'asphyxier
05:42sans besoin d'une intervention directe des États-Unis.
05:44Ce qui est sûr, c'est qu'on a prédit déjà l'effondrement du régime
05:48des dizaines de fois au cours des dernières années.
05:50Qu'est-ce qui fait que cette fois, c'est différent ?
05:52Est-ce que cette fois, c'est différent ?
05:53– Je pense que je ne peux pas du tout prédire,
05:57je n'ai pas une boule de cristal.
05:59Ce qui est sûr, c'est que les éléments qui permettaient la survie du régime,
06:06je pense notamment à l'accès au pétrole,
06:09cet accès s'est nettement amenuisé,
06:12et on fait face aujourd'hui à des situations de détresse,
06:16y compris parce que sur le plan sanitaire,
06:18il y a eu une très grande circulation de virus et d'épidémies,
06:26notamment transmises par des moustiques,
06:28donc des maladies tropicales.
06:30Et ça, ça a aussi contribué à diminuer le nombre de touristes
06:34et donc l'afflux de dollars.
06:36Et c'est pour ça que, de ce point de vue-là,
06:38cette stratégie américaine,
06:40elle vise vraiment à asphyxier l'économie cubaine
06:44dans toutes ses modalités.
06:47Et donc, c'est pour ça que cette crise,
06:48elle est quand même historiquement grave.
06:50– Merci beaucoup, Gaspard Estrada,
06:51d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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