00:00C'est Emmanuel Lechypre aujourd'hui, c'est Raphaël Lejean.
00:02La patronne des écologistes, Marine Tondelier, propose la création d'un congé climatique de 5 jours par an.
00:07Ça permettrait aux travailleurs de ne pas aller travailler, mais d'être prise en charge financièrement.
00:12Une mesure qui s'inspire du modèle espagnol.
00:14Qu'est-ce que vous en pensez, Emmanuel Lechypre ?
00:16Alors, vu comment vous présentez les choses, vous devez vous dire que je vais avoir du mal à défendre cette
00:22mesure.
00:22Allez hop, 5 jours de congés supplémentaires, etc.
00:30C'est ce que j'allais vous dire.
00:32Non mais ce qui est fou, c'est que dans un pays où, bon, il est vrai, la protection sociale
00:35est déjà très étoffée,
00:37c'est devenu impossible d'évoquer une nouvelle mesure de protection sociale originale
00:42sans que ça suscite tout de suite une levée de boucliers de la part des syndicats de patrons,
00:46voire de certains chefs d'entreprise, etc.
00:49Ben non, justement, moi aussi, honnêtement...
00:52Mais c'est quand vous êtes arrivé à 4h ce matin, vous m'avez dit c'est idiot, donc vous
00:55avez changé d'avis.
00:56On peut dire la vérité, quand on s'est dit c'est un des sujets du jour pour discuter,
00:59on s'est dit mais comment on va... c'est compliqué d'être d'accord.
01:01Mais en fait, quand on regarde bien, il y a quand même des choses qui sont assez intéressantes dans cette
01:06proposition.
01:07La première, c'est que je suis désolé, mais les accidents climatiques, les canicules, les intempéries, etc.
01:14ça devient quand même la norme.
01:15Donc il s'agit quand même de prendre en compte l'adaptation à une situation climatique
01:21qui est ce qu'elle est aujourd'hui.
01:24Cette nouvelle réalité, c'est celle des aléas climatiques et c'est celle des canicules.
01:29Donc, comme on a créé les congés maladies pour faire face aux risques sanitaires,
01:34c'est pas absurde qu'on ait ce risque-là.
01:36Après, le coût humain de toutes ces canicules, il est réel.
01:40Il est réel parce qu'effectivement, vous avez les écoles qui ferment.
01:44C'est profondément inégalitaire.
01:46Qui doit s'occuper des enfants quand les écoles ferment ?
01:49Ça tombe toujours sur les mêmes.
01:50C'est particulièrement pénalisant pour les femmes.
01:53C'est particulièrement pénalisant pour les familles les plus modestes.
01:56Et donc, c'est pas délirant de demander à ce que ce soit pas elles
02:00qui subissent la totalité de cet inconvénient climatique.
02:04Bon, sur la sécurité au travail, oui, il y a quelques arguments qui valent le coup.
02:08Alors, c'est vrai que le code du travail prévoit quand même déjà certaines possibilités.
02:12Donc, ça, c'est possible.
02:13L'Espagne l'a fait, effectivement.
02:15L'Espagne l'a fait en novembre 2024.
02:18Ça n'avait rien à voir.
02:19Donc, c'est pas une exception.
02:21C'est vrai que c'était dans des conditions différentes.
02:22C'est pas du tout.
02:23Mais il y a l'inspiration.
02:24Et puis, il faut rappeler quand même, parce que quand vous avez présenté la mesure en 10 ans,
02:295 jours de congés pour tout le monde.
02:32J'ai lu, c'est ultra factuel ce que je vous ai dit quand même.
02:34Oui, mais tout à qui ?
02:35La réalité, c'est qu'en fait, il faudra quand même qu'il y ait une décision officielle,
02:39un peu comme l'état de catastrophe naturelle,
02:41qu'il y ait le gouvernement qui déclare qu'on est dans une situation.
02:45Donc, ce ne sera pas un truc inextricable.
02:47Ce ne sera pas un débat.
02:48C'est pas Gécho, je me mets en congé.
02:49C'est pas Gécho, je me mets en congé.
02:50Oui, enfin, c'est quand même l'idée qui sort politiquement.
02:52Et c'est ce qu'elle souhaite faire, Marine Tondelier.
02:54C'est quand même à chaque fois un problème.
02:55Hop, une RTT, quoi.
02:57C'est comme Sophie Binet, pardon, la patronne de la CGT,
03:00qui voulait rajouter un jour de congé supplémentaire
03:02parce qu'on en aurait moins que la moyenne européenne.
03:05C'est n'importe quoi.
03:06On ne travaille pas assez en France.
03:09Donc, la solution, et d'autant plus, vous avez raison,
03:11c'est bien parce que ça devient la norme,
03:12ces crises climatiques à succession,
03:14que la réponse ne peut pas être on arrête de bosser.
03:18Il faut s'adapter.
03:20Ce qu'on n'a jamais fait depuis 20 ans.
03:22On le sait depuis 20 ans que ça nous pend au nez.
03:25On ne s'est jamais adapté.
03:27D'abord, on mélange trois problèmes avec ce congé canicule.
03:32Parce que que vous ayez une canicule sur un chantier,
03:34des routes coupées pour une inondation ou des écoles fermées,
03:36ce n'est pas du tout la même chose.
03:39Dans un cas, vous devez protéger le salarié sur son lieu de travail.
03:43Bon, devinez quoi ?
03:44Le droit du travail impose évidemment à toutes les entreprises
03:47de donner un cadre safe à tous les salariés.
03:50C'est déjà le cas aujourd'hui.
03:52Et donc, en plus, vous avez des mesures qui ont été mises l'année dernière
03:55ou en 2024, je ne sais plus,
03:56pour protéger tous les travailleurs, notamment dans le bâtiment,
03:59qui sont sur les toits, etc.,
04:00à partir d'une certaine température.
04:02Vous arrêtez de bosser, quoi.
04:04Non, soit vous décalez les horaires,
04:06vous commencez beaucoup plus tôt,
04:08vous commencez beaucoup plus tôt,
04:09une heure, deux heures plus tôt,
04:10et vous arrêtez de travailler plus tôt.
04:11Mais quand il fait 40 degrés,
04:13vous n'allez pas envoyer un couvreur,
04:15un toit d'ardoise.
04:16Tu les déposes évidemment deux heures plus tôt à la crête,
04:19bien évidemment, ou à l'école, bien sûr.
04:21On a le droit de s'arranger.
04:22Il y a du télétravail aujourd'hui,
04:23puis il y a plein de métiers, pardon,
04:27dont on a besoin quand vous avez de la canicule.
04:29On ne va pas demander aux infirmiers
04:33de se mettre en congé climatique un jour de canicule
04:36quand il faut aller s'occuper des personnes âgées.
04:39Évidemment que l'adaptation, c'est la clean.
04:41Là, ça devient un peu ce congé climatique,
04:43le couteau social,
04:44on va tout régler par on ne bosse pas,
04:47on reste à la maison.
04:48Ça ne règle qu'un problème.
04:50Et la comparaison avec le modèle espagnol,
04:53c'est complètement fallacieux.
04:54Ce n'est pas ce qui s'est passé en Espagne.
04:56En Espagne, ils avaient retenu les salariés
04:57au moment de grande inondation.
04:59Donc c'est ce qu'avait voulu régler le problème espagnol.
05:04Les entreprises sont tenues de protéger leurs salariés
05:08depuis le 1er juillet 2025.
05:09Donc les employeurs doivent adapter l'organisation aux horaires.
05:14Bon, enfin, tout ça existe déjà.
05:16Oui, mais en même temps,
05:19enfin, encore une fois, je continue.
05:20Ce n'est pas le moins de travail qui fait que
05:22on va régler le problème du réchauffement climatique.
05:25Mais parce que c'est le réflexe de la gauche dans ce pays.
05:30C'est catastrophique.
05:31Oui, il faut adapter le travail.
05:33C'est le fouet pour travailler plus.
05:35Justement, pardon, c'est pour la prospérité commune.
05:38On va vers plus de chaleur.
05:39La réalité, c'est qu'il faut qu'on s'adapte
05:41et qu'on puisse travailler dans de bonnes conditions.
05:43La réalité, c'est que les canicules, elles ont un coût.
05:46On le connaît.
05:47Il a été estimé.
05:47Allianz est devenu le spécialiste, notamment,
05:50et il nous dit quoi ?
05:51Il nous dit que, finalement, une journée de canicule,
05:55c'est l'équivalent d'une demi-journée de grève en termes de coût.
05:59Et la réalité, c'est que cette mesure, qui aurait un coût...
06:02Admettons, par exemple, que cette mesure,
06:05on la limite aux parents qui sont coincés
06:09par les fermetures d'écoles, etc.
06:11Ça fait à peu près un milliard et demi
06:14de coût de la mesure sur l'année.
06:16Si on considère que la mesure,
06:17c'est ces cinq jours qui sont pris uniquement
06:19par les parents qui ont besoin d'aller chercher leurs enfants à l'école.
06:22Mais la réalité, c'est que le coût,
06:23c'est que ces 1,5 milliard,
06:25ils viennent en déduction du coût de la canicule.
06:28Ils ne viennent pas s'ajouter au coût de la canicule.
06:31Parce qu'évidemment, c'est tout un tas de dépenses
06:33et d'inefficacité que vous avez.
06:35En moins, les baisses de productivité,
06:37les difficultés de transport, etc.,
06:39vous les avez moins.
06:40Donc, je comprends qu'on tire sur chaque mesure
06:43de progrès social, comme ça,
06:45à chaque fois qu'il y en a une qui se présente.
06:47Celle-là, elle n'est peut-être pas bien formulée.
06:49Mais ce n'est pas un progrès social, là.
06:50C'est juste une mesure d'urgence.
06:52Mais oui, on confond justement
06:54adaptation, réchauffement climatique
06:55et mesures sociales.
06:57Ça n'a rien à voir.
06:57Ça n'a rien à voir.
06:58Ce n'est pas ça dont on a besoin.
06:59C'est des investissements colossaux
07:00qui réservent absolument pas les mêmes à ce sujet.
07:02Et voilà la transition.
07:04Vous allez voir que c'est mieux
07:04comme de vous faire un pavé dans la marre.
07:07Vous allez voir, ça va être la révolution,
07:08ce que je vais vous dire.
07:09La prévention, ça coûte moins cher
07:11que de s'adapter.
07:12Ça fait mille ans qu'on le dit.
07:13On est bien d'accord.
07:15Mais le problème, c'est qu'il y a
07:16un moment de transition
07:16qu'il faut bien gérer.
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