00:00Face à l'année de le chiffre, c'est Raphaël Lejean.
00:02On va donc parler de cette croissance européenne.
00:04La BCE revoit ses estimations pour l'année.
00:07Alors il y a un scénario central désormais à 0,9 de croissance, 2,6 d'inflation.
00:11Est-ce que ça sent quand même la récession, Emmanuel ?
00:14Alors ça ne sent peut-être pas la récession brutale, violente, on n'est pas en 2008.
00:19Mais la récession rampante, oui, il y a des risques incontestablement.
00:23D'abord parce qu'on est sur une dynamique d'activité qui est déjà faible.
00:29Donc il n'y a pas d'élan.
00:30Donc la capacité à absorber les chocs, elle est faible.
00:34Si on compare avec 2022, en 2022, je vous rappelle qu'on était dans une reprise post-Covid
00:39où on avait une dynamique d'activité qui était quand même bien plus forte.
00:42Là déjà, si vous prenez la production industrielle au niveau européen,
00:45on est quasiment autour de zéro en termes de progression.
00:48Donc on était déjà faible, donc ce ne sera pas brutal.
00:51Et voilà, et quand vous avez un choc énergétique qui frappe une économie faible,
00:55évidemment ça a plus d'impact que quand cette économie croît.
00:58On a une réactivité des prix qui est plus forte qu'en 2022.
01:01C'est-à-dire que la façon dont les prix se transmettent aujourd'hui
01:04le long de la chaîne de production est plus rapide.
01:07Regardez les annonces qui ont été faites par les chimistes hier.
01:10Plus 30% pour BASF.
01:11Exactement, plus 30% pour BASF.
01:14Pour les plus européens.
01:15Et puis surtout, ce qu'on voit, c'est que l'effet inflationniste,
01:18il n'est pas lié seulement à la répercussion mécanique de la hausse des coûts énergétiques.
01:24C'est que vous avez tout un tas de secteurs aujourd'hui qui réduisent la voilure.
01:27Quand vous voyez par exemple les pêcheurs, les routiers qui vous disent
01:30« Les routiers, c'est la semaine prochaine des entreprises entières qui vont s'arrêter de rouler. »
01:35Vous aurez un effet inflationniste.
01:36Bien sûr que si.
01:37Il suffit de les écouter.
01:38Ils répercutent aussi.
01:41Ils répercutent pas seulement.
01:42Soit ils répercutent, soit ils arrêtent de rouler.
01:45Et à ce moment-là, vous avez des problèmes de pénurie.
01:47Donc vous aurez un effet inflationniste.
01:50Ensuite, on frappe quand même, là encore, comparons à 2022,
01:54on frappe des ménages qui ont des marges de manœuvre plus faibles sur leur budget.
01:59On l'a déjà évoqué sur les dépenses contraintes plus fortes que jamais.
02:01Mais vous frappez aussi des PME aux trésoreries
02:05qui sont dans un état bien moins confortable que ce qu'elles étaient en 2002.
02:09Vous avez des politiques économiques qui sont nettement plus restrictives qu'en 2022.
02:13En 2022, je vous rappelle qu'au moment du choc énergétique,
02:16les taux étaient beaucoup plus bas, que ce soit les taux longs que les taux courts.
02:19Et puis je vous rappelle qu'on avait fait des boucliers énergétiques,
02:21qu'on n'a plus les moyens de se payer aujourd'hui.
02:24Bref, il y a quand même des craintes de ce que moi j'appellerais une récession rentrante.
02:30Vous êtes plutôt optimiste.
02:31Oui, on est typiquement dans le biais cognitif des journalistes
02:35qui veulent dramatiser absolument toute la situation.
02:37Ça donne l'air intelligent de dramatiser.
02:39On avait une économie qui était quasiment à zéro.
02:43Elle restera quasiment à zéro.
02:44On ne va certainement pas rentrer en récession.
02:46La définition technique d'une récession,
02:48c'est deux trimestres consécutifs de recul du produit intérieur brut.
02:53Les prévisions de croissance de la zone euro
02:55étaient jusqu'à la révision de la BCE hier de 1,2 à 1,3% pour 2026.
03:01On corrige à 0,9%.
03:02Ça veut dire qu'on prend déjà un impact de 30, 40, 50% de hausse du prix du baril.
03:08Je rappelle qu'une hausse de 10% du baril, ça a un impact à peu près d'un petit
03:120,1 point de croissance en moins.
03:16Ça veut dire que pour atteindre, pour revenir à zéro,
03:18il faudrait qu'on ait un baril à 200 dollars.
03:20On n'y est pas.
03:20Les Saoudiens disent 180 en avril.
03:23Bon, on va voir.
03:24Ça va évidemment dépendre de la durée du conflit.
03:27Les dernières nouvelles qu'on a sur le front, notamment côté israélien,
03:30mais aussi côté américain, indiquent que quand même,
03:32on serait plutôt sur fin avril pour une fin de conflit.
03:36Ça serait assez rapide.
03:37On n'en sait rien.
03:38La vérité, c'est qu'on n'en sait rien.
03:39On n'arrête pas de le dire tous les jours.
03:40Donc, si ça dure pendant un an comme ça, c'est sûr que ça sera beaucoup plus compliqué.
03:46Voilà un économiste encore aussi inutile que Jean-Marc Daniel qui a dit « je ne sais pas, je ne
03:52sais pas. »
03:52Non, mais il faut être lucide.
03:53On donne des pistes, mais la réalité, c'est que personne n'en sait rien.
03:56Tout dépendra de la durée de ce conflit.
03:58Il y a des choses qu'on sait, Raphaël.
03:59Il y a des choses qu'on sait.
04:00On sait par exemple, et là encore, c'est une grosse différence avec 2022,
04:04ce qui compte, c'est aussi le contexte dans lequel vient frapper un choc énergétique.
04:09Là, vous avez par exemple un gros changement,
04:12deux gros changements par rapport à en 2022, parce que les choses vont vite.
04:15Vous avez la situation, par exemple, de notre voisin allemand.
04:18Je rappelle qu'il y a cinq ans, l'Allemagne considérait encore que la Chine était un de ses gros
04:22clients,
04:23alors qu'aujourd'hui, elle est devenue un de ses principaux concurrents.
04:27On a aussi un moment d'incertitude technologique,
04:31et là où votre choc énergétique peut avoir un impact,
04:35sauf que quand vous voyez les chiffres qui sont sortis encore récemment
04:38et qui s'affinent de plus en plus au fil des semaines
04:40sur l'impact de l'intelligence artificielle sur l'emploi, par exemple,
04:43et bien ça, c'est un effet multiplicateur de ce qui peut se passer avec le choc énergétique.
04:49Vous voyez l'instrumentalisation des peurs, le pouvoir des cauchemars.
04:52Il fait de la politique, Emmanuel Lechypre.
04:54On prend compte tous les éléments qui font que, quand on veut comparer par rapport à une situation intérieure,
04:59le contexte est différent et donc on peut avoir des impacts objectivement différents.
05:04Ça ne veut pas dire que ça va se passer, mais ça veut dire que la situation est moins confortable
05:07qu'en 2022.
05:08Je reviens sur mon histoire de Toulon, parce que ça aussi, ça a quand même beaucoup changé.
05:11Oui, je suis très surlupinée par le boune au-dessus des 3% parce que je trouve que c'est
05:15un signal assez négatif.
05:17Non, mais non, c'est simplement l'Allemagne qui va devoir lever 300 milliards sur les marchés l'année prochaine,
05:21qui va se réendetter, qui va creuser ses déficits parce qu'il y a un bazooka de 1000 milliards d
05:26'euros d'investissement
05:26qui doit arriver dans les 10 prochaines années.
05:28Ça, c'est plutôt une bonne nouvelle et ça va soutenir la croissance.
05:32La seule réponse énergétique qu'a l'Europe, c'est de dire qu'il faut lâcher les finances publiques
05:36pour que les gens puissent avoir une essence moins chère.
05:39C'est sûr que ça, c'est une perspective de croissance du super pour l'Europe.
05:43Ça devait être pour financer les infrastructures.
05:44On est l'économie la plus décarbonée au monde.
05:47On est franchement ceux qui seront les moins impactés.
05:48La seule boussole, regardez la vraie boussole, c'est les marchés financiers.
05:52Qu'est-ce qu'ils font les marchés depuis le début de l'année ?
05:54On est à moins 3, moins 4, moins 5 sur l'euro stock 50.
05:57On est à moins 3% depuis le mois de janvier.
05:59Les camions, ils roulent à l'essence.
06:00Ou au diesel, pas encore à l'électrique.
06:03C'est quand même là où il y a un sujet.
06:04Alors Emmanuel dit carrément qu'ils vont s'arrêter.
06:06Temporalement, mais il y aura des aides de l'État.
06:07Et les pêcheurs et les transporteurs vont avoir des aides ciblées dans le temps et temporaires.
06:13Et tout ira bien.
06:14Merci à tous les deux.
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