00:00Face à Emmanuel Le Chiffre, c'est Raphaël Legendre.
00:02Et donc ce deal du siècle, SFR découpé entre les trois opérateurs,
00:05Bouygues, Orange et Free, un deal hors normes.
00:07Est-ce que c'est une bonne nouvelle ou une mauvaise nouvelle,
00:10selon vous, Emmanuel Le Chiffre, ce retour à trois opérateurs ?
00:12Ah bah, ce qui est sûr, c'est que c'est une mauvaise nouvelle pour les consommateurs.
00:16Parce qu'on ne peut pas louer à longueur d'année,
00:21à longueur de manuel économique, les vertus de la concurrence,
00:24et puis dire que cette fois-ci, la concurrence, c'est pas bien.
00:27Non, la concurrence, c'est bien.
00:28Alors, on va refaire juste la petite séquence.
00:30Je vous rappelle quand même qu'avant l'arrivée de Free en 2012,
00:33il y avait trois opérateurs.
00:34Les prix moyens des forfaits en France, c'était entre 40 et 60 euros.
00:37Free arrive avec son forfait à 19,99.
00:40Et là, qu'est-ce qui se passe ?
00:40Par miracle, hop, les forfaits baissent de 30 à 50%.
00:44Et la France devient un des pays les moins chers d'Europe.
00:48Donc, qu'est-ce qui va se passer, logiquement, quand on va repasser de 4 à 3 ?
00:53Il va se passer sans doute ce qui s'est passé dans des pays comme l'Autriche, l'Allemagne et
00:57l'Irlande.
00:57Quand on est repassé de 4 à 3, les prix ont repris de 10 à 20%.
01:01Ah oui, mais nous disent les opérateurs.
01:03Oui, mais vous comprenez, on était dans une situation difficile.
01:07Il faut qu'on ait des moyens pour investir.
01:09Mais attendez, que je sache.
01:11Pendant qu'il y avait quatre opérateurs,
01:13qu'ont-ils fait ?
01:14Ils n'ont pas investi, peut-être.
01:16Ils ne sont pas allés investir dans la couverture 4G,
01:20dans le déploiement massif de la fibre.
01:21Ils n'ont pas fait les investissements 5G,
01:24mais pourtant, il y avait quatre opérateurs.
01:25Donc, l'hyper-concurrence ne les a pas empêchés d'investir.
01:30Et là, ils nous disent,
01:31« Oui, maintenant, c'est super, on va pouvoir investir à nouveau. »
01:35Alors, moi, je veux bien.
01:36Mais ensuite, pour terminer,
01:38qui va nous faire croire que trois opérateurs
01:41dépensent 20 milliards d'euros
01:44et qu'ils n'espèrent pas en tirer davantage de profits ?
01:47Donc, non, très clairement, ces groupes vont s'entendre
01:51pour faire des forfaits plus élevés,
01:53pour gagner plus de sous.
01:55Voilà, c'est le consommateur qui va payer.
01:57Il aura toujours des bons services.
01:59Mais qu'on ne nous fasse pas croire
02:00que finalement, ce retour de 4 à 3,
02:03c'est quelque chose qui va être profitable
02:05pour l'industrie, pour la compétitivité de la France,
02:08pour nos infrastructures, etc.
02:09Si je mets ma main sur la Bible,
02:11c'est-à-dire le rapport de Mario Draghi,
02:14et que je le prends à la lettre,
02:15c'est ce qu'il faut faire, Raphaël Legendre ?
02:17Oui, absolument, c'est ce qu'il faut faire.
02:18En fait, il faut changer d'échelle.
02:19D'abord, on passe de 4 à 3.
02:21La concurrence reste évidemment en place.
02:23On ne va pas avoir une explosion des tarifs
02:25qui ont été bien installés sur le marché français.
02:28Mais le sujet, ce n'est plus le marché français.
02:30C'est en européen qu'il faut penser aujourd'hui.
02:32On voit bien qu'on est coincé entre deux empires
02:34qui nous veulent beaucoup de mal,
02:36les Américains d'un côté, les Chinois de l'autre.
02:38Et nous, on continue à jouer dans notre bac à sable
02:40avec des opérateurs qui sont microcosmiques.
02:43Un opérateur américain, en moyenne,
02:45c'est plus de 100 millions de clients.
02:47Plus de 100 millions de clients par opérateur.
02:50En Chine, c'est plus de 500 millions par opérateur.
02:54Comment voulez-vous qu'en Europe,
02:56avec une moyenne de 5 millions de clients par opérateur,
03:03vous puissiez développer une forme de souveraineté européenne ?
03:06On a plus de 40 opérateurs de réseaux mobiles en Europe
03:10pour un marché de 450 millions d'habitants.
03:12En Chine, ils sont 1,5 milliard, ils ont 3 opérateurs.
03:15Ce n'est pas possible.
03:16Ce n'est juste pas possible.
03:16On ne peut pas continuer comme ça.
03:18On a installé tout le développement,
03:20le grid, les antennes, etc.
03:22On est très bien équipés.
03:23Bon, formidable.
03:24Il y a un moment, il faut qu'on sorte de la fragmentation européenne
03:29pour construire une vraie puissance industrielle.
03:32On l'a fait dans l'automobile,
03:35on l'a fait dans l'aéronautique.
03:36Il faut le faire dans les télécoms.
03:38Et puis, on sait que ça arrivera, Emmanuel.
03:40Très franchement, il va y avoir un mouvement de consolidation européen
03:43à un mouvement ou à un autre.
03:45C'est absolument inévitable.
03:46Le problème, c'est qu'on arrive hyper en retard
03:48par rapport, encore une fois, à la Chine ou aux États-Unis.
03:51Il faudrait s'inspirer du modèle chinois.
03:53Le modèle chinois, c'est que vous lancez 100 boîtes à la base.
03:56C'est plus facile quand vous êtes une dictature.
03:58Je rappelle, c'est quand même systématiquement.
03:59Non, c'est un système économique.
04:01Vous pouvez imposer une manière de faire.
04:04On peut tout à fait mettre un cadre normatif et réglementaire
04:06qui permette l'émergence de champions mondiaux.
04:09C'est une question de cadre pour le business.
04:11On ne parle pas des gens qui votent ou pas.
04:13Ce n'est pas ça le sujet.
04:14Vous pouvez imposer un cadre business à des moyens.
04:17Vous ne pouvez pas le faire en Europe.
04:18Vous ne pouvez pas le faire ça.
04:20On vote les réglementations.
04:22On décide des réglementations.
04:23On ne peut pas imposer à des boîtes un cas de business comme la Chine.
04:25On peut avoir une stratégie économique, industrielle au niveau européen.
04:29Que globalement, à l'échelle européenne, sur tous les marchés,
04:32effectivement, on serait plus fort si on avait des entreprises d'échelle européenne.
04:37On parle des télécoms.
04:38Mais c'est peut-être un des sujets pour lesquels c'est le moins vrai.
04:41Pour les banques, ce n'est pas vrai.
04:42Pour les télécoms, ce n'est pas vrai.
04:44Pour l'automobile, ce n'est pas vrai.
04:46Après, comment ça marche la Chine ?
04:49Et c'est là où c'est un peu contradictoire.
04:50Ce que dit Raphaël, c'est qu'effectivement, Raphaël souligne qu'en Chine,
04:55et c'est ça la réalité du modèle chinois,
04:57ce n'est pas des petits fonctionnaires qui décident dans des bureaux de planification
05:01de développer telle ou telle activité.
05:03C'est la concurrence féroce.
05:04Et si on laisse jouer la concurrence en France,
05:08on ne revient pas de 4 à 3 opérateurs.
05:10Je suis désolé, est-ce que les infrastructures télécoms françaises
05:16sont fondamentalement moins bonnes que celles des États-Unis ?
05:19Est-ce que le consommateur américain abonné...
05:22On va avoir des besoins d'investissement absolument massif dans les années qui arrivent.
05:27En Chine, vous lancez 100 boîtes, il y en a 99 qui sont financées par l'État,
05:31puis vous regardez ce qui se passe.
05:32C'est incomparable.
05:35La concurrence, vous ne pouvez pas être pour la concurrence quand ça vous arrange
05:39et contre la concurrence quand ça ne vous arrange pas.
05:42La concurrence a toujours des vertus positives.
05:46C'est bon pour l'innovation.
05:50Je suis désolé d'être obligé de rappeler à la place de Jean-Marc Daniel
05:54ses préceptes fondamentaux.
05:56Il n'y a pas beaucoup de lois d'airain en économie.
05:57Il n'y a pas beaucoup de moments où vous êtes complètement d'accord avec Jean-Marc.
06:00On ne sort pas vers un monopole non plus, on aura toujours 3 acteurs.
06:02Il y a toujours 40 acteurs en Europe.
06:04Et je rappelle que les économies de réseau, ça ne fonctionne pas toujours tout à fait comme le reste de
06:08l'économie.
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