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  • il y a 13 heures
Ce lundi 8 juin, les avantages et conséquences du démantèlement de SFR ont été abordés par Raphaël Legendre et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Face à Emmanuel Le Chiffre, c'est Raphaël Legendre.
00:02Et donc ce deal du siècle, SFR découpé entre les trois opérateurs,
00:05Bouygues, Orange et Free, un deal hors normes.
00:07Est-ce que c'est une bonne nouvelle ou une mauvaise nouvelle,
00:10selon vous, Emmanuel Le Chiffre, ce retour à trois opérateurs ?
00:12Ah bah, ce qui est sûr, c'est que c'est une mauvaise nouvelle pour les consommateurs.
00:16Parce qu'on ne peut pas louer à longueur d'année,
00:21à longueur de manuel économique, les vertus de la concurrence,
00:24et puis dire que cette fois-ci, la concurrence, c'est pas bien.
00:27Non, la concurrence, c'est bien.
00:28Alors, on va refaire juste la petite séquence.
00:30Je vous rappelle quand même qu'avant l'arrivée de Free en 2012,
00:33il y avait trois opérateurs.
00:34Les prix moyens des forfaits en France, c'était entre 40 et 60 euros.
00:37Free arrive avec son forfait à 19,99.
00:40Et là, qu'est-ce qui se passe ?
00:40Par miracle, hop, les forfaits baissent de 30 à 50%.
00:44Et la France devient un des pays les moins chers d'Europe.
00:48Donc, qu'est-ce qui va se passer, logiquement, quand on va repasser de 4 à 3 ?
00:53Il va se passer sans doute ce qui s'est passé dans des pays comme l'Autriche, l'Allemagne et
00:57l'Irlande.
00:57Quand on est repassé de 4 à 3, les prix ont repris de 10 à 20%.
01:01Ah oui, mais nous disent les opérateurs.
01:03Oui, mais vous comprenez, on était dans une situation difficile.
01:07Il faut qu'on ait des moyens pour investir.
01:09Mais attendez, que je sache.
01:11Pendant qu'il y avait quatre opérateurs,
01:13qu'ont-ils fait ?
01:14Ils n'ont pas investi, peut-être.
01:16Ils ne sont pas allés investir dans la couverture 4G,
01:20dans le déploiement massif de la fibre.
01:21Ils n'ont pas fait les investissements 5G,
01:24mais pourtant, il y avait quatre opérateurs.
01:25Donc, l'hyper-concurrence ne les a pas empêchés d'investir.
01:30Et là, ils nous disent,
01:31« Oui, maintenant, c'est super, on va pouvoir investir à nouveau. »
01:35Alors, moi, je veux bien.
01:36Mais ensuite, pour terminer,
01:38qui va nous faire croire que trois opérateurs
01:41dépensent 20 milliards d'euros
01:44et qu'ils n'espèrent pas en tirer davantage de profits ?
01:47Donc, non, très clairement, ces groupes vont s'entendre
01:51pour faire des forfaits plus élevés,
01:53pour gagner plus de sous.
01:55Voilà, c'est le consommateur qui va payer.
01:57Il aura toujours des bons services.
01:59Mais qu'on ne nous fasse pas croire
02:00que finalement, ce retour de 4 à 3,
02:03c'est quelque chose qui va être profitable
02:05pour l'industrie, pour la compétitivité de la France,
02:08pour nos infrastructures, etc.
02:09Si je mets ma main sur la Bible,
02:11c'est-à-dire le rapport de Mario Draghi,
02:14et que je le prends à la lettre,
02:15c'est ce qu'il faut faire, Raphaël Legendre ?
02:17Oui, absolument, c'est ce qu'il faut faire.
02:18En fait, il faut changer d'échelle.
02:19D'abord, on passe de 4 à 3.
02:21La concurrence reste évidemment en place.
02:23On ne va pas avoir une explosion des tarifs
02:25qui ont été bien installés sur le marché français.
02:28Mais le sujet, ce n'est plus le marché français.
02:30C'est en européen qu'il faut penser aujourd'hui.
02:32On voit bien qu'on est coincé entre deux empires
02:34qui nous veulent beaucoup de mal,
02:36les Américains d'un côté, les Chinois de l'autre.
02:38Et nous, on continue à jouer dans notre bac à sable
02:40avec des opérateurs qui sont microcosmiques.
02:43Un opérateur américain, en moyenne,
02:45c'est plus de 100 millions de clients.
02:47Plus de 100 millions de clients par opérateur.
02:50En Chine, c'est plus de 500 millions par opérateur.
02:54Comment voulez-vous qu'en Europe,
02:56avec une moyenne de 5 millions de clients par opérateur,
03:03vous puissiez développer une forme de souveraineté européenne ?
03:06On a plus de 40 opérateurs de réseaux mobiles en Europe
03:10pour un marché de 450 millions d'habitants.
03:12En Chine, ils sont 1,5 milliard, ils ont 3 opérateurs.
03:15Ce n'est pas possible.
03:16Ce n'est juste pas possible.
03:16On ne peut pas continuer comme ça.
03:18On a installé tout le développement,
03:20le grid, les antennes, etc.
03:22On est très bien équipés.
03:23Bon, formidable.
03:24Il y a un moment, il faut qu'on sorte de la fragmentation européenne
03:29pour construire une vraie puissance industrielle.
03:32On l'a fait dans l'automobile,
03:35on l'a fait dans l'aéronautique.
03:36Il faut le faire dans les télécoms.
03:38Et puis, on sait que ça arrivera, Emmanuel.
03:40Très franchement, il va y avoir un mouvement de consolidation européen
03:43à un mouvement ou à un autre.
03:45C'est absolument inévitable.
03:46Le problème, c'est qu'on arrive hyper en retard
03:48par rapport, encore une fois, à la Chine ou aux États-Unis.
03:51Il faudrait s'inspirer du modèle chinois.
03:53Le modèle chinois, c'est que vous lancez 100 boîtes à la base.
03:56C'est plus facile quand vous êtes une dictature.
03:58Je rappelle, c'est quand même systématiquement.
03:59Non, c'est un système économique.
04:01Vous pouvez imposer une manière de faire.
04:04On peut tout à fait mettre un cadre normatif et réglementaire
04:06qui permette l'émergence de champions mondiaux.
04:09C'est une question de cadre pour le business.
04:11On ne parle pas des gens qui votent ou pas.
04:13Ce n'est pas ça le sujet.
04:14Vous pouvez imposer un cadre business à des moyens.
04:17Vous ne pouvez pas le faire en Europe.
04:18Vous ne pouvez pas le faire ça.
04:20On vote les réglementations.
04:22On décide des réglementations.
04:23On ne peut pas imposer à des boîtes un cas de business comme la Chine.
04:25On peut avoir une stratégie économique, industrielle au niveau européen.
04:29Que globalement, à l'échelle européenne, sur tous les marchés,
04:32effectivement, on serait plus fort si on avait des entreprises d'échelle européenne.
04:37On parle des télécoms.
04:38Mais c'est peut-être un des sujets pour lesquels c'est le moins vrai.
04:41Pour les banques, ce n'est pas vrai.
04:42Pour les télécoms, ce n'est pas vrai.
04:44Pour l'automobile, ce n'est pas vrai.
04:46Après, comment ça marche la Chine ?
04:49Et c'est là où c'est un peu contradictoire.
04:50Ce que dit Raphaël, c'est qu'effectivement, Raphaël souligne qu'en Chine,
04:55et c'est ça la réalité du modèle chinois,
04:57ce n'est pas des petits fonctionnaires qui décident dans des bureaux de planification
05:01de développer telle ou telle activité.
05:03C'est la concurrence féroce.
05:04Et si on laisse jouer la concurrence en France,
05:08on ne revient pas de 4 à 3 opérateurs.
05:10Je suis désolé, est-ce que les infrastructures télécoms françaises
05:16sont fondamentalement moins bonnes que celles des États-Unis ?
05:19Est-ce que le consommateur américain abonné...
05:22On va avoir des besoins d'investissement absolument massif dans les années qui arrivent.
05:27En Chine, vous lancez 100 boîtes, il y en a 99 qui sont financées par l'État,
05:31puis vous regardez ce qui se passe.
05:32C'est incomparable.
05:35La concurrence, vous ne pouvez pas être pour la concurrence quand ça vous arrange
05:39et contre la concurrence quand ça ne vous arrange pas.
05:42La concurrence a toujours des vertus positives.
05:46C'est bon pour l'innovation.
05:50Je suis désolé d'être obligé de rappeler à la place de Jean-Marc Daniel
05:54ses préceptes fondamentaux.
05:56Il n'y a pas beaucoup de lois d'airain en économie.
05:57Il n'y a pas beaucoup de moments où vous êtes complètement d'accord avec Jean-Marc.
06:00On ne sort pas vers un monopole non plus, on aura toujours 3 acteurs.
06:02Il y a toujours 40 acteurs en Europe.
06:04Et je rappelle que les économies de réseau, ça ne fonctionne pas toujours tout à fait comme le reste de
06:08l'économie.
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