00:10Le dernier quart d'heure de Smartbourg chaque soir, c'est le quart d'heure thématique.
00:13Le thème ce soir, c'est celui des banques centrales face à ce nouveau choc d'offres
00:18et face à cette série de chocs d'offres qui s'accumulent depuis plusieurs années maintenant.
00:23Et en l'espèce, nous pouvons commenter aujourd'hui la décision de politique monétaire
00:26du Conseil des gouverneurs de la Banque Centrale Européenne avec Nadia Garbi qui est avec nous à distance,
00:32en visio, économiste chez Pictet Wealth Management à Genève.
00:35Bonsoir et bienvenue Nadia.
00:38Revenons effectivement sur cette décision de la Banque Centrale Européenne,
00:40une décision qui a été prise à l'unanimité par le Conseil des gouverneurs
00:44de relever donc de 25 points de base les différents taux directeurs et le taux de dépôt qui passe à
00:492,25.
00:50Première hausse de taux depuis septembre 2023.
00:53Quand on a écouté Christine Lagarde lors de la conférence de presse,
00:56la présidente de la BCE réfute l'idée d'une hausse assurantielle,
01:01c'est une décision robuste, c'est une décision évidente face à ce qui n'est plus seulement un risque,
01:09ce qui est le constat d'un choc de prix qui est en train de se diffuser à l'ensemble
01:13du système Nadia.
01:16Oui, bonsoir Grégoire.
01:17C'est vrai que comme, je dirais, attendu, le ton en tout cas de la conférence de presse était ferme.
01:22Il n'y a pas vraiment eu de grosses surprises, en tout cas sur la décision.
01:26Effectivement, il n'y avait pas vraiment de suspense.
01:28Au fond, c'est vrai que la plupart des membres du Conseil préparaient le terrain sur une hausse.
01:35Après, quand on écoute Lagarde durant la conférence de presse,
01:39c'est vrai qu'ils ont l'air très préoccupés sur ces effets de second tour.
01:43C'est vrai qu'elle a insisté sur le fait que les pressions sur les prix s'élargissent,
01:49qu'il n'y a pas vraiment d'effet de second tour à ce stade,
01:53mais qu'ils restent attentifs.
01:55Elle a notamment mentionné l'inflation des services,
01:59qui est vrai, a surpris à la hausse au mois de mai.
02:03Mais voilà, on sent une BCE vraiment, je dirais, avec un ton très ferme sur l'inflation
02:09et au contraire, peu préoccupée sur les effets négatifs de la hausse des prix sur notamment la croissance.
02:16Et selon vous, c'est un équilibre ou un discours qui pourrait être nuancé un peu plus, Nadia ?
02:24Est-ce que par exemple, au regard des nouvelles projections du staff,
02:29quelle est votre position chez PICT West Management ?
02:31Est-ce que les chiffres qui sont avancés aujourd'hui par les équipes de la BCE,
02:35donc révision à la hausse des perspectives d'inflation,
02:38révision à la baisse des perspectives de croissance,
02:41dans quelle mesure l'ampleur de ces révisions vous paraît cohérent ?
02:48Oui, alors c'est vrai que si on commence par la croissance,
02:51au fond, il n'y a que très peu de révisions.
02:53Alors il y a effectivement cet effet lié à l'Irlande,
02:56avec la révision à la baisse du premier trimestre.
02:59Mais même si vous regardez le profil pour les prochains trimestres,
03:03on ne voit pas vraiment de gros chocs.
03:06On a juste dans un des scénarios le plus négatif un trimestre de construction.
03:14Mais à part ça, on sent que l'effet est relativement, je dirais, léger sur la croissance.
03:21En ce qui concerne l'inflation, c'est vrai qu'on a cette inflation globale
03:24qui revient à la cible au deuxième semestre de 2027.
03:29Mais l'inflation sous-jacente reste tout de même relativement élevée
03:33pour 2026 et 2027, où on est en moyenne à 2,5%.
03:39Donc voilà, on sent tout de même que la BCE voit,
03:43je ne dirais pas forcément des effets forts de second tour,
03:46mais tout de même un environnement qui laisse une inflation sous-jacente
03:52relativement élevée et au-dessus de la cible.
03:54Est-ce que vous êtes d'accord avec ce diagnostic ou pas, Nadia ?
03:57Et la question étant, qu'est-ce qui permet ?
04:00Puisqu'effectivement, c'est le risque sur lequel Christine Lagarde insiste,
04:03et c'est même plus qu'un risque, c'est une observation, un constat.
04:08Désormais, en avril, c'était encore un risque.
04:10Aujourd'hui, on constate la diffusion de ce choc de prix.
04:15Je n'ose pas encore parler d'inflation,
04:16mais avec, à l'arrivée, effectivement, un risque d'effet de second tour important.
04:20Qu'est-ce qui permet d'imaginer que ce risque-là n'est pas aussi important
04:25que ce que la BCE estime peut-être aujourd'hui, Nadia ?
04:29Tout d'abord, je pense que la BCE veut à tout prix éviter, je dirais,
04:34l'erreur de 2022, ou du moins réagir trop tardivement.
04:38Maintenant, les conditions ne sont pas vraiment les mêmes qu'en 2022.
04:42On n'est pas dans le même point de départ, le mix de politiques monétaires et fiscales
04:47n'est pas le même, mais on sent vraiment une BCE qui a envie de montrer qu'elle agit,
04:53qu'elle est crédible, donc qu'elle en fait, en fait, une mission.
04:56Il faut tout de même se rappeler qu'avant le conflit du Moyen-Orient,
05:00la BCE avait déjà un ton relativement faible,
05:03et certains membres, notamment Isabelle Schnabel,
05:06parlaient déjà de potentielles hausses de taux cette année.
05:10Donc déjà, le contexte, je dirais, était déjà avant le conflit du Moyen-Orient,
05:16on avait une BCE qui était relativement, je dirais, au quiche.
05:21Maintenant, c'est vrai que nous, on ne partage pas vraiment ce constat,
05:24dans la mesure où on ne voit pas d'effet de second tour.
05:27Alors bon, on a tous des scénarios centraux, je dirais, différents sur ce conflit,
05:32parce qu'au fond, c'est ce conflit qui est aussi clé pour la politique monétaire,
05:36vu qu'il a un impact sur les prix énergétiques.
05:41Donc voilà, nous, on ne partage pas vraiment l'inquiétude de la BCE
05:44sur les perspectives d'inflation dans le zone euro,
05:48tout simplement parce qu'on voit une croissance plus faible que la BCE.
05:53Donc je dirais qu'on est relativement plus dowish même que le marché.
05:58Oui, oui. Alors c'est intéressant, dans la gamme de scénarios proposés par la Banque Centrale Européenne,
06:04ils ont introduit un scénario, le milder scénario, un scénario un peu plus bénin,
06:07parce qu'il faut reconnaître aussi une situation où potentiellement les choses pourraient s'améliorer.
06:12C'est ce qu'a dit Christine Lagarde.
06:14Quand elle en a parlé, je n'ai pas eu l'impression qu'elle mettait beaucoup de crédibilité
06:19derrière ce nouveau scénario alternatif.
06:21Je pense qu'ils sont plus focalisés encore sur le scénario adverse et le scénario sévère.
06:25Mais si les choses devaient aller mieux du point de vue de l'inflation, j'entends,
06:29et du risque inflationniste, Nadia, est-ce qu'on peut avoir confiance dans l'idée
06:34que la BCE serait aussi agile à la baisse qu'à la hausse ?
06:38Est-ce que c'est ça la BCE aujourd'hui et sa fonction de réaction ?
06:42Être capable de s'ajuster vite, dans le bon tempo, mais dans les deux sens également.
06:48Autrement dit, si elle doit délivrer une à deux hausses de taux cette année,
06:52est-ce qu'elle serait capable de les enlever l'année prochaine, si les conditions le permettaient ?
06:59Oui, alors c'est un bon point.
07:00Après, il faut se rappeler aussi de ce discours d'Isabelle Chabelle
07:04qui disait qu'au fond, la mission de la BCE n'est pas non plus de...
07:07On n'essaye pas de calibrer la politique monétaire.
07:11Donc oui, je pense qu'elle veut vraiment montrer qu'elle est agile.
07:15Maintenant, nous, ce qu'on voit, c'est vraiment...
07:17Voilà, si elle monte les taux cette année, nous, on n'a qu'une hausse pour l'instant cette année.
07:22On voit vraiment la BCE maintenir ses taux inchangés l'année prochaine.
07:27Une seule hausse cette année, effectivement.
07:31D'autres envoient deux.
07:33Ceux qui envoient deux, généralement, la signalent plutôt en septembre.
07:38Dans quel monde est-ce que la BCE serait obligée d'intervenir dès le 23 juillet prochain
07:44avec une seconde hausse de taux, le fameux back-to-back ?
07:49Oui, alors c'est vrai que le meeting de juillet, au fond, sera live.
07:53Mais selon nous, il faudra vraiment un catalyse.
07:56C'est-à-dire voir, par exemple, des prix de l'énergie qui montent davantage.
08:01S'ils restent stables, on pourrait s'attendre à ce que la BCE maintienne ses taux inchangés.
08:07Au moment où je vous parle, il y a eu des sources contradictoires qui disaient
08:12que la BCE pourrait faire une pause au mois de juillet.
08:17Et une contre-source qui disait que si les prix de l'énergie restent élevés,
08:22la BCE pourrait augmenter au mois de juillet.
08:25Donc on sent vraiment que la situation reste relativement fluide.
08:28que ça dépend énormément de ce conflit, qu'on a énormément de mal à prévoir.
08:33Donc je pense que la BCE veut vraiment garder toutes les options possibles
08:38pour les prochains meetings.
08:40Au fond, elle le dit, on reste data-dependent
08:44et on a toujours cette approche réunion par réunion.
08:50Donc je pense vraiment que le but est vraiment de garder les portes ouvertes.
08:53Bon, si on regarde froidement les prix du pétrole et de l'énergie,
08:57ça fait quand même plusieurs semaines qu'ils sont en train de se détendre
09:00de manière assez indépendante, d'ailleurs, de l'évolution du conflit, des tweets, etc.
09:07On a quand même pour l'instant l'idée d'une détente de ces prix-là.
09:11Un mot de la Fed pour conclure, ce sera l'événement de la semaine prochaine.
09:14Est-ce que la Fed est encore dans un monde qui lui permettrait,
09:19à minima, de ne pas monter ses taux cette année, Nadia ?
09:24Oui, alors c'est vrai que ça va être au fond la mission de Kevin Warsh,
09:28c'est de convaincre au fond ses collègues de la non-nécessité d'augmenter les taux cette année.
09:34Nous, on a un scénario de statu quo pour cette année, pour la Réserve fédérale,
09:39mais c'est vrai que la première réunion de Kevin Warsh s'avère plus compliquée
09:45que lorsqu'il a accepté le job à la tête de la Réserve fédérale.
09:51Oui, c'est peut-être pas tout à fait la feuille de route qu'il avait en tête,
09:55effectivement, ne serait-ce qu'il y a encore quelques mois.
09:57Bon, à suivre la décision la semaine prochaine de la Réserve fédérale américaine
10:01avec ce premier FOMC présidé par le nouveau président de la Fed, Kevin Warsh.
10:05Merci beaucoup Nadia, merci d'avoir été avec nous dans cette fin d'émission
10:08pour revenir sur ces enjeux de politique monétaire
10:11après la décision de la Banque Centrale Européenne de relever de 25 points de base
10:15ses taux directeurs, une première depuis septembre 2023.
10:18Nadia Garbi, économiste chez Pictet Wealth Management,
10:21nous accompagnait pour ce dernier quart d'heure de Smart Bourse.
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