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Lundi 8 juin 2026, retrouvez Simon Porcher (Directeur, Institut d’Économie de l’Eau) dans SMART IMPACT, une émission présentée par Thomas Hugues.
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00:06L'invité de ce Smart Impact, c'est Simon Porchet, bonjour.
00:09Bonjour.
00:10Bienvenue, vous êtes le directeur de l'Institut d'économie de l'eau, vous venez de publier
00:14« Nous sommes faits d'eau » aux éditions Les Corts Conducteurs, on va beaucoup parler
00:17de ce livre, mais d'abord je veux bien que vous nous présentiez cet Institut d'économie
00:21de l'eau.
00:22L'Institut d'économie de l'eau, c'est un institut de recherche sur l'économie de
00:25l'eau qui a été fondée l'année dernière, en 2025, et dont l'objectif c'est de produire
00:30des articles de recherche sur la gestion de l'eau, essentiellement en France.
00:34Alors quand on parle de gestion de l'eau, on parle évidemment de gestion de l'eau potable
00:37et de l'assainissement, mais aussi de la gestion de la ressource.
00:40L'idée c'est évidemment d'améliorer la tarification de l'eau à l'aune du réchauffement climatique,
00:45d'améliorer l'accès à l'eau, y compris en France, où une partie de la population
00:48n'a toujours pas accès à l'eau potable et à l'assainissement, de stimuler l'investissement
00:52dans ces infrastructures, et puis évidemment de mieux partager l'eau à l'horizon 2050.
00:57C'est une date de création récente, c'était une économie de l'eau qui n'était pas
01:04adressée, qui n'était pas structurée, c'est une façon de dire, attention, voilà
01:10une nouvelle thématique ?
01:12Oui, en fait, alors nous ça fait quand même des années qu'on travaille dessus, mais
01:16effectivement c'est une thématique qui a pris de l'importance depuis les sécheresses
01:19de 2022, donc il y a aussi une demande des collectivités publiques, des entreprises
01:23pour mieux comprendre la manière dont elles peuvent économiser l'eau, être plus performantes.
01:28Puis il y a toute une réflexion aussi sur la sobriété, donc le fait de moins prélever
01:31d'eau, d'adapter nos usages avec un réchauffement qui est de plus en plus présent.
01:36Oui, moi je parle de plus en plus avec les représentants d'entreprises qui viennent
01:39ici, de risques climatiques, de capacité des entreprises à résister à ces risques,
01:45à l'intégrer à leur stratégie. Et le risque de l'eau, c'est vraiment un argument
01:50qui pèse auprès de... Est-ce que vous le ressentez ça ?
01:52Oui, de plus en plus.
01:53Les arrêtés préfectoraux qui pourraient empêcher une entreprise d'utiliser de l'eau
01:57comme d'habitude.
01:58Oui, tout à fait, effectivement. Alors si vous avez par exemple un arrêté préfectoral
02:01qui vous interdit d'utiliser de l'eau ou qui restreint votre capacité à prélever
02:05de l'eau, ce qui se passe c'est que vous allez laisser l'eau potable évidemment dans
02:08les sanitaires, vous allez garder de l'eau pour le risque incendie, vous allez continuer
02:12à nettoyer l'usine mais vous ne pouvez plus produire en fait, vous ne pouvez plus
02:15incorporer d'eau dans les produits et vous ne pouvez plus refroidir les machines et
02:18donc ça, ça coûte des centaines de milliers d'euros par jour aux entreprises.
02:22Alors vous publiez donc ce livre, Nous sommes faits d'eau, vous avez sur les corps conducteurs,
02:25c'est quoi ? C'est un message de sensibilisation, de mobilisation collective ?
02:29Oui, il fallait rappeler que nous sommes faits d'eau, nous essentiellement, un être humain.
02:34Dans notre corps ?
02:35Dans notre corps, oui, tout à fait. 60% du poids d'un adulte, c'est de l'eau, mais
02:38aussi que tous les êtres vivants sont composés d'eau, donc c'est aussi ce qui
02:42nous relie entre nous et ce qui nous relie à la nature et donc effectivement, c'est
02:44un appel à améliorer la gouvernance de l'eau.
02:46Vous dites que c'est la limite matérielle de nos sociétés, je veux bien qu'on rentre
02:50dans le détail, dans l'explication de cette formule.
02:53Oui, alors en fait, on a tout simplement considéré l'eau comme étant abondante, même
02:57historiquement, si vous prenez l'Empire romain par exemple, c'est l'accès à l'eau
03:00qui assure la stabilité de l'Empire romain, ne serait-ce que pour produire les céréales
03:04et donc le fameux pain, du pain et des jeux de Rome, mais aussi pour donner accès
03:08à l'hygiène, au terme, à la santé et donc c'est un élément extrêmement fondateur
03:13des sociétés.
03:14Et quand on regarde les sociétés industrialisées, c'est l'accès à l'eau potable et à l'assainissement,
03:18donc tous les tuyaux, les égouts, etc., qui nous permettent de stabiliser nos sociétés,
03:23de donner accès à l'hygiène, à la dignité humaine.
03:25Donc c'est un élément fondateur et fondamental du développement des sociétés humaines
03:30et à partir du moment où il n'y a plus d'eau, effectivement, on atteint la limite
03:33matérielle, on ne peut plus produire, dans un premier temps, on ne peut plus produire
03:36de biens agricoles et à la fin, on ne peut plus survivre.
03:39L'abondance de l'eau, la prise de conscience que c'est une ressource qui peut se raréfier,
03:47elle existe dans d'autres pays du monde depuis longtemps.
03:50Oui, y compris historiquement.
03:52Les Grecs, par exemple, avaient conscience de la rareté de l'eau et s'étaient organisés
03:56de manière à capter un maximum d'eau de pluie.
03:58Et cette conscience de la rareté de l'eau, effectivement, des pays qui n'ont pas d'eau douce,
04:02par exemple, parce qu'il y a des pays où il n'y a pas de rivière, pas de nappe,
04:04et donc on a dû capter l'eau de pluie de manière à l'utiliser intelligemment,
04:08on a dû recycler très rapidement l'eau, voire dessaler l'eau.
04:115% de la population mondiale boit de l'eau potable de l'eau du robinet grâce au dessalement de
04:16l'eau.
04:16Donc effectivement, certains pays sont face à la rareté de façon historique, de façon structurelle,
04:22mais aussi dans de nombreux pays qui n'ont pas d'eau douce,
04:25finalement, on a prélevé dans des nappes de plus en plus profondes,
04:27et ces nappes ne se renouvellent pas, parce qu'il ne pleut pas,
04:30et donc il n'y a pas de renouvellement possible de ces nappes qui sont extrêmement profondes.
04:34Alors nous, c'est plutôt le discours inverse.
04:36C'est-à-dire que nous, Français, mais même Européens,
04:39enfin Européens du Nord en tout cas, on a toujours vécu dans cette abondance de l'eau,
04:43cette impression qu'on en aurait toujours.
04:46Ça nous a amené à retarder un certain nombre de prises de décisions,
04:51de prises de décisions structurelles.
04:52Je pense évidemment à la réutilisation des eaux usées.
04:57Oui, alors en France, quand même, il faut se dire que le sud de la France est une zone désertique.
05:01Donc on a quand même construit les canaux pour donner accès à l'eau à l'ensemble de la population.
05:05Sans ces canaux, on n'aurait pas d'entreprise possible dans le sud de la France,
05:10et beaucoup moins d'habitants.
05:12Mais effectivement, les efforts qu'on a pu faire d'un point de vue de l'infrastructure dans le passé
05:16font qu'on avait cette illusion d'avoir de l'eau en abondance,
05:20qu'on est très en retard sur la réutilisation des eaux usées traitées par rapport à nos voisins.
05:24Même en termes réglementaires ?
05:26Et même en termes réglementaires.
05:27Alors il y a eu des évolutions.
05:28On a quand même lancé mille chantiers d'usines de réutilisation des eaux usées traitées
05:33depuis le plan eau 2023.
05:36Mais effectivement, les eaux usées traitées sont utilisées pour nettoyer les rues,
05:39pour arroser les plantes, mais pas encore pour les boire, par exemple.
05:42Alors il y a effectivement une thématique importante, c'est le prix de l'eau.
05:45Est-ce qu'elle nous coûte assez cher, l'eau, pour qu'on prenne conscience de sa rareté ?
05:50En France, l'eau potable coûte peu cher.
05:53Elle est moins chère que la moyenne européenne.
05:55Il faut se dire qu'on paye en moyenne 4,5 euros les 1000 litres d'eau.
06:00Donc c'est rien du tout.
06:01C'est-à-dire que pour vos usages quotidiens, pour cuisiner, pour se doucher,
06:05pour boire, etc., on va payer à peine 50 centimes d'euros par jour par individu.
06:10Donc c'est extrêmement faible quand on compare par exemple au prix de leur bouteille.
06:14Donc on ne la paye sûrement pas assez cher.
06:16Et ça, on le sait parce qu'on n'investit pas assez dans les infrastructures.
06:19Il y a beaucoup de fuites dans les infrastructures d'eau.
06:22Il y a beaucoup de fuites aussi dans les infrastructures d'assainissement,
06:25ce qui est encore plus problématique parce que ça pose des problèmes de santé publique.
06:29Et on n'a pas adapté nos infrastructures au réchauffement climatique,
06:32à la décarbonation par exemple.
06:34Donc il y a probablement une nécessité d'augmenter en moyenne le prix de l'eau.
06:37C'est-à-dire pas forcément pour tout le monde, mais d'augmenter en moyenne
06:40pour stimuler les investissements dans les infrastructures d'eau et d'assainissement.
06:43Alors c'est quand même un peu contre-intuitif dans une période où l'inflation est en train de repartir.
06:47Mais quand vous dites en moyenne, c'est-à-dire qui devrait payer plus cher ?
06:50Il y a différentes solutions qui sont mises en place par les collectivités.
06:53Si vous regardez à Dunkerque, on a mis en place une tarification progressive.
06:56Le prix augmente avec la consommation d'eau.
06:59Donc là, l'idée, c'est de frapper les gros consommateurs.
07:01Plus vous consommez, plus vous payez cher.
07:03Et puis à Toulouse, par exemple, on a mis en place une tarification saisonnière.
07:06En été, il y a moins d'eau, donc l'eau doit être plus chère.
07:09Et en hiver, à l'inverse, il pleut plus, il y a plus d'eau et donc l'eau va
07:12être moins chère.
07:13Donc c'est une manière de sensibiliser les consommateurs aussi au fait qu'on paye bien l'eau.
07:17C'est un service public auquel tout le monde a accès et donc il doit être payant.
07:21Et qu'aussi, l'eau est plus rare à certains moments ou qu'elle doit être plus chère pour certains
07:24types de consommateurs.
07:26Est-ce qu'on doit se préparer en France ?
07:27Je ne parle pas de géopolitique.
07:29En France, il y a des conflits autour de l'eau.
07:31Alors, en France, il y a déjà des conflits autour de l'eau.
07:34Il y a les fameux conflits des méga-bassines, des reclus de substitution agricole, auxquels on pense tous.
07:39Mais il y a en fait plein de mini-conflits similaires à ce qu'on observe à Sainte-Sauline.
07:43Il y a plein de mini-Sainte-Sauline en France parce que l'eau est forcément conflictuelle
07:47au sens où au niveau local, on n'a qu'une source d'eau, généralement, qu'on va partager entre
07:51différentes activités.
07:53Donc, il y a ce qu'on appelle des conflits d'usage, des négociations, des acteurs qui veulent se mettre
07:57en avant
07:58en disant que leur activité est plus importante, d'un point de vue économique, souvent, pour avoir accès à l
08:02'eau.
08:03Et effectivement, le risque de conflits est extrêmement important à l'horizon 2050.
08:08Qui les anticipe ? Qui les gère, ces conflits ?
08:11Alors, en France, on a une gouvernance de l'eau qui est magnifique.
08:15J'ai pas mal d'interlocuteurs qui me disent ça, qui est copié, qui est envié par d'autres...
08:19Tout à fait. Oui, oui. On est un modèle en matière de gouvernance de l'eau.
08:23On est d'ailleurs le seul pays à avoir un score de 100 sur 100 en gestion intégrée de la
08:27ressource en eau,
08:28qui est un indicateur des Nations Unies, parce qu'on a ce qu'on appelle des comités de bassin,
08:33des parlements de l'eau au niveau local, où les différents usagers se rencontrent,
08:36discutent de l'évolution de la quantité et de la qualité de l'eau,
08:41et prennent des décisions en matière de partage.
08:43Donc, on a quand même des instances dans lesquelles les différents acteurs locaux se rencontrent.
08:47Le problème, évidemment, c'est qu'on ne représente pas bien les citoyens,
08:51qui sont représentés via les élus locaux, mais pas directement,
08:53et qui sont très rarement consultés sur les questions de ressources en eau.
08:57Et puis, on tend à donner un peu plus de pouvoir aux activités économiques
09:01qu'au milieu naturel, par exemple.
09:04Mais c'est pour ça aussi que je vous disais qu'il y a assez peu de conflits de l
09:07'eau, quand même, en France,
09:08parce que la gouvernance est plutôt efficace.
09:11Tout à fait, oui.
09:12Il y a en tout cas des instances de dialogue, effectivement, entre les différents acteurs,
09:15ce qui permet d'éviter les conflits.
09:16Il y a des consensus qui sont pris, évidemment.
09:20Néanmoins, quand on a moins d'eau, on cherche aussi à se l'accaparer.
09:23Et c'est un peu ça le problème.
09:24Donc, s'il y a moins d'eau à prélever à un certain moment,
09:27on va vouloir construire des infrastructures, comme les mégabassines, par exemple,
09:31pour capter de l'eau, se la réserver pour une certaine activité.
09:34Et c'est là où les conflits arrivent, parce que, du coup,
09:36on va avoir des conflits déjà entre agriculteurs, on pourra avoir,
09:39mais aussi entre agriculteurs et industrie, entre agriculteurs et golf.
09:42Donc là, on va avoir chaque activité qui va vouloir mettre en avant
09:45l'importance de son activité économique,
09:47et donc l'importance d'avoir de l'eau pour maintenir son activité.
09:50Qu'est-ce que vous conseillez à un chef d'entreprise,
09:52à un représentant d'entreprise qui nous écoute là et qui se dit
09:55« Ok, je vais peut-être être confronté à ce risque autour de l'eau.
10:01Il y a quoi comme solution ? Les boucles ?
10:04Qu'est-ce qu'il peut mettre en place ?
10:05Et avec quel investissement et retour sur investissement ? »
10:08Oui, alors une solution très concrète, c'est déjà de faire la liste, en fait,
10:13de tous ces usages de l'eau.
10:14De savoir combien on prélève, combien on rejette,
10:18pourquoi on utilise de l'eau.
10:19Donc déjà de faire un petit bilan,
10:21et puis ensuite de se demander quel serait le coût de ne plus avoir accès à l'eau.
10:26Donc quel serait le coût d'un arrêt de la production ?
10:28Ce qui permet de revaloriser, en fait, le coût réel de l'eau,
10:32et dans ce cas-là, de stimuler l'investissement.
10:34Dans les investissements, effectivement, il y a la réutilisation des eaux usées.
10:37À quels endroits on peut réutiliser plusieurs fois la même eau
10:40avant de la rejeter dans les milieux naturels ?
10:42La question de la réutilisation des eaux usées traitées,
10:44parce que ça vaut le coût, effectivement, de retraiter des eaux usées
10:47pour les réutiliser directement.
10:49Et si on part sur ce type de solution,
10:51il y a évidemment la réparation des fuites aussi,
10:53et si on part sur ce type de solution, voire avec l'agence de l'eau,
10:56puisqu'il y a des subventions publiques en France,
10:58via les agences de l'eau,
10:59il y a des subventions aussi de l'Union européenne,
11:03pour, en fait, stimuler ce type d'investissement au sein des entreprises.
11:06Et quand on parle de boucles, ça, ça coûte cher à mettre en place dans une entreprise ?
11:12Alors souvent, effectivement, ça n'est pas rentable au regard du prix de l'eau
11:16qu'on a en France aujourd'hui.
11:17Et c'est ça le problème, et c'est pour ça que les entreprises
11:19qui investissent dans des boucles en circuit fermé, par exemple,
11:22des boucles de refroidissement en circuit fermé,
11:24ou dans la réutilisation des eaux usées,
11:26ce sont des entreprises qui, souvent, vont donner un prix fictif à l'eau
11:29qui est beaucoup plus élevé que le prix actuel,
11:32parce qu'elles prennent en compte, par exemple, le stress hydrique,
11:35le réchauffement climatique,
11:36et donc, dans ce cas-là, le coût fictif de l'eau devient beaucoup plus élevé.
11:40Dernière question.
11:41Est-ce que vous pensez que la hausse du prix de l'eau est inéluctable ?
11:46Oui, certainement, pour différentes raisons.
11:49D'abord, les raisons liées au réchauffement climatique.
11:51Il faut adapter les réseaux au fait que, parfois,
11:53on est de moins en moins d'eau,
11:54et à d'autres moments, on est des inondations.
11:56Donc, il faut des réseaux beaucoup plus résistants.
11:58Et puis, on a un besoin d'investissement dans les infrastructures.
12:00Enfin, les infrastructures de l'eau sont victimes d'un sous-investissement
12:04parce que l'infrastructure se dégrade très peu chaque année, en fait, finalement.
12:08Et donc, on tend à reporter l'investissement à plus tard.
12:10Et en plus, elles sont invisibles.
12:12Donc, quand vous êtes un élu,
12:12vous préférez investir dans les routes que dans les infrastructures de l'eau.
12:15Donc, on a un retard d'investissement dans ces infrastructures.
12:18Merci beaucoup, Simon Porchet.
12:19À bientôt sur Bsmart4Chain.
12:21Je rappelle le titre de votre livre,
12:22« Nous sommes faits d'eau », livre publié aux éditions
12:25Les corps conducteurs.
12:27À bientôt sur notre antenne.
12:28C'est l'heure du Zoom de ce Smart Impact.
12:31On parle d'une grande réserve d'eau.
12:32On parle de l'océan.
12:33Sous-titrage Société Radio-Canada
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