Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 4 mois
Mardi 16 septembre 2025, retrouvez Michel Salem-Sermanet (directeur général, EFFICACITY) dans SMART IMPACT, une émission présentée par Thomas Hugues.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00L'invité de ce Smart Impact, c'est Michel Salem-Sermanet. Bonjour.
00:10Bonjour.
00:10Bienvenue, vous êtes le directeur général d'Efficacity. C'est quoi Efficacity ?
00:15Alors, Efficacity est l'Institut français de recherche et d'innovation dédié à la transition énergétique des villes.
00:20Elle a été créée il y a un peu plus de 10 ans à l'initiative de l'État.
00:23Alors, pourquoi c'est important d'avoir un institut dédié à cette problématique ?
00:26Je vais juste vous donner deux chiffres que je cite souvent.
00:28D'abord, pour atteindre les objectifs 2030, 2050, qu'on s'est fixé en termes de décarbonation à l'échelle du pays,
00:35il faut réduire de 5% par an les émissions de gaz à effet de serre chaque année, pendant encore 25 ans, jusqu'à la neutralité carbone en 2050.
00:43Et ça veut dire qu'il faut doubler l'effort. On est plutôt à moins 2, moins 3%.
00:46Le deuxième chiffre, c'est deux tiers. Deux tiers des émissions de gaz à effet de serre en France proviennent des villes.
00:52Donc, ça veut dire que décarboner la France nécessite de décarboner les villes.
00:55Ce n'est pas un problème parmi d'autres. C'est le problème central, ce qui nécessite de se doter de nouveaux outils, de nouvelles méthodes pour la conception des projets urbains.
01:02Et alors, comment vous les accompagnez ? Comment vous les conseillez, ces villes ? Avec quels outils ?
01:07Alors justement, notre métier n'est pas tant comme un bureau d'études le ferait d'accompagner les villes,
01:12mais de créer les outils qui demain vont permettre aux collectivités et à leurs partenaires, que ce soit des aménageurs ou des ingénieries,
01:18d'optimiser tous les projets urbains, donc en particulier les projets d'aménagement à l'échelle d'un quartier.
01:25Et pour faire ça, nous sommes finalement un intégrateur de compétences parce qu'un acteur seul n'arriverait pas à inventer les outils dont on a besoin pour faire moins 5% par an.
01:34Donc, on intègre les compétences finalement de trois grandes catégories d'acteurs.
01:37La recherche publique, on travaille par exemple avec le CSTB, le CEREMA, l'Université Gustave Eiffel, l'École des points, etc.
01:43Les entreprises, on a des experts qui nous sont détachés, de grandes entreprises de l'énergie et de la ville, EDF, ENGIE, Veolia et beaucoup d'autres,
01:52des ingénieries également comme CETEC, INGEROP, ABMI, CES Consulting.
01:56Vous voyez, on est un intégrateur de compétences, on prend le meilleur de la recherche publique et des entreprises, on mélange.
02:02Et avec ça, on travaille avec des collectivités pilotes et avec des aménageurs pilotes pour co-construire les outils de demain.
02:10Et en particulier, d'outils dont on va parler de bilan carbone à l'échelle d'un quartier.
02:14Mais ça veut dire quoi ? Ce sont des logiciels que vous créez ou qui existaient déjà, que vous adaptez ?
02:21Alors justement, si on a créé un institut dédié à ça, c'est vraiment qu'on n'avait pas les outils.
02:27Parce qu'en fait, il y a dix ans, ce n'était pas un sujet comme aujourd'hui.
02:29Et surtout, on n'avait pas compris que pour faire moins 5% par an, il ne suffit plus de faire des bons projets,
02:33mais il faut optimiser chaque investissement urbain au regard de son impact énergétique et carbone.
02:38Et ça, il n'y a pas les outils pour faire ça.
02:41Donc on a réuni toutes ces compétences pour co-construire des outils qui vont permettre en particulier
02:47d'évaluer l'impact carbone à l'échelle d'un quartier, à l'échelle d'un patrimoine ou à l'échelle d'une collectivité.
02:53Et surtout, de considérer l'ensemble du champ des possibles, parce qu'il y a énormément de solutions qui se sont développées.
02:59Et pour que les collectivités choisissent les solutions qui soient vraiment optimales en termes carbone-énergie,
03:06et bien sûr, en tenant compte de leurs coûts.
03:08Effectivement.
03:09Alors, on peut détailler.
03:10Il y en a un de ces logiciels qui s'appelle Energy Mapper.
03:12Donc on comprend bien à quoi il sert.
03:15Comment les collectivités l'utilisent, en fait ?
03:18Alors, Energy Mapper, un peu comme son nom l'indique en français,
03:20ça veut dire qu'on fait le mapping des énergies qui sont disponibles sur un territoire,
03:25parce que ce n'est pas si simple, quand moi j'ai travaillé en collectivité au sein d'un même nageur,
03:28ce n'est pas si simple de connaître de façon exhaustive et fine l'ensemble des gisements d'énergie qui sont à votre disposition.
03:34Il y a les énergies renouvelables dont on parle souvent, mais il y a aussi les énergies de récupération.
03:38On appelle ça également chaleur fatale.
03:39Tout ce qui provient des réseaux d'eau usée, des data centers, des entrepôts frigorifiques, bien sûr, des usines d'incinération, etc.
03:46Il faut aussi les connaître et les mobiliser.
03:49C'est largement sous-exploité, ça fait très longtemps que l'ADEME le dit.
03:52Donc, première chose, identifier de manière vraiment précise les gisements disponibles,
03:57et surtout, pour un quartier donné, trouver quel est le meilleur mix énergétique,
04:01parce que ce n'est pas tout de savoir qu'est-ce qui est disponible.
04:03Ça ne va pas être à Pignan ou à Brest.
04:05Exactement, ça dépend des besoins du quartier, ça dépend dans quelle zone climatique on est, etc.
04:09Et du coup, aider les collectivités à bien connaître les gisements disponibles
04:13et optimiser l'utilisation de ces gisements, ce qu'on appelle le mix énergétique,
04:17donc 33% de solaire thermique, 24% de récupération de data centers, par exemple,
04:28et puis après, des énergies renouvelables diverses et variées.
04:31Ce n'est pas simple, ce ne sont pas les calculettes habituelles qui permettent d'optimiser ce mix,
04:35d'où l'intérêt d'avoir des outils de nouvelle génération.
04:37Avec une initiative que vous avez lancée avec le CSTB, le Centre scientifique et technique du bâtiment,
04:45c'est l'Observatoire national quartier énergie carbone.
04:48Alors, double question, quand l'avez-vous lancé et puis est-ce qu'on est déjà à l'heure d'un premier bilan ?
04:55On l'a lancé récemment, début juillet, mais en fait, c'est le résultat de presque 10 ans de travail
05:00avec le CSTB, vous l'avez cité, également avec d'autres acteurs,
05:04sous l'égide de l'ADEME et du ministère de la Transition énergétique, direction générale de l'aménagement.
05:0910 ans de travail déjà pour dire comment on compte le carbone à l'échelle d'un quartier.
05:12Parce qu'avant de faire un observatoire, il faut avoir déjà des données.
05:15Et historiquement, on ne savait pas, on savait le compter à l'échelle d'un bâtiment depuis longtemps,
05:19puisque la réglementation vous oblige à faire cette évaluation, mais pas à l'échelle d'un quartier.
05:23Alors, pourquoi c'est important ? Parce qu'un quartier, ce n'est pas seulement des bâtiments.
05:27Pour minimiser l'impact carbone à un quartier, il faut réfléchir aussi aux matériaux utilisés dans les espaces publics,
05:32il faut réfléchir aussi à l'énergie, aux réseaux d'énergie, au stockage, etc.
05:35Donc, on est vraiment bien sur la mobilité, les réseaux d'eau, d'assainissement, du déchet, etc.
05:39Et donc, on a mis déjà quelques années pour définir de manière consensuelle avec tous les acteurs de cette filière,
05:45quelle est la bonne méthode.
05:46Donc, la méthode, elle est publique, elle s'appelle, comme l'observatoire, la méthode quartier énergie carbone.
05:51Elle permet donc, non seulement d'évaluer de manière objective et transparente l'impact carbone d'un quartier,
05:56mais surtout de savoir comment réduire cet impact, quels sont les leviers les plus efficaces.
06:00Et du coup, cette méthode a été ensuite encapsulée dans un outil qui s'appelle Urban Print pour emprunter à l'échelle urbaine.
06:08C'est un logiciel que vous proposez ?
06:09Exactement, un logiciel d'aide à la conception de quartier à carbone.
06:13Et depuis trois ans, avec bien sûr le soutien très fort de l'ADEME, du ministère de Transition écologique,
06:19mais également des deux grandes fédérations d'aménageurs, la fédération des EPL et l'UNAM,
06:24nous avons commencé à déployer à grande échelle cette méthode et ce logiciel.
06:28Il y a entre 100 et 150 projets dans toute la France qui ont fait leur bilan carbone
06:33selon cette méthode quartier énergie carbone promue par l'ADEME.
06:35Du coup, on peut commencer, puisque c'est la même méthode, vous voyez, c'est ça l'intérêt,
06:39parce qu'avant il y avait autant de méthodes que de bureaux d'études.
06:41Comme c'est la même méthode, on peut commencer à faire des statistiques et des analyses.
06:45Et c'est ça le but de l'Observatoire.
06:46Et à se comparer aussi, c'est-à-dire que pour une ville, ça peut permettre de mettre en avant un quartier particulièrement novateur et engagé.
06:54Vous parlez des aménageurs, c'est quoi le rôle des aménageurs et pourquoi ce rôle est important ?
06:58Alors, les aménageurs, ce sont ceux qui interviennent à l'échelle d'un quartier.
07:02Comme je vous l'ai dit, l'échelle du bâtiment est insuffisante pour mobiliser tous les leviers d'action.
07:06Donc, dès que vous voyez plusieurs grues à un même endroit, c'est qu'on intervient à une échelle un peu plus large.
07:12Et donc, ça s'appelle les projets d'aménagement ou de rénovation urbaine.
07:14Et depuis toujours en France, c'est un peu un modèle qu'on a en France comme dans d'autres pays.
07:18On a des organismes publics ou privés qui sont dédiés à cela, qui interviennent sous la supervision et en lien étroit avec la collectivité.
07:27Et c'est eux qui font ce travail d'aménagement et de vente ensuite des parcelles aménagées à des promoteurs.
07:33Et donc, ce qui est important de dire, je voudrais vraiment insister là-dessus, c'est qu'il y a beaucoup d'aménageurs en France, des publics, des privés, etc.
07:42Il y en a à peu près 300.
07:44Et ce dont on parle, en fait, c'est un changement de pratique qui est nécessaire.
07:47Il ne suffit pas de faire l'outil le plus efficace, encore faut-il qu'il soit utilisé de façon systématique.
07:53Et du coup, avec les deux grandes fédérations d'aménageurs, nous faisons beaucoup de pédagogie auprès de toute cette filière.
08:00Et la bonne nouvelle, c'est que de grands aménageurs déjà ont décidé de systématiser l'évaluation de leur projet d'aménagement selon cette méthode.
08:09Et je voudrais les citer parce qu'en fait, ce sont ceux qui sont des précurseurs et quelque part, qui prennent un petit risque.
08:15Parce que quand vous évaluez l'impact carbone de votre projet, vous n'avez pas toujours 20 sur 20.
08:19Alors on se dit, bon, je vais peut-être être critique, etc.
08:22La réalité, c'est que ce sont ceux qui ne mesurent pas, qui ne veulent pas vraiment savoir de manière précise quel est l'impact carbone de leur projet.
08:29Alors, qui sont les pionniers ?
08:31Les principaux aménageurs privés, et puis il y en a de nouveaux régulièrement, donc Nexity, Kaufmann & Broad,
08:37Effage Aménagement, Link City et Air Nouvelle, qui sont deux aménageurs du groupe WIG.
08:43Ça, c'est pour les privés.
08:45Depuis très peu de temps, Crédit Mutuel Aménagement également.
08:48Ensuite, vous avez parmi les entreprises publiques, vous avez celle de Toulouse.
08:53Et donc, on peut vraiment féliciter la métropole de Toulouse, mais aussi ses deux aménageurs Europolia, OPDEA,
08:59qui vraiment étaient les tout premiers dans cette catégorie il y a trois ans déjà.
09:03Et puis, parmi les aménageurs qui dépendent de l'État, il y a Épamard, Épamard n'est pas France,
09:08l'aménageur de Marne-la-Vallée, qui est aussi le premier à montrer l'exemple.
09:11Donc, vous voyez, on a les trois grandes catégories, les aménageurs privés, les aménageurs publics locaux, les SEM,
09:16et puis les établissements publics d'aménagement qui dépendent de l'État.
09:19Et donc, vous avez dans chacune de ces catégories des aménageurs qui vont commencer à montrer l'exemple
09:24et on espère qu'il y aura de plus en plus de bilans carbone.
09:27Alors, pourquoi c'est important ? Pour chaque projet particulier, mais aussi pour l'Observatoire.
09:31Parce que pour que l'Observatoire réponde à ses missions, il faut qu'il y ait un volume significatif de bilans carbone
09:38pour pouvoir faire des analyses vraiment pertinentes.
09:41Alors, je rappelle les deux missions d'Observatoire.
09:43Premièrement, évaluer si chaque année, les projets d'aménagement sont bien en France
09:48ou par région de moins en moins carbonée.
09:50On n'a pas cette boussole aujourd'hui, donc on mène plein d'actions, mais quel est l'impact ?
09:54Et deuxièmement, quelles sont les actions les plus efficaces ?
09:57Alors, on commence à avoir des premiers enseignements, je vais vous les indiquer,
09:59mais il faudrait avoir des milliers de bilans carbone pour avoir des évaluations les plus efficaces.
10:04Une minute pour justement dire les actions les plus efficaces.
10:06Alors, les actions les plus efficaces, c'est en général, il faut agir sur tous les leviers à l'échelle d'un quartier.
10:11Donc déjà, sur l'énergie, souvent, c'est mettre en place des réseaux thermiques qui est efficace.
10:16Ça permet de mutualiser finalement les besoins d'énergie des bâtiments.
10:19Et le photovoltaïque pour l'électricité.
10:22Ensuite, les matériaux, c'est très important, que ce soit pour les bâtiments ou les espaces publics,
10:26mais en particulier pour les bâtiments.
10:27Utiliser des matériaux biosourcés, c'est ce qu'on constate pour les projets les plus vertueux.
10:31Et ensuite, la question de la mobilité, avec l'énergie et les matériaux, la mobilité est la troisième composante très importante sur laquelle il faut agir.
10:38Je vais juste donner un exemple.
10:39Si on arrive à limiter la construction de parkings souterrains, là, ça a un impact important au niveau du quartier.
10:45Merci beaucoup.
10:46Vous parliez de photovoltaïque, ce sera le thème du grand entretien, puisqu'on sera avec le patron général du solaire.
10:52Merci beaucoup, Michel Salem-Sermanné.
10:54Un tout dernier mot.
10:55Très vite, il nous reste un seconde.
10:57Il faut aussi mobiliser et sensibiliser le grand public.
10:59C'est pourquoi, avec Urban Print, on a créé un atelier pédagogique comme l'atelier d'automne, que vous connaissez sans doute.
11:05C'est l'atelier d'automne dédié à l'aménagement.
11:07Ça s'appelle l'atelier des transitions urbaines.
11:10Il y a beaucoup d'animateurs qui sont, en ce moment, formés.
11:13Ça se déploie dans toute la France, dans des écoles, dans des entreprises, dans des mairies.
11:17Donc, vous voyez, ce n'est pas seulement les professionnels du secteur,
11:19mais aussi c'est le grand public qui doit comprendre qu'il est possible aujourd'hui,
11:23si on mesure l'impat de carbone d'un quartier, de le réduire de manière significative.
11:27Merci beaucoup Michel Salem-Sermane et à bientôt sur Bismarck for Change.
11:31On passe à notre débat, l'économie circulaire au programme.
Écris le tout premier commentaire
Ajoute ton commentaire

Recommandations