00:007h46 sur BFM Business et sur AMC Live, notre invitée c'est Agnès Pannier-Runacher.
00:04Bonjour, vous êtes députée ensemble pour la République du Pas-de-Calais,
00:06ancienne ministre de la Transition écologique.
00:08En 2022, le gouvernement dans lequel vous étiez avait dépensé 9 milliards d'euros
00:12pour une remise sur les prix à la pompe.
00:14Aujourd'hui, on est à 1,2 milliard de montant total mobilisé par le gouvernement Lecornu.
00:20Est-ce qu'on est aujourd'hui dans le bon dosage et est-ce qu'on en a fait trop
00:23il y a quelques années ?
00:24Oui, on en a fait trop il y a quelques années.
00:26Moi, j'étais à l'époque ministre de l'énergie et du climat.
00:30Et je me souviens très bien que j'avais indiqué que je trouvais que cette mesure
00:36qui visait à baisser de 15 centimes le prix du carburant pour tout le monde,
00:40c'est-à-dire pour les entreprises, pour les transporteurs étrangers, pour les frontaliers,
00:44parce qu'en fait tout le monde en a bénéficié, était beaucoup trop large,
00:49a coûté beaucoup trop d'argent et n'a pas suffisamment aidé ceux qui en avaient le plus besoin.
00:53C'était une erreur. On est allé trop loin, mais on n'avait quoi ?
00:55Pas le courage politique qu'on a aujourd'hui ?
00:57On était sous l'oucaze des Républicains, qui en avait fait un élément de soutien au budget,
01:04au projet de loi de finances 2023 à l'époque.
01:07Je rappelle que...
01:08C'est les Républicains qui poussaient à la dépense.
01:10Mais oui, parce qu'il y a toujours eu un double discours chez les Républicains.
01:13C'est à fait des économies, mais en même temps, on dépense allègrement et ils ont poussé à l'époque,
01:18le gouvernement, à faire cette remise carburant qui, d'un point de vue économique, était absurde.
01:24Et on l'a mesuré après. C'est-à-dire que ça nous a coûté 9 milliards d'euros.
01:27Pour mettre ce chiffre en perspective, parce qu'on a tendance à manipuler les milliards,
01:32on a investi 30 milliards d'euros sur le plan France 2030,
01:36qui a vocation à construire l'économie française du futur.
01:40Donc vous voyez bien que claquer en 12 mois l'équivalent du tiers de ce qui doit nous permettre
01:46de faire l'intelligence artificielle, la santé de demain, l'énergie de demain, était absurde.
01:52Et puis surtout, ceux qui en ont bénéficié étaient essentiellement des gens qui n'en avaient pas besoin.
01:57Je le redis, sur les routes circulent beaucoup de véhicules d'entreprise, de véhicules étrangers.
02:04Les frontaliers en ont évidemment beaucoup bénéficié.
02:07Et ce n'est pas ceux qui en avaient le plus besoin qui en ont bénéficié.
02:10Là, ce sont des aides ciblées.
02:13Ce n'est pas les Français qui payent pour tout le monde.
02:16C'est des aides qui vont aux Français qui en ont besoin.
02:19Le véhicule électrique, on le voit dans les chiffres du début de l'année.
02:22Ça y est, ça commence à partir avec 30% désormais des ventes de véhicules électriques.
02:27Des ventes de voitures totales neuves qui sont des voitures électriques.
02:30Il se passe quelque chose.
02:31Le consommateur s'y retrouve.
02:32Pendant longtemps, on a quand même eu une difficulté à comprendre comment les aides fonctionnaient.
02:36Vous considérez, vous l'avez dit dans Marianne, qu'il y a eu une sorte de véhicule électrique bashing
02:41de la part du Rassemblement National, classique.
02:44Mais vous dites aussi de la part de lobbying pétrolier.
02:46Vous, si vous voulez, qui ?
02:48De manière générale, toute la politique d'électrification a donné lieu à des freins
02:54de la part, de manière générale, notamment de pays qui vivent de la vente des énergies fossiles.
03:01Moi, je l'ai vécu dans les salles de négociation au plan international et au plan européen.
03:07Des pays qui ont des ressources importantes fondées sur le pétrole et le gaz,
03:12les États-Unis, le Moyen-Orient, le Brésil,
03:17se sont toujours montrés très ambiguës sur les travaux que nous faisions
03:23pour électrifier la planète et pour sortir des énergies fossiles.
03:28Donc, ça, on le voit bien au quotidien.
03:29Et puis, au niveau national, on a vu que certains, je dirais, partis politiques
03:37relayer ces narratifs.
03:39Et évidemment aussi celui de Vladimir Poutine,
03:42qui est un des pays qui vend beaucoup de fossiles
03:45et qui en ont besoin pour mener la guerre en Ukraine.
03:48Donc, c'est très présent, c'est relayé sur les réseaux sociaux,
03:51c'est relayé par quelques chroniqueurs, leaders d'opinion.
03:55Et effectivement, on en a vu l'impact.
03:57Alors, aujourd'hui, la voiture électrique, c'est presque aujourd'hui,
04:02c'est plus de 30% des électrifications,
04:04puisque avec la guerre en Iran, on est plutôt du côté de 40-45.
04:07Sachant que la voiture hybride rajoute quelque chose de l'ordre de 50%.
04:11Donc, il n'y a plus que 20% de voitures thermiques
04:15qui sont immatriculées aujourd'hui dans les ventes neuves.
04:19Ce qui est intéressant, c'est que moi,
04:22quand je suis rentrée au gouvernement en 2018,
04:24on devait être à moins de 5% de voitures électriques.
04:27Donc, il y a un mont quantique de la voiture électrique.
04:30La deuxième chose, c'est que c'est moins cher à l'usage.
04:32Les industriels ont réussi à sortir des véhicules autour des 15 000.
04:35Là où il y a 7-8 ans, on était à des véhicules à 45 000 euros neufs,
04:39ce qui est gigantesque, on est aujourd'hui sur des voitures
04:43qui sont fabriquées en France et à un peu plus de 20 000 euros.
04:47Je ne dis pas que c'est donné, mais c'est quand même un sérieux progrès.
04:50Et puis, avec les aides, ça devient très compétitif.
04:53Parce qu'à l'usage, c'est beaucoup moins cher.
04:56C'est beaucoup moins cher en carburant.
04:57C'est moins cher en assurance.
05:00Et c'est surtout moins cher en maintenance.
05:02Donc, l'ensemble de ces éléments fait qu'on a intérêt à acheter une voiture électrique
05:05si on est sur un sujet de prix.
05:08Et si on est correctement équipé en borne de recharge.
05:11Le plus simple étant, pour ceux qui vivent notamment en milieu rural,
05:16d'avoir sa borne de recharge à la maison.
05:18Parce que là, on a l'espace pour l'installer.
05:20– Sur les zones à faible émission, vous avez vu que c'est assez compliqué.
05:24C'était dans la simplification, retiré.
05:26Et puis, maintenant, il y a une interrogation.
05:28C'est quoi votre positionnement à vous ?
05:29Est-ce que vous pensez qu'il faut pousser sur ce dossier ?
05:32Ou est-ce que vous pensez que c'est aux communes de gérer chacun, zone par zone ?
05:35– Alors, les zones à faible émission, ce n'est pas un sujet d'écologie.
05:39Ce n'est pas un sujet d'électricité.
05:40C'est un sujet de santé.
05:41Il y a beaucoup de gens, là aussi, qui ont créé de la confusion.
05:45Les zones à faible émission, c'est pour améliorer la qualité de l'air
05:48dans les plus grosses agglomérations,
05:51en particulier l'agglomération parisienne et l'agglomération lyonnaise.
05:55Et c'est d'ailleurs les deux seuls endroits
05:57où il y avait des interdictions de circuler pour les voitures, critère 3.
06:00Pas du tout le cas du reste de la France,
06:03contrairement à ce qui a été très largement raconté.
06:06La deuxième chose, c'est que ce n'est pas une mesure anti-voiture thermique,
06:09puisque toutes les voitures essence et diesel
06:12qui ont été construites depuis plus de 15 ans sont autorisées.
06:15C'est anti-voiture qui sont plus vieilles de 15 ans.
06:19Donc ce n'est quand même pas toutes les voitures qui circulent, fort heureusement.
06:22Et pourquoi ?
06:23Parce qu'en gros, on observe qu'on a chaque année des milliers de morts
06:27du fait de la pollution de l'air,
06:30et que cette pollution, elle se concentre dans certains endroits.
06:34Donc vous, vous êtes pour ?
06:35Donc moi, je suis d'abord, précision, les zones à faible émission,
06:38elles existent, elles n'ont jamais été interrompues.
06:40Et nous continuons tous de circuler.
06:42Et donc on voit bien que la catastrophe annoncée n'a pas eu lieu.
06:45Elles sont là et elles ont été maintenues.
06:48Deuxièmement, moi, j'avais porté en tant que ministre
06:51cette vision que c'est aux collectivités locales
06:54d'organiser leurs zones à faible émission
06:56pour éviter, par exemple, d'engorger l'accès à un hôpital
07:00s'il y a une difficulté de circulation particulière,
07:02de faire en sorte de prévoir aussi des règles d'accompagnement
07:06des automobilistes.
07:08On ne sait pas que jusqu'en 2024,
07:11on pouvait changer son véhicule d'occasion
07:13pour un autre véhicule d'occasion
07:14avec une aide de 10 000 euros
07:16quand on était habitant du Grand Paris.
07:18C'était une aide vraiment conséquente
07:20et qui permettait de changer de véhicule.
07:22Et donc à la fin, on le remet dans le projet de loi simplification
07:25où on laisse les...
07:26Les zones à faible émission, elles existent.
07:28Donc on n'a pas besoin de changer la loi.
07:29On a raconté que la loi les avait supprimées.
07:33Ce n'est pas vrai, là aussi.
07:34C'est un mensonge.
07:35Elles ont été mises en place par la loi de 2019
07:38et elles sont toujours là.
07:39Et manifestement, nous sommes tous toujours vivants.
07:41Dernier point politique.
07:42Vous étiez au meeting de Gabriel Attal ce week-end.
07:45On a eu hier le ralliement de Nathalie Cochusco-Morizet
07:48à Édouard Philippe.
07:50C'est là que ça se joue, la guerre entre les deux candidats.
07:52Vous attendez-vous des ralliements du côté de Gabriel Attal,
07:55du côté des LR ? C'est important ?
07:57Oui, je vais d'abord dire que Gabriel Attal
07:59a fait un très bon début de campagne.
08:01Je pense que c'est évident.
08:02On l'a vu dans la ferveur du meeting,
08:05dans l'énergie qui a été déployée.
08:07On a un candidat.
08:08On a des priorités claires.
08:11Quatre priorités.
08:14Deux dettes que nous devons aussi réduire.
08:17La dette écologique et la dette financière.
08:20On a un diagnostic partagé sur les défis
08:23qui attendent notre pays.
08:24On sait que l'éducation est une priorité absolue.
08:27Je crois que Gabriel Attal est le seul candidat
08:30à faire de l'intelligence artificielle
08:33un enjeu absolu
08:34et à comprendre ce qu'il y a derrière.
08:36Comprendre ce qu'il y a derrière pour nos enfants,
08:38pour notre économie.
08:39NKM a dit « je vais avec Édouard Philippe »
08:40justement parce que je travaille sur l'intelligence artificielle
08:42et que c'est le bon candidat.
08:44C'est pas formidable mais elle arrive à peut-être…
08:45Mais les ralliements, c'est là que ça se joue là.
08:47C'est ça qui se passe dans les couloirs.
08:49On cherche chacun à ramener des LR notamment près de soi ?
08:53Non, sincèrement je pense que les ralliements
08:57ne vont pas faire bouger l'opinion publique.
08:59Ce que les Françaises et les Français attendent,
09:02c'est une vision et nous en avons une.
09:04C'est un candidat qui est capable de porter cette vision
09:07et nous en avons un.
09:09Et ce sur quoi nous sommes en train de travailler,
09:11c'est un programme solide
09:13et un projet qui permet d'embarquer les Françaises et les Français.
09:16Parce que les Françaises et les Français,
09:18ils veulent de l'optimisme,
09:19ils veulent un projet qui leur parle,
09:21ils veulent avoir le sentiment qu'ils sont entendus,
09:23qu'ils sont compris et qu'on va prendre soin d'eux.
09:25Bon pour l'instant, ils auront des gels de budget.
09:27C'est ce qui est prévu aujourd'hui, cet après-midi.
09:30Le gouvernement aujourd'hui avec le ministre des Comptes publics
09:32qui doit présenter les détails des 3,2 milliards d'euros de gel de crédit.
09:36Merci beaucoup Agnès Pannier-Renachelle
09:37qui est venue ce matin dans la matinale de l'économie.
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