00:00Notre invité ce matin à 7h44 sur BFM Business et sur AMC Live, c'est Lionel Frenschko.
00:04Bonjour, vous êtes désormais directeur commercial de Sherry, premier exportateur automobile chinois.
00:10Vous étiez auparavant chez Hyundai, on vous avait reçu à l'époque, vous avez travaillé chez Volkswagen, chez Kia, chez
00:17Nissan.
00:17Et donc désormais dans le groupe chinois Sherry, alors je le rappelle quand même Sherry, 2,8 millions de véhicules
00:24dont la moitié est vendue hors de Chine.
00:26Il y a déjà pas mal de véhicules qui sont vendus en Europe et donc l'objectif c'est le
00:31développement en France à travers vous.
00:33Vous m'avez dit juste avant la pub, une équipe de 50 personnes, donc la réflexion est déjà bien entamée.
00:39Vous allez attaquer le marché français, par quel biais ?
00:42En fait, effectivement on a créé une équipe de 50 personnes pour pouvoir lancer proprement la marque sur le marché
00:46français.
00:47En fait ce qu'on veut arriver à faire en introduisant Moda Djeku pour commencer sur le marché français,
00:51c'est finalement redonner l'opportunité aux gens d'acheter un véhicule neuf alors qu'ils ont perdu cette opportunité.
00:56Quand je prends un peu de recul, le marché français historiquement c'est autour de 2 millions de voitures,
01:01j'irais jusque à la période du Covid, et depuis quelques années maintenant c'est plutôt 1,6 millions, 1
01:05,5 millions.
01:06Et quand je regarde le prix moyen de vente d'un véhicule neuf, avant le Covid on avait un prix
01:11autour de 25 000 euros en moyenne,
01:12et après Covid on est plutôt sur des prix autour de 35 000.
01:15Ce qui veut dire qu'aujourd'hui en fait, il y a une partie de la population qui n'a
01:18plus accès à un véhicule neuf,
01:20et ce qui est assez paradoxal c'est qu'il y a toujours cette envie de pouvoir se déplacer de
01:23manière autonome et de manière indépendante.
01:25Donc l'arrivée de Cherry, elle doit vraiment servir à redonner l'accès à un véhicule neuf à cette clientèle
01:30-là,
01:30de manière à ce qu'effectivement on puisse avoir une capacité à se déplacer sur le marché de manière complètement
01:37libre.
01:37Donc ça veut dire pas de la grosse berline, plutôt de la citadine ?
01:40Ça veut dire surtout en fait d'arriver à délivrer des véhicules qui correspondent à ce que les Français attendent,
01:45de l'hybride, du SUV, parce que c'est aujourd'hui évidemment la demande,
01:50avec des produits qui sont très techno, puisqu'aujourd'hui les constructeurs chinois sont finalement des leaders en termes de
01:54technologie,
01:54mais à un prix qui est bien plus abordable.
01:57Parce que si je donne des comparaisons, on va lancer des véhicules qui sont dans la même catégorie qu'un
02:01Nissan Juke,
02:02ou qu'un Renault Austral, etc.
02:04ou un Peugeot 3008 par exemple, mais avec des tarifs qui vont être 10 à 15 000 euros moins chers.
02:10Donc des véhicules qui techniquement seront meilleurs, de bonne qualité et plus abordable.
02:15C'est vraiment la raison d'être et la raison d'arriver sur le marché français du groupe Cherry et
02:19des marques Moda Djeco.
02:20Avec un écart de prix, quand vous me dites quand même 10 à 15 000 sur un modèle similaire,
02:24qui permet franchement d'aller au-delà des questions européennes de bonus-malus,
02:29au-delà de la question de droits de douane, c'est-à-dire que l'écart est tellement fort
02:33qu'en fait, malgré ce que peut mettre en place l'Europe, c'est compétitif.
02:38C'est vrai qu'on paye, on va dire, les droits de douane comme tous les biens chinois qui sont
02:42importés sur le marché européen.
02:43On parle de 10% si on parle des voitures hybrides.
02:45Mais c'est vrai que malgré ça, on arrive à avoir une compétitivité de nos produits
02:49qui est bien meilleure que la plupart de nos concurrents,
02:52avec une technologie qui elle aussi est une technologie leader sur l'hybridation ou sur l'hybride rechargeable.
02:59Ce qui nous permet, encore une fois, d'être très optimistes quant à la capacité de la marque à s
03:03'introduire sur le marché français.
03:04Et ça ne sera pas des véhicules 100% électriques ?
03:07C'est un choix hybride et hybride rechargeable parce que justement on demande du contenu local européen
03:12et que ça pourrait du coup vous revenir plus cher ?
03:15Ou c'est un choix parce que la demande pour le véhicule électrique n'est pas encore là en Europe
03:19?
03:19C'est vraiment un choix qui est lié à la demande.
03:21C'est-à-dire qu'effectivement, quand on regarde ce qui se passe sur le marché français et sur le
03:24marché européen,
03:24la croissance du marché, elle se fait sur l'hybride classique, on va dire,
03:28parce que c'est une technologie qui est plus vertueuse d'un point de vue écologique,
03:31mais aussi parce que c'est une technologie sans contraintes.
03:33Je n'ai pas besoin de brancher mon véhicule.
03:35Donc c'est vrai que c'est finalement une transition vers l'électrification qui est plus simple pour les gens
03:39et c'est la raison pour laquelle on a décidé de démarrer notre lancement sur le marché français avec ces
03:43technologies.
03:44Alors concrètement, est-ce qu'à un moment donné, vous réfléchissez à produire en Europe ou en France ?
03:48Alors, ça fait évidemment partie du cahier des charges du groupe.
03:51On a déjà repris l'usine Nissan de Barcelone,
03:55où là on va commencer la production de véhicules localement.
03:58Et le groupe continue à investiguer en Europe
04:02la possibilité d'étendre sa capacité de production sur ce marché-là.
04:06Mais ça sera de la production de A à Z, du boulon jusqu'au roux, le véhicule entier,
04:10ou ça sera juste des morceaux, de l'assemblage ?
04:12Non, ça ne sera pas de l'assemblage, ça sera vraiment une production qui sera locale.
04:15Avec la R&D qui serait en France ?
04:17Absolument.
04:18Donc ça, c'est effectivement une annonce qu'on a faite il y a quelques jours maintenant.
04:22On a décidé d'avoir un centre de R&D en France.
04:24Pourquoi on a choisi la France ?
04:25Et c'est évidemment un message important.
04:28Ce centre de R&D, il va avoir pour mission principale de construire une citadine.
04:33Pourquoi une citadine ?
04:34Parce que ça reste aujourd'hui, en France comme en Europe,
04:37un segment du marché qui est extrêmement important.
04:40Et la France a été choisie parce que la France est le pays de la citadine.
04:44Et finalement, de manière assez humble,
04:45le groupe a décidé de venir apprendre sur le marché,
04:49qui est marché référence, la France,
04:50pour pouvoir développer un véhicule qui soit le plus adapté possible au marché français.
04:54Et ça ne sera pas un véhicule chinois qui est déjà vendu en Chine ?
04:57Ça sera un véhicule fait pour l'Europe ou pour la France ?
05:00Complètement.
05:00Ça sera un véhicule qui sera pensé pour le marché français, pour le marché européen,
05:05et qui ne sera pas simplement la transposition d'un véhicule fabriqué en Chine,
05:09qu'on adapterait à la réglementation ou des idératas à des clients français et européens.
05:13Vous connaissez par cœur le marché de la distribution de l'automobile.
05:16C'est bien pour ça qu'ils sont venus vous chercher, évidemment.
05:18Vous aurez des concessionnaires classiques, vous partagerez des concessions.
05:21C'est quoi votre vision de la distribution ?
05:23Sur le marché français, au moment du lancement, on aura 70 points de vente.
05:28L'objectif, à terme, c'est qu'on en ait 130.
05:30Et l'année prochaine, 200.
05:32200, ça nous permet de couvrir le territoire à peu près dans son intégralité.
05:35C'est-à-dire que le temps de trajet entre le domicile de n'importe quel Français
05:39et une concession sera de l'ordre de 40 minutes.
05:41Vous ne voyez pas un développement de l'électrique qui débute ?
05:45Quand on voit le prix de l'essence qui augmente, ce pic qui est pris,
05:49il y a quand même un petit frémissement en Europe.
05:53C'est évident qu'on voit bien qu'il y a une évolution de la manière
05:57dont les gens consomment les véhicules de manière générale.
06:00L'électrification, évidemment.
06:01Le choix qu'on a fait, nous, c'est qu'on n'aura pas du tout de technologie thermique.
06:06Donc, on n'aura pas de véhicules qui ne seraient pas électrifiés.
06:08Donc, ça sera hybride, hybride en rechargeable dans un premier temps.
06:11On arrive avec aussi des hybrides en rechargeable qui sont très techno,
06:16dans le sens où on a des autonomies de l'ordre de 100 km en full électrique,
06:20mais aussi, finalement, une consommation d'essence quand le véhicule a une batterie qui est déchargée,
06:25qui est de l'ordre de 6 litres.
06:26Donc, on a des véhicules qui sont finalement très peu consommateurs d'essence
06:29quand ils sont déjà déchargés,
06:31mais qui restent finalement accessibles en 100% électrique avec les hybrides en chargeable.
06:36On a la techno électrique dans nos cartons.
06:38Donc, c'est vraiment pour nous une question de choix stratégique à un moment donné.
06:41Vous attendez un basculement de la demande.
06:42On regarde effectivement comment la demande va évoluer
06:46et le moment où on va introduire ces véhicules,
06:47parce qu'encore une fois, on les a au portefeuille.
06:49Comment vous regardez la révolution poussée par la Chine sur le véhicule électrique notamment,
06:54mais sur l'ensemble du secteur automobile ?
06:57Vous venez de Hyundai, vous avez connu toute l'évolution des voitures japonaises,
07:01maintenant, c'est les voitures chinoises.
07:02Vous regardez ça comment ?
07:04En fait, d'abord, j'ai discuté longtemps avec le groupe Chéri avant d'arriver,
07:08mais au-delà de ça, j'ai fait il y a quelques jours ma première visite en Chine.
07:11Donc, je n'étais jamais allé en Chine et c'est assez troublant, on va dire,
07:16la capacité d'écoute, la capacité de datation et la réactivité.
07:19C'est-à-dire qu'ils produisent, le groupe produit de nombreux véhicules
07:23avec de nombreuses marques en Chine.
07:24Quand je suis allé voir les ingénieurs, ils m'ont dit
07:27« De quoi tu as besoin pour entrer sur le marché français ? »
07:31En termes de taille de voiture, en termes de technologie, en termes d'équipement, etc.
07:35Donc, je leur ai dit « Voilà, j'ai besoin de tout ça sur telle catégorie. »
07:3848 heures plus tard, il y a des gens qui sont revenus en me disant
07:40« Voilà, on a pensé à ça, on va faire ça, etc. »
07:42Donc, c'est impressionnant, réellement impressionnant.
07:45En rapidité d'exécution.
07:47Oui, et en capacité d'écoute.
07:48Parce qu'il y a aussi ça, cette volonté d'arriver sur un marché.
07:51Le marché français, c'est probablement le marché le plus exigeant en Europe.
07:54Donc, il faut arriver avec humilité, chercher à comprendre comment on peut y entrer.
07:57Et c'est vrai qu'il y a cette écoute, il y a cette humilité,
07:59mais il y a aussi cette capacité à s'adapter et à réagir très rapidement.
08:02Et vous avez l'impression qu'on prend mal en Europe ?
08:06On se trompe un peu vis-à-vis de la stratégie qu'on met vis-à-vis de la Chine
08:10à vouloir mettre en place des barrières douanières, à se protéger ?
08:15Disons que la problématique, c'est qu'on a regardé, quand on regarde dans l'histoire,
08:18finalement, ce qui s'est passé dans l'industrie automobile.
08:20Vous parliez tout à l'heure des constructeurs japonais.
08:22Il y a quelques années en arrière, les constructeurs japonais aussi étaient pointés du doigt.
08:26Il y avait des quotas.
08:27Ils n'avaient pas le droit de rendre plus de 3% de leur volume en Europe.
08:29Les choses ont évolué, les constructeurs européens se sont adaptés
08:32et les constructeurs japonais ont commencé à fabriquer en France, en Europe.
08:36Il va se passer certainement la même chose avec les constructeurs chinois
08:38qui commencent à s'installer en Europe
08:40et qui vont devenir des concurrents, je dirais, normaux des constructeurs européens
08:43avec des constructeurs européens qui, eux, vont réagir, vont s'adapter
08:46parce que ça fait partie aussi de la vie normale d'une entreprise.
08:49Il y a une question que je me pose quand même sur votre carrière,
08:51parce que vous n'avez, vous, jamais travaillé chez un constructeur français,
08:54vous êtes toujours chez les constructeurs étrangers.
08:56C'est-à-dire qu'à partir du moment où on a commencé, c'est fichu,
08:59on doit toujours aller vers les constructeurs étrangers.
09:01C'est un choix ?
09:02Pourquoi vous avez cette ligne-là de constructeurs étrangers ?
09:06En fait, c'est simplement parce que quand on travaille
09:10chez des importateurs, constructeurs étrangers,
09:12en fait, on a très souvent une capacité de manœuvre
09:16qui est bien plus importante que quand on travaille dans un constructeur domestique.
09:19On a donc un champ de responsabilité qui est plus large
09:22et ça donne des jobs, pour moi, à titre personnel,
09:24qui sont bien plus passionnants, bien plus motivants.
09:26Et c'est la raison pour laquelle je suis là aujourd'hui.
09:29C'est effectivement, lancer plusieurs marques sur le marché français
09:32en partant de zéro comme une start-up, finalement.
09:34Être une start-up automobile, c'est un projet incroyable.
09:37Et le faire avec l'appui du premier exportateur de voitures chinois au monde,
09:42c'est aussi une forme de réassurance pour moi.
09:44C'est une grosse start-up.
09:45Merci beaucoup d'être venu ce matin, Lionel Franchot,
09:48directeur commercial de Chérie.
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