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  • il y a 5 heures
Ce vendredi 29 mai, Michel Ruimy, partner de Levy Capital Partners, a abordé l'éventualité d'un narratif de stagflation commençant doucement à s'installer dans l'économie française, l'économie européenne sous surveillance avec des signaux contrastés, ainsi que la confirmation de la détente obligataire au sein de la BCE, dans l'émission BFM Bourse présentée par Antoine Larigaudrie. BFM Bourse est à voir ou écouter du lundi au vendredi sur BFM Business.

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Transcription
00:04Voilà, on va donc rejoindre Michel Ruymi de Lévis Capital Partners.
00:10Bonjour Michel.
00:11Bonjour Antoine.
00:12Alors, on va faire un point sur les chiffres qui fâchent.
00:15Ça nous ramène à ce matin en France.
00:18Inflation bien bien au-delà des 2%, une croissance révisée à négative sur le dernier trimestre.
00:24Ça y est, est-ce que le narratif de stagflation commence doucement à s'installer sur l'économie française, selon
00:30vous ?
00:32Oui, clairement, parce que le mot commence à circuler dans les salles de marché et parmi les stratégistes macro.
00:39Mais attention toutefois, on n'est pas dans une stagflation à l'ensemble de ce que je dirais,
00:44celle qu'on a connue dans les années-là, avec une spirale inflation-salaire totalement en manque de contrôle.
00:49La combinaison aujourd'hui, elle est plus problématique car on a une croissance qui cale,
00:56une demande intérieure fragile et une inflation qui reste trop élevée par rapport à la cible de la BCE.
01:03Mais ce qui inquiète les investisseurs, c'est surtout la nature de cette inflation.
01:08On n'est plus uniquement sur un choc énergétique, mais les services restent inflationnistes,
01:14les coûts salariaux augmentent et certaines rigidités de l'économie française,
01:20qui sont structurelles comme le niveau élevé des dépenses publiques,
01:24une productivité qui est au ralenti et un marché du travail segmenté,
01:28eh bien toutes ces rigidités entiennent, on va dire, des tensions inflationnistes,
01:33alors même que l'activité ralentit.
01:36Et le vrai sujet, c'est que la France rentre dans une zone de croissance molle
01:42avec des taux durablement plus élevés qu'avant 2022.
01:46Or, pendant dix ans, l'économie française a vécu supervision de taux zéro
01:52et ce régime monétaire est terminé.
01:54Et beaucoup d'acteurs, comme notamment l'État et certaines entreprises endettées,
02:00n'ont pas totalement intégré ce nouveau paramètre, ce nouveau coût du capital.
02:04Et donc, je dirais que le narratif taxationniste s'installe progressivement,
02:10mais pas comme un scénario central catastrophe,
02:13mais comme un risque crédible qui est désormais intégré par les marchés.
02:18Alors, que nous disaient les autres indicateurs de la journée en Europe ?
02:22On a eu de l'inflation, on a eu le chômage en Allemagne,
02:24on a eu la croissance italienne.
02:25Quel est le panorama, on va dire ?
02:28Eh bien, le tableau européen est assez révélateur d'une économie qui ralentit,
02:35mais sans véritablement s'effondrer.
02:38En Allemagne, le signal le plus important est la faiblesse industrielle.
02:42Le modèle allemand, qui notamment s'appuie sur une énergie abondante,
02:47les exportations, une puissance manufacturière, subit une pression considérable.
02:52Et en même temps, le chômage remonte progressivement,
02:56ce qui s'était impensable il y a encore quelques années.
02:59Donc, cela traduit une réelle perte de dynamisme industriel.
03:05Quant à l'Italie, elle résiste un peu, mieux que prévu sur certains semestres,
03:11grâce notamment au tourisme, à la construction et au fonds européens.
03:15Mais la croissance reste fragile, à mon goût,
03:19et elle est très dépendante des conditions financières.
03:21Et avec une dette publique qui est extrêmement élevée,
03:25l'Italie est très sensible à toute remontée de taux.
03:29Et si on considère maintenant l'inflation européenne,
03:32eh bien, le marché voit bien que la désinflation existe, mais qu'elle ralentit.
03:36Ça, c'est un point essentiel.
03:37Mais revenir de 10% à 3%, c'est, on va dire, facile et relativement rapide.
03:43Mais revenir durablement à 2% est beaucoup plus difficile.
03:48Et c'est là que les banques centrales se trouvent un peu piégées.
03:52Et le résultat est que nous sommes dans une Europe qui évite la récession brutale,
03:57mais qui entre dans une forme de stagnation molle,
04:01plutôt avec peu de gain de productivité, peu de croissance potentielle
04:06et une dépendance croissante à la dépense publique.
04:10Bon, malgré tout, on semble être sur un climat de détente obligataire.
04:15Il y a un petit peu moins de volatilité.
04:17Est-ce que ça peut durer ?
04:19D'autant que les anticipations de relèvement de taux côté BCE
04:22sont quand même bien confirmées, là, pour le coup.
04:26– À mon sens, c'est le sujet le plus intéressant du moment sur le marché.
04:30Parce qu'aujourd'hui, les marchés obligataires vivent sur une idée
04:37plutôt relativement simple, c'est-à-dire que la BCE est proche
04:42de sa fin de son cycle restrictif et que la croissance européenne
04:46est trop faible pour supporter les taux durablement élevés.
04:50Donc c'est ce qui explique la détente récente sur les rendements
04:54et le retour à un peu de calme sur la volatilité.
04:57Mais il y a une contradiction importante, à mon avis.
05:00Si l'inflation est plus persistante que prévue,
05:03notamment dans les services et les salaires,
05:06eh bien les banques centrales devront maintenir
05:08des conditions monétaires restrictives beaucoup plus longtemps.
05:11Et autrement dit, le marché price,
05:14déjà une normalisation monétaire relativement rapide,
05:18alors que les fondamentaux inflationnistes ne sont pas totalement réglés.
05:22Et cela crée un risque de réveil brutal de la volatilité.
05:27Et par ailleurs, comme je le disais tout à l'heure,
05:30il ne faut pas oublier un élément structurel.
05:32Les États européens doivent refinancer des volumes de dettes massifs
05:36dans un environnement de taux beaucoup plus élevé qu'avant 2022.
05:40Et la gratuité monétaire est révolue.
05:45Et donc la question centrale devient donc
05:48qui absorbera durablement cette masse de dettes
05:52sans exiger une prime de risque plus élevée.
05:55Et pour l'instant, les investisseurs sont confiants
05:58parce que la BCE est crédible et que la croissance est faible.
06:02Mais si l'on a simultanément, on va dire,
06:06une inflation persistante, des déficits budgétaires
06:09encore qui s'accroissent et une croissance molle,
06:11alors le marché obligataire pourrait redevenir extrêmement nerveux.
06:16Et donc ce qui veut dire que le calme actuel est donc fragile,
06:20mais ce n'est pas un nouveau régime de stabilité.
06:23Voilà, il ne faut pas s'y habituer.
06:24Mais c'est vrai que ces derniers temps,
06:26ça a tendance à se calmer un tout petit peu.
06:293,57 sur le 10 ans français, 2,96 sur le 10 ans allemand
06:33et 4,45 pour le 10 ans américain.
06:35Merci infiniment Michel Rumi de Lévis Capital Partners
06:38pour ce panorama complet macroéconomique.
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