- il y a 2 jours
Le 11 mai 1987 s'ouvre le procès de Klaus Barbie dans la salle des pas perdus du palais de justice de Lyon, spécialement aménagée pour l'occasion. À travers les nombreux témoignages de survivants du « boucher de Lyon » qui se succèdent, ce procès hors norme confronte la société française à son passé.Quelles ont été les conséquences de ce procès sur les mentalités de l'époque et comment a-t-il changé notre rapport à la Seconde Guerre mondiale ? Qu'attendons-nous aujourd'hui du jugement d'anciens criminels nazis ?Pour en discuter, Jean-Pierre Gratien reçoit les historiennes Annette Wieviorka, spécialiste de la Shoah et de l'histoire des Juifs au XXe siècle, et Bénédicte Vergez-Chaignon, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale.
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00:00:09Générique
00:00:09...
00:00:16Bienvenue à tous au menu de ce débat doc.
00:00:18Aujourd'hui, le troisième et dernier épisode de la série
00:00:21Le procès Barbier, réalisé par Gabriel Le Bonin
00:00:25et intitulé Le jugement.
00:00:27Le boucher de Lyon se voit cette fois contraint d'assister aux audiences.
00:00:31C'est l'heure des derniers témoignages,
00:00:33puis du réquisitoire pour la partie civile
00:00:35et des plaidoiries pour la défense.
00:00:38Je vous laisse le découvrir et je vous retrouverai juste après
00:00:40sur ce plateau en compagnie des historiennes
00:00:43Bénédicte Vergès-Chénion et Annette Viviorka
00:00:46pour tirer les leçons des procès mis en oeuvre
00:00:50contre les principaux responsables nazis.
00:00:52Bon doc.
00:01:06Depuis douze jours, la ville de Lyon est le centre de toutes les attentions.
00:01:12Pour la première fois, la justice française juge un officier nazi
00:01:16pour crime contre l'humanité.
00:01:23Klaus Barbie a dirigé la Gestapo de Lyon de 1942 à 1944
00:01:28et est responsable de la mort et de la déportation
00:01:31de milliers de juifs et de résistants.
00:01:47Pour cette nouvelle journée d'audience,
00:01:50le président Serdini a contraint Klaus Barbie
00:01:52à revenir dans le box des accusés.
00:01:57L'ancien nazi doit être confronté à certaines parties civiles,
00:02:00absentes lors de la procédure.
00:02:02L'enjeu est bien sûr de reconnaître et de confondre l'accusé.
00:02:08Nous vous avons entendu hier, monsieur Margen.
00:02:10Est-ce que vous reconnaissez, est-ce que le visage de l'accusé
00:02:15évoque chez vous quelque chose ?
00:02:17Et si oui, vous nous dites quoi ?
00:02:18Car vous n'avez jamais été confronté avec lui ?
00:02:21Jamais.
00:02:22Alors dites-nous si...
00:02:24Je le reconnais formellement.
00:02:26Tout à fait formellement.
00:02:29Et on ne peut pas se tromper.
00:02:32C'est impossible de se tromper.
00:02:33Plus de 40 ans après...
00:02:35Mais bien entendu.
00:02:35Qu'est-ce qui vous permet d'affirmer que...
00:02:38Regardez comme il regarde.
00:02:40Regardez cette espèce de rictus de sourire qui est spécial.
00:02:45L'accusé, vous entendez ?
00:02:48Ce monsieur prétend avoir comparu devant vous à plusieurs reprises,
00:02:53avoir reçu de votre part des coups d'un air de bœuf,
00:02:57avoir été soumis aux supplices de la baignoire
00:03:00et avoir été frappé à l'aide d'un antivol de vélo.
00:03:08Vous parlez dans le micro.
00:03:11Oui, pardon.
00:03:12C'est la trompe qui va me traduire, oui.
00:03:18Je me trouve ici de manière illégale
00:03:23suite à un enlèvement
00:03:24et je suis ici contraint par la force.
00:03:31Et étant donné que juridiquement je suis absent,
00:03:35je ne répondrai pas.
00:03:37Monsieur l'accusé, je ne vous ai pas autorisé à lire un papier.
00:03:40Je crois, il me semble que vous lisez quelque chose.
00:03:43Je vous avais autorisé l'autre jour parce que vous m'aviez demandé l'autorisation.
00:03:47Vous êtes en train de lire un papier et vous n'avez pas demandé d'autorisation.
00:03:51Alors je vous ai posé une question.
00:03:52Qu'avez-vous à dire sur les accusations portées par ce monsieur ?
00:03:55Je n'avais ni Suzanne, le Président.
00:03:57Rien à dire, Monsieur le Président.
00:04:00Bien, Monsieur Marguen, je vous remercie.
00:04:02C'est dommage.
00:04:03Il réagit comme un SS, c'est bien.
00:04:05Merci, Monsieur Marguen.
00:04:07Monsieur Blardon, je vous en prie.
00:04:09Je vous en prie.
00:04:11Nous ne sommes pas au théâtre.
00:04:13Je vous en prie.
00:04:14Vous êtes devant une cour d'assises.
00:04:15Je vous demande de garder le silence.
00:04:18J'ai eu une jeune femme, très jeune, avec un bébé dans les bras qui devait avoir un an et
00:04:25demi, deux ans.
00:04:28Barbie lui a pris son bébé, l'a jeté dans le couloir comme un ballon.
00:04:34J'étais regroupé entre la porte, je voyais tout ce qui se passait dans la salle de torture.
00:04:40Le premier travail de Barbie fut de faire déshabiller cette femme.
00:04:47Quand il l'a vue nu, il a eu un ricanement.
00:04:54Il a fait venir un chien loup.
00:04:56Il tenait par la laisse.
00:04:59Et tout le tour de la pièce, il a fait courir cette femme en faisant mordre par son chien.
00:05:06Et il l'excitait pour.
00:05:09Il l'a fait mettre accroupi.
00:05:12Et il a essayé de lui faire faire des relations sexuelles avec le chien.
00:05:21Ce visage...
00:05:22Vous parlez dans le micro, s'il vous plaît.
00:05:26Ce visage...
00:05:27Vous parlez dans le micro, mais à la cour, pour vous adresser.
00:05:30Je veux le regarder.
00:05:31Ah oui, je vous en prie.
00:05:32Je veux quand même le regarder.
00:05:34Dans les yeux.
00:05:36Monsieur Blardon.
00:05:37Je veux le regarder dans les yeux.
00:05:39Ses yeux.
00:05:41Glacial.
00:05:42Cette bouche.
00:05:43Il comprend le français.
00:05:44Vous ne faites pas du souci.
00:05:45Parce que moi, il m'a interrogé en français.
00:05:47Il sait bien ce que je dis.
00:05:48Vous voyez, il a fermé les yeux maintenant.
00:05:49Monsieur Blardon.
00:05:51Monsieur Blardon.
00:05:52Écoutez, quand vous passez devant un homme comme ça, la lâcheté, aujourd'hui, sa lâcheté, on la voit.
00:06:00Excusez-moi, Monsieur le Président.
00:06:06Eh bien, j'ai vu quand il avait suspendu une fille au-dessus de la porte avec des menottes et
00:06:12deux spires derrière avec les fouets.
00:06:14Et après, quand ils m'ont sorti de la baignoire, alors il a donné les ordres entre ses spires de
00:06:19pénétrer la fille.
00:06:21Alors comme le spire ne l'a pas fait, c'est lui-même qui l'a fait.
00:06:28Qu'a à dire l'accusé sur ce que vient de dire le témoin ?
00:06:32Rien à dire, Monsieur le Président.
00:06:38J'ai eu avec moi Madame Rémi Rour, la femme d'un journaliste qui a été torturée terriblement et qu
00:06:45'on a mis en prison avec moi.
00:06:47Mais elle, elle est partie plus tôt. Elle est allée à Ravensbrück. Elle est morte à Ravensbrück.
00:06:53J'ai eu ensuite une Marie-Martin qui est arrivée ensanglantée des pieds à la tête en chemise de nuit.
00:07:02Une chemise de nuit toute déchirée, elle avait été arrêtée au milieu de la nuit.
00:07:05Et comme la nuit, c'était la grande farandole quand CSS était saoul.
00:07:10C'était épouvantable les cris et les choses qu'il faisait.
00:07:15Et alors mon dernier témoignage est celui-là qui me fait beaucoup de peine.
00:07:21Celui-là est très important et je ne peux pas l'évoquer sans pleurer.
00:07:26Il est très triste.
00:07:28J'étais seule dans ma cellule et c'était la veille de Pâques où on avait enlevé les enfants dix
00:07:35yeux.
00:07:36Je ne sais pas s'il venait dix yeux, mais j'ai eu un gamin avec moi qui devait avoir
00:07:41dix ans.
00:07:41C'était la veille de Pâques, Mademoiselle Julienne de Pomerol qui distribuait aux prisonniers de Montluc des œufs durs pour
00:07:51Pâques.
00:07:52La gardienne qui s'appelait Madame Ozer, qui était une brute, m'en fait avec moi.
00:07:57Elle me dit, tu as deux œufs, mais tu les manges.
00:08:00Tu n'en donnes pas à ce juif.
00:08:03Elle a fermé la porte.
00:08:05Ce gosse me regardait.
00:08:06J'ai épluché les œufs.
00:08:08Je lui ai donné un.
00:08:10Je lui ai donné le deuxième.
00:08:12Le gosse s'est jeté dans mes bras et m'a dit, tu les aimes, les Juifs ?
00:08:16J'ai dit, j'aime tout le monde.
00:08:18Et j'ai gardé ce gosse près de moi.
00:08:20Mais quand est arrivé la bacchanale de la nuit, on est venu chercher ce gosse.
00:08:24Il l'a tue à coups de sabots devant ma porte, de ma cellule, la cellule de vin.
00:08:30Voilà.
00:08:33Bien.
00:08:33Dites-moi, Madame, alors que vous n'avez jamais été confrontée avec lui,
00:08:36est-ce que vous le reconnaissez dans la personne ici présente ?
00:08:42Oui.
00:08:44Oh, ses yeux, oui.
00:08:46C'est lui.
00:08:47C'est lui, monsieur le juge.
00:08:49Des yeux pareils, on ne peut pas oublier ce regard.
00:08:52Je vous assure.
00:08:54Et si je n'entendais plus, si j'étais à basourdi de coups,
00:08:58je voyais ses yeux cruels.
00:09:00Voilà.
00:09:05Vous avez traduit au fur et à mesure l'accusé.
00:09:08Et est-ce que l'accusé a donc entendu ce qu'a dit le témoin ?
00:09:12Qu'a-t-il à dire là-dessus ?
00:09:14Bien, Bernard.
00:09:15Ça va bien.
00:09:16Je ne vais rien.
00:09:17Je ne vais rien.
00:09:18Je ne vais rien.
00:09:20Il n'a rien à dire.
00:09:24Révulsé par l'attitude de Klaus Barbie,
00:09:26qu'il qualifie de M. Nine,
00:09:28le procureur général Truch,
00:09:30va alors chercher à percer l'abîme du personnage
00:09:33et à comprendre sa vérité.
00:09:37Mais si vous le permettez, M. le Président,
00:09:41je voudrais poser une question à Klaus Barbie.
00:09:43Je voudrais lui poser une question,
00:09:45puis je lui dirai après pourquoi il devrait me répondre.
00:09:48Je voudrais parler d'un autre Barbie,
00:09:51en 1933.
00:09:54L'un Barbie qui dit certes
00:09:57qu'il est impressionné par le soulèvement national
00:10:00et qu'il veut s'engager à la suite du chancelier du Reich,
00:10:05mais également un Barbie qui a des accents émouvants
00:10:11sur la mort toute récente de son frère aîné
00:10:13et puis de son père,
00:10:14et aussi un Barbie qui raconte
00:10:17qu'après avoir milité dans une association catholique,
00:10:22il était dans une société de bienfaisance
00:10:23qui s'occupait d'accueil en gare
00:10:25et de visite des prisons
00:10:26et un Barbie qui dit qu'il était très impressionné
00:10:29par les atteintes à la dignité humaine
00:10:31qu'il a constatées.
00:10:33Alors la question que je voudrais lui poser,
00:10:36c'est comment cet homme de 20 ans,
00:10:38ce jeune homme,
00:10:40qui a des réactions normales,
00:10:42est devenu après un SS convaincu
00:10:45de ce qu'il a conduit sur les bancs
00:10:47de la cour d'assises du Rhône.
00:10:48Qu'est-ce qui s'est passé dans votre vie
00:10:50entre 1934 et 1937 ?
00:10:52Et je vais vous dire maintenant
00:10:55pourquoi vous devriez me répondre.
00:10:57Parce que, bien sûr,
00:10:59vous pouvez continuer à faire semblant,
00:11:01mais il y a trois choses que vous savez.
00:11:04La première, c'est que quoi qu'il arrive en Bolivie,
00:11:07vous ne retournerez jamais en Bolivie.
00:11:08Le droit international fait que vous êtes en France
00:11:11et que vous y resterez.
00:11:13La deuxième, c'est que le procès se déroule à Lyon
00:11:15et qu'il ira à son terme.
00:11:16Et la troisième, vous le savez aussi,
00:11:20c'est que dans un certain nombre d'années,
00:11:23des personnes iront consulter
00:11:26tous les témoignages
00:11:28qui ont été posés dans ce procès
00:11:31pourront voir un film.
00:11:33Vous savez dans quelles conditions.
00:11:35et la question qui se poseront tous,
00:11:38mais n'avait-il rien à dire ?
00:11:41Il est très vraisemblable qu'un jour,
00:11:43il y ait soit un de vos petits-enfants,
00:11:45soit un enfant de vos petits-enfants
00:11:47qui ira à la recherche de son passé
00:11:50et qui dira,
00:11:51mais est-ce qu'il n'avait vraiment rien à dire ?
00:11:55Alors je crois que c'est aujourd'hui
00:11:56pour la dernière fois
00:11:57que vous avez l'occasion de dire quelque chose.
00:11:59Et je crois que cette question,
00:12:02vous le savez,
00:12:02que je vous ai posée.
00:12:03Qu'est-ce qui s'est passé entre 34 et 37 ?
00:12:05Qu'est-ce qui s'est passé à Bernau,
00:12:07à l'école où vous étiez ?
00:12:08Quelles influences avez-vous reçues
00:12:10qui ont fait de vous,
00:12:12d'un jeune homme sensible à la misère humaine,
00:12:15un SS convaincu ?
00:12:17Vous savez que cette question,
00:12:18c'est la clé du procès,
00:12:19mais c'est aussi la clé de votre vie.
00:12:21Je crois que vous devriez y répondre aujourd'hui.
00:12:33M. le procureur général,
00:12:35je ne peux pas répondre à votre question.
00:12:38J'attends ce qui va se passer.
00:12:40Comme je vous l'ai déjà dit,
00:12:42je suis juridiquement absent ici.
00:12:45J'ai été victime d'un enlèvement.
00:12:46Je le répète,
00:12:47je suis la victime d'un enlèvement.
00:12:49Et donc, il n'y a aucune raison juridique
00:12:51pour que je vous réponde.
00:12:52Je ne peux donc absolument pas répondre à vos questions.
00:12:55Je vous plains de continuer à vivre dans une fiction,
00:12:58et vous le savez.
00:12:59L'audience est suspendue.
00:13:02Elle sera reprise
00:13:04le mardi 9 juin.
00:13:18Le dernier acte d'accusation
00:13:20que la cour s'apprête à examiner
00:13:22concerne le convoi de déportation
00:13:24du 11 août 1944.
00:13:27Klaus Barbie a rassemblé 650 personnes
00:13:30à la prison de Montluc.
00:13:31Ce sont des juifs et des résistants.
00:13:35Tous partiront par le dernier convoi de déportation,
00:13:38faisant entrer de fait
00:13:40les résistants parmi les victimes de crimes
00:13:42contre l'humanité.
00:13:46On est le 11 août 1944.
00:13:49Nous sommes donc à trois semaines
00:13:50de la libération de Lyon.
00:13:52L'Allemagne nazie sait qu'elle a perdu la guerre.
00:13:55Klaus Barbie sait que la guerre est perdue.
00:13:58On n'avait pas de train,
00:13:59on n'avait pas de voiture,
00:14:00on n'avait pas d'essence,
00:14:01on n'avait rien.
00:14:02Le débarquement est lieu,
00:14:05des villes sont déjà libérées.
00:14:07Barbie va remuer ciel et terre
00:14:11pour trouver un train.
00:14:13On peut se dire, tiens,
00:14:14il a cherché un train pour l'armée
00:14:15qui en avait besoin.
00:14:16Pas du tout.
00:14:17Son obsession,
00:14:18c'est de faire partir un train
00:14:20pour la déportation.
00:14:23L'enjeu pour l'accusation
00:14:24est de démontrer la responsabilité de Barbie
00:14:26dans l'organisation de ce dernier convoi,
00:14:29ainsi que sa présence à Montluc
00:14:31et au départ du train.
00:14:34Mais cette fois-ci,
00:14:35les avocats ne disposent
00:14:36d'aucune preuve écrite.
00:14:38Seuls les témoignages oculaires,
00:14:40avec ce qu'ils ont de fragiles,
00:14:42vont compter.
00:14:44La cour.
00:14:45Je suis partie le matin de chez moi
00:14:48avant d'être arrêtée
00:14:49avec l'euphorie de mon corps,
00:14:51comme tous les gens qui se portent bien
00:14:52et qui sont heureux de partir
00:14:54dans le petit matin.
00:14:55Je n'ai plus jamais connu ça.
00:14:58Je n'ai plus jamais remarché.
00:15:02Et c'est là
00:15:02que j'ai bien connu Barbie.
00:15:05Car il est venu s'asseoir
00:15:06juste en face de moi.
00:15:08On a le cerveau quelquefois
00:15:10qui tourne très vite
00:15:11dans ces circonstances.
00:15:13J'ai dit,
00:15:13« Toi, mon gars,
00:15:14si je te retrouve
00:15:16après la guerre,
00:15:17car j'étais sûre
00:15:17qu'on avait gagné,
00:15:20je ne te raterai pas. »
00:15:21Alors, j'ai regardé
00:15:22des choses autres
00:15:24que ce qu'un bonhomme
00:15:25peut faire lifter.
00:15:27J'ai repéré
00:15:28dans son oreille
00:15:30une petite tuberosité
00:15:32au niveau de l'entélix gauche.
00:15:35Et
00:15:36une façon
00:15:37de ne pas rapprocher
00:15:39son petit doigt
00:15:39de ses autres doigts.
00:15:41Ça,
00:15:42je l'ai collectionné
00:15:43pour moi
00:15:44en tant que médecine légale.
00:15:46En me disant,
00:15:47« Même s'il est lifté,
00:15:48je le reconnaîtrai. »
00:15:58Je voudrais que vous nous disiez
00:15:59ce que vous avez remarqué
00:16:00le 11 août 1944
00:16:02et par l'œilleton
00:16:03de votre porte...
00:16:04Eh bien,
00:16:04j'ai vu passer Barbie
00:16:05qui parlait
00:16:06avec ses quatre bonshommes
00:16:08qui l'accompagnaient
00:16:10en chef.
00:16:11Donc, vous dites,
00:16:12vous avez vu Barbie
00:16:12à travers l'œilleton
00:16:13Je l'ai vu le 11 août
00:16:14et j'ai montré
00:16:15à ses avocats de l'époque
00:16:17qui étaient maîtres
00:16:18de la serviette
00:16:18et maîtres loyers,
00:16:20maîtres de la serviette,
00:16:21je le salue,
00:16:22ici,
00:16:22il s'était commis d'office.
00:16:24Je trouve que tous
00:16:25les avocats
00:16:26qui sont commis d'office
00:16:27sont respectables.
00:16:29Je ne dirai pas
00:16:30ce que je pense
00:16:31en corollaire.
00:16:35Maître de la serviette
00:16:36a très bien constaté
00:16:36comme moi.
00:16:37Ils ont même mesuré
00:16:38de où à où
00:16:39je voyais
00:16:40par l'œilleton.
00:16:49Le 11 août,
00:16:50vous l'avez vu
00:16:51parmi les personnes
00:16:52qui sont venues
00:16:53chercher les prisonniers
00:16:54de la prison Montluc
00:16:55et est-ce que vous l'avez vu
00:16:57ensuite à la gare
00:16:58le jour
00:16:58du départ du train ?
00:17:00Je ne peux pas la fermer.
00:17:02Je ne peux pas la fermer
00:17:03parce que je me trouvais
00:17:04à l'opposé.
00:17:05je me souviens
00:17:06d'un groupe
00:17:08de SS
00:17:09allemand.
00:17:10Donc, vous ne l'avez pas vu ?
00:17:11C'est ça votre...
00:17:12C'est ça ma réponse ?
00:17:13Vous n'avez pas vu Barbie
00:17:14ni à la prison
00:17:15ni au départ du train ?
00:17:21Il riait.
00:17:22Il disait
00:17:22vous êtes tous là
00:17:24je vous certifie
00:17:25qu'aucun de vous
00:17:26ne rentrera vivant.
00:17:34Et après,
00:17:35il nous a fait monter
00:17:35dans les wagons.
00:17:38Je l'ai vu
00:17:38en face de moi
00:17:41d'ici au mur.
00:17:43Et à la gare ?
00:17:44Est-ce que vous l'avez vu
00:17:44à la gare ?
00:17:45En gare,
00:17:46j'ai dû le voir
00:17:46mais comme il était en militaire
00:17:47je n'ai pas prêté attention
00:17:49en gare.
00:17:49En gare Pire H
00:17:50alors.
00:17:51On est sur le quai.
00:17:53Donc,
00:17:54vous l'avez vu
00:17:54ou pas vu ?
00:17:55Je ne comprends pas.
00:17:56J'ai dû le voir
00:17:56mais dans le temps
00:17:57à se veiller.
00:18:06Quand il m'avait arrivé
00:18:07il riait.
00:18:10Ah, je vous jure
00:18:12sur l'œil
00:18:14qui me reste de bon
00:18:15il riait.
00:18:16Je le reverrai toujours.
00:18:18C'était Francis André.
00:18:24Malheureusement
00:18:24que je lui ressemble
00:18:25aujourd'hui
00:18:26par leur torture
00:18:27j'ai la gueule tordue.
00:18:33Et j'ai des appareils
00:18:35dans la bouche.
00:18:38Je n'ose pas
00:18:39vous les sortir.
00:18:41Des appareils
00:18:42qui me font
00:18:42le palais
00:18:43qui me font
00:18:44mes gencives
00:18:45qui me font tout.
00:18:46Et c'est pour ça
00:18:47qu'on m'a ramenée
00:18:49à l'état
00:18:50à l'état
00:18:50où vous me voyez
00:18:51aujourd'hui
00:18:51un peu sortable.
00:18:55Et alors
00:18:56en ouvrant la porte
00:18:58où Francis André
00:18:59était
00:19:00celui qu'on appelle
00:19:02Barbie
00:19:02aujourd'hui
00:19:03que j'ai bien reconnu
00:19:04toujours
00:19:05j'ai resté
00:19:06arrêté trois mois
00:19:10et trois mois
00:19:11on reconnaît
00:19:12quelqu'un
00:19:12il était pratiquement
00:19:13tous les jours
00:19:14devant moi
00:19:14en riant.
00:19:16Lorsque l'appel a été fait
00:19:17à la prison
00:19:18où vous étiez
00:19:20vous dites
00:19:20que Barbie
00:19:21était présent.
00:19:22Ah oui
00:19:22Ah ça
00:19:23je le maintiens
00:19:24Ah oui
00:19:24Oh ben
00:19:25il est venu
00:19:26c'est lui
00:19:27qui a fait l'appel
00:19:29il a drôlement
00:19:30écorché mon nom
00:19:30mais c'est lui
00:19:31en français
00:19:32qui a appelé
00:19:33les noms
00:19:33Votard et Gutfeil
00:19:35et ainsi de suite
00:19:35tout
00:19:36Ah je le jure
00:19:37Vous avez déjà
00:19:38jure
00:19:38Ah devant tout
00:19:39Ah mais devant tout
00:19:40le monde
00:19:40je le jure
00:19:41Ah oui
00:19:42pas d'erreur
00:19:43aucune
00:19:45aucun doute
00:19:46oui oui
00:19:46je le jure
00:19:47je le jure
00:19:48je le jure
00:19:52Plus d'un mois
00:19:53après le début
00:19:54des audiences
00:19:55après le récit
00:19:56de plus d'une centaine
00:19:57de témoins
00:19:57après les coups
00:19:58de théâtre
00:19:59la sidération
00:20:00et la compassion
00:20:02le procès
00:20:03va maintenant
00:20:03donner la parole
00:20:04aux avocats
00:20:05des partis civils
00:20:09Quand on est 39 avocats
00:20:11et qu'il y a
00:20:12une semaine d'audience
00:20:13consacrée aux avocats
00:20:14des partis civils
00:20:15il faut établir
00:20:16un ordre
00:20:18Alors on essaye
00:20:19de le faire
00:20:19de façon thématique
00:20:21ceux qui plaident
00:20:22la rafle de Lugif
00:20:23ceux qui plaident
00:20:24Isieux
00:20:25ceux qui plaident
00:20:26le dernier convoi
00:20:27On a été convenu
00:20:28que ce serait
00:20:29Clarsfeld
00:20:29qui parlerait le premier
00:20:31C'était à lui
00:20:32d'ouvrir le débat
00:20:35Nous considérions
00:20:36que ce procès
00:20:37c'était le sien
00:20:38ce procès
00:20:39était son bébé
00:20:40c'est à lui
00:20:40que nous le devions
00:20:41la moindre des choses
00:20:43c'était à lui
00:20:44donc de plaider
00:20:44et sur la partie
00:20:46la plus sensible
00:20:47en premier
00:20:48sur les enfants
00:20:48d'Isieux
00:20:50Maître Clarsfeld
00:20:51vous avez la parole
00:20:53Nous vous écoutons
00:20:58Monsieur le Président
00:20:59Messieurs les conseillers
00:21:00Mesdames et Messieurs les jurés
00:21:01Il faut savoir quoi dire
00:21:05Il a accusé Barbie
00:21:07c'est pas la peine
00:21:08on avait déjà prouvé
00:21:09qu'il était coupable
00:21:12Avant que mon ami Charles Liebman
00:21:14ne traite le dossier
00:21:15de la responsabilité
00:21:16de Barbie
00:21:16dans l'affaire d'Isieux
00:21:17je voudrais évoquer
00:21:18la mémoire
00:21:19de chacun de ces enfants
00:21:20dont je me suis attaché
00:21:22après les avoir inscrits
00:21:23dans le mémorial
00:21:24de la déportation
00:21:24des juifs de France
00:21:25à reconstituer
00:21:27l'état civil
00:21:28et le douloureux
00:21:29itinéraire personnel
00:21:30afin que le bourreau
00:21:32ou les falsificateurs
00:21:33de l'histoire
00:21:34ne puissent prétendre
00:21:35comme cela était
00:21:36ridiculement le cas
00:21:37pour le telex d'Isieux
00:21:38que ces enfants
00:21:39n'étaient pas authentiques
00:21:40ou que ces victimes
00:21:41n'étaient pas authentiques
00:21:42Maître Klarsfeld
00:21:44fait une chose
00:21:44qui est bouleversante
00:21:46il ne plaide pas
00:21:47surtout pas
00:21:48lui va
00:21:50simplement
00:21:52faire entrer
00:21:52les enfants
00:21:53dans la salle
00:21:55Samy Adel Scheimer
00:21:56n'avait que 5 ans
00:21:57il était né
00:21:58à Mannheim
00:21:59sa mère
00:22:00Laura
00:22:00avait été déportée
00:22:02le 20 novembre 1943
00:22:039 convois
00:22:05avant le sien
00:22:05Samy n'est pas revenu
00:22:08Max Leiner
00:22:09était né lui aussi
00:22:10à Mannheim
00:22:10il avait 7 ans
00:22:12Max n'est pas revenu
00:22:14les parents d'Otto
00:22:15Wertheimer
00:22:16ont été déportés
00:22:17le 17 août 1942
00:22:18transférés par Vichy
00:22:20de la zone libre
00:22:21à Drancy
00:22:21en zone occupée
00:22:22il est resté seul
00:22:24il avait 12 ans
00:22:25il a été déporté
00:22:26sous la fausse identité
00:22:27d'Octave Vermey
00:22:28Otto n'est pas revenu
00:22:30je crois que c'est
00:22:31l'un des moments
00:22:31les plus forts
00:22:34et les plus
00:22:35à la hauteur
00:22:36du crime
00:22:37et il n'est pas revenu
00:22:39point
00:22:40et on se tait
00:22:41et ce silence
00:22:42il faut l'entendre
00:22:44les parents
00:22:44de Georg Alpern
00:22:46n'ont survécu
00:22:46que pour pleurer
00:22:47chaque jour
00:22:47la perte
00:22:48de leur unique enfant
00:22:49ils n'ont pas eu
00:22:50la force
00:22:50de venir ici
00:22:51évoquer la mémoire
00:22:52de ce garçon
00:22:53de 8 ans
00:22:53né à Vienne
00:22:54qui leur a écrit
00:22:5510 yeux
00:22:56tant de lettres touchantes
00:22:58chère maman
00:22:59j'ai bien reçu
00:23:00ta carte
00:23:00qui m'a fait
00:23:01un grand plaisir
00:23:01je me porte bien
00:23:02je m'amuse bien
00:23:03à Noël
00:23:04on a fait des fêtes
00:23:05on a joué des pièces
00:23:06et on a bien mangé
00:23:07on a mangé
00:23:08du pain d'épices
00:23:09du chocolat
00:23:10de la pâte de poing
00:23:11un sac de bonbons
00:23:12on a bu du Ovo Maltine
00:23:14et on a donné des jouets
00:23:15je mange bien
00:23:16je dors bien
00:23:17je suis bien
00:23:17on fait des promenades
00:23:19le jeudi et le dimanche
00:23:20on se lève à 7h
00:23:21le matin
00:23:22on boit du café
00:23:23le soir
00:23:24une soupe
00:23:25un légume
00:23:25du fromage blanc
00:23:26je t'envoie
00:23:2710 millions de baisers
00:23:29ton fils
00:23:30qui t'aime beaucoup
00:23:30Georgie
00:23:31Georgie n'est pas revenu
00:23:34brusquement
00:23:35tu es
00:23:35tu es
00:23:37avec eux
00:23:38et ma peur
00:23:39c'était qu'ils ne soient pas
00:23:40avec nous
00:23:41au procès
00:23:41et grâce à maître Klaasfeld
00:23:42ils étaient avec nous
00:23:43Sarah Schulklaper
00:23:45était née à Paris
00:23:46à Isu
00:23:47on l'appelait Suzanne
00:23:47plutôt que Sarah
00:23:48ses parents
00:23:49Taoba et Ouna
00:23:50avaient été déportés
00:23:51le 18 juillet 1943
00:23:53elle a fêté ses 11 ans
00:23:55le 5 février 1944
00:23:56et ce jour là
00:23:58ses petites amies dix yeux
00:23:59lui avaient écrit
00:24:00tout avec le même souhait
00:24:01qui les concernait
00:24:02autant que Suzanne
00:24:04Jan Gerenstein
00:24:05c'est aujourd'hui ce jour
00:24:07qui n'est malheureusement
00:24:08pas comme les autres anniversaires
00:24:10je termine ce petit mot
00:24:12en te souhaitant
00:24:12qu'à ton prochain
00:24:13tu retrouves tes parents
00:24:14de même que ses petites camarades
00:24:17Sarah n'a rejoint ses parents
00:24:18que dans la fumée
00:24:19des crématoires d'Auschwitz
00:24:22Maurice Gerenstein
00:24:23était né à Paris
00:24:23il avait 13 ans
00:24:25il allait au collège de Bélé
00:24:26et son directeur a déclaré
00:24:28je vous revois
00:24:29Maurice Gerenstein
00:24:30virtuose de 13 ans
00:24:32sensible et secret
00:24:33dont le talent de pianiste
00:24:34et de compositeur
00:24:36émerveillait vos professeurs
00:24:37et vos camarades
00:24:38et dont les improvisations
00:24:40tristes et nuancées
00:24:41contenaient des promesses
00:24:42certaines de génie
00:24:43Maurice n'est pas revenu
00:24:45pas plus que sa soeur Liliane
00:24:46née à Nice
00:24:47et qui avait 10 ans
00:24:48leurs parents
00:24:49Chandler et Schaps
00:24:50avaient été déportés
00:24:51le 20 novembre 1943
00:24:53un Kaddish
00:24:54pour les enfants
00:24:57là ce sont
00:24:58là ce sont les 44 enfants
00:24:59qui sont rentrés
00:25:01dans le silence
00:25:06Maître Klersfeld
00:25:08nous vous remercions
00:25:09Maître Liman
00:25:10vous avez la parole
00:25:14nous en sommes
00:25:15à la 25ème audience
00:25:18vous avez vu défiler
00:25:19à cette barre
00:25:20plus de 100 témoins
00:25:22ce qui nous frappe
00:25:23c'est le mur
00:25:23de l'incompréhensible
00:25:24puis durant 8 jours
00:25:26les 38 autres avocats
00:25:28vont se succéder
00:25:29pour reprendre
00:25:30par le détail
00:25:30les actes d'accusation
00:25:32et les éclairer
00:25:33par les témoignages
00:25:34et les preuves accumulées
00:25:36tout au long des audiences
00:25:37ce qu'on vous demande
00:25:39aujourd'hui
00:25:39c'est de juger un homme
00:25:41l'enjeu de leur plaidoirie
00:25:44est d'emporter
00:25:44la conviction de la cour
00:25:46et particulièrement
00:25:47des 9 jurés
00:25:48quant à la culpabilité
00:25:49de l'accusé
00:25:49pour crime contre l'humanité
00:25:58moi il se trouve
00:25:59je suis plus jeune
00:26:00mais
00:26:01que
00:26:02voilà
00:26:03mes confrères
00:26:03je suis invité à plaider
00:26:05ce qui est un honneur
00:26:06le dernier jour
00:26:07des parties civiles
00:26:09ce à quoi je tiens le plus
00:26:10dans cette plaidoirie
00:26:10c'est mon passage sur les femmes
00:26:12parce que ça c'est
00:26:12ça c'est moi
00:26:14voilà
00:26:15et
00:26:16ça c'était pour moi
00:26:17extrêmement important
00:26:19mesdames
00:26:21mesdames
00:26:21mesdames je veux vous le dire
00:26:23lorsque
00:26:25vous êtes venu à cette barre
00:26:28parler des tortures
00:26:29qui vous ont été infligées
00:26:31à vous
00:26:31ou à vos proches
00:26:33lorsque vous avez évoqué
00:26:35la négation de la personne humaine
00:26:37et les atteintes à votre dignité de femme
00:26:40lorsque
00:26:41entre deux sanglots refoulés
00:26:44vous êtes redressé
00:26:46digne
00:26:48refusant la chaise
00:26:49qui vous était proposée
00:26:51lorsque vous avez crispé vos mains
00:26:53sur la barre
00:26:55pour vous ressaisir
00:26:56lorsque
00:26:58vous avez violé votre pudeur naturelle
00:27:01lorsque vous avez parlé de
00:27:04des salissures
00:27:06des souillures
00:27:07qui vous ont été imposées
00:27:09de votre nudité
00:27:12de votre intimité
00:27:14des odeurs
00:27:16des souvenirs
00:27:18qui continuent à hanter toutes vos nuits
00:27:21mesdames
00:27:23mesdames je veux vous le dire
00:27:24quel que soit votre âge
00:27:26quel que soit
00:27:28les calcères que vous avez enduré
00:27:31vous étiez belle devant l'éternité
00:27:38avez-vous bien compris
00:27:40avons-nous bien compris
00:27:42ce qui s'est passé
00:27:44au cours de ces audiences
00:27:47j'ai personnellement le sentiment
00:27:49que réellement
00:27:50devant vous
00:27:51devant nous
00:27:52la mémoire
00:27:53s'est transformée en histoire
00:27:566 millions de morts
00:27:58sans sépulture
00:28:00le nazisme avait nié leur vie
00:28:02il a nié leur mort
00:28:04alors les juifs
00:28:06qui moururent nus
00:28:07sont aujourd'hui poussières
00:28:10au vent d'Auschwitz
00:28:11à l'humiliation de leur pudeur
00:28:13a succédé l'humiliation du vent
00:28:17morts sans sépulture
00:28:20ils avaient été condamnés
00:28:22sans procès
00:28:24alors
00:28:27quand
00:28:29d'ici quelques jours
00:28:32vous vous retirerez pour délibérer
00:28:37quand vous serez
00:28:38dans cette salle
00:28:40des délibérations
00:28:42face
00:28:43à votre âme
00:28:45face
00:28:46à votre conscience
00:28:48comme vous le dit la loi
00:28:51moi je vous le demande
00:28:52faites parler
00:28:54votre coeur
00:28:55n'oubliez pas
00:28:57n'oubliez pas
00:28:59pour que nul n'oublie
00:29:00le visage des enfants dix yeux
00:29:03c'est le visage
00:29:05d'enfants
00:29:06qui auraient pu être les vôtres
00:29:09c'est le visage
00:29:11de l'humanité
00:29:17au 33ème jour d'audience
00:29:19vient l'un des moments
00:29:20les plus attendus du procès
00:29:21le réquisitoire du procureur général
00:29:24Pierre Truch
00:29:26son rôle est d'incarner la puissance publique
00:29:28et de défendre le respect de la loi
00:29:30c'est lui qui doit porter l'accusation
00:29:33apporter la preuve de la culpabilité de l'accusé
00:29:35et requérir enfin la peine
00:29:41le 29 juin
00:29:42la température dépasse les 30 degrés à Lyon
00:29:45et plus de 800 personnes se pressent
00:29:47dans la salle des pas perdus du tribunal
00:29:49pour écouter durant deux jours
00:29:51le réquisitoire du procureur Truch
00:29:59monsieur le procureur général
00:30:00vous avez la parole
00:30:03monsieur le président
00:30:04mesdames messieurs
00:30:06le crime contre l'humanité
00:30:09suppose d'abord
00:30:10une plongée dans l'inhumanité
00:30:14de tout cela
00:30:15je ne reparlerai pas
00:30:19ce n'est pas froideur de juriste
00:30:22c'est simplement parce que
00:30:25cela vous l'avez reçu comme moi
00:30:28et que moi je n'ai pas les mots pour le dire
00:30:31il n'a pas voulu
00:30:34reprendre les témoignages
00:30:35il a voulu respecter les victimes
00:30:39ces témoignages
00:30:41imposent
00:30:43que cette justice qui fut refusée
00:30:45à ces femmes et à ces hommes
00:30:47il y a 40 ans
00:30:49aujourd'hui vous leur rendiez cette justice
00:30:53le réquisitoire de monsieur Truch
00:30:55a été quelque chose d'immense
00:30:57d'humanité
00:30:58de chaleur humaine
00:31:00d'intelligence
00:31:01de construction
00:31:03pas de grande phrase
00:31:04pas d'effet de manche
00:31:05rien
00:31:06l'efficacité
00:31:07carré
00:31:08vous avez vu ces mères
00:31:10qui pleurent encore leurs enfants
00:31:12vous avez vu ces
00:31:14déportés
00:31:15qui
00:31:16ont vu remonter
00:31:18dans leur vie
00:31:19tout ce passé
00:31:20horrible
00:31:21cet homme qui vous a dit
00:31:22je ne dors plus
00:31:24tranquillement depuis 40 ans
00:31:27le temps n'a pas joué son rôle
00:31:28d'oubli
00:31:29ni individuellement
00:31:30ni collectivement
00:31:32et la sanction
00:31:33est encore utile
00:31:35la sanction est encore utile
00:31:36parce que
00:31:38il faut que l'on comprenne
00:31:40que ça doit rentrer
00:31:41dans notre civilisation
00:31:42ce crime contre l'humanité
00:31:45ce bilan est effrayant
00:31:48si l'on arrive à compter
00:31:50au plus juste
00:31:51on arrive
00:31:52à 842 déportations
00:31:56si on prend pour les morts
00:31:58mais vraiment le minimum
00:31:59et par exemple
00:32:00pour le convoi du 11 août
00:32:01dont les chiffres officiels
00:32:03du ministère des anciens combattants
00:32:04sont incontestablement inférieurs
00:32:06à la vérité
00:32:06mais si on prend que les morts
00:32:08sur connues
00:32:09en oubliant
00:32:09ceux qui sont morts dans le train
00:32:11on arrive
00:32:12à 373 morts
00:32:14dont 52 mineurs
00:32:1752 noms
00:32:18quel cours d'assises
00:32:20a déjà eu
00:32:21à connaître
00:32:22d'un tel bilan
00:32:23un rouleau compresseur
00:32:25il n'avait même
00:32:25pas besoin de demander
00:32:27la réclusion à perpétuité
00:32:29elle coulait de source
00:32:31après sa façon
00:32:32de présenter les choses
00:32:33c'est redoutable
00:32:34dans le bras de fer
00:32:35par rapport au juré
00:32:37il faut remonter la pente
00:32:38vous avez donc
00:32:40à vous poser cette question
00:32:41dans le cadre
00:32:42des pouvoirs
00:32:43qu'avait Barbie
00:32:43c'est à dire
00:32:44comme chef de la Gestapo
00:32:45à Lyon
00:32:48est-ce qu'il pouvait faire pire
00:32:50est-ce qu'il pouvait faire moins
00:32:52j'ai moi une certitude
00:32:54c'est que sans trahir
00:32:55la confiance
00:32:56que ses chefs avaient en lui
00:32:57il pouvait faire
00:32:58beaucoup moins
00:33:00il veut requérir
00:33:01en fait
00:33:02une perpétuité perpétuelle
00:33:03et il va trouver
00:33:05une solution
00:33:06il sait que
00:33:07dans ce moment solennel
00:33:08il faut un mot solennel
00:33:10Barbie avait une fille
00:33:12qui était née en 41
00:33:13ça ne l'a pas empêché
00:33:14de déporter le 11 août
00:33:16un enfant
00:33:17qui était un tout petit peu
00:33:18plus jeune
00:33:18que sa fille
00:33:19d'enlever
00:33:21le 6 avril 44
00:33:23à Isieux
00:33:23un garçon
00:33:24qui était un peu plus âgé
00:33:26que sa fille
00:33:26qui était née en 39
00:33:27en Belgique
00:33:29de tout cela
00:33:30il n'a jamais tenu compte
00:33:32il a
00:33:33mené
00:33:35à Lyon
00:33:36une action
00:33:37particulièrement inhumaine
00:33:38qui aujourd'hui
00:33:39encore appelle une sanction
00:33:40je vous demande
00:33:42de dire
00:33:44qu'à vie
00:33:45Barbie sera reclue
00:33:50je requerre
00:33:51qu'à vie
00:33:51Barbie soit reclue
00:33:52tout est dans les mots
00:33:53c'est une beauté
00:33:55c'est une merveille
00:33:56et puis c'est
00:33:58enfin je
00:33:59moi
00:34:00la France
00:34:01l'état
00:34:02la justice
00:34:03demande
00:34:04il aurait pu dire
00:34:05j'exige
00:34:07mais bon
00:34:07c'est non
00:34:08justement
00:34:08c'est truche
00:34:09je demande
00:34:10qu'à vie
00:34:11le mot vie
00:34:12qui explose
00:34:13Barbie soit reclue
00:34:15il n'y a pas de peine
00:34:16de sûreté
00:34:17il n'y a pas de chose
00:34:18il demande simplement
00:34:19qu'à vie
00:34:20Barbie soit reclue
00:34:20c'est à dire en clair
00:34:21que jamais
00:34:23tant que Barbie vivra
00:34:24il soit
00:34:25mis en liberté
00:34:27il ne m'en avait pas parlé avant
00:34:28je ne sais pas à quel moment
00:34:29il a conçu cette phrase
00:34:30en effet
00:34:30qui est d'une construction
00:34:31tout à fait
00:34:32tout à fait particulière
00:34:34c'est Zola
00:34:37c'est Victor Hugo
00:34:40c'est j'accuse
00:34:42qu'à vie
00:34:44Barbie
00:34:44soit reclue
00:34:47il sait
00:34:48que lorsqu'il l'écrit
00:34:49il sait que ce mot
00:34:52sera le titre
00:34:53d'homme
00:34:54des journaux
00:34:55il le sait
00:34:58ça a été un énorme
00:34:59un immense moment
00:35:00pour nous tous
00:35:01ça je peux parler
00:35:02au nom de tout le monde
00:35:03et nous sommes
00:35:04tous
00:35:05aller après
00:35:08le remercier
00:35:10pour le travail
00:35:12qu'il avait accompli
00:35:13dans cette affaire
00:35:28à partir du 1er juillet
00:35:30et durant trois jours
00:35:31débute le dernier acte
00:35:32du procès Barbie
00:35:33la défense
00:35:34de l'accusé
00:35:36maître Vergès
00:35:37dont la mère
00:35:37est vietnamienne
00:35:38s'est adjoint
00:35:39deux avocats
00:35:40l'algérien
00:35:41Nabil Boïta
00:35:42et le congolais
00:35:43Jean-Martin Mbemba
00:35:45ainsi
00:35:46il souhaite constituer
00:35:47une affiche symbolique
00:35:48celle de l'ancienne
00:35:49France coloniale
00:35:50et la mettre au service
00:35:51de sa démonstration
00:35:52si la France
00:35:54juge Barbie
00:35:54pour crime contre l'humanité
00:35:56alors la France
00:35:57devra à son tour
00:35:58être jugée
00:35:58en raison de ses actions
00:36:00lors de la colonisation
00:36:01et de la guerre d'Algérie
00:36:05bien entendu
00:36:06c'était un effet d'affichage
00:36:07il n'a pas choisi
00:36:08des gens
00:36:09défendre une idéologie
00:36:11post-coloniale
00:36:12mais il a voulu
00:36:13que ça se voit
00:36:14à leur visage
00:36:17spectaculaire
00:36:18il a joué
00:36:18vraiment cette carte-là
00:36:20nous sommes le reste
00:36:21de l'humanité
00:36:23et nous faisons
00:36:24un bras d'honneur
00:36:25à l'humanité européenne
00:36:26avec ces petites souffrances
00:36:27on a deux avocats
00:36:28qu'on voit arriver
00:36:29qu'on ne connaît pas
00:36:30qui n'ont pas assisté
00:36:31à un jour de procès
00:36:32et qui viennent plaider
00:36:33ils viennent plaider
00:36:34à un procès
00:36:35auquel ils n'ont pas assisté
00:36:39il faut savoir
00:36:40que quand on plaide
00:36:41en défense
00:36:42on est Dieu réincarné
00:36:46une plaidoirie
00:36:47de la défense
00:36:47comme un réquisitoire
00:36:49on n'interrompt pas
00:36:51il a le monde entier
00:36:53qui attend sa parole
00:36:54la salle d'audience
00:36:56qui est pleine
00:36:57la presse internationale
00:36:58qui est là
00:36:59sans pouvoir être interrompue
00:37:02il a décidé
00:37:03de plaider deux jours
00:37:05deux jours
00:37:07maître Vergès
00:37:09nous vous écoutons
00:37:11et là
00:37:12quand il se lève
00:37:13pour prendre la parole
00:37:14le paillé de justice de Lyon
00:37:15est pas loin
00:37:15de la cathédrale Saint-Jean
00:37:17qui est juste à côté
00:37:18les cloches
00:37:19se mettent à battre
00:37:20mais qui se déchaînent
00:37:32ça résonnait dans la salle
00:37:34et il n'a pas pu
00:37:36commencer sa plaidoirie
00:37:37irréel quoi
00:37:39irréel
00:37:44je demande le silence
00:37:46si vous voulez
00:37:46dans la salle
00:37:55c'était comme un symbole
00:37:57c'était comme un symbole
00:37:58et il a attendu
00:37:59que ça cesse
00:38:00pour commencer
00:38:01donc à plaider
00:38:03pour mettre Vergès
00:38:05je voudrais tout d'abord
00:38:07au nom de la défense unanime
00:38:10et quand je dis la défense
00:38:11c'est avec l'aval
00:38:13de notre client
00:38:14nous incliner
00:38:16devant la lutte
00:38:17des résistants
00:38:19et quand nous le faisons
00:38:22personne ne peut nous contester
00:38:23ce droit
00:38:24car les peuples africains
00:38:26ont été les premiers
00:38:28engagés dans ce combat
00:38:29et moi-même
00:38:30j'y ai passé ma jeunesse
00:38:33nous voudrions
00:38:36nous incliner
00:38:37devant la souffrance
00:38:38des juifs
00:38:39et des tziganes
00:38:41et personne
00:38:42ne peut nous contester
00:38:44ce droit
00:38:45car le racisme
00:38:47figurez-vous
00:38:48nous savons
00:38:49ce que c'est
00:38:52Klaus Barbie
00:38:53aurait donc commis
00:38:54des crimes d'une gravité telle
00:38:56qu'elle entre dans la catégorie
00:38:57des crimes contre l'humanité
00:38:59le débat sur les crimes
00:39:01contre l'humanité
00:39:03est entré
00:39:04dans ce prétoire
00:39:05par la grande porte
00:39:06comment alors admettre
00:39:07que l'on poursuive
00:39:08d'un côté l'objectif
00:39:09d'étendre
00:39:10l'imprescriptibilité
00:39:11des crimes nazis
00:39:13et de l'autre
00:39:14celui de rester
00:39:15massivement indifférent
00:39:16devant des crimes
00:39:18encore plus odieux
00:39:19en les couvrant
00:39:19avec précipitation
00:39:20de l'impunité
00:39:22qui découle
00:39:22de leurs prescriptions
00:39:23Hitler avait dit lui-même
00:39:25qu'il va coloniser
00:39:27l'Europe
00:39:27le mot n'est pas de lui
00:39:29la colonisation
00:39:31il a emprunté
00:39:32quelque part
00:39:33mais où
00:39:34est-ce que ceux
00:39:35qui ont appliqué
00:39:36certaines méthodes
00:39:37coloniales
00:39:38n'ont pas leur part
00:39:39de responsabilité
00:39:40dans la formation
00:39:42de l'idéologie nazie
00:39:44par quelle hémiplégie
00:39:45intellectuelle
00:39:46peut-on se taire
00:39:47devant le génocide
00:39:47palestinien
00:39:48spécialement défini
00:39:49par des actes
00:39:51israéliens
00:39:51inhumains
00:39:52contre des populations
00:39:54civiles
00:39:54comment définir
00:39:55autrement
00:39:56qu'une incitation
00:39:56au génocide
00:39:57le fait pour
00:39:58les autorités
00:40:00israéliennes
00:40:00d'avoir au moins
00:40:01encouragé
00:40:02les massacres
00:40:03de Sabra
00:40:03et Satila
00:40:04alors qu'elles avaient
00:40:05les moyens
00:40:05de les arrêter
00:40:06M. le Président
00:40:07je m'excuse
00:40:08d'interrompre
00:40:08un contraire
00:40:09je sais que ce n'est
00:40:09pas l'usage
00:40:10et du tout
00:40:10les règles
00:40:10on nous a dit
00:40:11M. le Président
00:40:12je suis navré
00:40:12on nous a dit
00:40:13qu'on allait nous parler
00:40:14des problèmes
00:40:14de notre temps
00:40:15on est depuis un moment
00:40:16en train de
00:40:17M. Zahoui Koumoupé
00:40:18M. Zahoui
00:40:19je ne vous ai pas donné
00:40:20la parole
00:40:21vous n'avez pas le choix
00:40:22des arguments de la défense
00:40:23vous laissez la défense
00:40:23s'exprimer
00:40:24si vous voulez prendre
00:40:25la parole ensuite
00:40:26je vous la donnerai
00:40:27à l'époque
00:40:28Vergès fait partie
00:40:30de ces avocats
00:40:31qui pratiquent
00:40:31la défense de rupture
00:40:32c'est à dire
00:40:33qu'il ne cherche pas
00:40:34à contester les faits
00:40:36à rentrer dans le dossier
00:40:37il dénonce une justice
00:40:39qui selon lui
00:40:40n'est pas légitime
00:40:40pour juger Klaus Barbie
00:40:42la défense de rupture
00:40:43c'est de contester
00:40:44la légitimité
00:40:46de l'institution judiciaire
00:40:47pour juger
00:40:48on dévie
00:40:49on dévie le sujet
00:40:50vous êtes juge
00:40:52vous ne pouvez pas juger ça
00:40:54et puis
00:40:54il y a eu tellement
00:40:56d'autres choses à côté
00:40:57que finalement
00:40:58il n'a pas fait pire
00:40:59que les autres
00:41:00je parlais
00:41:02de Saint-Gaul
00:41:04à cet égard
00:41:05beaucoup s'y réunissent
00:41:07c'est le jour même
00:41:08où les Algériens
00:41:09fêtent leur participation
00:41:10à la victoire
00:41:12commune
00:41:12contre le nazisme
00:41:13que leur pays
00:41:14et leurs frères
00:41:15sont soumis aux exactions
00:41:16auxquelles ils ont contribué
00:41:18à mettre fin en Europe
00:41:19massacre collectif
00:41:20de civils
00:41:21torture
00:41:21tueries aveugles
00:41:23y aurait-il jusque dans la mort
00:41:25une hiérarchie
00:41:26qui ferait des uns
00:41:27des morts
00:41:27dignes de mémoire
00:41:29et des autres
00:41:30des morts
00:41:31bons pour l'oubli
00:41:32je ne pense pas du tout
00:41:33que son objectif
00:41:34était de défendre
00:41:36d'une façon ou d'une autre
00:41:37Barbie
00:41:37son objectif
00:41:38était de faire passer
00:41:39des messages
00:41:40c'était une déversion
00:41:41pour culpabiliser
00:41:42donc la France
00:41:43et derrière la France
00:41:44de culpabiliser
00:41:45donc sa justice
00:41:46on n'a rien compris
00:41:47à son système de défense
00:41:48je lui rends
00:41:49honnêtement
00:41:49j'ai rien compris
00:41:50étant donné
00:41:51que nous approuvons
00:41:53les tortures
00:41:53dans d'autres pays
00:41:55quand elles sont commises
00:41:56par nos amis
00:41:58est-ce que nous avons
00:41:59le droit là-dessus
00:42:02de prendre
00:42:03la position
00:42:05du commandeur
00:42:07et de regarder
00:42:08l'accusé
00:42:09qui est ici
00:42:09contre lequel
00:42:10il n'existe
00:42:10aucune preuve
00:42:12certaine
00:42:13mais beaucoup
00:42:14de témoignages
00:42:18contradictoires
00:42:18il a tout essayé
00:42:20il n'avait pas de limite
00:42:22et il a dit des mots
00:42:25épouvantables
00:42:26notamment
00:42:26en ce qui concerne
00:42:27les violences faites aux femmes
00:42:29il y a eu un moment
00:42:30particulièrement pénible
00:42:32un moment absolument
00:42:33terrifiant
00:42:34mais indécent
00:42:37indécent
00:42:38c'est pour ça que je lui en veux
00:42:38la vérité
00:42:40dans le bureau
00:42:41d'un officier SS
00:42:42où selon des témoins
00:42:44on trouve des chiens
00:42:46des chats
00:42:47des prostituées
00:42:50je me demande
00:42:51comment ces 120 hommes
00:42:52avec des bureaux
00:42:54transformés en ménagerie
00:42:55et en boudoir
00:42:56pouvaient être aussi efficaces
00:42:59la torture
00:43:00est liée
00:43:01dans l'imaginaire
00:43:03même d'honnêtes gens
00:43:04à la sexualité
00:43:08mesdames
00:43:08messieurs
00:43:09nous ne sommes plus
00:43:11des enfants
00:43:12nous savons tous
00:43:14que la perversion
00:43:16est étrangère
00:43:17aux animaux
00:43:19et que pour les amener
00:43:20à avoir des rapports
00:43:21contre nature
00:43:22avec des êtres humains
00:43:24à plus forte raison
00:43:25avec des femmes
00:43:26vous comprenez pourquoi
00:43:27un homme peut violer
00:43:29une chèvre
00:43:30il ne lui demande pas
00:43:31son avis
00:43:33mais pour un chien
00:43:34puisse violer une femme
00:43:37il faut encore
00:43:38que la femme
00:43:39l'y incite
00:43:40au moins
00:43:42par une posture
00:43:43indécente
00:43:46monsieur Blardon
00:43:47monsieur Blardon
00:43:51que vous avez entendu
00:43:53et que je n'ai pas interrompu
00:43:55n'a pas osé
00:43:56aller jusque là
00:43:58tout d'un coup
00:43:59il y a eu
00:44:00ce monstre
00:44:02étrange
00:44:04c'est un type
00:44:05qui
00:44:05qui devenait fou
00:44:08comment oser dire
00:44:09quelque chose comme ça
00:44:09je ne comprends pas
00:44:10et là
00:44:11cette phrase là
00:44:12a mis à bas
00:44:13la totalité
00:44:14de sa défense
00:44:16c'était insupportable
00:44:19insupportable
00:44:20insupportable
00:44:20je ne sais pas
00:44:21ce qu'il lui a pris
00:44:22je ne sais pas
00:44:23ce qu'il lui a pris
00:44:24à ce moment là
00:44:25il y avait deux barbares
00:44:27le client
00:44:28et son avocat
00:44:29j'avais honte
00:44:30de porter
00:44:31la même robe
00:44:32que lui
00:44:42au nom de l'humanité
00:44:45au nom de la loi
00:44:46au nom du droit
00:44:48au nom de la France
00:44:51enfin
00:44:52qui n'a que trop souffert
00:44:53de ses faiblesses
00:44:54trop tardé
00:44:55sur ses remords
00:44:57bref
00:44:58trop douté
00:44:59de sa grandeur
00:45:00et de sa vérité
00:45:02acquitté
00:45:03sans plus tarder
00:45:04Klaus Barbie
00:45:05victime expiatrice
00:45:06par trop commode
00:45:07d'un bataillon
00:45:08de la vengeance
00:45:09qui n'est pas l'armée
00:45:10des victimes innombrables
00:45:11et fraternelles
00:45:13si l'humanité
00:45:14attend quelque chose
00:45:15de vous
00:45:17répondez
00:45:17non
00:45:18à toutes les questions
00:45:20qui vous seront posées
00:45:25le 3 juillet
00:45:26en fin d'après-midi
00:45:27la dernière audience
00:45:28du procès s'achève
00:45:30par le retour
00:45:30de l'accusé
00:45:32le président Serdini
00:45:33souhaite lui donner
00:45:34une dernière fois
00:45:35la parole
00:45:37de retour également
00:45:38dans la salle d'audience
00:45:39assise dans le public
00:45:41se trouve celle
00:45:42qui s'est faite discrète
00:45:43tout au long du procès
00:45:44août
00:45:45la fille de Klaus Barbie
00:45:59vous connaissez les faits
00:46:01qui vous sont reprochés
00:46:02dans quelques instants
00:46:04la cour et les jurés
00:46:05vont se retirer
00:46:06pour délibérer
00:46:09auparavant
00:46:11avez-vous quelque chose
00:46:12à dire
00:46:12pour votre défense
00:46:18oui monsieur le président
00:46:19quelques mots
00:46:20en français
00:46:25je n'ai pas commis
00:46:27la rafle
00:46:29des yeux
00:46:33je n'ai jamais
00:46:36le pouvoir
00:46:38de décider
00:46:38les déportations
00:46:42je combattue
00:46:44la résistance
00:46:46je respecte
00:46:48avec du ruité
00:46:51mais c'était la guerre
00:46:55et la guerre
00:46:56c'est fini
00:46:57merci
00:47:00les débats sont terminés
00:47:15à 17h37
00:47:16les neuf jurés
00:47:17se retirent
00:47:18et rejoignent
00:47:19le premier étage
00:47:20du tribunal
00:47:20où se situe
00:47:21la salle des délibérés
00:47:27pour répondre
00:47:28aux 341 questions
00:47:29qui leur sont posées
00:47:30pour fixer la peine
00:47:31et prononcer
00:47:32d'éventuelles circonstances
00:47:33atténuantes
00:47:34ils sont encadrés
00:47:35par le président
00:47:36Sardini
00:47:37et ses deux assesseurs
00:47:40les portes
00:47:42sont maintenant
00:47:42fermées
00:47:43aucune communication
00:47:44avec l'extérieur
00:47:45n'est possible
00:47:46les jurés
00:47:47ne ressortiront
00:47:48qu'une fois
00:47:48le verdict acté
00:47:52il vaut un bulletin secret
00:47:53ce bulletin secret
00:47:55est immédiatement
00:47:56détruit
00:47:56au moment
00:47:57où il est dépouillé
00:47:58par le premier juré
00:47:59c'est des petits bulletins blancs
00:48:01en mon honneur
00:48:02et en ma conscience
00:48:03ma réponse est
00:48:03et il doit écrire
00:48:04de sa main
00:48:05propre main
00:48:06oui
00:48:06ou non
00:48:08entre la salle d'audience
00:48:10les couloirs
00:48:11les marches
00:48:12et les alentours
00:48:13du palais de justice
00:48:13de Lyon
00:48:14le temps
00:48:15est comme suspendu
00:48:21on imaginait bien tous
00:48:23quand même
00:48:23que compte tenu
00:48:25de la durée
00:48:26de ce procès
00:48:26et de son importance
00:48:28les jurés
00:48:29n'allaient pas délibérer
00:48:30en quelques minutes
00:48:30on est là
00:48:32on tourne en rond
00:48:33on parle entre nous
00:48:35on était sur des charbons ardents
00:48:37tous
00:48:40la justice
00:48:41et c'est ça
00:48:42qui fait sa grandeur
00:48:43c'est une justice humaine
00:48:45humaine
00:48:46c'est comme
00:48:46quand vous passez un examen
00:48:47où vous pensez
00:48:48que tout s'est bien passé
00:48:49que bon ça va
00:48:50mais
00:48:51mais tant que vous n'avez pas eu
00:48:52le résultat
00:48:55vous doutez
00:48:55forcément
00:48:57c'est humain
00:48:58c'est vrai
00:48:59que dans le feu de l'action
00:49:00on n'avait aucune objectivité
00:49:02on se disait
00:49:05et si
00:49:06et si
00:49:07le fait qu'il soit
00:49:09le personnage
00:49:10et si
00:49:11la plaidoirie
00:49:12de Vergès
00:49:13avait porté
00:49:14sur quelques jurés
00:49:15ses fruits
00:49:16en toute logique
00:49:17il ne pouvait pas
00:49:18y avoir d'autre verdict
00:49:19et pourtant
00:49:20on s'est rongé les ongles
00:49:21jusqu'au coude
00:49:25mesdames et messieurs
00:49:26voulez-vous rejoindre
00:49:27votre place
00:49:28s'il vous plaît
00:49:28l'huissier invite les journalistes
00:49:30les avocats
00:49:30le public
00:49:31et l'accusé
00:49:32à rejoindre leur place
00:49:34le verdict va enfin tomber
00:49:39la cour
00:49:55accusé
00:49:55Claude Barbie
00:49:56vous pouvez vous lever
00:49:56s'il vous plaît
00:50:01voici les réponses
00:50:02de la cour
00:50:03et du jury
00:50:04aux questions posées
00:50:07il résulte
00:50:08que
00:50:08Claude Barbie
00:50:09s'est rendu coupable
00:50:12premièrement
00:50:13d'avoir
00:50:15en 1943
00:50:17à Lyon
00:50:18et sur le territoire
00:50:19français
00:50:21commis un crime
00:50:23contre l'humanité
00:50:24en
00:50:25prenant part
00:50:26à l'exécution
00:50:27d'un plan concerté
00:50:28pour réaliser
00:50:29la déportation
00:50:30l'asservissement
00:50:32et l'extermination
00:50:33de populations
00:50:34civiles
00:50:35ou de persécutions
00:50:37pour des motifs
00:50:38politiques
00:50:38raciaux ou religieux
00:50:41qu'à la majorité
00:50:42de huit voix
00:50:43au moins
00:50:44il n'existe pas
00:50:46de circonstances
00:50:47atténuantes
00:50:48en faveur de l'accusé
00:50:52condamne à la majorité
00:50:54à la peine
00:50:57de la réclusion
00:50:57criminelle
00:50:58à perpétuité
00:50:59et le condamne
00:51:01également
00:51:01aux dépens
00:51:08silence
00:51:09silence
00:51:09s'il vous plaît
00:51:11Klaus Barbie
00:51:13vous traduisez
00:51:14ma déclaration
00:51:15toujours
00:51:17vous disposez
00:51:18de cinq jours
00:51:19francs
00:51:20pour vos pourvoir
00:51:21en cassation
00:51:23passez ce délai
00:51:24de cinq jours
00:51:26votre pourvoir
00:51:28ne sera plus recevable
00:51:36traduction
00:51:36faites
00:51:38mesdames
00:51:39et messieurs
00:51:39les jurés
00:51:40vous êtes libres
00:51:43définitivement
00:51:44je vous remercie
00:51:45de la solidité
00:51:46que vous avez
00:51:46dont vous avez fait preuve
00:51:48au cours de ces huit semaines
00:51:50l'audience
00:51:51criminelle
00:51:52est levée
00:51:53l'audience
00:51:54silence
00:51:55s'il vous plaît
00:51:56je vous en prie
00:51:57silence
00:51:57silence
00:51:58s'il vous plaît
00:52:02un petit peu
00:52:02de dignité
00:52:03s'il vous plaît
00:52:06c'est une longue
00:52:07longue
00:52:07histoire personnelle
00:52:09qui se termine
00:52:10avec sa condamnation
00:52:13on a réussi
00:52:14finalement
00:52:14d'obtenir ça
00:52:15Klaus Barbie
00:52:16a dû accepter
00:52:18que les crimes
00:52:19qu'il a commis
00:52:19étaient coupables
00:52:25à peine le verdict
00:52:26prononcé
00:52:27à une heure moins le quart
00:52:28du matin
00:52:29Jacques Vergès
00:52:30quitte la salle
00:52:31d'audience
00:52:33ce sont les lumières
00:52:34des caméras
00:52:35qui de nouveau
00:52:35l'attirent
00:52:36mais dans la nuit
00:52:37chaude
00:52:38de ce mois de juillet
00:52:39c'est l'hostilité
00:52:40de la foule
00:52:41qui l'attend
00:52:52ça y est
00:52:53Barbie a perdu
00:52:54Barbie va être
00:52:56incarcéré
00:52:56Barbie va mourir
00:52:57en prison
00:52:58on le sait tous
00:53:00et Vergès
00:53:01ne peut pas sortir
00:53:02du palais
00:53:02de justice
00:53:04on en avait
00:53:05gros sur le coeur
00:53:05mais les particuliers
00:53:07eux voulaient
00:53:08lui régler son compte
00:53:19je me souviens de la foule
00:53:22y compris des partis
00:53:23civils
00:53:23qui avaient enlevé
00:53:24leur badge
00:53:25Vergès assassin
00:53:27Vergès pourriture
00:53:29Vergès SS
00:53:32il jouissait
00:53:33en disant
00:53:34la voilà
00:53:35ça y est
00:53:35voilà la haine
00:53:37voilà l'alalie
00:53:38ce que j'attends
00:53:38depuis le début
00:53:39c'est à dire que
00:53:41des gens lui ont offert
00:53:42d'être dans la position
00:53:43de victime
00:53:44alors qu'il était
00:53:45dans la position
00:53:46de l'avocat
00:53:46du coupable
00:53:58après le procès
00:53:59vers 2h du matin
00:54:01je suis allé à pied
00:54:03de l'hôtel
00:54:04au fond
00:54:05à la prison
00:54:06de Montluc
00:54:07ce que je retiens
00:54:08de cette nuit
00:54:09c'est cette promenade
00:54:10pendant
00:54:10enfin
00:54:11ce pèlerinage
00:54:13je dirais
00:54:14à la prison
00:54:15de Montluc
00:54:16parce que pratiquement
00:54:17tout le monde
00:54:18est passé par
00:54:19par Montluc
00:54:20toutes les victimes
00:54:23j'ai tenu
00:54:24à y aller à pied
00:54:25tout seul
00:54:26aujourd'hui
00:54:28j'aurais du mal
00:54:28parce que
00:54:29c'est assez loin
00:54:30c'est un pan
00:54:32de notre vie
00:54:32qui
00:54:34qui
00:54:35qui
00:54:35qui se termine
00:54:37on renaît
00:54:38après
00:54:39on va renaître
00:54:40après
00:54:40c'est Pierre Truche
00:54:41qui a dit
00:54:42nul ne sort indemne
00:54:43du procès Barbie
00:54:43je crois qu'il a bien
00:54:44résumé les choses
00:54:45ma personnalité a changé
00:54:47j'étais plus la même
00:54:49je pouvais plus voir
00:54:50les choses
00:54:50de la même façon
00:54:52c'est
00:54:52il y a avant
00:54:53et il y a après
00:54:54moi je ressors
00:54:56de là
00:54:58épuisé en fait
00:55:00je ressors
00:55:01épuisé
00:55:01je ressors
00:55:02plein de
00:55:04plein de visages
00:55:05plein d'images
00:55:06plein de mots
00:55:07ces gens là
00:55:08ils sont morts
00:55:12et c'est à nous
00:55:12d'en être dignes
00:55:14c'est comme si
00:55:15tous les gens
00:55:16qui avaient assisté
00:55:16à ce procès
00:55:18partaient avec
00:55:19un petit message
00:55:21donné par
00:55:22cette multitude
00:55:25et un petit message
00:55:26à faire passer
00:55:28voilà
00:55:30c'est étrange
00:55:35aucun procès
00:55:36de ma vie
00:55:37ne m'a fait ça
00:55:38aucun
00:55:38jamais
00:55:38aucun reportage
00:55:40même ne m'a fait ça
00:55:40jamais
00:55:42celui-là
00:55:42à Lyon
00:55:43à 2h de TGV
00:55:45de Paris
00:55:48la voie est ouverte
00:55:49pour les procès
00:55:49qui
00:55:50en cours
00:55:51on attendait
00:55:52Touvier
00:55:53on attendait
00:55:55Papon
00:55:55le militien
00:55:57le traître
00:55:58en gros
00:55:59et puis
00:56:00le collabo
00:56:02le criminel
00:56:03de papier
00:56:04comme on l'a dit
00:56:05c'est
00:56:06l'écriture
00:56:07par la justice
00:56:08de l'histoire
00:56:09de cette période
00:56:10de notre pays
00:56:12voilà
00:56:12la justice
00:56:13a été rendue
00:56:33c'était donc
00:56:34le troisième
00:56:35et dernier épisode
00:56:36de la série
00:56:37le procès Barbie
00:56:38réalisé par Gabriel Le Bonin
00:56:40et intitulé
00:56:41le jugement
00:56:42le boucher de Lyon
00:56:44sera donc condamné
00:56:45à la réclusion
00:56:46à perpétuité
00:56:47et décédera
00:56:484 ans plus tard
00:56:49en détention
00:56:50l'occasion pour nous maintenant
00:56:51dans ce débat doc
00:56:53d'évoquer avec nos invités
00:56:55les leçons
00:56:56à tirer
00:56:57des principaux procès
00:56:58mis en oeuvre
00:56:59contre les responsables
00:57:00nazis
00:57:00Bénédicte
00:57:01Vercheste
00:57:02Chénion
00:57:02est tout d'abord
00:57:02à mes côtés
00:57:03bienvenue à vous
00:57:04vous êtes historienne
00:57:05spécialiste
00:57:05de la seconde guerre mondiale
00:57:07et de l'occupation
00:57:09vous êtes l'auteur d'un livre
00:57:10qui prolongeait
00:57:12la série documentaire
00:57:14crime contre l'humanité
00:57:15c'est à la fois
00:57:16les procès
00:57:18Barbie
00:57:19Papon
00:57:20et Touvier
00:57:20vous étiez même
00:57:21la conseillère scientifique
00:57:23du documentaire
00:57:25consacré
00:57:25au procès
00:57:26Touvier
00:57:27et cet ouvrage
00:57:28est disponible
00:57:29aux éditions
00:57:29Passé Composé
00:57:30cette série
00:57:31consacrée au procès Barbie
00:57:33fait partie intégrante
00:57:34de cette série
00:57:35qui est elle dédiée
00:57:36au crime contre
00:57:37l'humanité
00:57:38Annette Viviurka
00:57:39est également avec nous
00:57:40bienvenue à vous
00:57:40Annette Viviurka
00:57:42vous êtes vous aussi
00:57:43historienne
00:57:43spécialiste
00:57:44de la Shoah
00:57:45et de l'histoire des juifs
00:57:46du XXe siècle
00:57:48et votre tout dernier ouvrage
00:57:49retrace un parcours de vie
00:57:51c'est le vôtre
00:57:52il est passionnant
00:57:53il s'intitule
00:57:54Itinérance
00:57:55et il est à découvrir
00:57:57chez Alba Michel
00:57:58puis j'ajouterai
00:57:59que je vous remercie
00:58:00pour votre fidélité
00:58:01à cette émission
00:58:02Débat Doc
00:58:04nous venons donc
00:58:04de voir ce documentaire
00:58:06je pense que ce qu'il faut
00:58:07bien comprendre
00:58:08à l'issue du dernier épisode
00:58:09de cette série
00:58:10consacrée au procès Barbie
00:58:11c'est que ce procès Barbie
00:58:13a été le premier procès
00:58:16en France
00:58:17pour crime contre l'humanité
00:58:19c'est en cela
00:58:20qu'il est historique
00:58:21en réalité ce procès
00:58:22non ?
00:58:23Il est le premier
00:58:24et on a pu croire
00:58:27à un certain moment
00:58:27que peut-être
00:58:28il serait le seul
00:58:29ce qui le rendait
00:58:30encore plus unique
00:58:32donc tout était nouveau
00:58:34avec ce procès
00:58:36l'incrimination
00:58:37de crimes contre l'humanité
00:58:39l'ampleur extraordinaire
00:58:41des débats
00:58:43l'intérêt du public
00:58:45et de la presse internationale
00:58:47la longueur de l'instruction
00:58:50qui avait précédé
00:58:51qui avait concerné
00:58:54plusieurs pays européens
00:58:56et même qui avait rayonné
00:58:57à travers le monde
00:58:59et puis le fait
00:59:01qu'il se tenait
00:59:0240 ans et plus
00:59:04après la commission
00:59:05des faits
00:59:05ce qui était
00:59:07non seulement
00:59:08totalement inédit
00:59:09mais qui posait
00:59:10la question
00:59:10de savoir
00:59:11si c'était possible
00:59:12si ça avait un sens
00:59:13Et puis il y avait
00:59:14autre chose
00:59:15il a été filmé
00:59:16ce procès
00:59:17comme l'ont été
00:59:19les procès
00:59:19de Touvier
00:59:20puis Papon
00:59:20c'est la première fois
00:59:22qu'on filmait
00:59:23un procès
00:59:24dans son intégralité
00:59:25il y avait d'ailleurs
00:59:26un délai
00:59:27pendant lequel
00:59:28on ne pouvait pas
00:59:28diffuser
00:59:29les images
00:59:30de ce procès
00:59:31par la suite
00:59:31c'est bien ça ?
00:59:32Oui
00:59:32le procès
00:59:33a été filmé
00:59:34pour constituer
00:59:35des archives
00:59:36historiques
00:59:37et pas du tout
00:59:38pour que les images
00:59:39soient diffusées
00:59:41le jour même
00:59:42ou très rapidement
00:59:43après
00:59:44donc normalement
00:59:45on devait compter
00:59:46jusqu'à 40 ans
00:59:48après
00:59:49finalement
00:59:50les premières images
00:59:51en montage
00:59:51seront diffusées
00:59:52dans les années 2000
00:59:54mais pour ces documentaires
00:59:56c'est là
00:59:58la première utilisation
00:59:59aussi exhaustive
01:00:01de ces archives
01:00:01on le doit beaucoup
01:00:02d'ailleurs
01:00:02à Badinter
01:00:03le fait que ça soit filmé
01:00:06voilà
01:00:06c'est son idée
01:00:07effectivement
01:00:08la loi qui permet cela
01:00:10porte son nom
01:00:11c'est à dire
01:00:12quand des procès
01:00:14présentent un intérêt
01:00:15historique
01:00:16remarquable
01:00:17alors ils sont filmés
01:00:19Robert Badinter
01:00:19dont on va aussi rappeler
01:00:21que le père
01:00:22avait été
01:00:23victime d'une rafle
01:00:24orchestrée
01:00:26par Barbie
01:00:27justement
01:00:27c'était en 1943
01:00:28à Lyon
01:00:28et Robert Badinter
01:00:29avait tenu
01:00:30et a tout fait
01:00:31pour que ce procès
01:00:31se tienne à Lyon
01:00:33au sein du palais
01:00:34de justice de Lyon
01:00:35d'une part
01:00:36et puis d'autre part
01:00:37Barbie
01:00:38soit incarcéré
01:00:39dans la prison de Montluc
01:00:40et la prison de Montluc
01:00:42c'est là
01:00:43où l'officier Barbie
01:00:44où il torturait
01:00:45les prisonniers
01:00:46il tentait
01:00:47de les faire parler
01:00:47dont évidemment
01:00:48parmi ces prisonniers
01:00:50Jean Moulin
01:00:52alors crime contre l'humanité
01:00:53c'est vrai qu'on peut
01:00:54s'étonner
01:00:55pour ceux qui ne connaissent
01:00:56pas l'histoire
01:00:58de voir que
01:00:59plus de 40 ans après
01:01:00il faut attendre
01:01:01ce fameux procès Barbie
01:01:031987
01:01:04pour voir arriver
01:01:05ce premier procès
01:01:07pour crime contre l'humanité
01:01:08en réalité
01:01:09ce crime contre l'humanité
01:01:10voit d'abord le jour
01:01:11dans le fameux procès
01:01:12de Nuremberg
01:01:13et là nous sommes en 45
01:01:14juste après la guerre
01:01:15donc il voit le jour
01:01:17au procès de Nuremberg
01:01:18mais il voit le jour
01:01:19d'une façon
01:01:20un peu particulière
01:01:22parce qu'on a oublié
01:01:23que le cœur
01:01:25du procès de Nuremberg
01:01:26voulu par les Américains
01:01:27c'est le crime
01:01:28contre la paix
01:01:29et le complot
01:01:30contre la paix
01:01:31donc au cœur du procès
01:01:33il y avait
01:01:34la guerre
01:01:35et
01:01:36ont été rajoutés
01:01:37les crimes de guerre
01:01:38très bien
01:01:40définis
01:01:41par des conventions
01:01:42internationales
01:01:43depuis la fin
01:01:43du 19ème siècle
01:01:44et le crime
01:01:45contre l'humanité
01:01:45mais
01:01:46le crime
01:01:47contre l'humanité
01:01:48dans la définition
01:01:49de Nuremberg
01:01:50ne peut être
01:01:53on peut accuser
01:01:54de crime
01:01:56contre l'humanité
01:01:56que dans des faits
01:01:58liés
01:01:59à la seconde guerre mondiale
01:02:00il faut que ces crimes
01:02:02aient été commis
01:02:03à la suite
01:02:04de la guerre
01:02:05donc ça verrouille
01:02:07le crime
01:02:07contre l'humanité
01:02:08et puis la deuxième étape
01:02:10qui est très très importante
01:02:11c'est 1964
01:02:14quand la prescription
01:02:16pour les crimes de guerre
01:02:18enfin pour toutes sortes
01:02:19de crimes
01:02:19arrive
01:02:2020 ans après les faits
01:02:21et où certains disent
01:02:22bah si Hitler
01:02:23était encore vivant
01:02:24on ne pourrait pas le juger
01:02:25et le congrès
01:02:29la représentation nationale
01:02:31vote à l'unanimité
01:02:32l'imprescribibilité
01:02:34du crime
01:02:34contre l'humanité
01:02:35mais
01:02:36en 1964
01:02:38ces crimes
01:02:39sont rendus
01:02:40imprescriptibles
01:02:40ce qui rend possible
01:02:42ce qui rend possible
01:02:43mais
01:02:43ce fameux procès
01:02:44mais pour que ce procès
01:02:45soit possible
01:02:46parce que Barbie
01:02:48avait été jugé
01:02:49déjà
01:02:49par compte du masse
01:02:50condamné à mort
01:02:51d'ailleurs
01:02:52condamné à mort
01:02:5452 et 54
01:02:55il ne faut pas croire
01:02:56que la justice
01:02:57va commencer
01:02:59avec le procès Barbie
01:03:00il y a eu
01:03:01beaucoup beaucoup
01:03:01de procès avant
01:03:02pas pour crime
01:03:03contre l'humanité
01:03:03donc ce qui le rend possible
01:03:05il faut trouver
01:03:05des faits nouveaux
01:03:07pour lesquels
01:03:08Barbie
01:03:09n'a pas été
01:03:11inculpé
01:03:12et condamné
01:03:12et ces faits nouveaux
01:03:14c'est
01:03:15la raf de la rue
01:03:16Sainte-Catherine
01:03:18à laquelle
01:03:18vous avez fait
01:03:20allusion
01:03:21dont elle a été victime
01:03:22entre autres
01:03:23le père de Robert Bannater
01:03:25et surtout
01:03:26ce qui va être vraiment
01:03:28je crois
01:03:29le coeur du procès
01:03:31les arrestations
01:03:32des enfants d'Isieux
01:03:33je termine juste
01:03:3544 enfants
01:03:3644 enfants
01:03:377 éducateurs
01:03:38le télégramme
01:03:38et ce fameux télégramme
01:03:40il est lu
01:03:41in extenso
01:03:42au procès de Nuremberg
01:03:44par Edgar Ford
01:03:46qui est un des procureurs
01:03:47un des procureurs adjoints
01:03:49et il est lu
01:03:50sans la signature
01:03:51parce que Barbie
01:03:51à côté de Goering
01:03:53c'est
01:03:53petit poisson
01:03:55et
01:03:55il a fallu
01:03:56que Serge Larsfeld
01:03:57retrouve
01:03:58dans les caves
01:03:59du centre
01:04:00de documentation juive
01:04:01contemporaine
01:04:01qui avait été
01:04:02partie prenante
01:04:03du procès
01:04:04qui avait fourni
01:04:05la documentation
01:04:06le télégramme
01:04:07signé
01:04:08et c'est ça
01:04:09qui a permis
01:04:10d'inculper
01:04:11Klaus Barbie
01:04:12de crimes
01:04:13contre l'humanité
01:04:14alors après
01:04:15il y a le problème
01:04:16de la résistance
01:04:17cette série
01:04:18que nous avons découvert
01:04:19et redécouvert
01:04:20sur notre chaîne
01:04:21ce dernier épisode
01:04:23de la série
01:04:23comporte
01:04:24des témoignages
01:04:25et c'est vrai
01:04:26qu'ils sont poignants
01:04:27pour la plupart
01:04:28d'entre eux
01:04:28notamment dans
01:04:29le deuxième épisode
01:04:30de cette série
01:04:33les témoignages
01:04:34ça a été
01:04:34un des points
01:04:35forts
01:04:36essentiels
01:04:37de ce fameux
01:04:37procès Barbie
01:04:38non ?
01:04:38Oui
01:04:39les témoignages
01:04:39se sont avérés
01:04:41le point crucial
01:04:43dans ce procès
01:04:45c'est ce qui a fait dire
01:04:46aux gens
01:04:46qui ont assisté
01:04:47au procès
01:04:47qu'ils étaient sortis
01:04:49du procès
01:04:49différent de ce qu'ils étaient
01:04:50en y entrant
01:04:52et la place
01:04:53des témoins
01:04:54elle a été
01:04:56donnée
01:04:56par l'abstention
01:04:58de Klaus Barbie
01:04:59Klaus Barbie
01:05:00qui au bout
01:05:00de trois jours
01:05:01de procès
01:05:02dit
01:05:02ma détention
01:05:04est illégale
01:05:04je n'ai rien à faire ici
01:05:06je ne reconnais pas
01:05:07ce tribunal
01:05:07je n'ai plus l'intention
01:05:09de comparaître
01:05:09et qui donc
01:05:11du troisième
01:05:12au douzième jour
01:05:13va être absent
01:05:14laissant
01:05:15toute la place
01:05:16au témoignage
01:05:18au témoignage
01:05:19direct
01:05:20des gens
01:05:21qu'il a arrêté
01:05:22qu'il a torturé
01:05:24qu'il a fait déporter
01:05:25et ce sont
01:05:26ces récits
01:05:27au fond
01:05:28qui vont
01:05:29constituer
01:05:30le coeur
01:05:31du procès
01:05:32et qui sont
01:05:33restitués
01:05:34effectivement
01:05:35dans le documentaire
01:05:37dans toute leur force
01:05:38alors les témoignages
01:05:39c'est la même chose
01:05:40à Nuremberg
01:05:41qui est le procès
01:05:42référence de l'après-guerre
01:05:44il y a eu beaucoup
01:05:45de procès
01:05:45il n'y a pas eu qu'un seul
01:05:46procès de Nuremberg
01:05:47mais dans le procès
01:05:48de Nuremberg
01:05:48des principaux dignités
01:05:49il n'y avait pas de témoins
01:05:51c'était pas le choix
01:05:52décidé par ces grands
01:05:53groupes internationaux
01:05:53qui étaient là
01:05:54appelés par l'accusation
01:05:56ou par la défense
01:05:57étaient là
01:05:58pour dire l'histoire
01:05:59Nuremberg
01:06:01c'est le premier acte
01:06:03où ce procès
01:06:05permet
01:06:05de faire
01:06:07émerger
01:06:08un nombre
01:06:09vraiment important
01:06:10de documents
01:06:12et le procureur
01:06:14Jackson
01:06:15avait choisi
01:06:16délibérément
01:06:17Américain
01:06:18délibérément
01:06:19de faire un procès
01:06:20sur documents
01:06:22en revanche
01:06:22la référence
01:06:24c'est le procès
01:06:27à Eichmann
01:06:27c'est 61
01:06:28à Jérusalem
01:06:29pour les témoins
01:06:30et si Bénédicte
01:06:31me permet
01:06:32je ne suis pas
01:06:32tout à fait en accord
01:06:33sur le fait
01:06:35que c'est l'absence
01:06:36de Barbie
01:06:36qui permet
01:06:37de donner
01:06:38toute la place
01:06:38au témoin
01:06:39parce que
01:06:40au procès à Eichmann
01:06:42où Eichmann
01:06:43est terriblement présent
01:06:44tout au cours
01:06:45de son procès
01:06:46où il ne lâche rien
01:06:47où il est là
01:06:47il écoute
01:06:48après il se défendra
01:06:50toute la place
01:06:51a été aussi donnée
01:06:52au témoin
01:06:53et le premier procès
01:06:55qui marque
01:06:55ce que j'ai appelé
01:06:57l'avènement du témoin
01:06:58c'est vraiment
01:06:59le procès Eichmann
01:06:59la quintessence
01:07:00du procès Eichmann
01:07:01c'est les plus de 100 témoins
01:07:03qui sont là
01:07:04pour dire l'histoire
01:07:05et qui vont constituer
01:07:07vraiment un tournant
01:07:09dans
01:07:12dans l'histoire
01:07:13de la mémoire
01:07:13de la
01:07:14de la Shoah
01:07:15cette mémoire
01:07:17on la perd
01:07:19puisque là
01:07:19nous sommes en 87
01:07:20aujourd'hui
01:07:21nous sommes en 2026
01:07:22des témoins
01:07:22il y en a de moins en moins
01:07:23ça renforce la place
01:07:25de votre place
01:07:26mesdames
01:07:27la place des historiens
01:07:28aujourd'hui
01:07:28et ça renforce
01:07:30l'idée
01:07:31que
01:07:32au fond
01:07:33filmer ces procès
01:07:34pour conserver
01:07:36des archives
01:07:37de ces procès
01:07:38c'était
01:07:38la solution
01:07:40effectivement
01:07:41les procès
01:07:42sont intervenus
01:07:4340 ou 50 ans
01:07:45après les faits
01:07:46nous sommes 40 ans
01:07:47après les
01:07:48les premiers procès
01:07:49nous voyons
01:07:50à quel point
01:07:51effectivement
01:07:52le
01:07:53le temps a passé
01:07:54et pour nous
01:07:55ce sont des archives
01:07:56vivantes
01:07:56qui sont
01:07:57particulièrement précieuses
01:07:59effectivement
01:08:00les derniers procès
01:08:01ont eu lieu
01:08:02de responsables nazis
01:08:04alors là
01:08:05on n'a plus affaire
01:08:05à des sous-fifres
01:08:07les derniers procès
01:08:09ont eu lieu
01:08:09avec
01:08:09finalement
01:08:10des personnes
01:08:11des personnes
01:08:12gravataires
01:08:12des vieilles personnes
01:08:13très âgées
01:08:14j'ai vu qu'en 2022
01:08:15on a jugé
01:08:16en Allemagne
01:08:17une ancienne personne
01:08:18qui était gardienne
01:08:19d'un camp
01:08:21qui avait 101 ans
01:08:22et qui a été condamnée
01:08:23à 5 ans de prison
01:08:24ça c'était en 2022
01:08:25jusqu'à quand
01:08:26la traque des nazis
01:08:28jusqu'à quand
01:08:28faut-il
01:08:30juger
01:08:31non plus
01:08:32des dignitaires nazis
01:08:33mais des gens
01:08:33qui auraient été
01:08:34dans
01:08:35quelque part
01:08:35dans
01:08:37dans l'administration
01:08:39de répression nazie
01:08:41vous savez
01:08:41c'est une problématique
01:08:43qui est presque
01:08:43contemporaine
01:08:44des procès
01:08:46en fait
01:08:46c'est-à-dire que
01:08:47dès 1962
01:08:49en France
01:08:50on va arrêter
01:08:51de juger
01:08:52les allemands
01:08:53pour crime de guerre
01:08:54normalement
01:08:54et donc
01:08:55quand on commence
01:08:56au tournant
01:08:57des années 80
01:08:58à envisager
01:08:59la question
01:09:00de procès
01:09:01pour crime
01:09:03contre l'humanité
01:09:04et bien
01:09:05il y a des gens
01:09:05qui disent
01:09:06mais
01:09:06il est trop tard
01:09:08à quoi bon
01:09:09tant de décennies
01:09:10après
01:09:11or on en a vu
01:09:12l'utilité
01:09:13alors
01:09:13là bien sûr
01:09:15quand
01:09:15on est dans
01:09:17l'extrême
01:09:18vieillesse
01:09:19de l'accusé
01:09:20on est au niveau
01:09:21du symbole
01:09:22probablement
01:09:23plus qu'autre chose
01:09:24mais
01:09:25est-ce que le pouvoir allemand
01:09:28les allemands
01:09:28ne seraient pas tentés
01:09:29quand même
01:09:31face à la montée
01:09:32de l'extrême droite
01:09:33la remontée
01:09:34de l'extrême droite
01:09:34et pas seulement
01:09:35de l'extrême droite
01:09:36d'ailleurs
01:09:36de l'idéologie nazie
01:09:38dans certaines franges
01:09:40allemandes
01:09:40aujourd'hui
01:09:41de mener jusqu'à terme
01:09:42la traque de ces nazis
01:09:43je crois que biologiquement
01:09:46c'est terminé
01:09:47c'est-à-dire qu'on a
01:09:48des gens qui ont 100 ans
01:09:50mais je voudrais revenir
01:09:51à la question
01:09:52de la loi
01:09:54et de la question
01:09:55du témoin
01:09:55qu'est-ce qui se passe
01:09:57il se passe
01:09:58que dans le doute
01:10:00c'est que
01:10:03quelqu'un doit témoigner
01:10:05de ce qu'a été
01:10:06l'action
01:10:08de la personne
01:10:08qui est accusée
01:10:09dans le film
01:10:11qu'on a regardé
01:10:12on voit qu'ils reconnaissent
01:10:13tous Barbie
01:10:14tous
01:10:15et singulièrement
01:10:16d'ailleurs
01:10:17au regard
01:10:18c'est ce qu'ils disent
01:10:19il y a eu en Israël
01:10:21en dehors du procès
01:10:22d'Adolf Eichmann
01:10:23un autre procès
01:10:24qui était celui
01:10:25d'Yvan Demaniouk
01:10:27dit
01:10:27Yvan le terrible
01:10:28que tous les témoins
01:10:29ont reconnu aussi
01:10:30comme étant
01:10:31Yvan le terrible
01:10:32ce qu'il n'était pas
01:10:33mais il a quand même
01:10:35été gardien de camp
01:10:35et quand il a été
01:10:37finalement extradé
01:10:39en Allemagne
01:10:40la législation
01:10:41a changé
01:10:42c'est-à-dire
01:10:43que
01:10:44quand vous accusiez
01:10:45un ancien nazi
01:10:46vous n'aviez plus besoin
01:10:47de prouver
01:10:48que lui-même
01:10:49avait en quelque sorte
01:10:50mis la main à la pâte
01:10:51il suffisait
01:10:52de prouver
01:10:53qu'il était
01:10:54qu'il avait
01:10:55une fonction
01:10:55dans le camp
01:10:56dans la période
01:10:57où x milliers
01:11:01de juifs
01:11:02avaient été assassinés
01:11:03pour qu'ils soient
01:11:05condamnés
01:11:06et c'est ça
01:11:07qui a permis
01:11:08ces procès
01:11:09puisqu'on n'avait pas besoin
01:11:11de gens
01:11:11qui témoignaient
01:11:12parce qu'en même temps
01:11:13que les nazis
01:11:14vieillissent et meurent
01:11:16les témoins
01:11:16aussi vieillissent
01:11:18mais grâce
01:11:20à des documents
01:11:21d'archives
01:11:22à des fiches
01:11:23de SS
01:11:24pour les hommes
01:11:25on pouvait prouver
01:11:26que telle personne
01:11:28était là
01:11:29alors est-ce que
01:11:30les derniers procès
01:11:31qui ont eu lieu
01:11:32en Allemagne
01:11:33ont une utilité
01:11:35je ne me prononcerai pas
01:11:37le problème
01:11:38c'est
01:11:40que
01:11:40quand il y a un procès
01:11:41moi j'étais professeur
01:11:42d'histoire
01:11:43au lycée Voltaire
01:11:44au moment du procès Barbie
01:11:45on a reçu
01:11:46des instructions
01:11:47du ministère
01:11:48de parler à nos élèves
01:11:49c'est-à-dire que
01:11:50le procès
01:11:51il y a eu
01:11:51le procès
01:11:52il y a eu
01:11:52grande justice
01:11:53notamment aux enfants
01:11:55d'Isieux
01:11:56et parmi les témoignages
01:11:58c'est vraiment
01:11:58les témoignages
01:11:59des deux mères
01:11:59qui sont
01:12:01déchirants
01:12:02vraiment déchirants
01:12:03donc on a rendu justice
01:12:05mais en même temps
01:12:06on a fait
01:12:07une grande éducation
01:12:08et c'est avec
01:12:09le procès Barbie
01:12:10qui a été popularisé
01:12:11l'expression
01:12:12de devoir de mémoire
01:12:13les procès ultérieurs
01:12:16notamment les procès allemands
01:12:17ils n'ont pas eu
01:12:18cet écho
01:12:19je voulais qu'on revienne
01:12:21pour finir
01:12:21sur ce qu'a été
01:12:23la défense
01:12:23de Jacques Vergès
01:12:25qui était donc
01:12:25l'avocat de la défense
01:12:27de Klaus Barbie
01:12:27dans ce procès
01:12:28qu'on a entendu
01:12:29d'ailleurs
01:12:29dans ce dernier épisode
01:12:31à l'occasion
01:12:31de sa plaidoirie
01:12:34il avait choisi
01:12:35ce qui était qualifié
01:12:36d'une défense
01:12:37de rupture
01:12:37c'est le terme
01:12:38utilisé dans ce film
01:12:40et c'est vrai
01:12:40qu'il n'a pas cherché
01:12:41forcément
01:12:42à défendre Barbie
01:12:43mais plutôt
01:12:44à dénoncer
01:12:45l'hypocrisie
01:12:46de l'Occident
01:12:46qui avait
01:12:47selon lui
01:12:47les mêmes pratiques
01:12:48que les nazis
01:12:49envers les peuples
01:12:49colonisés
01:12:50et opprimés
01:12:53comment cela
01:12:54résonne-t-il
01:12:55aujourd'hui
01:12:56alors qu'il y a
01:12:57une certaine polémique
01:12:58sur ce qu'a été
01:12:59effectivement
01:13:00notre action
01:13:01et l'action
01:13:02des Occidentaux
01:13:04dans à la fois
01:13:04les périodes
01:13:05de colonisation
01:13:06et de décolonisation
01:13:08sur le moment
01:13:09ce qui est étonnant
01:13:10c'est que la défense
01:13:13pratiquée par Jacques Vergès
01:13:15elle paraît
01:13:18anachronique
01:13:18et incompréhensible
01:13:20enfin on ne comprend pas
01:13:21pourquoi il ne défend pas
01:13:23sur le fond
01:13:24son client
01:13:26mais effectivement
01:13:26on parle beaucoup
01:13:27de la guerre d'Algérie
01:13:28des enfants tués
01:13:30pendant la guerre d'Algérie
01:13:31parle de la colonisation
01:13:33se fait accompagner
01:13:35d'autres avocats
01:13:37qui représentent
01:13:38les peuples
01:13:39colonisés
01:13:39et 40 ans plus tard
01:13:40vous diriez qu'il a
01:13:41avec ses arguments
01:13:43trouvé des arguments
01:13:45qui résonnent aujourd'hui
01:13:46qui pourraient ébranler
01:13:47un petit peu
01:13:48notre perception
01:13:49des choses
01:13:50que sa défense
01:13:51est plus compréhensible
01:13:52aujourd'hui
01:13:53qu'elle ne l'était
01:13:54sur le moment
01:13:55étonnamment
01:13:56n'est-ce pas
01:13:57qu'est-ce que vous en pensez
01:13:58oui
01:13:59effectivement
01:14:00il y a un avocat
01:14:01bon lui est
01:14:03asiatique
01:14:03il y a
01:14:05un avocat
01:14:07qu'on n'a pas vu
01:14:08pendant le procès
01:14:08algérien
01:14:09et il y a un avocat africain
01:14:11qu'on voit apparaître
01:14:12qu'on voit apparaître
01:14:13voilà
01:14:13or
01:14:14il ne peut pas y avoir
01:14:16de crime
01:14:17contre l'humanité
01:14:17de la colonisation
01:14:18suivant la définition
01:14:19juridique de l'époque
01:14:21puisque c'est obligatoirement
01:14:22relié à la seconde guerre mondiale
01:14:24cette chose là
01:14:25va être dénouée
01:14:26dans des modifications
01:14:27du droit
01:14:28dans les années 90
01:14:31donc
01:14:32ce que dit
01:14:33Vergès
01:14:35Bénédicte dit
01:14:36ça paraît
01:14:36anachronique
01:14:37et quand on le regarde
01:14:38aujourd'hui
01:14:38ça paraît prémonitoire
01:14:40donc entre l'anachronisme
01:14:41et le
01:14:44prémonitoire
01:14:45Emmanuel Macron
01:14:46il était en campagne
01:14:47juste avant
01:14:48d'être élu en 2017
01:14:49il est en Algérie
01:14:50il dit oui
01:14:50la colonisation
01:14:51est un crime
01:14:52contre l'humanité
01:14:52alors je dirais aussi
01:14:53que
01:14:55les notions juridiques
01:14:56de crime
01:14:57contre l'humanité
01:14:58comme de génocide
01:14:59se sont
01:15:01acclimatées
01:15:01et
01:15:02puisque Marc Bloch
01:15:03est à la mode
01:15:04ils vivent aussi
01:15:06leur trouble vie
01:15:06de place publique
01:15:07donc
01:15:08ce sont des
01:15:09mots
01:15:10des expressions
01:15:11qu'on met
01:15:12dans la bouche
01:15:13des uns et des autres
01:15:14des hommes politiques
01:15:14des militants
01:15:16sans se préoccuper
01:15:18réellement
01:15:19de ce qu'est
01:15:19la définition
01:15:20donc
01:15:21si on déclare
01:15:22que
01:15:22admettons qu'on déclare
01:15:24que
01:15:24la guerre d'Algérie
01:15:26qui a eu des crimes
01:15:27contre l'humanité
01:15:28mais
01:15:28un état ne fait pas
01:15:30des crimes
01:15:30contre l'humanité
01:15:31ce sont des hommes
01:15:33enfin des hommes
01:15:34ou des femmes
01:15:34qui
01:15:35donc
01:15:36que l'on désigne
01:15:37un homme
01:15:38une femme
01:15:39et
01:15:43qu'on ouvre
01:15:44il y a eu
01:15:44des tentatives
01:15:45de procès
01:15:46pour Ossarès
01:15:46pour
01:15:48des cas de torture
01:15:49mais
01:15:50ben voilà
01:15:52il n'y a pas
01:15:53aujourd'hui
01:15:54de procès
01:15:55possible
01:15:55sauf de faire
01:15:57un grand procès
01:15:59général
01:16:00donc peut-être
01:16:01qu'effectivement
01:16:01le rôle
01:16:02est aux historiens
01:16:04après le procès
01:16:05Barbie
01:16:06le procès
01:16:07Touvier
01:16:07quelques années
01:16:08après
01:16:08et Paul Touvier
01:16:09qui était
01:16:10le patron
01:16:11de la milice
01:16:12à Lyon
01:16:12il aurait même
01:16:14pu ou dû
01:16:15y avoir
01:16:15un procès
01:16:16Le Guet
01:16:17un procès
01:16:17Bousquet
01:16:18entre temps
01:16:19Le Guet est mort
01:16:20Bousquet
01:16:21a été tué
01:16:22c'était
01:16:23les deux personnes
01:16:24qui étaient désignées
01:16:25comme
01:16:25pour faire simple
01:16:27les responsables
01:16:27de la rafle
01:16:28du Veldivor
01:16:29en 1942
01:16:31et donc
01:16:32on est là
01:16:33dans un temps
01:16:34de suspension
01:16:34où finalement
01:16:36ce sera
01:16:37Touvier
01:16:38le suivant
01:16:38en 1994
01:16:39Paul Touvier
01:16:41qui dirigeait
01:16:43la milice
01:16:44dans cette même ville
01:16:45de Lyon
01:16:45le service de renseignement
01:16:46de la milice
01:16:47les ordres de Barbie
01:16:47en particulier
01:16:48et qui est responsable
01:16:49Paul Touvier
01:16:50ce sera tout de même
01:16:50le premier
01:16:52français
01:16:53à être jugé
01:16:54pour crime
01:16:54contre l'humanité
01:16:55absolument
01:16:56oui oui
01:16:57tout à fait
01:16:58donc là
01:16:59à nouveau
01:16:59une première fois
01:17:01une première fois
01:17:02qui est rendue possible
01:17:03au fond
01:17:03parce qu'il y a eu
01:17:05le procès Barbie
01:17:06avant
01:17:06et qu'on a constaté
01:17:08que ça fonctionne
01:17:09mais qui sera venu
01:17:11très difficilement
01:17:13parce que
01:17:13il y a une discussion
01:17:15sur le crime
01:17:16contre l'humanité
01:17:16tout à fait
01:17:16c'est ce à quoi
01:17:17un être faisait
01:17:19en lien avec un état
01:17:20qui pratique
01:17:21une politique d'hégémonie
01:17:22donc il y a un premier
01:17:23arrêt de renvoi
01:17:24des questions
01:17:25de définition
01:17:26de qu'est-ce que c'est
01:17:27que le crime
01:17:28contre l'humanité
01:17:29dans le code pénal
01:17:31voilà
01:17:32qui viennent compliquer
01:17:33et retarder
01:17:34cette procédure
01:17:35et ça aussi
01:17:37ça
01:17:37enfin il y a une histoire
01:17:39je dirais
01:17:41du terme
01:17:41crime contre l'humanité
01:17:44je dirais quand même
01:17:45ce sera le mot de la fin
01:17:47à l'encontre
01:17:47et j'espère que Vénédic
01:17:49sera d'accord
01:17:49mais à l'encontre
01:17:50de l'excellent avocat
01:17:52Jakubowicz
01:17:53que la justice
01:17:55est faite
01:17:55pour rendre justice
01:17:57mais que la justice
01:17:58n'est pas faite
01:17:59pour écrire l'histoire
01:18:01et que
01:18:02quand on examine
01:18:03de près
01:18:04ces procès
01:18:05on s'aperçoit
01:18:06qu'ils produisent
01:18:07un récit de l'histoire
01:18:08que les travaux
01:18:11des historiens
01:18:11peuvent contredire
01:18:13ça sera donc
01:18:14le mot de la fin
01:18:15un grand merci
01:18:16vraiment à toutes les deux
01:18:16d'avoir participé
01:18:18à ce débat d'oc
01:18:18qui était consacré
01:18:19au procès
01:18:20des responsables
01:18:21des principaux
01:18:22responsables
01:18:23le nazi
01:18:24à ce fameux
01:18:25procès Barbie
01:18:25que nous avons vécu
01:18:27en trois épisodes
01:18:29grâce à cette série
01:18:30que nous avons eu
01:18:30le plaisir de présenter
01:18:31dans cette émission
01:18:32débat d'oc
01:18:33merci aussi
01:18:34à Félicité Gavalda
01:18:35merci tout spécial aussi
01:18:36à Emery Colagné
01:18:38qui s'est particulièrement
01:18:39intéressé à ce sujet
01:18:40pour préparer
01:18:41cette émission
01:18:42vos réactions
01:18:43ça sera sur
01:18:44hashtag débat d'oc
01:18:45nos deux invités
01:18:46et je compte sur vous
01:18:47seront là pour réagir
01:18:48à ce que seront
01:18:49ces réactions
01:18:50puis moi je vous donne
01:18:51rendez-vous pour un prochain
01:18:52débat d'oc
01:18:52et ça sera bien sûr
01:18:53avec son documentaire
01:18:55et son débat
01:18:55à très bientôt
01:18:56Sous-titrage Société Radio-Canada
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