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IA et futur du travail : entre discours alarmistes et réalités de terrain, le débat oscille souvent entre inquiétude et surenchère. L’enjeu n’est pas tant la disparition massive des emplois que la transformation des métiers et des compétences. Au cœur de ces mutations, se posent surtout des choix de société, de sens et d’usage de la technologie.
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00:04Alors, faut-il passer en mode panique ou non sur la question du futur du travail avec l'arrivée de
00:09l'intelligence artificielle dans les métiers ?
00:11On en parle et j'espère que vous répondrez à cette question d'ailleurs.
00:14On en parle avec Jean-Baptiste Barfetti. Bonjour Jean-Baptiste.
00:17Bonjour.
00:18Vous êtes fondateur du Projet Sens, rien à voir avec le cloud dit de confiance.
00:22Projet Sens, c'est une coalition de DRH au sein de 16 grandes entreprises et établissements publics français
00:30qui s'intéressent justement à cette question du sens au travail, ce futur du travail hybride avec l'irruption de
00:37l'intelligence artificielle.
00:39Vous avez été secrétaire générale du Conseil de l'inclusion dans l'emploi auprès de la ministre du Travail Muriel
00:45Pénicaud.
00:46C'était 2017-2020 pour juste nous rafraîchir la mémoire.
00:50Vous êtes aussi le rapporteur du rapport Nota-Sénar sur l'entreprise en tant qu'objet d'intérêt public
00:56qui a donné naissance à cette notion d'entreprise à mission.
01:02Jean-François Deldon est également avec nous autour de cette table, fondateur de Yaka Data, ambassadeur d'OSEE IA.
01:08Vous êtes un expert BPI France, un expert référencé sur le programme IA Booster France 2030 pour être précis sur
01:15BPI France.
01:16Vous animez un groupe de travail sur l'IA générative au sein du Hub France IA.
01:21Et puis vous êtes l'auteur d'un livre aussi, guide de l'IA en entreprise, manuel de survie pour
01:26les PME.
01:26Manuel de survie, ça veut dire qu'on est en mode panique là aujourd'hui avec l'IA ?
01:30Ça veut dire qu'il faut s'adapter effectivement.
01:32On ne peut pas laisser le problème de côté parce que qu'on le veuille ou non, les salariés commencent
01:36à l'utiliser.
01:37Donc il faut que les entreprises s'adaptent et fassent ce qu'il faut pour le maîtriser.
01:41Vous avez vu cette affiche dont je me faisais l'écho dans le sommaire, Stop Hiring Humans, Arrêter d'embaucher
01:47des humains.
01:48Voilà, les affiches évidemment portées par une start-up dans l'IA qui propose d'utiliser ses agents dans le
01:53domaine de la vente et du commerce.
01:56Vous pensez qu'on en est là, vraiment ?
01:58Pas du tout.
01:59Pas du tout ?
01:59Pas du tout. Pour moi, ça fait partie d'une stratégie marketing de ces géants d'atech, moi que j
02:08'appelle marketing apocalypto-messianique.
02:10On nous raconte que d'ici 5 à 10 ans, c'est Dario Amodei qui dit ça, notre espérance de
02:15vie va doublée, qu'on va coloniser l'espace.
02:18Et ces mêmes personnes signent une être pour attention au risque d'extinction d'humanité.
02:24Donc ça fait partie d'une stratégie pour faire pareil.
02:26On pourrait se dire, peut-être, sont-ils schizophrènes ? Non, c'est une stratégie.
02:29Pour moi, c'est vraiment une stratégie. C'est des personnes qui sont bien câblées et savent très bien ce
02:33qu'ils font.
02:34Ok. Donc, aujourd'hui, on n'est peut-être pas obligé de passer en mode panique.
02:39Moi, j'ai mis un point d'interrogation. On est quand même obligé de se poser la question de ce
02:42que ça va changer,
02:44l'arrivée de l'intelligence artificielle dans les métiers, dans les entreprises, dans les organisations.
02:48Est-ce qu'on navigue à vue aujourd'hui, parce qu'on parle beaucoup des bonnes compétences à aller chercher,
02:52est-ce qu'on les connaît déjà ou on est encore vraiment en train de les chercher ?
02:57Jean-François ?
02:58Ce dont on se rend compte, en fait, dans les entreprises, c'est que, moi, j'interviens beaucoup dans les
03:03TPE, PME,
03:04les dirigeants comprennent qu'il faut se saisir de la vague IA, mais ne savent pas forcément encore exactement comment
03:09l'apprendre
03:09et comment sécuriser leur patrimoine de données, leurs informations et adapter leurs employés aussi au monde qui se prépare.
03:17Donc, on n'est pas totalement en mode panique parce que, moi, je vais être dans des cabinets comptables,
03:21il y a encore des gens qui font des calculatrices et qui reportent la somme dans Excel et ils ont
03:25toujours un emploi.
03:26Donc, on n'est pas en mode panique totale.
03:27Néanmoins, on sent qu'il faut se saisir du sujet.
03:29Ils ont un peu du mal à l'appréhender.
03:31Il y a un déficit quand même de formation, de sensibilisation qui est assez fort,
03:34à la fois du côté des dirigeants et à la fois du côté des salariés.
03:38Mais alors, du côté des DRH, Jean-Baptiste, la question du recrutement, c'est clé.
03:42Est-ce qu'un DRH, aujourd'hui, sait ?
03:44Quelles sont les compétences dont on aura besoin, je n'ai même pas envie de dire dans un an, dans
03:49six mois ?
03:50Oui, c'est-à-dire, ils ont des projections de gestion prévisionnelle de leurs emplois, de leurs compétences.
03:57Comme toute prévision, elle peut tomber un peu à côté.
04:01Mais ça, ça fait des années qu'ils sont dans cet exercice de prospective.
04:06Et effectivement, en ce moment, ils sont en train de les mettre à jour pour s'adapter.
04:11Mais ça, ça part des usages.
04:13Vraiment, moi, dans l'accompagnement qu'on fait avec les entreprises, on leur conseille.
04:18Pour nous, c'est une révolution, non pas tant technologique, puisque la technologie des DRH existe depuis 2017.
04:24La vraie rupture avec ChatGPT, c'est dans l'usage.
04:27C'est qu'on va donner le pouvoir aux utilisateurs pour ne plus subir l'intelligence artificielle,
04:31comme les algorithmes qu'on avait sur les grandes plateformes de streaming, etc., où on vous cible.
04:36Là, tout d'un coup, c'est la personne, et notamment les travailleurs, qui reprend le pouvoir sur cette technologie.
04:41Et donc, il faut partir de ce qui est possible dans les métiers.
04:44Et à partir de là, on peut travailler sur les compétences, ce qui est effectivement la prochaine étape.
04:50La question des emplois arrivera beaucoup plus tard.
04:53Disons que, parce qu'on peut aussi être simple consommateur de ChatGPT et ne pas en faire grand-chose.
04:58Donc, disons que ce que vous nous dites, c'est que c'est le moment de s'en emparer vraiment
05:02de la technologie pour décider ce qu'on veut en faire.
05:05C'est ça, le sujet aujourd'hui dans l'entreprise. Qu'est-ce que je décide de faire avec l
05:09'IA ou pas ?
05:10Il faut identifier les sujets qui ont de la valeur, qui ont de la valeur pour l'entreprise et pour
05:14l'employé.
05:14Parce que, clairement, il y a des sujets qui peuvent avoir une grosse valeur pour l'entreprise,
05:17mais qui vont demander plus de temps, d'énergie et tout ça à l'employé,
05:20voire même qui vont le perdre dans un flux informationnel un peu trop fort.
05:23Et ce qu'il faut, c'est identifier c'est quoi les sujets qui m'apportent vraiment de la valeur.
05:26Alors, il se trouve que dans beaucoup d'entreprises, c'est des sujets réglementaires,
05:29parce que, notamment dans les TPE, PME, il y a énormément d'administratifs.
05:33Donc, il y a beaucoup de choses sur ces sujets-là.
05:35Il faut trouver les sujets, mettre en place les bonnes solutions,
05:38pas essayer de courir après la dernière solution à la mode, le bot et tout ça, qui agit tout seul.
05:44Ça, c'est peut-être aller un peu trop loin et se perdre,
05:46sachant qu'on est dans un temps où, en fait, la technologie évolue plus vite
05:51que le temps d'adoption dans les entreprises.
05:53Donc, il faut essayer de ne pas être non plus dans la panique totale,
05:55mais réfléchir à la valeur et comment vraiment on crée de la valeur avec la technologie.
06:01Et comment on les accompagne aussi ?
06:03Parce que vous accompagnez, vous, les entreprises,
06:04mais il faut aussi les accompagner dans l'accompagnement des salariés, des collaborateurs,
06:10qu'ils soient à l'intérieur ou à l'extérieur.
06:13D'ailleurs, peu importe, mais parce qu'on commence à entendre un peu cette petite musique.
06:18Vous parliez de surcharge informationnelle, de burn-out de l'IA.
06:22C'est-à-dire que, finalement, on peut faire tellement plus de choses qu'on en fait trop
06:26et que ça peut être explosif comme sujet aussi pour un DRH.
06:30C'est un sujet qu'il va falloir prendre en compte demain ?
06:32Oui, oui, oui.
06:33Il y a plusieurs...
06:34Il y a l'envers et l'aver de cette même question.
06:37Il y a ceux qui sont les premiers adoptants, qui sont devenus presque accros.
06:43On a même aux États-Unis quasiment 30% des salariés qui déclarent payer leur propre abonnement
06:48pour les aider dans leur travail.
06:50Donc, il y a cet aspect où il faut être capable quand même de prendre du recul de ce qui
06:55sort
06:55puisque, comme on sait, c'est un peu psychophantique, ça va un peu dans votre sens.
06:59Mais d'un autre côté, il y a aussi la fracture.
07:02Et ça, et DRH, regardez deux.
07:05Comment les premiers adoptants ne vont pas trop loin et ne vont pas se perdre à dedans,
07:10mais comment on rattrape ceux qui déjà étaient dans la fracture numérique
07:14qui vont avoir la fracture de l'IA.
07:15Et ce management algorithmique dont on nous a beaucoup parlé,
07:21est-ce qu'il n'est pas en train de devenir un véritable sujet dont s'emparent aujourd'hui les
07:26organisations,
07:27à savoir vérifier qui utilise l'IA, qui ne l'utilise pas ?
07:31Et avec ce risque, plutôt que de dire « j'ai une fracture, il faut que je mette un rattrapage
07:35pour tout le monde »,
07:35d'exclure finalement ceux qui n'arrivent pas à prendre cette nouvelle habitude de travail,
07:42de travailler avec des intelligences artificielles,
07:44comme on a pu le voir d'ailleurs avec l'arrivée de l'informatique.
07:47C'est effectivement un sujet qui est super important dans les entreprises.
07:51Après, il y a une vraie question de confiance versus contrôle.
07:54C'est-à-dire qu'il y a la logique de « oui, en fait, ce qu'on a vu
07:58arriver avec l'arrivée de ChatGPT,
07:59c'est « je bloque tout, je vérifie qu'ils ne vont pas sur ChatGPT, sur Gemini ».
08:03Alors maintenant, la liste est longue, donc ils ne peuvent pas tout bloquer non plus.
08:06Par contre, ce que je conseille souvent aux entreprises, c'est plutôt de réfléchir
08:09c'est quoi qui ne doit pas sortir de l'entreprise pour sécuriser son patrimoine
08:14et comment il faut accompagner les personnes pour qu'elles puissent s'emparer de l'outil,
08:18savoir comment l'utiliser et connaître ses limites.
08:20Parce qu'en fait, si on arrive à un système où on peut faire confiance aux employés
08:23qui sont autonomes pour l'utiliser, c'est beaucoup plus sain.
08:26En tout cas, ça demande beaucoup moins d'énergie que de mettre en place des contrôles,
08:29ultra-contrôles pour voir quels sont les URL utilisés et tout ça.
08:32où là, en fait, on est dans un domaine qui ne finira jamais
08:34et on va s'épuiser à la fois les employés et à la fois l'entreprise.
08:37Alors là, vous parlez de la confiance ou le contrôle dans l'utilisation de l'outil,
08:41mais quid de la confiance ou du contrôle du salarié avec ces outils ?
08:47Et comment est-ce qu'on garde la question du sens qui vous intéresse dans le travail ?
08:51Comment est-ce qu'on garde ce sens quand finalement on peut être contrôlé par des datas,
08:56par des IA et n'être finalement que le subalterne d'un outil plus intelligent que nous,
09:02plus efficace, peut-être plus rapide ? Je ne sais pas.
09:05En tout cas, beaucoup s'inquiètent de ça.
09:07Alors d'abord, moi, je ne dirais pas jusqu'à plus intelligent que nous, plus rapide, plus puissant,
09:12mais l'intelligence se déperse.
09:16L'énergie humaine et le génie humain va se concentrer sur des choses
09:20que la machine ne fait pas aussi bien que nous.
09:23Moi, je ne pense pas qu'on soit dans du management algorithmique.
09:27Ça, c'est ce qui existe.
09:27J'ai travaillé sur les plateformes d'emploi, ivreur AVO, VTC, etc.
09:33Oui, le travail sur l'ubérisation que vous avez produit.
09:35J'ai fait un rapport avec un magistrat de cours de cassation sur le sujet.
09:39Là, on est sur du management algorithmique.
09:41C'est-à-dire que c'est des personnes qui ont des points ou des pénalités s'ils arrivent tard.
09:47Ils n'ont pas un manager en face d'eux qui leur dit « t'as bien fait ton travail,
09:50il faut faire ci, etc. »
09:51Ils ont une interface qui leur envoie des signaux, des feedbacks, etc.
09:56Vous ne croyez pas à une généralisation ?
09:59Peut-être que ça arrivera dans certaines entreprises,
10:02mais en tout cas, dans l'entreprise d'aujourd'hui, on n'y est pas du tout.
10:04Ce qu'on commence à voir aux États-Unis, moi, je ne le vois pas en France,
10:07on voit des managers qui prennent une partie de leur décision en demandant à IA
10:12« tiens, qui est-ce que je dois promouvoir ? »
10:15« Qui est-ce que je dois féliciter ? »
10:17Et ça, on le voit beaucoup moins, moi, en tant que cas, je n'en ai pas entendu parler en
10:20France,
10:21mais c'est une première chose qui pourrait un jour arriver.
10:25Et sur la fin de notre question sur le sens,
10:28d'abord, le fait d'être managé par une machine ou par un être humain,
10:33c'est une grande dégradation du sens,
10:35parce que dans notre rapport sur le sens,
10:38on montrait trois leviers, le contenu du travail,
10:41les relations humaines, notamment le management,
10:44et la finalité, à quoi sert ce qu'on va faire.
10:46Donc là, on peut abîmer un des grands leviers de ce sens.
10:50Mais il y a d'autres choses dans l'intelligence artificielle qui peuvent abîmer ça.
10:53Effectivement, le fait de déléguer toute une partie créative,
10:57le fait de déléguer beaucoup de responsabilités à une machine,
11:00on a l'impression d'être un peu dépossédé.
11:02Par exemple, certains DRH essayent de faire évoluer un certain nombre de métiers
11:06en disant, c'est une bonne chose.
11:08Il y a des choses de reporting, vraiment de pur juridique,
11:12que vous allez pouvoir déléguer à la machine pour vous concentrer sur la relation humaine.
11:16Ça, ça va convenir à certaines personnes, mais pas à d'autres.
11:19Donc ça peut chambouer des gens qui étaient bien installés dans leur métier,
11:24et tout d'un coup, ils se retrouvent à ne plus pouvoir faire ce qu'ils aimaient faire.
11:27Mais du coup, est-ce que ça change justement la métrique, Jean-François,
11:32sur la mesure finalement de la qualité du travail ?
11:35Ça change un peu ça, et peut-être pour compléter aussi ce qui a été dit,
11:39je pense qu'il y a un certain nombre de jobs,
11:40enfin pour avoir fait des grands groupes et des petits groupes,
11:42il y a quand même un certain nombre de jobs qu'on a tendu à robotiser aussi au fil du
11:45temps.
11:46C'est-à-dire que les personnes se perdaient dans un service super standardisé
11:48où il y avait déjà des processus, des métriques, sans IA.
11:52Et donc c'est typiquement aussi ce genre de job où on se pose la question
11:55de est-ce qu'un robot ne ferait peut-être pas mieux le job d'une personne
11:57qui fait le rôle d'un robot, qui fait le travail d'un robot.
12:01Et donc c'est vrai que ça pose ces questions-là.
12:03Après, au-delà de ça, sur les métiers qui n'étaient pas dans ce cadre-là de robotisation,
12:07on peut se dire qu'il y a des métriques qui arrivent de plus en plus.
12:09Déjà, on voit qu'on essaye de créer des choses supplémentaires
12:12pour identifier est-ce que tel salarié a bien fait son travail ou pas.
12:16Et quand je posais la question de la confiance tout à l'heure,
12:18c'était aussi la confiance à la fois dans nos entreprises quand on est à la société,
12:22mais dans ses salariés quand on est à l'entreprise.
12:24Et donc cette notion de métrique pousse aussi sur le fait de
12:27est-ce qu'on fait vraiment confiance à ses employés,
12:30sachant que pour moi le rôle de l'humain c'est de sortir du cadre.
12:33L'IA va leur permettre de réaliser un tas de choses plus vite,
12:36de façon plus puissante, d'aller plus loin.
12:37Dans le cadre, c'est ça ?
12:39Dans le cadre.
12:39Par contre, si jamais il y a quelque chose qui n'était pas dans la base,
12:42dans les données d'initial, s'il faut prendre une décision,
12:44prendre sa responsabilité, là c'est bien aux salariés de la prendre.
12:47Et si on l'a enfermé dans des métriques ou dans un cadre hyper précis
12:50dont il ne peut pas sortir, l'entreprise va sûrement...
12:53Ça pour le coup, c'est un vrai risque,
12:55parce que qui va oser s'opposer finalement à la décision
13:00que propose une IA, forte de toute l'analyse de ces données ?
13:05Quelqu'un qui est capable d'appréhender la situation,
13:07qui a l'expertise nécessaire pour challenger l'IA.
13:10Moi ce que je dis souvent, c'est qu'on a beau aller dans des avions,
13:13moi j'aime bien qu'il y ait un vrai pilote,
13:14même s'il y a un pilote automatique.
13:16On ne sait jamais ce qui peut se passer.
13:17Donc à partir de là, moi je veux que les employés...
13:20Moi j'ai un alternant dans l'entreprise, pour l'instant,
13:23je n'en ai pas beaucoup plus, mais si j'ai d'autres employés,
13:25j'attends d'eux qu'ils soient capables de challenger ce qui est sorti,
13:27parce que les responsables de la valeur qu'ils créent pour l'entreprise,
13:30c'est eux, ce n'est pas l'IA, c'est juste un moyen à leur disposition.
13:33Jean-Baptiste, vous êtes d'accord avec ça ?
13:35Parfaitement.
13:35Sur le sujet des métriques aussi, il va falloir changer peut-être de métrique,
13:39sur la manière dont on mesure aujourd'hui,
13:42où on estime la qualité du travail ?
13:44Je réponds d'abord sur le premier point.
13:47Je partage cette analyse.
13:50On met beaucoup en avant l'automatisation, l'agentisation,
13:53mais on va être beaucoup pour l'instant sur de l'augmentation.
13:57Et donc c'est effectivement une sorte d'effet de vie sur mon travail,
14:02mais c'est une responsabilité qui doit être assumée par une personne humaine.
14:06Quand on fait un calcul sur une calculatrice,
14:08personne ne se dit que la calculatrice s'est trompée dans son calcul.
14:12Donc pour l'instant, on est sur les baie-bussiements de la technologie,
14:14mais très vite, on va passer sur des grilles d'analyse qui sont beaucoup plus matures.
14:18Et donc la responsabilité, ce n'est pas
14:20« Ah bah tiens, regarde, je t'ai fait un document qui est intéressant,
14:23c'est ChatGPT qui l'a fait ».
14:24Mais non, c'est moi qui ai prompté, c'est moi qui ai réuni le contexte,
14:27c'est moi qui ai orienté.
14:28Et donc c'est moi qui dois vérifier ce qui en sort,
14:30et qui doit en assumer les conséquences.
14:32La vérification est plus compliquée que sur la machine à calculer.
14:34Parce que pour remonter le calcul, ça va,
14:36mais remonter la décision...
14:38Et c'est pour ça que ça crée des questions sur le sens.
14:41Oui.
14:41Parce que derrière, on a l'impression d'être un peu à la remorque
14:45de ce que va faire cette machine très vite.
14:48Et si on se retrouve juste à corriger, à vérifier, à re-ir,
14:52intellectuellement, c'est moins stimulant, satisfaisant que de créer soi-même.
14:56Sur le sujet de l'emploi, vous vous positionnez,
14:59comme on m'a dit, en gros, il ne faut pas être catastrophiste,
15:02il n'y a pas de panique.
15:04Vous pensez que ça peut avoir quel impact quand même ?
15:07Et je vous repose la question des compétences.
15:10Je vous ai demandé ce qu'on navigue à vue ou pas,
15:12mais aujourd'hui, quelles sont les bonnes compétences ?
15:14Comment est-ce qu'on peut aider aujourd'hui une entreprise
15:17à choisir les bons profils ?
15:19Moi, je pense qu'il faut miser sur des personnes
15:22qui ont déjà un esprit critique développé.
15:23Si j'ai quelqu'un qui est capable de remettre en cause la machine,
15:26il faut quand même avoir un peu de courage
15:28et un peu d'esprit critique pour le faire.
15:30Ça, c'est le premier point.
15:31Le deuxième, quelqu'un qui a de l'adaptabilité.
15:34Parce qu'en fait, on est dans un monde où la technologie évolue,
15:36il va falloir absorber des nouvelles choses,
15:38savoir trier ce qui est pertinent de ce qui n'est pas pertinent,
15:40et donc il va falloir avoir ça.
15:42Et il y a quand même un troisième aspect
15:43qui n'est pas forcément lié aux compétences,
15:45mais qu'il va falloir quand même intégrer,
15:46c'est qu'à l'heure actuelle,
15:48on considère que les personnes font bien leur boulot
15:50et elles ont un certain temps pour le faire.
15:51Et on est dans une logique de charge informationnelle
15:54qui augmente,
15:55parce qu'en fait, dans le même laps de temps,
15:58on va avoir beaucoup plus d'informations,
15:59beaucoup plus de choses à traiter,
16:00surtout si on utilise des agents IA,
16:02marketing, communication, ainsi de suite.
16:04On va se retrouver tous dans la position
16:05d'un petit chef d'entreprise
16:06et on n'a pas tous les capacités
16:08à absorber autant d'informations sur le temps long.
16:11Donc, il y a l'adaptabilité,
16:12mais aussi peut-être la capacité à dire non,
16:15même si c'est compliqué,
16:16au flux d'informations
16:17et être capable de se déconnecter par moment,
16:19pour ne pas perdre l'acte.
16:20Intéressant.
16:20Moi, de la même façon,
16:22il n'y a pas du tout de catastrophisme
16:24sur les questions d'emploi,
16:25c'est ce que je vois aussi
16:26parmi les entreprises avec qui on travaille,
16:29pour plusieurs raisons.
16:30On a immense ces entreprises
16:31en recherche internationale
16:33et ce qu'on voit dans les recherches sérieuses,
16:37sur des cas micros,
16:40et non pas des calculs,
16:41finalement des sortes de règles de trois
16:42très macro qu'on ne pourra jamais vérifier.
16:44On entend Meta qui va licencier
16:47des milliers de personnes,
16:49enfin, je dirais,
16:50beaucoup de communication
16:51autour des licenciements liés à l'IA.
16:53Parce qu'à mon avis,
16:54ça fait partie, premièrement,
16:55de ce marketing.
16:56Vous voyez, c'est quand même
16:57beaucoup dans le secteur de la tech.
17:00Ailleurs, pour l'instant,
17:01on n'entend pas parier.
17:02Ou Eka, on a entendu parier,
17:04on s'est rendu compte un peu plus tard
17:05que c'était un licenciement
17:07un peu déguisé pour déhocaliser.
17:09Donc, en fait,
17:09ce n'était pas vraiment l'IA
17:10qui rempassait,
17:11c'était d'autres travailleurs.
17:13Et donc, les études que l'on voit,
17:15d'abord, il y a Ewa Damara
17:16qui est sorti il y a déjà
17:18plusieurs décennies,
17:19qui dit qu'on a tendance
17:20à se surestimer à court terme,
17:21mais à se sous-estimer à long terme.
17:23Donc, moi, je pense qu'il faut
17:24absolument garder ça en vue.
17:25Quand Internet a commencé,
17:28on disait qu'il n'y aura plus besoin
17:29de professeurs,
17:30plus d'universités, etc.
17:31On n'en est pas là.
17:32On ne prévoyait absolument pas
17:33ce qui allait se passer après.
17:36Uber, Airbnb, etc.
17:37Ce n'était pas forcément
17:38là où on attendait.
17:39Donc, de la même façon,
17:40aujourd'hui,
17:41on nous dit tous ces métiers
17:41qui vont disparaître,
17:43les secrétaires, etc.
17:44Moi, ce que je vois
17:45dans les benchmarks
17:47sur des cas réels,
17:49eh bien, que les secrétaires,
17:50elles sont très peu remplaçables.
17:51Pourquoi ?
17:52Parce que ces intelligences artificielles
17:54sont entraînées
17:55sur des données publiques,
17:57Wikipédia,
17:57tout est ivre, etc.
17:59Et en fait,
17:59les interfaces qu'utilisent
18:01les assistantes
18:02pour réserver des billets d'avion,
18:03etc.,
18:04ce sont des interfaces
18:04qui sont privées
18:05de tel ou tel logiciel
18:06sur lesquelles ces IA
18:07ne sont pas entraînées
18:09ou très peu entraînées.
18:10Et elles doivent jongler
18:11entre pairs d'interfaces.
18:12Donc, pour l'instant,
18:13elles ne sont plutôt
18:14pas trop en danger.
18:17Ils ou elles, vous savez.
18:18Ils ou elles, bien sûr.
18:20Donc, voilà.
18:21Quand on voit sur ces sujets,
18:24il y a des cabinets de conseil
18:25qui disent, finalement,
18:26l'impact,
18:27la réussite de ces systèmes d'IA,
18:29c'est à 70%
18:30la prise en main
18:31organisationnelle et humaine.
18:33Et après,
18:33c'est seulement 20%
18:35la modification des process,
18:36et 10%
18:37au sujet purement technologique.
18:39Donc,
18:40il faut quand même
18:40reprendre un peu...
18:41Mettre la techno à sa place.
18:42Exactement.
18:43Absolument.
18:43Vous avez raison.
18:44Comment est-ce que vous le voyez,
18:45ce futur du travail,
18:46en un mot ?
18:46Parce qu'en fait,
18:47on arrive à la fin de l'émission.
18:48Moi, je dirais qu'on essaye
18:49beaucoup de le prédire,
18:50mais il faudrait essayer
18:51de le construire.
18:52Et vu qu'on va être
18:52dans un temps politique,
18:53je pense qu'il faudrait faire
18:54des choix sur quelle place
18:55on veut laisser à l'IA
18:56plutôt que de subir
18:57la place qu'elle va tenir.
18:59OK.
18:59Moi, je dis que ça redonne
19:01de la liberté
19:02aux êtres humains
19:06vous posiez la question
19:07des compétences,
19:08cette relation humaine.
19:09On peut dire que
19:10Tchad GPT est empathique.
19:12En fait,
19:13pas vraiment,
19:14puisqu'il n'y a pas une personne
19:16qui est responsable
19:16en face de nous.
19:17Merci beaucoup.
19:18Je suis désolée,
19:19je suis obligée de vous couper.
19:20Jean-Baptiste Barfetti
19:21était avec nous,
19:22fondateur du projet SENS.
19:24Et Jean-François Deldon,
19:25fondateur de YAKADATA,
19:27ambassadeur d'OZE,
19:28l'IA,
19:28expert BPI France.
19:29C'était Smartech.
19:30Merci à tous
19:31de nous suivre
19:32avec une grande fidélité
19:33sur la chaîne Bsmart.
19:39Sous-titrage Société Radio-Canada
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