Passer au playerPasser au contenu principal
Johann Chapoutot, historien spécialiste du nazisme et fascisme, professeur d'Histoire contemporaine à Sorbonne Université. Il explique à l'Académie du Climat, comment la direction nazie a créé de méthode de dérésponsabilisation afin de rpéserver les ressources humaines impliquées dans le génocide. Il explique comment le néolibéralisme a repris ses méthodes pour créer une économie "performante".

Réduire la qualité de la vidéo.

S'abonner à la chaîne https://www.youtube.com/@academieduclimat

Pour changer le système :
Réclamer le RIC constituant : https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-2491 https://www.mouvement-constituant-populaire.fr/
Changer de banque: https://www.lanef.com/ https://change-de-banque.org/particulier/
Passer à l'action militante: https://extinctionrebellion.fr/ https://ripostealimentaire.fr/
Changer de travail : https://jobs.makesense.org/fr

Sources
Chapoutot https://www.youtube.com/watch?v=zO0_2-YmsB4
Musique https://www.youtube.com/watch?v=39PVEaSytpo

Réponses au quiz de fin :

/!\ Description à ne pas lire avant d'avoir vu la vidéo entièrement
/!\

/!\

/!\
/!\

Quand ont été créées les méthodes de déresponsabilisation des génocidaires nazis ?
De l'été 1941 au printemps 1942

Quelles sont les deux concepts cardinaux nazis mentionnés dans l'intervention ?
Performance et matériau humain.

Quel composant chimique était utilisé pour les chambres à gaz ?
Acide cyanhydrique.

#chapoutot #économie #histoire #nazi #extrait #ethiqueettac

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:00et production de l'irresponsabilité, qui est centrale dans l'opération du génocide
00:06et qui a été reconvertie après 1945 par Reinhard Heun, SS Obergruppenfuhrer,
00:13et qui, après 1945, de manière, alors là pour le coup, géniale, pionnière,
00:20a anticipé toute la logique de la financiarisation néolibérale des années 70.
00:25Qui est responsable ? Personne.
00:27Quand vous remontez la chaîne, vous aboutissez sur une boîte aux lettres vide dans un paradis fiscal.
00:34Il n'y a personne. Personne n'est responsable.
00:37C'est génial. C'est criminel et c'est génial.
00:46Vous avez un philosophe contemporain qui s'appelle Grégoire Chamailloux,
00:50qui a fait un livre qui s'appelle « La théorie du drone ».
00:53C'est un petit essai brillant comme tout ce que fait Grégoire Chamailloux
00:57et qui est aussi un penseur du néolibéralisme
01:00et qui montre le quotient de déréalisation induit par une guerre de drones
01:11qui est une guerre de jeux vidéo, de joysticks, de centres de commande au Nevada ou au Nebraska, je ne
01:18sais plus,
01:18et de pilotage lointain qui est au fond l'équivalent du cabinet de conseil en réalité.
01:24Vous ne voyez pas ce que vous faites.
01:26Vous jouez au joystick.
01:28Vous cartouchez des gens sur un terrain lointain.
01:32C'est des cibles qui sont non pas humanisées, mais qui sont totalement déréalisées.
01:38Ce qui est évidemment un ressort de la criminalité nazie, pour revenir aux années 30,
01:43bien identifié par les génocidaires et par les penseurs et les techniciens du génocide,
01:47qui se sont dit entre l'été 1941 et le printemps 1942
01:55qu'il fallait aménager des méthodes qui permettent aux bourreaux, à l'assassin, aux génocidaires
02:04de bien vivre la mort et de bien vivre la mort de masse.
02:09Ce qui n'était pas forcément le cas dans les opérations génocidaires
02:12qui se déclenchent en réalité en juillet 1941 sur le front de l'Est,
02:17où l'on voit d'ailleurs des franchissements de seuils quantitatifs et qualitatifs en quelques semaines.
02:24Quantitatifs parce qu'on tue de plus en plus,
02:26et qualitatifs parce qu'on tue les hommes, puis les vieillards,
02:30puis les hommes, les vieillards, les femmes, les enfants, tout le monde.
02:32C'est là qu'on passe du massacre au génocide à l'été 1941.
02:36Et ce que voient les DRH,
02:41parce que c'est comme ça que c'était pensé,
02:42c'est-à-dire les inspecteurs de Berlin qui se rendent sur le terrain,
02:46qui vont voir les Einsatzgruppen,
02:48les commandos d'intervention sur le terrain,
02:52SS et police,
02:54ils se rendent compte que, alors, on tue beaucoup, on tue bien,
02:57mais ça fait des dégâts sur les hommes.
03:00Beaucoup de négligence,
03:01beaucoup de tenues non réglementaires,
03:04beaucoup d'alcool,
03:08parfois du malaise, de la maladie et de la dépression.
03:12Et c'est dans ce contexte-là de soins apportés aux ressources humaines,
03:18aux menschenmateriales,
03:19puisque ça aussi, on parlait de la performance,
03:21mais un autre concept cardinal nazi, c'est le menschenmaterial,
03:24c'est le matériau humain,
03:26c'est la ressource productive.
03:29Ce matériau humain, SS, police, il faut en prendre soin,
03:32c'est du sang germanique, c'est des gens bien,
03:35c'est des bons pères de famille,
03:36on a besoin d'eux en Allemagne, ensuite, après la guerre, etc.
03:39Et c'est là qu'on imagine des processus qui sont tout à fait à l'œuvre aujourd'hui,
03:46des processus d'intermédiation.
03:49Ce qui est difficile lorsque vous tuez,
03:50c'est difficile de tuer,
03:51moi je m'en suis aperçu dans mes travaux en tout cas,
03:56ce qui est très difficile dans les témoignages, dans les sources,
03:59c'est le fait d'envisager la victime,
04:01au sens littéral,
04:03voir son visage,
04:05visage qui va éclater,
04:07dans quelques instants,
04:08vous voyez, c'est ça l'opération de tuerie.
04:12Parce que quand vous voyez le visage,
04:13vous entendez la personne,
04:14cette personne parle allemand,
04:17parfois,
04:18elle vous dit, j'ai une croix de fer,
04:21je suis docteur de l'université de Breslau,
04:24je suis, je suis, etc.
04:26Elle vous parle,
04:27et ça, c'est difficile pour le tueur.
04:31S'il n'est pas un psychopathe,
04:33il y en a un, mais ce n'est pas la majorité.
04:36Donc, il y a eu un travail d'élaboration méthodologique,
04:42des bureaux berlinois,
04:44au RSHA,
04:45à l'Office Central de Sécurité du Reich,
04:46à l'automne 1941,
04:48pour essayer de penser l'intermédiation.
04:51Lorsque vous intermédiez,
04:52vous ne voyez plus la personne.
04:54Intermédiation,
04:55et ensuite, fractionnement des tâches.
04:58Ça, c'est typiquement la logique du centre de mise à mort,
05:00telle qu'elle se met en branle,
05:03au printemps 1942,
05:04dans le cadre de l'opération Reinhardt,
05:06c'est-à-dire les trois premiers camps principaux
05:09qui se mettent en route
05:10pour assécher le gouvernement général
05:12et la Pologne,
05:13pour tuer les Juifs sur place.
05:16Sobibor, Treblinka, Helmno.
05:18Là, on va imaginer
05:19des processus d'assassinat
05:22qui épargnent,
05:25par l'intermédiation
05:26et par le fractionnement,
05:27le tueur.
05:29Et ça fonctionne plutôt bien.
05:31Et c'est ce qui permettra à un Reichman
05:33de dire, écoutez, moi,
05:34je n'ai jamais tué personne.
05:36Jamais.
05:37Qui tue, en fait ?
05:39C'est celui qui fait la rafle à Paris,
05:41c'est le conducteur du train,
05:43c'est celui qui ouvre la porte à l'arrivée,
05:45c'est celui qui fait la sélection en gant blanc
05:47sur la rampe,
05:48le médecin,
05:49c'est celui qui donne des coups de cravache,
05:53c'est celui qui conduit à la chambre à gaz,
05:55c'est celui qui ferme la porte,
05:57ou c'est celui qui ouvre le clapet
05:59et qui met des capsules d'acide cyanhydrique.
06:03Qui tue ?
06:05Tout le monde et personne.
06:08Et ces processus-là,
06:10je pense que Barbara en parle bien mieux que moi,
06:12ces processus-là sont constitutifs
06:14de la criminalité contemporaine.
06:17Et c'est des processus managériaux,
06:19puisque j'ai travaillé sur le management
06:21et je persiste et signe.
06:22Il paraît que c'était un très mauvais livre
06:24et que ce n'était pas de l'histoire.
06:25Alors, pour cette BD,
06:26j'ai relu ce livre,
06:28je dois être incompétent en histoire,
06:29mais je l'ai trouvé très bien.
06:31J'ai deux, trois choses à rajouter,
06:33même,
06:33mais je ne retire rien à ce que j'ai dit.
06:37Ce n'est pas moi qui,
06:38dans mes fantasmes léninistes les plus inavoués,
06:41ou dans mes rêves humides bolcheviques les plus fous,
06:45ait imaginé un général SS
06:48qui est théoricien du management.
06:52Je ne l'ai pas rêvé,
06:53je ne l'ai pas inventé,
06:54il existe.
06:55Et donc, comme je suis historien,
06:57je me demande ce que ça veut dire.
06:59Et au lieu de dire aberration, exception,
07:02hasard, conjoncture, contingence,
07:05je me dis que c'est peut-être signifiant
07:06et révélateur de quelque chose.
07:08Et ensuite, effectivement, vous déroulez.
07:10Toutes les catégories,
07:11mention matériel,
07:14performance,
07:15intermédiation,
07:17soin du producteur,
07:18et production de l'irresponsabilité,
07:21qui est centrale dans l'opération du génocide
07:25et qui a été reconvertie après 1945 par Reinhardt Heun,
07:30SS Obergruppenführer,
07:32quand même,
07:32SS Oberführer,
07:33excusez-moi,
07:34c'est juste général,
07:37et qui,
07:38après 1945,
07:39de manière,
07:40alors là, pour le coup, géniale,
07:42pionnière,
07:43a anticipé toute la logique
07:44de la financiarisation néolibérale des années 70.
07:47C'est-à-dire que dès les années 50,
07:49le type dit que le secret
07:51pour une économie performante,
07:53c'est de déculpabiliser
07:55en déresponsabilisant les cadres.
07:57Il le dit ouvertement en séminaire.
07:59Avec moi et avec ma méthode de management,
08:02délégation de responsabilité,
08:03ce qu'on faisait dans la SS,
08:04en permanence.
08:06Avec moi,
08:07vous ne serez plus jamais responsable.
08:09Et bien, l'antéléchie de ça,
08:11c'est-à-dire l'aboutissement de cette logique-là,
08:14c'est le plan social contemporain.
08:16Qui est responsable ? Personne.
08:18Quand vous remontez la chaîne,
08:21vous aboutissez sur une boîte aux lettres vide
08:23dans un paradis fiscal.
08:25Il n'y a personne.
08:26Personne n'est responsable.
08:28C'est génial.
08:29C'est criminel et c'est génial.
08:56Sous-titrage Société Radio-Canada
08:58Sous-titrage Société Radio-Canada
09:05Sous-titrage Société Radio-Canada
09:05Sous-titrage Société Radio-Canada
09:08Sous-titrage Société Radio-Canada
09:09Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires

Recommandations