00:00Deux mois de conflits en Iran et ça a forcé l'émergence de routes alternatives au détroit d'Hormuz,
00:05la réorganisation plus globale du transport et de la logistique dans l'ensemble des pays du Golfe.
00:10De nouvelles routes, de nouveaux moyens de faire sortir les marchandises, c'est votre spécialité.
00:15Salomé Ruel, bonjour, vous êtes enseignante chercheuse en management de la chaîne logistique à l'EMLV Business School.
00:21Le premier point, c'est qu'on voit quand même une certaine résilience des chaînes, ça ne part pas vers
00:25la mer, on s'organise autrement.
00:26Oui, alors ça part quand même par la mer parce qu'on ne peut pas tout faire passer en terrestre.
00:32Mais heureusement qu'on voit de la résilience parce que quand même les crises se succèdent les unes après les
00:37autres.
00:37On a quand même des chaînes logistiques qui apprennent des crises précédentes.
00:42Mais néanmoins, ce n'est pas parfait.
00:44On voit bien que tous les jours, on parle du détroit d'Hormuz, que l'on s'inquiète sur des
00:48éventuelles pénuries.
00:49Donc ça veut dire que ça se réorganise, mais pas entièrement.
00:51Mais quand même sur les routes, on voit des endroits dans certains déserts dans le Golfe qui tout d'un
00:56coup ont une activité qu'on n'avait jamais vue.
00:58Oui, et puis des ports également qui ont une activité qu'on n'avait jamais vue.
01:02Alors ce qu'il faut comprendre, c'est qu'il faut arriver à s'échapper finalement de ce détroit d
01:06'Hormuz et trouver d'autres accès vers la mer.
01:08Parce qu'on a des produits que l'on peut transporter uniquement en maritime.
01:11Et donc ça veut dire qu'il va falloir acheminer certains produits vers Oman pour pouvoir faire sortir les matières
01:19par le Golfe d'Oman.
01:20Ou alors, retour vers la mer Rouge, j'ai envie de dire.
01:23Une mer Rouge qui était évitée par les transporteurs parce qu'on reconnaît exactement les attaques d'outils.
01:28Et d'un coup, la mer Rouge devient de nouveau à la mode.
01:31Ce que l'on voit, c'est du multimodal qui se met en place quand c'est possible pour certains
01:34produits.
01:35Et ce n'est pas possible pour le pétrole.
01:37Et pour certains produits, on va avoir une route terrestre de l'Est vers l'Ouest de l'Arabie Saoudite
01:42qui va déboucher notamment sur la mer Rouge pour pouvoir ensuite partir vers le canal de Suez
01:48ou alors vers le Sud pour passer par l'Afrique.
01:52Anaïsia ?
01:52Justement, il y a des ports qui avaient une importance toute relative jusqu'à il y a deux mois
01:56et qui aujourd'hui sont envahis par des flux de camions.
01:59On parle beaucoup de Fujaira par exemple.
02:01Est-ce qu'ils ont les capacités de le faire ? Comment ils s'adaptent ?
02:04Alors non, ils n'ont pas vraiment la capacité de le faire.
02:07Et aujourd'hui, ce qu'ils connaissent ces ports-là, c'est la congestion.
02:10Donc se dire, c'est bon, on a trouvé d'autres ports, les chaînes logistiques vont se remettre en place,
02:14les délais vont être sauvegardés, ça c'est absolument illusoire.
02:17Ce que l'on voit autour de ces ports, c'est de la congestion
02:20et une très grande difficulté à absorber ces flux.
02:25Donc voilà, toute leur capacité n'était pas utilisée avant la crise.
02:28Donc là, ils sont à bloc, j'ai envie de dire, mais clairement, ils ne peuvent pas absorber l'ensemble
02:34des capacités
02:35qui ne passent plus aujourd'hui par l'espoir d'Hormuz.
02:37Avec une forte augmentation des coûts, parce que ça coûte quand même assez cher de transiter par camion.
02:43Alors oui, même au-delà de ça, donc il y a transiter par camion,
02:47mais pour ce qui reste du maritime, rien que les coûts sur le maritime ont absolument explosé.
02:52Je suis allée chercher quelques chiffres, par exemple, si on prend un super tanker sur la route Moyen-Orient-Chine,
02:59avant la crise en Iran, c'était aux alentours de 170 000 dollars par jour.
03:03Aujourd'hui, on est à 400 000 dollars par jour, donc ça a plus que doublé.
03:07D'autres coûts, par exemple, sur les primes de guerre, vous savez qu'il y a des assurances,
03:11les primes de guerre, elles, elles se chiffrent par transit.
03:14On était sur 0,2, 0,25% de la valeur du navire avant.
03:19Et bien là, on a multiplié par 5.
03:22Donc je veux dire, tous les coûts, par ailleurs, sont en train d'augmenter.
03:25Des coûts liés au stockage, je viens de dire qu'il y a de la congestion,
03:27donc ça veut dire qu'il y a de l'attente.
03:29Il faut stocker, ces coûts augmentent.
03:31Les primes, elles augmentent.
03:33Le tarif du conteneur augmente.
03:36Le fret en méthanier ou que ce soit un super tanker augmente.
03:40Bref, oui, gros choc sur les coûts.
03:42Annalisa ?
03:43Qu'est-ce qu'on a appris de cette crise ? Qu'est-ce qu'on apprend encore ?
03:45Est-ce qu'on sera mieux préparé pour j'aller à la prochaine ?
03:47Alors, il faut l'espérer, puisque quand même, à chaque crise,
03:51il y a une amélioration par rapport à la crise précédente.
03:54Mais néanmoins, l'apprentissage, j'ai envie de dire,
03:57c'est quand même le volet de la résilience qui, aujourd'hui, pêche toujours le plus.
04:00C'est-à-dire, les chaînes logistiques sont devenues pas trop mauvaises en adaptation.
04:05Vous voyez bien, ça réagit en cas de crise.
04:07Tout de suite, on cherche des plans B.
04:09Ces plans B, ils sont possibles parce qu'en amont,
04:11elles ont amélioré leur agilité structurelle.
04:13C'est-à-dire, elles ont déjà réfléchi à ce « what if ».
04:16S'il se passe quelque chose, alors, qu'est-ce que l'on va pouvoir faire ?
04:20Est-ce que l'on a déjà réfléchi à ces plans B ?
04:22Mais la question reste toujours celle de l'apprentissage, a posteriori.
04:27En fait, les chaînes logistiques sont tellement sous tension
04:30que ce temps de l'apprentissage, les entreprises, elles ne le trouvent plus.
04:33Donc, c'est-à-dire, comment est-ce que j'apprends de ce qui s'est passé
04:36pour pouvoir s'assurer que demain, on ne sera pas de nouveau dans cette difficulté-là ?
04:40Eh bien, ce temps-là, il est tellement contraint que ceci n'est pas bien fait.
04:44Or, si on parle de résilience des chaînes logistiques,
04:46certes, c'est de l'adaptation, certes, c'est de l'agilité,
04:48mais c'est aussi de l'apprentissage.
04:50Donc, on ne peut qu'encourager les entreprises quand même
04:53à faire cet effort du retour d'expérience.
04:55Il faut qu'il y ait quelqu'un qui réfléchisse toujours à des plans B, plan C, plan E ?
04:59Oui, c'est-à-dire que quand on travaille en logistique,
05:02alors, on voit tout à fait le côté très opérationnel des choses.
05:04Mais il y a des gens qui pensent à des plans.
05:05Où j'ai des flux, mais il y a aussi des gens dont le travail
05:07est d'avoir une vision stratégique pour réussir à des plans.
05:10Un mot sur le train, parce qu'on avait vu ça avec l'Ukraine
05:12qui arrivait à sortir du blé par le train et à se réorganiser.
05:16Là, dans les pays du Golfe, c'est en ferré.
05:20Alors, ce n'est pas aussi développé, malheureusement.
05:21Donc, effectivement, le rail, ce n'est pas l'option qui est aujourd'hui privilégiée.
05:25Plutôt des options pour le terrestre, quand c'est possible,
05:28pour certaines matières qui peuvent être transportées en container.
05:32Donc là, on a du multimodal.
05:34Mais sinon, pour le reste, on est toujours sur une obligation maritime.
05:38C'est le cas sur le GNL, par exemple.
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