- il y a 9 heures
Ce mercredi 22 avril, l'enquête Besoins en Main-d'œuvre (BMO) 2026 de France Travail, qui met en exergue la chute des intentions de recrutement et l'adoption grandissante de l'intelligence artificielle chez les entreprises, a été abordée par Jean-Daniel Lévy, directeur délégué de l'institut Harris Interactive, Louis-Samuel Pilcer, haut-fonctionnaire et enseignant à Sciences Po et à l'École polytechnique, et Bertrand Rambaud, président du Groupe Siparex, dans l'émission Les Experts, présentée par Raphaël Legendre sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
Catégorie
📺
TVTranscription
00:00On est de retour pour la seconde partie de l'émission, il est 10h35, vous êtes toujours en direct sur
00:04BFM Business, c'est les experts avec Jean-Samuel Pilser,
00:08au fonctionnaire enseignant à Sciences Po et Polytechnique, Jean-Daniel Lévy, directeur délégué de l'Institut Harris Interactive et Bertrand
00:16Rambeau, président de Siparex.
00:19Je voulais qu'on revienne sur l'enquête sur les embauches de France Travail, car parmi les conséquences de la
00:28crise, il y a aussi cette baisse massive des promesses d'embauche attendues cette année.
00:34C'est les conclusions de l'enquête BMO 2026 de France Travail.
00:40Alors des intentions d'embauche qui sont toujours de près de 2,3 millions quand même cette année, mais en
00:47baisse de 6,5% sur un an, c'est beaucoup, c'est très sensible, ça nous ramène au plus
00:54bas de 2018, Bertrand Rambeau.
00:57On a commencé à en parler tout à l'heure sur le choc de la crise sur les entreprises, vous
01:03êtes vous-même en contact quotidien avec toutes ces entreprises,
01:07en tant que président du fonds Siparex, est-ce que vous le voyez ce ralentissement-là ?
01:12Alors je le vois, mais je voudrais juste préciser que ce n'est pas un phénomène uniquement en 26, on
01:15a vu une dégradation de l'emploi à partir de la rentrée 25, je voudrais juste qu'on rappelle ça.
01:21C'est quoi l'élément déclencheur ?
01:24L'élément déclencheur, on a quand même été dans une période française très compliquée au niveau de l'ambiance et
01:29de la confiance, c'est le moins qu'on puisse dire, c'est un euphémisme.
01:32Après il y a eu des ralentissements économiques, et puis il y a l'IA qui arrive, il y a
01:39une vraie accélération autour de ça aujourd'hui.
01:41Alors on n'en maîtrise pas.
01:42Oui, vous le constatez, oui.
01:44Je le constate depuis le début de l'année 2025, mais c'est quelque chose d'incroyable.
01:49Et vous avez vu certains plans sociaux annoncés dans des grands groupes, où il y a aussi des gains de
01:53productivité sur des équipes, des équipes-supports.
01:56C'est quoi derrière ? C'est l'intégration de l'intelligence artificielle.
02:00Et je vous donne un chiffre, parce qu'on est actionné dans une boîte qui s'appelle « Welcome to
02:03your jungle », qui est bien connue des jeunes, et qui est une plateforme pour l'emploi des jeunes.
02:10Ils constatent une baisse de l'emploi des jeunes en 2025 de l'ordre de 40%.
02:14Ah oui, 40% !
02:16Alors, à travers un prisme, mais c'est les jeunes qui ont été touchés.
02:20Donc oui, c'est une situation.
02:22Alors, année noire en 26, moi, attention aux effets d'annonce et aux mots.
02:27Je crois qu'il faut... Voilà, il est certain que...
02:29T'as un truc de journaliste, vous savez, il faut qu'on dramatise toujours la situation.
02:33Ça nous permet de faire des émissions six mois après pour dire « Vraiment, les médias racontent n'importe quoi
02:37».
02:37Non, mais il est sûr que... Enfin, vous êtes chef d'entreprise aujourd'hui, vous voyez tout ce qui vous
02:40arrive, tout ce qu'on a évoqué précédemment.
02:42Bon, vous allez remplacer celui qui s'en va.
02:44Mais investir sur des nouvelles équipes, il faut quand même vouloir y aller, même si un patron est par nature
02:49audacieux, ambitieux, positif.
02:51Et il avance.
02:51Oui, donc, on voit aujourd'hui très concrètement des recrutements gelés, alors non pas définitivement bloqués.
03:00Je pense qu'on est plus dans une forme de parenthèse liée à cet attentisme, mais qui est né avant
03:072026.
03:07Et là, on se reprend une couche.
03:09Et donc, ça fait quand même beaucoup sur la tête des dirigeants en disant « Qu'est-ce que je
03:13fais ? »
03:13On gère tous un compte d'exploitation, une trésorerie, parce que nous, on gère des trésoreries.
03:20Et voilà.
03:20Donc, je mettrais plutôt ça sous l'angle de la prudence.
03:24Je ne voudrais pas que ça soit interprété comme disant « Les chefs d'entreprise, ils ont tiré le rideau,
03:29ils sont en format repris. »
03:31Ce n'est pas vrai.
03:32Ce n'est pas vrai.
03:33Non, puis il y a toujours de l'activité, on a toujours besoin de salariés pour faire tourner la boîte.
03:37On parlait d'industrialisation tout à l'heure, mais ils restent tous en recherche de réponses par rapport à ça.
03:42Et les recherches de réponses, ça passe aussi par des gens.
03:46Donc, voilà.
03:47Oui.
03:48Alors, ponctuellement, il est sûr que si cette crise perdure, il y aura des impacts sur l'emploi.
03:52C'est l'IA.
03:52Mais n'oublions pas l'impact de l'IA.
03:54J'ai eu cette confidence d'un patron du CAC 40, on va rester très vague,
04:01mais qui me disait que l'IA allait quand même être une excellente excuse pour expliquer des vagues de licenciement,
04:08pour faire de la compétitivité coût, qui est absolument essentielle pour les entreprises aussi.
04:13Mais est-ce que l'IA n'a pas bon dos dans cette histoire ?
04:17Comme toujours, comme on disait tout à l'heure, que la hausse des matières premières est générée par l'évolution,
04:23par exemple, du coût des hydrocarbures, mais aussi certains en profitent.
04:26Donc, il est évident qu'on peut mettre derrière l'IA des plans, certains plans de restructuration,
04:31mais les patrons sont honnêtes, ils sont attachés à leurs équipes.
04:35Donc, je crois que plus fondamentalement, c'est le besoin d'avoir des coûts hyper compétitifs
04:42dans le monde dans lequel on est aujourd'hui.
04:43Quand votre facture d'énergie, elle prend 10 points, que vous ne pouvez pas tout répercuter,
04:48qu'est-ce que vous faites ?
04:49Et je crois que c'est des moments de la vie économique où vous réfléchissez aussi à vos modèles,
04:54à votre façon de vous organiser.
04:55Et donc, il est vrai, on l'a vécu, rappelez-vous, il y a 10 ans avec l'arrivée du
04:58digital.
04:59On a ces phénomènes ponctuels.
05:02– Louis-Samuel Pilser, qu'est-ce que vous retenez de l'étude BMO 2026 de Fronts de travail ?
05:07– Sur l'IA, elle explique peut-être le bas de recrutement dans le numérique,
05:11mais je ne suis pas sûr qu'elle explique les moins 15% dans le BTP, par exemple.
05:14– Moins 25% dans le numérique, quand même, à ce chiffre.
05:16– C'est assez spectaculaire, et elle est inattendue.
05:18Mais là-dessus, on peut comprendre qu'il y a des gains de productivité liés à l'IA,
05:20mais par contre, dans le BTP, je ne suis pas sûr que ce soit des intelligences artificielles
05:23qui construisent une logique.
05:24– Moins 15%, vous le disiez.
05:25– Moins 15%, et en fait, effectivement, je ne pense pas que ce soit une année noire,
05:29je pense qu'on est dans peut-être une décennie noire,
05:31j'espère qu'on n'est pas dans un siècle noir,
05:32mais en tout cas, c'est la deuxième année consécutive
05:34pour laquelle on a une baisse des recrutements.
05:37Donc l'année dernière, c'était 8,5%, cette année 6,5%.
05:40En fait, sur l'ensemble des secteurs, on voit qu'il y a ces mêmes difficultés sur l'industrie.
05:45L'année dernière, on avait commencé,
05:46donc on avait eu une petite dynamique de réindustrialisation après la crise Covid.
05:51Pendant quelques années, on a eu une forme d'état de grâce,
05:54on a ouvert plus d'usines qu'on a enfermées.
05:56– On y a cru.
05:57– On y a cru.
05:57Et l'année dernière, moins 15 usines,
06:00donc selon les baromètres Trendéo qui sont plus souvent cités,
06:03cette année, on a perdu une soixantaine d'usines.
06:05Donc en fait, on commence à perdre beaucoup plus de sites qu'on en ouvre.
06:09Et quand on regarde le détail,
06:11j'ai publié une étude pour la Fondation Jaurès sur l'évolution de l'emploi industriel,
06:15on voit que c'est assez concentré sur certaines filières qui décrochent
06:18et sur certains territoires sur lesquels on a une concentration.
06:21la filière de la sidérurgie de l'automobile,
06:24notamment l'automobile en fait,
06:25qui fait face à une concurrence chinoise,
06:28qui rend nos sous-traitants qui travaillent pour Peugeot, pour Renault,
06:32qui les mettent en grande difficulté face à la baisse des ventes de ces deux groupes.
06:36Donc sur l'industrie, on a ce phénomène.
06:39Sur le bâtiment, c'est l'impact, je pense, de la hausse des taux
06:42et qui va être potentiellement aggravée par le retour de l'inflation.
06:46– Ah oui, on attend une, deux, peut-être trois hausses des taux,
06:49c'est ce que price les marchés de la Banque Centrale Européenne cette année.
06:53– Exactement, et donc dans ce contexte,
06:55je pense qu'il faut un plan d'urgence pour le logement, la construction,
06:57il faut qu'on arrive à relancer ce secteur qui est assez central pour la croissance
07:04par un plan de rénovation, de construction de logement,
07:07pour aussi répondre à des urgences sociales assez importantes.
07:11mais avec cette hausse des taux, si on a juste cet effet plus l'inflation,
07:16le secteur de la construction, du BTP, va continuer à s'effondrer
07:20et on fait face à des difficultés qui seront encore plus importantes,
07:23je pense, l'année prochaine.
07:24– Oui, alerte sur le bâtiment, très clairement.
07:27On dit que quand le bâtiment va, tout va, là, rien ne va, effectivement.
07:31Est-ce qu'il y a une perception, dans l'opinion publique des Français,
07:33Jean-Daniel Lévy, de cette remontée du chômage qu'on a vu dès l'année dernière ?
07:38Effectivement, là, les prévisions, c'est 8% de chômage en fin d'année.
07:43Cette angoisse du chômage, dans laquelle moi, j'ai grandi pendant des décennies,
07:47ça a été la préoccupation numéro un des Français.
07:50Elle a été reléguée en fond de cours depuis une dizaine d'années maintenant.
07:56Est-ce qu'elle remonte ? Est-ce que ça repart à la hausse ?
07:59– Déjà, vous avez raison, en fait, de rappeler que ça a été la première préoccupation
08:02des Français pour faire vite du milieu des années 70
08:05jusqu'au début des années 2020.
08:08Et d'ailleurs, en fait, quand vous regardez les motivations de vote des Français,
08:11élection présidentielle après élection présidentielle,
08:12c'est toujours la première motivation de vote des Français,
08:14hormis à la dernière élection présidentielle,
08:17où elle a été reléguée en septième position.
08:19Et en première position, c'était la question du pouvoir d'achat.
08:21– Et les politiques n'en ont aucun crédit.
08:23Je note au passage que cette angoisse a disparu, mais…
08:28– La reconnaissance du ventre, de la part des citoyens, en fait,
08:30effectivement, on ne la voit pas.
08:31Et on n'a ni de la part, en fait, des Français de gauche
08:35qui ont quand même, si on croit les économistes,
08:38considéré que les mesures qui ont été prises par François Hollande
08:41ont quand même préparé le quinquennat d'Emmanuel Macron.
08:44La situation s'était quand même quelque peu améliorée.
08:46Aujourd'hui, quand vous interrogez les Français sur le bilan de François Hollande,
08:48personne, quasiment personne ne vous dit qu'au moins,
08:51il y a eu des mesures structurelles qui ont été prises
08:53et ou des effets concernant la situation du chômage.
08:56Parce que, si je ne me trompe pas, il y a eu inversion de la Cour du chômage
08:58au deuxième semestre…
09:00– Durant son quinquennat.
09:01– …2016, exactement.
09:02Ce qui n'a pas empêché de renoncer à la présidentielle et à la candidature.
09:07– Mais on ne le savait pas à l'époque, les chiffres de l'INSEE sont sortis.
09:11– Les chiffres de l'INSEE sont sortis un peu plus tard.
09:13– On les a dès octobre-novembre 2016.
09:15Et que François Hollande, en décembre 2016,
09:17indique qu'il ne va pas se présenter à l'élection présidentielle.
09:19Donc ça, c'est peut-être le premier aspect.
09:21Le deuxième point, c'est qu'aujourd'hui,
09:23si vous demandez globalement le Français,
09:25ils sont beaucoup plus préoccupés par la question de l'inflation
09:28que par la question de l'emploi.
09:29Peut-être parce que c'est un peu moins à l'agenda d'un point de vue global.
09:32Peut-être parce que c'est un peu plus sournois à l'heure actuelle
09:34et que ça ne va pas forcément toucher les mêmes catégories de population
09:37que celles qui étaient touchées par le passé.
09:39Et puis, le troisième aspect, c'est qu'aujourd'hui,
09:42il y a un déficit de crédibilité à l'égard de la parole publique
09:45concernant la situation du pouvoir d'achat d'un côté
09:48et concernant l'inflation de l'autre.
09:50Aujourd'hui, vous pouvez avoir toutes les données objectives
09:52en disant que globalement, le pouvoir d'achat des Français
09:56reste à un niveau qui est un niveau convenable, etc.
09:58Vous interrogez les Français et vous disent
09:59« j'y crois pas du tout, en tout cas, ça ne me touche pas ».
10:02Et vous prenez tout à l'heure l'exemple de l'essence,
10:05c'est pour partie une des dimensions qui est aujourd'hui fondamentale
10:09parce qu'une fois qu'on a effectué toutes ces dépenses
10:12qui sont des dépenses engagées,
10:14pour lesquelles, globalement,
10:15celles-ci ne sont pas tout à fait identifiées de la part des Français,
10:18lorsque vous allez au supermarché,
10:19que vous allez effectuer des courses alimentaires,
10:21lorsque vous regardez le prix de l'électricité,
10:22lorsque vous regardez le prix du gaz,
10:24lorsque vous regardez le prix du logement
10:25et lorsque vous regardez le prix de l'essence
10:27ou de tout ce qui peut avoir à trait aux mobilités,
10:30vous avez le sentiment que globalement,
10:31tout ceci a profondément augmenté.
10:33Donc ça joue assez fortement
10:35et avec une promesse qui a été faite
10:37de la part de responsables politiques en disant
10:38« vous allez voir, ça va bientôt être terminé ».
10:40Malgré tout, vous avez quelques signaux
10:42qui ne sont pas forcément statistiquement fiables,
10:44mais qui d'un point de vue d'émotion
10:45marque très profondément nos compatriotes,
10:47disent que globalement, cet aspect la joue.
10:49Donc je ne dis pas qu'aujourd'hui,
10:50il n'y a pas d'interrogation et de doute
10:53concernant le chômage,
10:54mais que si vous devez hiérarchiser aujourd'hui
10:56les niveaux de préoccupation,
10:57on n'est pas revenu au même niveau
10:58que celui qui présidait aux préoccupations
11:01de nos compatriotes,
11:02il y a de cela une vingtaine ou une trentaine d'années.
11:03Ça va être le sujet de la campagne 2027,
11:05selon vous, le pouvoir d'achat ?
11:07À nouveau, comme en 2022 ?
11:08Il n'y a pas de raison que ça ne soit pas
11:09un sujet absolument fondamental,
11:11parce que derrière cela,
11:12se pose une question qui est sous-jacente
11:13à ce dont on parle depuis quasiment trois quarts d'heure,
11:16qui est la question de la justice
11:17et la question de la reconnaissance
11:19de l'effort des individus.
11:21Le pouvoir d'achat, il sera renforcé
11:23s'il y a de l'activité.
11:24Bertrand Rambeau, vous le disiez,
11:25il faut qu'on travaille davantage dans ce pays,
11:27mais il faut de l'activité pour ça.
11:29L'activité, la réindustrialisation,
11:31le président de la République
11:32souhaite encore l'accélérer.
11:34Il effectue ce mercredi
11:36un déplacement dans l'Allier
11:37et tient un conseil des ministres décentralisé
11:39à Montluçon.
11:40Emmanuel Macron veut notamment donner
11:43un coup de fouet au projet relevant
11:44de la souveraineté industrielle,
11:48militaire et alimentaire.
11:50Il y a quelques 1150 dossiers
11:55qui attendent toujours des autorisations
11:57environnementales pour s'installer
12:00en France.
12:02Et l'heure est, dit-on à l'Élysée,
12:04à la simplification administrative.
12:07L'Élysée qui affirme que les délais
12:09d'instructions, moi, cette information
12:11m'a fait tomber de ma chaise,
12:13ont été ramenés ces dernières années
12:15de 17 mois à 8 ou 9 mois seulement.
12:19Alors, il faut le dire très clairement,
12:21sur cette antenne et sur ce plateau,
12:23on a dit mille fois ces derniers jours encore
12:25que les délais étaient beaucoup trop longs
12:28et que les réserves foncières
12:29des entreprises n'étaient pas utilisées
12:31à cause de ces délais, justement.
12:34On a craint que ça ne dure 12, 18, 24 mois
12:37et qu'il y ait énormément de problèmes.
12:39Est-ce que vous avez constaté
12:42dans la pratique, Bertrand Rambeau,
12:45la réduction de ces délais d'instructions
12:47dans les entreprises dans lesquelles
12:49vous avez investi ?
12:50Alors, d'abord, que le président de la République
12:52aille tenir un conseil des ministres
12:55dans les territoires et sous le thème
12:57de la réindustrialisation,
12:58on ne peut que le féliciter de faire ça.
13:01D'ailleurs, pour l'anecdote,
13:02chez Ciparex, on nous a demandé
13:03de pondre des petites notes
13:04sur toutes les sociétés
13:05qu'on avait dans ces territoires
13:06et dans le domaine industriel.
13:08Donc, c'est extrêmement concret
13:09et je trouve ça extrêmement bien.
13:11Alors, sur cette réduction des délais,
13:13pour être très franc,
13:14ce n'est pas ce que j'entends tous les jours.
13:16Alors, je sais que c'est dans le texte de loi,
13:17c'est super de se donner des objectifs.
13:20Après, dans la vraie vie,
13:22je ne peux pas valider cette information,
13:25même s'ils veulent le faire.
13:27C'est un objectif louable.
13:28En tout cas, c'est hyper louable.
13:30Après, je voudrais quand même juste dire un mot
13:31sur la désindustrialisation
13:33et la réindustrialisation.
13:34Oui.
13:35La désindustrialisation,
13:36elle est quand même réelle.
13:37Alors après, on peut compter le nombre de sites.
13:39Vous avez rappelé tout à l'heure quelques chiffres.
13:42Il ne faut pas être dans le déni.
13:45Je trouve qu'on n'a pas beaucoup parlé
13:46de la fermeture du site de Stellantis
13:48la semaine dernière.
13:49Oui, à Poissy.
13:50À Poissy.
13:51Et c'est hyper symbolique.
13:52Usine, évidemment.
13:54Symbolique.
13:54Totem.
13:54Et donc, ça, c'est une évolution de fond.
13:57Et malheureusement,
13:59il y a un certain nombre de secteurs,
14:01dont l'automobile,
14:02qui sont frappés extrêmement violemment
14:05par ce sujet de désindustrialisation.
14:06Parce qu'on peut parler du Moyen-Orient
14:08et des hydrocarbures.
14:09C'est l'actualité du jour.
14:10Mais il y a un truc qui continue,
14:12qui s'appelle la montée en puissance
14:14de la Chine.
14:16Tous les jours.
14:17Tous les jours.
14:18Tous les jours.
14:18Et je rappelle un chiffre, moi,
14:20qui me marque.
14:211% de part de marché industriel
14:23de plus pour la Chine
14:24dans le monde chaque année.
14:26C'est ça, le point.
14:27Ah oui.
14:27D'un pays de copieurs,
14:28ils sont devenus un copier,
14:29un pays d'innovation.
14:31Et donc, ils nous envahissent
14:32avec des voitures
14:33qui sont de qualité identique,
14:35voire supérieures, évidemment.
14:36Oui, pour les batteries,
14:37bien supérieures.
14:37Même un, 30 à 40% moins cher.
14:39Donc, ça, c'est un état de fait.
14:41Et on aura beau se protéger,
14:43parce qu'il y a un sujet
14:44de protection en Europe,
14:45mais à un moment,
14:45s'ils sont meilleurs,
14:46qu'est-ce qu'ils sont meilleurs ?
14:48On va se protéger
14:48contre des choses qui sont meilleures.
14:50Et donc, qu'est-ce qu'on doit faire ?
14:51Parce que les constats, c'est super.
14:52Mais qu'est-ce qu'on doit faire ?
14:53On a aussi quand même,
14:54regardons un peu la France quand même.
14:56On a des secteurs d'excellence
14:57dans ce pays.
14:59Le nucléaire, c'est quelque chose
15:00d'incroyable.
15:01Oui.
15:01Moi, je gère un fonds nucléaire
15:02chez Sibarex.
15:03Je vois ces 2000 boîtes
15:04qui travaillent pour le secteur du nucléaire.
15:05C'est une force considérable
15:07et en plus, ça répond à un besoin.
15:08On peut parler de l'agroalimentaire.
15:10On peut parler de la santé.
15:11On peut parler
15:12de la transition énergétique.
15:13On peut parler de la deep tech.
15:15On a des sujets d'excellence.
15:17Et donc, je pense qu'il faut...
15:19Vous savez, alors,
15:21je trouve que ce que les Chinois
15:22ont fait sur le plan à 5 ans,
15:24c'est dans une entreprise,
15:25on se donne des pépés à 5 ans.
15:26La complification, bah oui.
15:26Et on embarque tout le monde.
15:27Tout le monde.
15:28Moi, j'ai toujours remarqué ça.
15:29Alors, un État,
15:31ce n'est pas une entreprise, évidemment.
15:32Mais se donner des axes,
15:34des orientations,
15:35ce que Pompidou a fait à l'époque,
15:37le TGV, le nucléaire,
15:38on en profite aujourd'hui.
15:40Mais ça date de quand, ça ?
15:41Ça date de...
15:42Donc, je pense qu'il faut
15:43qu'on se redonne des axes positifs.
15:46Parce que ce pays
15:46est un pays d'entrepreneurs,
15:47de savoir-faire et d'ingénieurs.
15:49Et derrière,
15:50comment on bâtit autour de ça
15:51et comment on améliore
15:52les conditions de travail,
15:54de cherche sociale,
15:55de coûts énergétiques
15:55qu'on a évoqués précédemment.
15:57Alors, c'est un peu simpliste
15:58en trois minutes.
15:59Mais je pense quand même...
16:00Non, mais ça donne bien
16:01la direction, effectivement.
16:02Il y a à construire autour de ça.
16:03Il y a un optimisme.
16:04Jean-Daniel Lévy,
16:04je vois qui c'est.
16:05Vous avez indiqué ça.
16:06En fait, nous,
16:07on n'arrête pas de le rappeler.
16:07C'est-à-dire TGV,
16:08autoroutes nucléaires,
16:09aérospatiales, aéronautiques.
16:10Ça a été des plans
16:11qui ont été prévus
16:12dans les années 70-70.
16:13Et avec des Français
16:14qui ont été prêts à adhérer,
16:15quand bien même,
16:15ils ne pouvaient pas forcément
16:16tirer les bénéfices
16:17à titre individuel immédiatement.
16:19Ils avaient la perception
16:19qu'ils arrivaient
16:20de manière un peu imagée
16:22à construire la France de demain.
16:24Aujourd'hui, en fait,
16:25si vous demandez
16:25aux responsables politiques
16:26devant quel objet
16:28emblématique
16:29ils pourraient être amenés
16:29à poser dans le cadre,
16:31par exemple,
16:31de la prochaine campagne présidentielle,
16:33je pense qu'on serait bien normal
16:34de pouvoir identifier
16:35une idée, un projet
16:37ou quelque chose
16:37qui permettrait d'avoir
16:38une sorte d'image rétinienne.
16:40Je me mets de rappeler
16:41qu'en 1965,
16:42alors ça ne date pas d'hier,
16:43François Mitterrand
16:43posait devant un pylône
16:44à haute tension.
16:46Et puis derrière ça,
16:47il y avait la perception
16:48de EDF
16:49qui était la première
16:50entreprise publique
16:50avec la notion de science,
16:52de progrès, d'égalité,
16:53de péréquation,
16:54d'une France qui arrivait
16:54globalement à avancer
16:55et de la perception
16:57qu'il y avait une amélioration
16:58qui était envisageable
16:59même s'il y avait
17:00potentiellement des désagréments
17:01d'un point de vue
17:02de l'environnement.
17:03Donc on a aujourd'hui
17:04cette difficulté projective
17:06et je pense que la France
17:07a ceci de singulier
17:08par rapport à d'autres
17:08types de pays,
17:09c'est que malgré tout,
17:11l'ambiance politique
17:12a une incidence extrêmement forte
17:14sur la situation économique
17:15et que, on le voit,
17:17les Français,
17:17d'une manière générale,
17:18qui ont tendance à épargner
17:19ou à surépargner,
17:20le font d'autant plus,
17:21non pas parce qu'ils sont
17:22à l'aise économiquement,
17:24mais parce qu'ils ont peur
17:25de l'avenir.
17:26Que quand vous interrogez
17:27les dirigeants d'entreprise,
17:28lorsqu'ils ont le sentiment
17:28qu'ils soient d'accord
17:29et qu'ils ne soient pas d'accord,
17:30qu'ils voient une vision claire
17:31de la part des dirigeants politiques
17:33au niveau du pays,
17:34ils sont prêts,
17:35entre guillemets,
17:35à prendre des risques,
17:36à investir
17:37et à se dire que,
17:38globalement,
17:39il y a une ligne de conduite
17:40qui apparaît comme étant
17:41relativement claire
17:41et qu'aujourd'hui,
17:42c'est plus le flou
17:43qui nous entoure
17:44aussi bien sur le court terme
17:45que sur le moyen
17:46ou que sur le long terme
17:47qui grève quelque peu
17:48l'activité
17:49et le dynamisme économique
17:50de notre pays.
17:51C'est ce qui manque,
17:52Louis-Samuel Pilsa.
17:53Je rappelle que vous êtes
17:55au fonctionnaire,
17:55mais diplômé de polytechnique.
17:56On a un ingénieur
17:57qui est plutôt en faveur
17:58de la planification industrielle,
18:00j'imagine,
18:02et une vision
18:02et un cap
18:03à plus long terme.
18:04C'est ce qui manque là ?
18:05Vous êtes d'accord
18:05avec ce qui a été dit ?
18:06Je pense que la France
18:07manque de cap.
18:08Je suis assez d'accord
18:09avec ce qu'il vient d'être dit.
18:10Les Chinois,
18:10ils font des plans à 5 ans.
18:12Et en fait,
18:13quand vous parlez avec eux,
18:14ils vous disent
18:14que la France le faisait
18:16dans les années 50,
18:17ça marchait très bien,
18:18on a copié
18:18et on ne comprend pas
18:19pourquoi vous avez arrêté
18:20et vous êtes rentré
18:21dans ces histoires
18:24de libre marché,
18:25etc.
18:25On a complètement arrêté
18:26de planifier
18:27depuis les années 80-90
18:28au final l'économie.
18:30Et à l'époque,
18:30ça marchait.
18:31Quand on a,
18:31en 45,
18:32essayé de reconstruire la France,
18:34il y a eu un grand consensus national
18:35sur ce qu'on appelait
18:36à l'époque
18:36le plan monnaie.
18:37On a défini six secteurs.
18:39C'était le charbon à l'époque,
18:41l'acier,
18:42les transports
18:43qu'on a jugés critiques
18:44pour la reconstruction
18:45industrielle de la France.
18:46Et on a mis les moyens.
18:48Bon, à l'époque,
18:48c'était facile.
18:49Il y avait une série de boîtes
18:50qui avaient déjà été nationalisées.
18:52On avait la capacité
18:53de décliner.
18:54Mais ensuite,
18:5420 ans plus tard,
18:55quand on a fait le plan Mesmer,
18:57face à d'ailleurs
18:57une crise énergétique
18:58qui était assez proche
18:59de celle qu'on connaît aujourd'hui
19:01et qui pourrait se prolonger,
19:02quand on a fait le plan Mesmer,
19:03c'est pareil,
19:04on se fixe comme objectif
19:06de mailler la France
19:06de réacteurs nucléaires.
19:08Et en disant,
19:09c'est fait.
19:10Donc on a cette capacité
19:11en France
19:11à apporter
19:12des grands projets collectifs.
19:13C'est vrai qu'aujourd'hui,
19:14on n'a plus ce grand projet.
19:15Ça pourrait être
19:16la décarbonation de l'économie.
19:18Parce qu'on est face
19:18à un défi.
19:19Et d'ailleurs,
19:19la crise énergétique
19:20nous le rappelle.
19:21Aujourd'hui,
19:21si on n'électrifie pas,
19:22si on n'arrive pas
19:23à fabriquer les voitures
19:24qui permettront
19:25de décarboner nos transports,
19:27toutes ces filières
19:28qui sont critiques
19:28pour construire
19:29la France de demain,
19:30on n'arrivera pas à...
19:32Enfin,
19:33on restera confronté
19:34à des crises
19:34comme celles qu'on connaît,
19:35comme celles qu'on a connues
19:36pendant le Covid.
19:36Et donc,
19:37je pense qu'il faut
19:37se fixer un cap,
19:38une série de priorités
19:39assez restreintes,
19:41enfin,
19:425 à 10 filières
19:42sur lesquelles
19:43on souhaite reconstruire
19:44une industrie
19:44et puis mettre les moyens
19:45et se donner
19:47une vision commune
19:48pour arriver à construire cela.
19:50Et oui,
19:50un peu moins de saupoudrage,
19:52une vision stratégique
19:53et un peu de planification
19:54à moyen et long terme.
19:55On ne cesse de le marteler
19:56dans cette émission.
19:58On ne va toujours rien venir.
19:59Merci à tous les trois.
Commentaires