00:00BFM Business et la Tribune présente
00:04Le 18-19 d'Edwis Chevrillon
00:10Vous êtes bien dans le 18-19, on parlera de finances durables, mais là on va parler de nos vacances,
00:15vacances d'été, mais vacances encore aujourd'hui pour ceux qui en prennent,
00:19parce que visiblement la note va être salée, voire très salée.
00:23Bonsoir Kevin Machfer.
00:24Bonsoir Edige.
00:24Merci d'être avec nous, vous êtes président du groupe éthelier Machfer, du groupe éponyme comme on dit, groupe familial,
00:31vous avez 17 hôtels ?
00:32Exactement.
00:33Alors les endroits les plus chics, mais peut-être que vous allez tout nous expliquer ?
00:37Oui, 17 hôtels, donc la majorité à Paris, 16 à Paris, 1 à Saint-Tropez, et puis prochainement 1 à
00:42Marrakech, on a aussi 9 restaurants et une plage à côté de Saint-Tropez justement à Ramatuel.
00:46Oui, alors lorsqu'on regarde les tendances du tourisme, est-ce qu'on voit déjà, notamment à Paris, mais pas
00:52que, est-ce que vous observez déjà une affliction par rapport à la guerre au Moyen-Orient ou pas ?
01:01Et dans quel sens ?
01:02Écoutez, ça a commencé à frapper en Iran toute fin février, donc sur un week-end, un samedi matin, depuis
01:06le début du conflit, du 28 février à aujourd'hui, donc c'est à peu près 45 jours.
01:10Oui, on a eu une vraie inflexion de la part de certains marchés émetteurs, mais pas de tous les marchés,
01:15et donc ça se normalise depuis que le conflit…
01:17Alors une inflexion, dans quel sens ? Parce qu'on peut imaginer aussi que ça peut être dans les deux
01:21sens, c'est-à-dire que certains se disent « Oh, je ne vais plus voyager », et puis d
01:24'autres qui se disent « Je ne vais certainement pas aller au Moyen-Orient, à Dubaï, etc., donc je vais
01:28aller à Paris ou en France. »
01:30Oui, alors c'est vraiment une grande matrice en analyse qu'il faut mettre en place, il y a à
01:34la fois les effets court terme qu'il faut bien distinguer des effets long terme, et après vous avez effectivement
01:37des dynamiques de marché qui sont beaucoup plus sensibles à ce qui se passe dans le monde,
01:40et pour voyager, et ceux qui ne sont pas du tout sensibles.
01:42Ok, alors ça se traduit comment ?
01:44Exactement, sur les marchés qui sont vraiment sensibles, alors on a vu nous en termes d'annulation, mais direct, tout
01:48de suite, évidemment, Israël, mais après toute l'Asie du Sud-Est qui est en termes de marché,
01:52ce sont des marchés émetteurs qui passent très souvent, soit par Singapour, Hong Kong, mais encore plus souvent par Doha
01:57et Abu Dhabi, et Dubaï, pardon,
01:59donc qui eux ont été tout de suite impactés, donc impossibilité de se déplacer, force majeure ou pas, mais en
02:04tout cas ils n'ont pas pu venir en France et en Europe de manière générale.
02:06Et puis les Etats-Unis, qui sont globalement, c'est une catégorie, on va dire un segment de population et
02:12de clientèle, qui dès lors que leur pays est en conflit,
02:15ils sentent qu'ils ont une cible dans le dos, et qu'ils ne sentent pas forcément d'aller en
02:17Europe ou ailleurs d'ailleurs, et qui eux effectivement annulent.
02:20Alors nous on parle beaucoup de pick-up dans l'hôtellerie, donc les pick-up c'est les prises au
02:23global, et donc le solde de pick-up du marché américain reste positif,
02:28il y a plus de réservation que d'annulation.
02:29D'accord.
02:30Et globalement, si vous regardez sur la fenêtre de réservation du 28 février à aujourd'hui, par rapport à cette
02:35même fenêtre l'année dernière,
02:36vous avez quand même plus d'annulation des américains aussi.
02:39Ok, alors là c'était la vision sur le court terme.
02:41Oui.
02:42Si on reste déjà, peut-être aussi, alors c'est le moyen terme là, pour les vacances des français, qu
02:49'est-ce que vous observez ?
02:50Est-ce que vos réservations sont, je ne sais pas, à Saint-Tropez ou ailleurs, ou à Paris, est-ce
02:55que c'est plein ou pas ?
02:57Alors pour le moment, c'est plutôt stable, il y a un marché attentiste évidemment, mais pour revenir sur ce
03:02que vous disiez,
03:02et les phénomènes court terme, moyen terme, long terme, c'est compliqué de savoir si cet été va être considéré
03:07dans l'esprit des marchés émetteurs et des clients comme du moyen terme.
03:10Tout le monde parle, malheureusement on va dire, l'effet positif pour l'Europe du conflit au Moyen-Orient, c
03:16'est que du coup il va y avoir une réorientation,
03:17une réorientation de pas mal de marchés sur l'Europe de l'Ouest, la France est le premier marché touristique
03:22mondial, donc la France évidemment a fortiori.
03:25Et du coup, alors la grosse question c'est, est-ce que les Français vont comme pendant le Covid et
03:29juste après le Covid, consommer leur marché ?
03:32C'était un Covid très coco-éco, très tricolore en 2020-2021, mais parce qu'il y avait une logique
03:37d'épargne aussi, il fallait consommer, les gens voulaient sortir, les gens voulaient vraiment repartir.
03:40Ça veut dire quoi, consommer son marché ?
03:42Ça veut dire globalement partir en France, quand vous avez globalement, vous voyez la destination Paris, une grosse cinquantaine de
03:47pourcents qui vient effectivement,
03:49en termes de consommation, qui vient du marché français, donc des clients français qui séjournent dans les hôtels parisiens, et
03:5550% Europe et reste du monde.
03:57Là ça va être la grosse question, beaucoup parlent depuis une semaine, dix jours d'arbitrage, c'est une réalité,
04:02c'est très triste.
04:02Arbitrage entre quoi et quoi ?
04:03Vous auriez six Français sur dix qui se disent, soit j'arbitre la destination lointaine au profit d'une destination
04:08moins lointaine, donc la France, Paris ou évidemment le Sud et les différentes régions touristiques,
04:14soit je ne pars pas en vacances.
04:16Mais alors c'est intéressant parce que partir loin, le kérosène coûte plus cher, donc l'arbitrage pourrait être...
04:21Oui, on voit tout ça qu'il y a un problème pour certaines compagnies aériennes, oui.
04:24Exactement, mais je pars en voiture, là aussi effectivement il y a une consommation de carburant, donc est-ce que
04:27je pars aussi loin que prévu ?
04:28Après, est-ce que je vais en France, mais l'hôtellerie dans l'esprit des Français est considérée plus chère
04:33que d'autres marchés comme l'Espagne,
04:35peut-être le Portugal, la Grèce faut y aller en avion, donc il ne reste que deux marchés, mais il
04:39faut prendre la voiture pour y aller.
04:40Donc c'est un peu la grande interrogation, c'est dans trois mois, ce qui est assez long, mais vous
04:45allez me dire que c'est que dans trois mois,
04:46donc les gens commencent à y penser maintenant.
04:47Oui, mais alors déjà vous avez raison, moi c'est la question d'après que j'allais vous poser, Kévin
04:51Machfer,
04:53on dit déjà que les prix vont exploser, ça va être de l'ordre de plus de 50%, parce que
04:58justement il y a plus de monde,
05:01donc vous allez répercuter, alors pour les compagnies aériennes ça peut se justifier,
05:07pour vous hôteliers ça ne se justifie pas forcément, mais est-ce que vous allez le faire ?
05:11C'est-à-dire est-ce que déjà aux chambres d'hôtel vous en avez augmenté le prix ?
05:16Alors nous, après il y a une réalité macroéconomique que vous venez de décrire,
05:21et après il y a une politique un peu plus long terme, dans laquelle des groupes de notre taille,
05:23on est une ETI, on souhaite s'inscrire.
05:26L'augmentation des prix, nous elle correspond plutôt à une montée en gamme,
05:29c'est-à-dire que globalement on se veut dire là concrètement, très prochainement…
05:32Oui mais la montée en gamme, pardonnez-moi, ce n'est pas en 48 jours.
05:34Exactement.
05:35Non mais donc là concrètement, est-ce que vous avez augmenté vos prix ou pas ?
05:39Non, pour vraiment répondre à votre question, il n'y a pas de changement de cap,
05:42il n'y a pas eu de panique, il n'y a pas eu de guerre des prix non plus,
05:44parce qu'on parle d'augmentation des prix, mais le réflexe plutôt d'un hôtelier,
05:47quand il y a un début de crise ou une demande qui est un peu plus rare,
05:50c'est de se dire est-ce que je baisse les prix ?
05:51Et globalement là il n'y a plutôt pas d'augmentation des prix pour certaines dates.
05:55Donc c'est plutôt comme je vous dis attentisme,
05:56ce n'est pas je baisse les prix en catastrophe,
05:58mais voilà, à horizon de cet été, juin, juillet, août,
06:01beaucoup d'hôteliers, beaucoup de confrères se disent
06:02est-ce qu'on reste dans ce qu'on appelle nous dans le yield management,
06:05le revenu management, à un prix fixe ou est-ce qu'on augmente ?
06:08Alors qu'habituellement on préfère augmenter…
06:11Et la réponse est non.
06:12Pour le moment on est attentiste, effectivement.
06:14D'accord, ok.
06:14Donc on n'est pas sur l'augmentation, c'est important de le dire,
06:16on est plutôt sur, pas non plus une guerre des prix, mais plutôt flat.
06:20D'accord, en même temps c'est important de souligner,
06:22vous avez un concept hôtelier un peu particulier,
06:24donc il peut justifier, en plus c'est intéressant,
06:27parce que vous êtes un groupe,
06:28vous étiez je crois un redressement judiciaire il y a encore quelques années,
06:32et puis là donc le groupe que vous avez repris,
06:35avec votre famille, c'est pour ça qu'il s'appelle maintenant Mâchefère,
06:39mais donc vous avez eu des hauts, des bas,
06:41et là vous êtes en train de le redresser,
06:44et puis de le faire monter en gamme,
06:45avec un concept un peu particulier, non ?
06:48Exactement, alors nous on a un groupe d'une trentaine d'années,
06:50on a un peu plus de 30 ans,
06:51deux décennies dédiées à de l'hypercroissance,
06:53et une décennie dédiée à la gestion de crise.
06:55Bon, la fin de cette décennie,
06:56elle s'est marquée par gilet jaune, Covid,
06:58et pour nous en l'occurrence un créancier qui a été racheté,
07:01par un créancier très dur,
07:02et donc qui nous a forcé à passer par des périodes de procédure collective,
07:05on les a toutes connues,
07:06aujourd'hui c'est une fierté,
07:07parce qu'on est sortis par le haut,
07:08alors que tout le monde nous annonçait mort ou quasi mort,
07:11donc on a eu la sauvegarde, le redressement,
07:13mais on en est sortis au mois d'août 2025,
07:14donc c'est très récent,
07:15et effectivement on a lancé un plan,
07:17un plan sur trois ans,
07:18à peu près trois ans,
07:18un peu moins de trois ans,
07:19le plan Phoenix,
07:20dans lequel effectivement on repositionne le groupe,
07:23je tiens effectivement à monter vraiment en gamme,
07:25et au moment où je vous parle,
07:26on a cinq chantiers, cinq travaux,
07:27donc on a avec les équipes extrêmement occupées,
07:30très busy,
07:31vous avez donc Paris 6ème,
07:33dans lequel on va vraiment travailler un concept des années 20,
07:35extrêmement théâtral,
07:36immersif,
07:37avec 52 chambres,
07:38120 couverts,
07:39Paris 3,
07:40on va avoir un établissement vraiment galerie d'art,
07:43très pointu,
07:43de l'hôtellerie boutique,
07:44mais incarné,
07:45on a un groupe familial,
07:45donc on souhaite vraiment avoir une typologie d'hôtellerie vraiment propriétaire,
07:50on va avoir Marrakech,
07:52on a déjà cet été Saint-Tropez,
07:54un nouveau restaurant sur notre rooftop,
07:56et une nouvelle plage,
07:57et on va avoir notre vaisseau amiral,
07:58dans le premier arrondissement de Paris,
07:59là on parle de notre plus gros actif,
08:02notre plus gros établissement,
08:02110 chambres,
08:03une décoration très pointue,
08:04et une typologie vraiment boutique,
08:06by Machefer,
08:07Avec Jacques Garcia non,
08:08c'est ça ?
08:08Exactement,
08:09Jacques Garcia qui en sera le décorateur,
08:11qui en sera le décorateur.
08:11Donc il y a une montée en gamme quand même assez puissante.
08:13Oui,
08:13cinq étoiles plutôt,
08:14soit sur du quatre étoiles,
08:16boutique,
08:16très pointue,
08:17avec une proposition de valeur en restauration,
08:18qu'on appelle nous F&B,
08:19donc dans le jargon food and beverage,
08:21vraiment assez immersive,
08:22théâtral,
08:23des speakeasies,
08:23donc des barres cachées,
08:24là où on a la possibilité d'en faire,
08:25soit les moins un,
08:26soit les rétrécis.
08:26Mais quand on est un groupe,
08:28une ETI,
08:29vous l'avez dit vous-même,
08:31comment faire pour que vous puissiez résister à des gros,
08:37parce que c'est quand même souvent le cas ?
08:39Alors oui,
08:40il y a les fameuses tendances du monde du tourisme,
08:43globalement on assiste à beaucoup de marques
08:45qui se déploitent partout,
08:47donc du branding,
08:49on revient un petit peu à ce qu'on avait vécu dans les années 90,
08:51une standardisation qu'on observe,
08:53beaucoup d'hôtels boutiques,
08:54mais des hôtels boutiques qui se déploient tellement partout dans le monde
08:56qu'il y a une forme de standardisation,
08:57nous on prend le pendant complètement inverse,
08:59on veut une hôtellerie qui soit bien sûr connectée,
09:00on investit beaucoup sur la transformation des outils métiers,
09:03l'IA au service de la formation,
09:05l'IA au service de l'automatisation de certains flux,
09:08et l'IA au service de la personnalisation du service client,
09:10mais c'est juste le triptyque sur lequel on met de l'IA,
09:12le reste on veut vraiment travailler la décoration,
09:14la force de nos concepts de restauration,
09:16et vraiment quelque chose de dimersif et de théâtral.
09:18C'est ce que vous pouvez faire.
09:19Je peux vous poser une dernière question,
09:20Kévin Machfer,
09:21quand on a connu, comme vous dites,
09:22un plan de sauvegarde,
09:24on a failli mettre la clé sous la porte,
09:26enfin elle était quasiment sous la porte,
09:27ça donne quoi ensuite ?
09:31Parce que les Etats-Unis vous disent
09:32de toute manière on ne peut pas réussir
09:33si on n'a pas connu l'échec.
09:35En France, c'est pas tellement le cas.
09:39Je crois que ça évolue quand même,
09:40vous savez malheureusement.
09:41Oui, les mentalités évoluent.
09:42Je suis passé par trois ans et demi de procédure collective,
09:44donc on connaît beaucoup de...
09:46Ça forme la jeunesse, si je veux dire ?
09:47Ça forme beaucoup.
09:48Je ne le souhaite à personne,
09:49mais ça forme beaucoup.
09:50Non, vous avez effectivement une vague d'entreprises
09:53qui vont rentrer en difficulté dans les prochains mois,
09:55c'est terrible.
09:57Je trouve que c'est une formation accélérée.
09:59Vous savez, quand vous rentrez en procédure collective,
10:01vous avez des périodes d'observation.
10:02Le conseil que je pourrais donner,
10:03c'est de passer par la période d'observation
10:05si vraiment vous avez besoin de redresser votre groupe
10:07et restructurer votre dette.
10:08Par contre, de rester longtemps en restructuring,
10:10c'est trop dur pour que je puisse le souhaiter
10:13à d'autres dirigeants.
10:13Non, mais nous concernant sa forme
10:15et puis vis-à-vis des futurs partenaires ou autres,
10:18certains voient enfin, comme vous,
10:19un peu le côté américain,
10:22la capacité à gérer les difficultés.
10:23Nous, en l'occurrence, on est passé par là
10:25et on est sortis dans un trou de souris,
10:26mais par le haut et on est très fiers.
10:28Et maintenant, vous êtes rentable ?
10:29On est rentable.
10:30On l'était depuis trois ans,
10:31c'était juste ce qu'on appelle un défaut technique.
10:34Non, même pas.
10:34C'était un fonds de dette
10:36qui a racheté un autre
10:37et qui était assez agressif vis-à-vis de nous.
10:39Donc, pas de problématique structurelle,
10:41mais une problématique de contentieux à gérer.
10:44Merci beaucoup, Kevin Masfer.
10:45Donc, voilà, on a compris.
10:46Vous viendrez, nous vous tiendrez au courant
10:48de tous vos développements.
10:49Sainte couverture.
10:50Avec grand plaisir.
10:50Merci d'être venu ici.
10:51Donc, le patron du groupe hôtelier
10:55éponyme Masfer.
10:55Voilà.
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