Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 4 heures
Ce jeudi 7 mai, Gilles Moëc, chef économiste du Groupe AXA, a abordé la croissance de l'économie européenne malgré la guerre en Iran, la reprise du terrain de l'euro face au dollar, et le nouveau statu quo de la BCE face au choc énergétique, et le risque structurel du dollar, dans l'émission BFM Bourse présentée par Guillaume Sommerer. BFM Bourse est à voir ou écouter du lundi au vendredi sur BFM Business.

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:01BFM Bourse, l'éco du monde.
00:04Gilles Mouek donc qui nous rejoint, on part à Londres, on vous y emmène où il nous attend, Gilles, le
00:07chef économiste du groupe AXA.
00:09Bonjour Gilles, ravi de vous retrouver.
00:11Comment vous la jugez de Londres, en plus intéressant, il y a un petit pas de côté, comme ça, l
00:15'évolution de l'économie européenne.
00:17Face à la hausse du cours du pétrole, nos dépendances aussi à ce conflit en Iran.
00:21Est-ce que vous êtes surpris par la résistance de nos économies européennes ou au contraire,
00:25nos économies sont en train de souffrir vraiment ?
00:29Non, je n'ai pas vraiment de surprise.
00:30La souffrance, elle est là, elle est indéniable.
00:32On la voit dans les indicateurs conjoncturels qui commencent à arriver.
00:36Il n'y a rien de catastrophique.
00:38Mais si vous prenez l'indice de confiance synthétique de la Commission européenne,
00:42c'est confiance dans les entreprises.
00:44On a perdu quand même 4 points entre mars et avril, 7 points depuis le mois de février.
00:50On est à 93.
00:52Je rappelle que la moyenne de long terme est à 100.
00:54Donc c'est un résultat qui n'est pas catastrophique.
00:57Mais on accuse quand même le coût.
00:58Et ce n'est pas une enquête isolée.
01:01On a le même message qui nous vient des PMIS, par exemple, surtout dans le secteur des services.
01:05On est passé très nettement de ça, du seuil de contraction.
01:10Mais voilà, on accuse le coût.
01:14On ne peut certainement pas l'ignorer.
01:16Mais on est aussi face à un choc qui est quand même de nature assez différent de celui de 2022.
01:23On n'a pas eu l'explosion des prix du gaz qu'on a vu à l'époque.
01:26Donc on n'a pas de transmission aussi massive au prix de l'électricité.
01:30C'est quand même un tout petit peu plus contenu.
01:33Maintenant, pour moi, le sujet, c'est celui de l'installation dans la durée, avec un élément important.
01:39C'est l'impact sur les programmes d'investissement des entreprises.
01:42Sur un mois, sur deux mois, ça ne remet pas nécessairement grand-chose en cause.
01:48Si on s'installe dans la crise, là, c'est là où ça peut faire vraiment très mal.
01:53Et on peut avoir des comptes de portes dans trois années.
01:56Et pour l'instant, justement, les entreprises réduiront-elles leur programme d'investissement du fait de cette guerre ?
02:01Pour l'instant, elles n'ont pas révisé à la baisse, en tout cas, leur prévision économique,
02:05leur prévision de résultats pour la suite de l'année, peut-être le signe du maintien d'un certain optimisme.
02:08En tout cas, pour l'instant, sur leur perspective, les entreprises veulent garder le cap.
02:13On verra si ça se confirme dans leur montant d'investissement concret, sonnant et trébuchant.
02:17En tout cas, après maintenant plus de deux mois de conflit, on regarde aussi les effets sur les parités de
02:22change.
02:22Et sur l'euro, par exemple, face au dollar, alors c'est le dollar qui s'ouvre, bien sûr,
02:25mais du coup, l'euro, toujours assez costaud face au dollar.
02:27L'euro vaut en ce moment 1,18$.
02:29Est-ce que là-dessus, en revanche, on peut se réjouir ?
02:30On a le droit de se réjouir.
02:31C'est vrai que dans tous les médias, on déplore, et à juste titre, la hausse des coûts du carburant,
02:35l'impact sur les consommateurs, mais cette hausse ne serait-elle pas encore pire si on n'avait pas cette
02:39force de l'euro ?
02:41Non, je crois que c'est un point vraiment très important.
02:42Et on a eu un changement depuis le début de la crise dans le Golfe Persique.
02:46Et je crois que c'est assez intéressant.
02:47Les premières semaines, les trois, quatre premières semaines, on avait la réaction habituelle,
02:51qui est que lorsqu'il y a un choc géopolitique, ça favorise plutôt le dollar,
02:56une espèce de réflexe pavlovien du marché.
02:58Le dollar est vécu comme une devise refuge.
03:00Et là, l'euro avait quand même pas mal souffert.
03:03Depuis, en gros, le début du mois d'avril, les choses ont changé.
03:07Et pour un même niveau du prix du pétrole, selon les variations quotidiennes,
03:13on a un euro qui se tient bien mieux.
03:16Alors, je pense que oui, c'est plutôt une bonne nouvelle dans la situation qui nous occupe aujourd'hui.
03:21Parce que ce qu'il faut éviter, c'est d'ajouter à l'inflation importée,
03:26qui nous vient des prix de l'énergie, un effet lié à la dépréciation du taux de change.
03:30Et ça, on devrait l'éviter.
03:32Ce que ça indique aussi, peut-être, il faut être prudent,
03:36mais que l'espèce de prime de risque générique qu'on avait vue apparaître sur le dollar
03:41et sur tout ce qui est en fait dénominé en dollar en 2025,
03:45est peut-être en train de revenir.
03:46Et derrière cette prime de risque, il y a tout simplement le coût de l'imprévisibilité de Washington.
03:52Donc ça, c'est peut-être un élément à regarder.
03:55Maintenant, à l'horizon 3-6 mois, avoir un euro trop fort,
03:59ce n'est pas nécessairement très positif si on a envie de sauvegarder notre secteur exportateur.
04:03Mais à court terme, l'urgence, c'est vraiment d'éviter la montée de l'inflation importée.
04:09Elle est évidente à cause des prix de l'énergie,
04:11mais au moins, on évite un deuxième effet via de l'autre change.
04:16Gilles, un petit coup d'œil sur ce qui se passe en Europe.
04:18On a quand même de ci, de là, alors chez nous, c'est beaucoup dire,
04:23mais quand même des réformes un petit peu structurelles en Europe.
04:28Est-ce que ça peut, est-ce que ça a des chances d'améliorer un petit peu notre potentiel de
04:32croissance ?
04:34Je crois qu'il y a quand même l'élément le plus central dans tout cela.
04:38C'est ce qui a été réalisé en matière de décarbonation.
04:42On a eu un moment d'hésitation très clairement l'année dernière, au début de cette année.
04:47Est-ce que l'Europe n'allait pas trop loin, trop vite, dans les trajectoires net zéro ?
04:51Et on voit que là, on a un effet de protection assez important
04:57lié au fait que depuis 2022, on a eu une vraie accélération de la décarbonation de l'électricité européenne.
05:04Et ça, je ne sais pas si c'est un impact positif sur la croissance potentielle,
05:08mais en tout cas, sur la mitigation du choc actuel, je crois que c'est assez important.
05:14Puis le dernier élément, et ça c'est mon âge malheureusement qui joue,
05:18il ne se passe pas grand-chose de désagréable.
05:21Sur le terrain de l'emploi, et ça c'est vrai en France, et c'est vrai en Europe de
05:25manière générale,
05:26en dépit du climat quand même assez dégradé.
05:30Et ça, c'est une grande victoire structurelle de l'Europe depuis maintenant une dizaine d'années.
05:34Je trouve qu'on la salue trop peu.
05:36Il y a 15 ou 20 ans, lorsque vous aviez le tout début d'un ralentissement de la conjoncture,
05:42il y avait quasiment immédiatement une dégradation assez sensible de l'emploi.
05:46Aujourd'hui, ça ne se produit plus, et je pense que c'est en grande partie le produit de toutes
05:50les réformes structurelles
05:50qui ont été conduites depuis une vingtaine d'années.
05:52Ben voilà, arrêtons le rebashing.
05:54Il se passe quand même des choses pas trop mal chez nous.
05:57Gilles, la dernière fois qu'on s'était parlé, vous m'aviez dit, alors très exactement, je m'en souviens,
06:01ça me chagrine, vraiment ça vous chagrinait, que le 10 ans allemand soit sous les 3% de rendement.
06:07Alors ça y est, on y est, on est à 2,98, 2,99, Guillaume, je crois.
06:12Bon, est-ce qu'on y est, est-ce que quelque chose est en train de se passer du côté
06:15de la détente obligataire européenne
06:18ou est-ce qu'il faut surveiller ça comme du lait sur le feu ?
06:21Je peux quand même toujours surveiller ça comme le lait sur le feu,
06:24mais je pense qu'il est possible que ce soit un des effets indirects du changement de ton
06:31qui est quand même, je trouve, assez sensible de la part de la BCE.
06:35On a eu une BCE qui, au début de la crise, est quand même partie un peu la fleur au
06:39fusil, si je puis dire.
06:40On avait le sentiment qu'ils étaient prêts à des mouvements présentifs assez forts, assez brutaux.
06:46On a vu qu'ils ont choisi de ne pas remonter les taux au mois d'avril.
06:48Moi, j'ai trouvé Christiane Lagarde très équilibré dans sa description de l'état conjoncturel de l'Europe.
06:55Et si on a une BCE qui est, disons, un peu moins allante sur des hausses de taux,
07:00ça a plutôt un effet bénéfique sur la partie longue de la courbe.
07:03Ça commence à se voir peut-être sur l'obligataire.
07:05Mais attention, parce qu'on a quand même toujours un souci fondamental,
07:08qui est le signal qui nous vient à les États-Unis,
07:12où on a beaucoup, malheureusement, d'ingrédients qui vont vers des taux d'intérêt à long terme élevés.
07:18Et ça, ça a des effets de contagion sur l'Europe.
07:20Même si les choses s'améliorent dans le Golfe Persique,
07:23on verra si c'est le cas dans les heures ou dans les jours qui viennent.
07:26On garde toujours ce problème d'une inflation avant la crise du Golfe Persique,
07:30qui était déjà trop élevée aux États-Unis.
07:32Et on garde le problème d'une situation budgétaire très dégradée.
07:35Donc ça, ça reste quand même un espèce de bruit de fond obligataire qui est problématique.
07:40Oui, et pour régler ce problème qui devient chronique,
07:42à savoir une hausse des niveaux de taux d'intérêt,
07:45voilà, là on est sur une petite pause aujourd'hui,
07:46mais vous dites que le chemin, c'est une poursuite manifestement structurelle
07:49à la hausse des tensions obligataires.
07:51C'est quoi la clé sans détruire la croissance ?
07:54Si on désendette à fond, on va détruire la croissance.
07:56Est-ce qu'il existe un chemin, une ligne de crête
07:58qui permette d'éviter le pire en matière de croissance tout en se désendettant ?
08:03C'est toute l'affaire.
08:05Là, je crois qu'en tout cas à court terme,
08:08pour la gestion de ce qui nous arrive là, la crise énergétique,
08:13on peut se permettre d'être neutre, entre guillemets.
08:17C'est-à-dire que tout ce que l'on fera en termes de soutien direct
08:20à ceux qui sont les plus frappés par la crise énergétique,
08:23on peut le compenser en réduisant la voilure sur les dépenses générales.
08:27Et c'est ce que fait la France finalement depuis le début,
08:30puisqu'on augmente, on parle d'augmenter encore un peu
08:33les programmes d'appui à ceux qui sont les plus vulnérables,
08:37mais en même temps, on gèle des crédits,
08:40disons de dépenses générales, dans les finances publiques françaises.
08:43Je pense qu'à court terme, c'est ça la bonne approche,
08:45parce que je pense qu'on risquerait gros
08:48d'ouvrir complètement les portes du soutien budgétaire massif.
08:53À un moment, on a quand même toujours cette tension obligataire que je décrivais.
08:58Donc le chemin, il existe.
09:00C'est-à-dire, soyons le plus chirurgico possible,
09:06aidons là où c'est vraiment le plus vulnérable,
09:09où on peut vraiment cibler les choses,
09:11sans partir dans un soutien budgétaire tous les imuts.
09:14Ça me paraît l'approche de l'ordre.
09:16Oui, et est-ce que l'autre clé, l'autre jambe,
09:18le nouveau moteur possible qui peut-être est en train d'ores et déjà de démarrer,
09:22c'est une hausse de la productivité ?
09:23Alors on parle énormément avec l'IA,
09:24mais c'est vrai que les États-Unis sont manifestement entrés
09:26dans un nouveau régime de productivité.
09:28Est-ce qu'on se dit que ça va durer,
09:30que c'est un nouveau régime de croissance qui arrive ?
09:32On voit aussi que désormais,
09:33ce n'est plus le consommateur qui tient la croissance,
09:34mais l'investissement aux États-Unis,
09:36est-ce que c'est là un nouveau régime de croissance aussi
09:39qui est en train de se mettre en place aux États-Unis
09:41et qui pourrait, pourquoi pas aussi, apparaître ici en Europe ?
09:45Mais c'est vrai en France aussi.
09:47Alors c'est moins spectaculaire,
09:49mais j'étais justement en train de regarder ça
09:51dans les films de l'INSEE du premier trimestre.
09:53Si vous regardez l'investissement des entreprises françaises en Haïti,
09:59aujourd'hui c'est vraiment le moteur de l'investissement des entreprises
10:03et on est aujourd'hui plus du quart de l'effort d'investissement total
10:08des entreprises françaises qui va vers Haïti.
10:09Donc on n'en a pas encore nécessairement les effets finaux,
10:14j'allais dire, sur la productivité de l'économie,
10:16mais les entreprises françaises,
10:19moins spectaculairement évidemment que les entreprises américaines,
10:22font leur effort d'investissement en la matière.
10:25Ça soutient la croissance,
10:26c'est-à-dire qu'on aurait un chiffre de PIB plus dégradé au T1
10:30si on n'avait pas eu cette poursuite de l'effort d'investissement en Haïti.
10:34Et ça, ça montre bien que les boîtes françaises cherchent à éviter absolument
10:40de perdre la main ou de voir un fossé se creuser
10:45avec leurs compétiteurs d'eau d'infantique.
10:48Ce qu'on voit aux États-Unis depuis quelques années,
10:50on devrait le voir à probablement une plus faible échelle,
10:54on devrait le voir quand même en Europe et singulièrement en France.
10:57Et on croise les doigts effectivement pour que tout cela se matérialise.
11:00Dernière toute petite question,
11:01on parlait de l'euro dont la forte résilience,
11:04la fermeté depuis le début du conflit,
11:06nous permet de limiter l'impact de la hausse des cours du pétrole.
11:08C'est plutôt une mauvaise nouvelle,
11:09on arrive à limiter l'impact de cette hausse des cours.
11:12Et parallèlement, c'est parce que le dollar recule.
11:14Est-ce que pour vous, cette baisse du dollar
11:16qui a été assez marquée l'an dernier,
11:18qui a fait une petite pause et puis à nouveau a repris depuis quelques semaines,
11:20cette baisse du dollar, elle est amenée,
11:21comme les taux eux sont amenés à se tendre,
11:23à devenir structurelle ?
11:24Est-ce qu'on va vers une poursuite à la baisse structurelle du dollar d'après vous, Gilles ?
11:28J'ai longtemps résisté à l'idée
11:31qu'il y avait une espèce de dédolarisation tendancielle
11:34et j'ai fini par changer d'avis sur cette question,
11:38simplement parce que l'évolution de la politique économique
11:42et de la politique tout court, probablement aux États-Unis,
11:44est un facteur de risque maintenant probablement structurel sur le dollar.
11:49Et on ne peut pas maintenir une politique budgétaire
11:53aussi ventureuse que celle que mènent les États-Unis
11:56depuis maintenant plusieurs années.
11:58En ayant en même temps un déficit de la balance courante
12:01qui reste très important,
12:02en ayant en même temps quelques doutes
12:04sur l'orientation et l'indépendance de la Banque Centrale,
12:08tout ça finit par avoir un coût,
12:09un coût qui peut être persistant.
12:12Et cette prime de risque sur le dollar,
12:16oui, je ne sais pas si c'est structurel,
12:17mais que ce soit persistant, ça me paraît le plus raisonnable.
12:20Gilles Mourec, merci beaucoup Gilles
12:21de nous avoir accompagné,
12:22le chef économiste du groupe AXA avec nous régulièrement le jeudi.
12:25Bonne fin d'après-midi.
12:26Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires

Recommandations