00:00BFM Bourse, l'écho du monde.
00:04Un indicateur américain qui vient tout juste de tomber, l'ISM des services aux Etats-Unis,
00:07toujours très très suivi, l'ISM du mois d'avril, donc qui tient compte des effets de la guerre en
00:11Iran.
00:12Paul Chollet est avec nous pour Crédit Mutuel Arkea. Bonjour Paul, ravi de vous retrouver.
00:16Et membre du comité stratégique de BSE Economics.
00:19L'ISM des services d'avril, que nous dit-il sur la dynamique américaine alors que la guerre avait déjà
00:23démarré en avril ?
00:25Eh bien oui, Guillaume s'est confirmé la croissance américaine ralentit, l'indice ISM est ressorti légèrement en dessous des
00:31attentes à 53,6,
00:32c'était 54 le mois précédent.
00:35Et surtout, je pense que ce qui est vraiment notable, c'est que les nouvelles commandes décrochent,
00:38on est passé de près de 57 à un peu plus de 52, donc c'est une révision des nouvelles
00:44commandes qui est au plus haut depuis trois ans,
00:47on n'avait jamais eu pareille révision depuis trois ans, ça c'est un point marquant.
00:50Et le deuxième point marquant, c'est le fait que les prix des intrants, là aussi, restent très élevés à
00:57plus de 70,
00:58le même niveau qu'en mars, qui signale bien que les entreprises ont des contraintes,
01:02et ces contraintes ont une répercussion aussi visible sur l'ISM, c'est que pour le deuxième mois consécutif,
01:07la partie emploi de l'ISM service est inférieure à 50.
01:10Donc une contraction de l'emploi à venir, des intrants qui augmentent,
01:14et donc cette situation, la stagflation concreintante, qui là aussi aux États-Unis n'est plus totalement impossible.
01:21Oui, les États-Unis d'ailleurs qui maintiennent leur blocus sur le détroit d'Ormuz,
01:25avec en plus parallèlement un risque de réescalade, on voit l'Iran tenter un peu de provoquer militairement.
01:29Quelles seraient les conséquences d'un nouvel embellement de ce conflit au Moyen-Orient ?
01:32Les conséquences déjà sur l'économie mondiale ?
01:35Les conséquences, on les a un petit peu touchées au mois de mars, évidemment,
01:38quand le conflit a débuté, avec d'ailleurs les révisions à l'époque des principales institutions planétaires,
01:44la Banque Centrale Européenne, la Réserve Fédérale Américaine, mais aussi le FMI.
01:48Et à l'époque, le FMI avait révisé ses prévisions de croissance de 0,3 point,
01:52puis finalement par rapport à un monde sans risque.
01:55Et ces scénarios centraux décrits en mars, on le sait, ils sont d'ores et déjà caduques,
01:59et il faut davantage regarder les scénarios alternatifs,
02:02donc les scénarios dits d'enlisement du conflit.
02:05Et on peut penser d'ailleurs à celui de la Banque Centrale Européenne,
02:08ou celui du FMI.
02:09Le FMI, en avril, quand il avait sorti ses prévisions,
02:13le scénario d'enlisement ramenait la croissance mondiale à 2,5%.
02:16Donc c'est déjà une croissance assez faible, 2,5%.
02:19Et dans le cas de la BCE, on n'avait plus que 0,6% de croissance.
02:23Donc c'est plutôt ces scénarios-là qu'il faut regarder dorénavant.
02:26Oui, alors justement pour la zone euro, si le conflit venait à encore durer,
02:31voire s'aggraver avec un retour de l'escalade militaire,
02:34quelles seraient les conséquences ?
02:35Et est-ce qu'on commencerait à parler non seulement de hausse des prix,
02:38mais aussi de pénurie ?
02:39Parce que jusqu'ici, on n'a pas de pénurie très forte ni concrète,
02:42c'est juste le risque de pénurie qui fait monter les cours.
02:44Mais est-ce qu'on arriverait, au bout de combien de temps d'après vous,
02:46est-ce qu'on arriverait à un risque concret de pénurie pour le coup ?
02:49Alors pour le coup, les pénuries, il faut regarder matière par matière.
02:52On voit qu'au niveau du pétrole et du brène, le risque de pénurie est assez faible,
02:56puisque les stocks sur la planète sont assez élevés.
03:00Mais par contre, quand on regarde les dérivés, les produits raffinés,
03:03là il y a un peu plus de risques.
03:06La pétrochimie aussi, les matières plastiques, nous, au Crédit Mutuel Arcaire,
03:10on a dans nos clients des fabricants d'emballages,
03:13des emballages qui vont servir la santé ou qui vont servir l'agroalimentaire.
03:16Et ces fabricants nous déclarent, la même chose que pour les données d'enquête,
03:20qu'ils ont des problèmes, qu'ils craignent des ruptures.
03:22Et là, ça va être des choix potentiellement stratégiques de la part des États,
03:25entre la santé, évidemment l'appareil médical qui doit être stérilisé,
03:29et donc dans ces emballages, ou alors l'agroalimentaire.
03:32Et là, il s'agit évidemment de nourriture.
03:35Donc on a des risques de pénurie qu'on commence, nous, à toucher des doigts, si je puis dire.
03:41Et puis après, il y a d'autres composantes stratégiques.
03:43On peut penser à l'hélium qui vient là du gaz naturel liquéfié,
03:47et sur l'hélium qui sert à faire notamment des semi-conducteurs.
03:51Là aussi, les stocks étaient très faibles.
03:53On avait un mois de stock, et on parlait de ça il y a près d'un mois maintenant.
03:56Donc on sent que sur ces secteurs-là, il est urgent,
03:59et les entreprises l'ont fait, de stocker le plus rapidement possible.
04:02Mais s'il configure, il y a un risque que les prix s'envolent très rapidement,
04:06puisque cette pénurie a pourri de matérialiser.
04:08L'euro face à tout ça, finalement, il résiste l'euro face au dollar.
04:12C'est quand même la surprise de ces dernières semaines,
04:14et encore en ce moment, cette semaine.
04:15Cette résistance de l'euro au milieu de la guerre et face au dollar, cette bonne tenue,
04:19est-ce que pour le coup, pour nous, Européens,
04:21elle constitue une bonne nouvelle dans le sens où ça permet de limiter l'impact
04:24de l'effet des hausses de cours du pétrole, pour le coup ?
04:27Oui, alors c'est une relative bonne nouvelle.
04:29Pour qui ? Pour la Banque Centrale Européenne.
04:31Dans un contexte où on craint cette remontée de l'inflation,
04:34le fait que l'euro résiste, ça permet à l'inflation, quelque part,
04:37de rebondir un petit peu moins vite.
04:40Pour rappel, au début de l'année, on a commencé l'année avec un euro face au dollar à 1
04:44,17.
04:44Aujourd'hui, on a encore 1,17.
04:46Avant le conflit, on était à 1,18.
04:47Et au plus bas, on est passé à 1,14 au mois de mars.
04:50Donc là, le fait est que si le conflit venait à se réamplifier,
04:53on peut anticiper que l'euro se déprécie un petit peu,
04:56mais ça reste extrêmement limité.
04:58Alors, est-ce qu'il faut voir une force de l'euro ou une faiblesse du dollar ?
05:01Je pense que c'est plutôt la faiblesse du dollar,
05:04avec, vous le savez bien, mais un président Trump qui change d'avis optimalement
05:07et qui affaiblit quand même structurellement le dollar
05:10depuis avril 2025 et le fameux Liberation Day.
05:14Il y a un autre problème sur les marchés en ce moment, Paul,
05:17c'est la très forte attention sur les marchés obligataires,
05:22notamment les dettes 30 ans.
05:23On voit que sur le 30 ans américain, on ne peut plus redescendre sous les 5%.
05:27Maintenant, on est vraiment sur un gros niveau de tension.
05:29Du côté du Royaume-Uni, c'est même du jamais vu depuis 1998.
05:33Est-ce que c'est source d'inquiétude pour l'ensemble du marché,
05:36cette forte tension sur les dettes ?
05:38Alors, longue, vraiment sur le 30 ans.
05:41Oui, alors effectivement, on est forcément un petit peu inquiet.
05:44Il y a de la volatilité sur la partie longue de la courbe des taux.
05:46Alors, d'où vient cette volatilité ?
05:48Donc, on en parle forcément, c'est une partie,
05:51elle s'explique par le Moyen-Orient, mais pas que.
05:53Et ça, on le sait depuis maintenant plusieurs mois,
05:56les grandes économies planétaires cherchent à se réarmer,
06:00à se réindustrialiser et les dépenses publiques qui vont avec
06:03sont de plus en plus importantes.
06:04Donc, le marché regarde aussi l'évolution des dettes,
06:07et notamment des dettes publiques.
06:09Du côté des États-Unis, on a eu un signal assez fort la semaine dernière
06:12puisque la dette publique américaine a dépassé 100% du PIB.
06:15Et quand on regarde la trajectoire du déficit public américain,
06:18eh bien, cette trajectoire est elle aussi inquiétante.
06:20On va probablement atteindre, d'ici 5 ans, plus de 7% de déficit public.
06:24Donc, la charge de la dette d'elle-même augmente,
06:27ce qui fait que, eh bien, cette dette va ne pas se laisser d'augmenter
06:30dans les climètres et les années à venir.
06:32Et ça conduit, c'est tôt long, à progresser.
06:35Et où est-ce que le risque est le plus important parmi les économies à venter ?
06:38Eh bien, une petite économie à venter, finalement,
06:41au regard de son poids parmi les gros blocs.
06:44Le Royaume-Uni fait partie de ces économies à risque, on le sait bien.
06:47Les guildes sont toujours très sensibles aux annonces,
06:51notamment de budget.
06:53Et on le sait du côté de l'Angleterre.
06:55Il y a eu quelques mois, il y a quelques années maintenant.
06:58C'est vrai, mais on est en train de commencer à s'habituer à ces taux longs,
07:01sauf que ça pince vraiment nos différentes économies.
07:03Les taux longs, très hauts, très élevés, c'est ça le souci.
07:08Avec en plus un éléphant dans la pièce, les Japonais, le Yen, les mouvements,
07:12les actions, les décisions de la Banque du Japon pour redresser le Yen,
07:16ça met la pagaille aussi.
07:17Ça vient contribuer à renforcer les tensions sur les taux longs,
07:20que ce soit aux Etats-Unis, au Royaume-Uni.
07:22Mais en France, on voit l'ensemble des taux longs souverains,
07:24au moins occidentaux, se tendre.
07:26Quel rôle joue le Japon, la Banque du Japon,
07:28dans le mouvement qu'on observe, notamment depuis le début de la semaine,
07:30depuis hier, Paul ?
07:32Mécaniquement, le fait est qu'au Japon, il se passe des phénomènes structurels
07:38qui tendent et qui mettent la pression sur le reste du marché obligataire.
07:41Le fait est que plus vous allez acheter de la dette japonaise et racheter du Yen,
07:45et plus, in fine, vous allez peser sur le reste du marché obligataire.
07:49Et ça explique en partie le fait que les taux longs du reste du monde progressent,
07:54puisque les Japonais interviennent donc massivement en cherchant à racheter du Yen
07:58pour soutenir le Yen.
07:59– Paul Chollet avec nous, chef économiste du Crédit Mutuel Arkea,
08:03membre du comité stratégique de BSC Economics.
08:05Merci beaucoup, Paul, de nous avoir accompagnés.
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