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  • il y a 2 jours
Jeudi 16 avril 2026, retrouvez Thomas Friang (Directeur exécutif, Institut Géopolitique & Business, ESSEC) dans SOMMET DE LA MESURE D’IMPACT, une émission présentée par Antoine Morlighem et Alban Castres.

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Transcription
00:08Bonjour, bienvenue à tous, bienvenue sur ce sommet de la mesure d'impact, édition 2026 depuis le CESE.
00:13On est en compagnie de Thomas Friand. Bonjour Thomas.
00:15Bonjour.
00:16Vous êtes directeur exécutif de l'Institut Géopolitique et Business de l'ESSEC.
00:21Et avec vous, on va parler justement de cette mesure d'impact, ce que vous faites, ce qui compte pour
00:26vous.
00:26Mais tout d'abord, un petit mot justement de cet Institut Géopolitique et Business.
00:30À quoi il correspond exactement à l'ESSEC ?
00:31À l'ESSEC, l'Institut Géopolitique et Business porte l'une des quatre grandes priorités de l'école
00:35pour alimenter notre formation initiale, notre formation continue et notre recherche.
00:40Et l'une de ces quatre priorités, c'est d'aider les dirigeants d'entreprise, les jeunes managers aussi,
00:45à bien comprendre l'environnement géopolitique dans lequel on peut diriger l'entreprise aujourd'hui,
00:50faire face à la menace russe sur les intérêts de sécurité et de sécurité économique en Europe,
00:55faire face à la guerre commerciale, mais aussi demain la guerre monétaire que Trump a déjà déclarée aux Européens,
01:01faire face évidemment aussi à l'ascendant géoéconomique chinois
01:04et faire face à toutes les dépendances, notamment énergétiques qu'on a,
01:07qui font que la brutalisation du monde à laquelle on assiste ne soit pas seulement un danger pour les entreprises
01:13européennes,
01:14mais aussi un facteur d'attention des comex, des boards, et qu'on puisse se développer dans ce contexte-là.
01:18D'accord, peut-être développer des opportunités dans ce monde complexe, avec la fin, vous le disiez, de la mondialisation
01:23heureuse qu'on a connue.
01:25Alors qu'est-ce qui compte vraiment pour vous ou qu'est-ce qu'on transmet justement comme ça à
01:29vos étudiants ?
01:30Ce qui compte le plus pour nous, c'est d'aider les dirigeants d'entreprise, leurs collaborateurs aussi,
01:36à passer de la rationalité économique, celle de la mondialisation heureuse, où tout était lean, où tout était en flux
01:40tendu,
01:41où tout était en just in time, à une connaissance du monde tel qu'il est, c'est-à-dire
01:46un monde où il faut faire du just in case,
01:47il faut se préparer à ces chocs de plus en plus brutaux et de plus en plus fréquents,
01:53et au fond à développer une culture d'entreprise qui soit plus géopolitique, c'est-à-dire un modèle d
01:57'entreprise,
01:58un modèle économique qui soit beaucoup plus vigilant face aux risques à venir, beaucoup plus résilient,
02:02c'est-à-dire capable d'absorber des chocs, et beaucoup moins dépendant, parce que c'est par les dépendances
02:06critiques,
02:07notamment en matière d'énergie, que tous ces risques géopolitiques passent principalement.
02:11Oui, on l'a vu, un monde de crise multiple, où en plus on a l'impression que ça s
02:16'accentue en ce moment,
02:17et aussi de défiance, même par rapport, on l'a vu, par rapport à l'environnement, au climat,
02:22c'est en train de changer très vite et très radicalement. Comment on s'adapte à ces changements ?
02:27Alors, vous avez totalement raison, moi je parle souvent de polycrise, c'est-à-dire d'un moment de bascule
02:31historique
02:31qui est le produit de quatre grandes crises systémiques qui s'entremêlent et qui s'amplifient entre elles.
02:35Une crise géopolitique, qui est l'objet de notre institut,
02:37une crise écologique avec l'anthropocène qui va en s'accélérant,
02:40une crise économique pour le continent européen, qui est devenue beaucoup moins compétitive,
02:44parce qu'il n'a pas investi pendant les 25 dernières années au niveau des investissements
02:47qui ont été faits par les autres grandes économies,
02:49et aussi une crise politique et morale de défiance, comme vous l'avez dit.
02:52Et cette polycrise, cette conjonction de quatre grandes crises systémiques,
02:56c'est précisément ce qui produit la bascule historique dans laquelle on vit
02:59et qui fait voler en éclat beaucoup de nos certitudes, beaucoup de nos repères,
03:03c'est vrai au plan institutionnel, au plan politique,
03:05c'est aussi vrai au plan économique dans les entreprises,
03:07avec une grande difficulté pour les dirigeants d'entreprises à se projeter.
03:11Au fond, on appréhende en ce moment l'idée selon laquelle la seule certitude qu'ont les CEOs,
03:17c'est de devoir faire face à l'incertitude et de devoir recréer des certitudes
03:20pour leurs clients, pour leurs fournisseurs, pour leurs investisseurs, pour leurs collaborateurs.
03:24Cette polycrise, elle déclenche aussi son corollaire, c'est-à-dire un sentiment de déclassement.
03:29Est-ce qu'il a dressé aussi ? Comment on peut faire ?
03:31Il est peut-être un peu plus général, plus diffus, mais il pèse aussi sur le moral économique.
03:35Il pèse évidemment, il pèse sur l'investissement, il pèse sur la consommation.
03:39Je ne sais pas si c'est le déclassement qui pèse le plus,
03:42ou la peur d'être sorti de l'histoire dans un grand moment d'accélération,
03:46où la puissance chinoise va en s'affirmant de plus en plus nettement.
03:49La puissance russe a réussi à démontrer qu'elle est capable d'imposer par la force aux Européens
03:54un état de fait que nous n'avons pas choisi, que nous continuons de subir depuis 4 ans,
03:58et où la puissance américaine a transformé l'état du monde établi après la Seconde Guerre mondiale,
04:05après 1945, en faisant complètement battre en brèche l'idée qu'on allait se coordonner
04:11pour établir un ordre international fondé sur le droit, sur la coopération internationale,
04:15et que c'est désormais strictement les rapports de force qui vont compter.
04:19Et nous les Européens, cette grammaire de la puissance,
04:21nous l'avons largement fait passer au second plan pendant les dernières décennies,
04:25et c'est la remettre au cœur de nos politiques publiques et de la décision d'entreprise
04:30qui fait l'objet de notre institut à l'ESSEC.
04:31Oui, on est obligé de changer le logiciel assez rapidement.
04:34Justement, une dernière question, Thomas,
04:36quels indicateurs devraient selon vous guider les décisions publiques ou privées
04:40pour générer un impact réel et durable sur la société ?
04:44À l'ESSEC, on a produit avec l'Institut Géopolitique et Business un baromètre sur ces questions-là,
04:49mesurant la façon dont les dirigeants d'entreprises françaises de plus de 250 salariés
04:53appréhendent les risques géopolitiques.
04:55Et le premier baromètre qu'on a sorti en septembre dernier
04:57fait ressortir deux chiffres qui sont terrifiants.
05:00D'un côté, 97% des dirigeants d'entreprises reconnaissent très clairement
05:04avoir déjà connu un choc géopolitique sur leur modèle économique.
05:07Donc tout secteur, toute taille d'entreprise confondue, on l'a menacé là, et elle est connue.
05:12Elle n'est pas forcément très bien cernée, mais elle est connue.
05:15Et à l'inverse, seulement 6% de ces mêmes dirigeants d'entreprises
05:18expliquent qu'ils ont amorcé une transformation de leur business model
05:20et de leur organisation pour mieux faire face.
05:23Et selon nous, les chiffres qu'on va suivre pour mesurer pas seulement notre impact,
05:28mais de façon générale l'état de santé de l'économie française et européenne
05:30sur ces questions-là, c'est comment est-ce qu'on peut réduire l'écart
05:35entre la connaissance de la menace et l'action face à la menace,
05:39écart que nous on appelle un état de sidération du patronat français et européen
05:42face à la brutalisation du monde.
05:44Les chiffres sont là et il est temps de fermer le fossé, close the gap.
05:52Merci en tout cas à Thomas Friand.
05:54Je rappelle que vous êtes le directeur exécutif de l'Institut géopolitique et business à l'ESSEC.
05:59A très bientôt sur Bismarck.
06:00Merci beaucoup.
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